Allez voir « Le Sens de la Fête » !

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Max est traiteur depuis trente ans. Aujourd’hui il doit s’occuper avec son équipe du mariage de Pierre et Héléna, dans un château du 17e siècle : brigade en cuisine, serveurs, orchestre, décoration, fleurs, photographe, feu d’artifice, tout est prêt. Enfin, à peu près…

C’est aujourd’hui que sort le nouveau film d’Eric Toledano et Olivier Nakache (« Nos Jours Heureux », « Intouchables »…), et en un mot comme en cent : allez-y. Et même, faites-moi confiance et ne regardez pas la bande-annonce qui dévoile beaucoup trop de gags du film. Car bien évidemment, rien ne va se passer comme prévu dans le déroulement du mariage, et entre les pique-assiettes, les gaffeurs, les problèmes de dernière minute, les caprices du marié ou le personnel non déclaré, Max va devoir jongler pour éviter les catastrophes en chaîne.

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Impossible de ne pas saluer la prestation de Jean-Pierre Bacri, qui d’autre que lui pour interpréter ce personnage de bougon autoritaire légèrement dépassé par les évènements, qui sait se montrer aussi émouvant quand il est amoureux ou anxieux pour l’avenir de sa petite entreprise ; mais il y a aussi tous les comédiens qui gravitent autour de lui, et ça fait une sacrée équipe : Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche, Eye Haidara, Vincent Macaigne, Alban Ivanov… mention spéciale au marié, Benjamin Lavernhe (Le Goût des Merveilles, un de mes films chouchou), qui nous offre une scène d’une dinguerie impossible à raconter. Des personnages haut en couleurs, un rythme sans temps mort, des dialogues ciselés, de quoi nous faire passer une noce inoubliable.

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Le Sens de la Fête, un film d’Olivier Nakache & Eric Toledano, avec Jean-Pierre Bacri, Gilles Lellouche… aujourd’hui en salles.

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120 Battements par Minute, la rage de vivre

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Pas simple de parler de « 120 Battements par minute », impossible de ne pas en parler. Tu sors de la salle sonné dans un silence assourdissant, avec le sentiment de t’être pris une casserole en pleine tête.

J’étais au collège lorsqu’on a commencé à parler de l’épidémie de Sida en France. Nous avions droit chaque année à une petite heure d’explications, à glousser en se passant des capotes. Je me souviens aussi d’images aux infos, de ce préservatif rose sur la Concorde, de ces manifestants couchés par terre dans un silence de mort. Je me souviens des débats dans les lycées à propos des distributeurs (ou pas) de capotes. Il y a eu « Les Nuits Fauves » aussi, ce film de Cyril Collard, le premier à parler crûment des séropo, qui a provoqué en son temps un beau tollé. Nous étions la génération sida et on commencait à se rentrer dans la tête à coups de poings que nous ne pourrions peut-être plus jamais s’aimer sans protection. Mais il y avait du boulot aussi, je me souviens de ce proche multipliant les amourettes et proclamant : « moi je risque rien, je suis propre ». Ce boulot de prévention et de sensibilisation, ce sont les associations qui l’ont largement assuré, pas (ou peu, ou mal) l’Etat. Aids et Act Up.

A l’époque pas de réseaux sociaux pour faire vague, pour dénoncer il fallait y aller, descendre dans la rue, s’efforcer d’attirer les médias avec des moyens percutants quitte à outrepasser ses principes, s’imposer, gueuler pour se faire entendre. Et en amont, s’organiser, désigner des meneurs, débattre. C’est ce que montre de manière incroyablement précise le film (et pour cause, le réalisateur était également militant) en racontant le combat d’Act Up-France, de David contre Goliath, les malades contre les laboratoires, échafaudant des opérations ou des slogans qui marquent les esprits pour alerter, se prenant beaucoup la tête aussi, mais avec toujours un esprit de solidarité et d’entraide, une union quasi sacrée guidée par la colère et l’urgence sur un rythme de musique électro. Et puis au milieu du collectif vient s’insérer l’intime, une  histoire d’amour qui ne durera pas, incarnée par des acteurs d’une justesse incroyable (on se souviendra longtemps de Nahuel Perez Biscayart, qui incarne Sean), le processus de la maladie, la mort, le deuil, le tout montré sans filtre aucun, sois prévenu.

