« Mohammad, ma mère et moi », rencontre entre deux mondes

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Benoit Cohen est un cinéaste français (je recommande en passant « Nos Enfants chéris », un film que j’aime énormément) exilé aux Etats Unis. Alors que Donald Trump s’apprête à accéder au pouvoir, il apprend que sa mère compte héberger dans son hôtel particulier du 7e arrondissement Mohammad, un jeune réfugié afghan…
On peut à la fois s’indigner de l’arrivée au pouvoir d’un président raciste et s’inquiéter avec le reste de sa famille de voir sa mère ouvrir sa porte à un inconnu, fût-il en détresse ; d’abord sur la réserve, l’élection de Trump servira finalement de déclencheur à Benoit pour raconter l’histoire de sa mère et de Mohammad.

Une relation se noue entre le narrateur et le jeune migrant qui se confient l’un à l’autre, presque donnant donnant. Le parallèle de leurs trajectoires personnelles frappe forcément : tous les deux sont des déracinés, sauf que l’un l’est par choix et l’autre pas, l’un pour changer d’air et l’autre pour sauver sa vie. Mohammad est un garçon poli, brillant et fan de rap, qui s’est retrouvé en danger dans son propre pays après avoir servi d’interprète pour l’armée française ; pour préserver sa vie et celle de sa famille, il a décidé de fuir. Mais même arrivé en France les difficultés sont loin d’être terminées : le danger n’est plus dans le combat armé mais dans celui, plus insidieux et cruel, d’être considéré comme moins que rien et une proie idéale pour des profiteurs, confronté à une absurdité administrative sans nom.

Ceux qui sont capables de partir comme ça, en abandonnant tout, en prenant des risques considérables, ont généralement décidé d’être maîtres de leur mort. C’est-à-dire que, plutôt que de mourir sous les bombes ou assassinés, ils meurent en mer, sur la plage ou dans les montagnes, mais c’est leur choix. (…) Le problème, c’est que quand ils arrivent, ils pensent être sauvés, et l’urgence de survivre disparaît. Ils n’ont plus d’un côté la mort et de l’autre la vie, ils n’ont plus que la mort sociale et une vie merdique. Et ça, ils ne s’y attendaient pas.

Le problème immédiat étant celui de l’hébergement, de trouver un endroit pour se poser avant de décider de la suite, c’est à ce stade qu’intervient Marie-France, par le biais d’une association qui s’efforce de rendre une individualité à des personnes qu’on présente trop souvent comme une masse anonyme et menaçante. C’est alors que nous apparaît la véritable héroïne de cette histoire, l’élégante Marie-France (créatrice d’une marque de vêtements pour enfants et d’un concept store) et sa générosité hors norme ; elle qui essaye d’aider, estimant que « quand on peut on doit », se trouve démunie face au désarroi extrême de Mohammad lorsqu’il passe d’un foyer sinistre à un hôtel particulier proche de la Tour Eiffel. C’est l’histoire de deux mondes qui se percutent de plein fouet et qui vont apprendre progressivement à se connaître, à se respecter sans se juger et surtout à se faire confiance, une histoire très particulière certes mais qui incite à la réflexion – et à l’action.

MOHAMMAD, MA MERE ET MOI, Benoit Cohen, Flammarion

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