120 BATTEMENTS PAR MINUTE, un film de Robin Campillo avec Nahuel Perez Biscayart, Adele Haenel… aujourd’hui en salles  ★

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Ce qui nous lie, Cédric Klapisch

Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il y retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie…

D’abord il y a la Bourgogne, le passage des saisons, le changement des paysages (quelle beauté !), le métier de viticulteur si dur, si exigeant, si ingrat parfois. Et puis il y a une famille, une fratrie réunie à la mort du père, à l’heure des décisions. Il est temps de grandir pour Jean, Juliette et Jérémie.

L’histoire souffre de petites faiblesses ; ainsi du retour du frère prodigue dix ans après son départ qui ne reçoit qu’un petit quart d’heure de bouderie (sérieux ?), le même Jean écartelé entre la France et l’Australie, entre la Bourgogne et le petit garçon qui l’attend là-bas (vraiment ?), ou encore l’ébauche de fleurette entre Juliette et un vendangeur abruti et macho (hein ?), enfin les tentatives avortées de Jérémie pour tenir tête à son beau-père – mais dis-leur merde à la fin !! ; mais le plus important c’est tout ce qui est dit sur la tendresse fraternelle et sur ce qui nous reste de notre enfance, avec tant de délicatesse (oh ces idées de mise en scène, tellement, tellement belles) et joué par de beaux acteurs.

Il me semble que Ce qui nous lie est l’un de ces films que l’on reçoit très différemment d’un spectateur à l’autre, en fonction de son vécu et, en l’occurrence, de sa famille. Personnellement, j’ai énormément pleuré tout le long du film et je sais bien pourquoi – incapable de résister à toutes ces scènes de « câlin familial ». Quand l’un des personnages dit « ce qui nous lie est un fardeau » en parlant de l’héritage familial, je crois que cela parlera à beaucoup sans que l’on soit pout autant propriétaire d’un vignoble de Bourgogne.

Pour finir, cette chanson de Camelia Jordana berce le tout avec une grande douceur :

 

CE QUI NOUS LIE, Cédric KLAPISCH, avec Pio Marmai, Ana Girardot, François Civil… actuellement en salles 

★ Séance de rattrapage ★ Les Figures de l’Ombre

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Fin des années 60, aux Etats-Unis. La NASA est lancée dans une course effrénée avec l’URSS pour envoyer le premier homme dans l’espace. Dans l’ombre, des scientifiques consacrent leur vie à contribuer à l’exploit, des mathématiciennes sont chargées de calculer les trajectoires…

Quand tu regardes Hidden Figures (Les Figures de l’Ombre en français), tu prends un choc.
Pas d’entrer dans les coulisses de la NASA, pas de réaliser qu’avant l’arrivée des gros engins IBM les calculs de trajectoires des engins spatiaux étaient faits… à la main (logique en même temps). Que ces calculs étaient faits par des armadas de calculateurs. Que souvent c’étaient des femmes, à la fois capables de résoudre les équations les plus complexes et interdites d’assister à la moindre réunion (là tu commences à tiquer grave).
Ce qui choque le plus, c’est que ces calculeuses avec un QI 4000 fois supérieur à celui de l’actuel président des Etats Unis (pas dur, en même temps) étaient reléguées au fin fond des bâtiments. Qu’elles n’étaient pas autorisées à utiliser les mêmes toilettes que les autres. Ni à boire le café dans le même récipient. Ah oui, parce qu’elles étaient afro-américaines. Là t’as juste envie de prendre la cafetière et d’ébouillanter la première *** de n*** qui passe. Mais ça ne révulse personne, puisqu’on est dans les années 60, en Virginie, sous le règne des lois ségrégationnistes.

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Alors certes, le film est très hollywoodien avec beaucoup de bons sentiments et la musique qui dégouline pour surligner les émotions, avec un Kevin Costner redresseur de torts (et destructeur de panneaux de WC). Contre toute attente, ce sont les parties du film concernant les vies personnelles des jeunes femmes qui sont les plus ennuyeuses, alors qu’elles auraient plutôt dû expliquer leur parcours et leur ténacité. Mais ces nanas-là sont tellement combatives, tellement drôles (la première scène avec un policier !), avec un tel charisme qu’on les aime tout de suite, tellement heureux qu’on leur rende ENFIN un nom et un hommage (pourquoi seulement maintenant ?), et qu’on meurt d’envie d’en savoir plus. Rien que pour ça, il faut voir les Figures de l’Ombre.

 

Les Figures de l’Ombre, un film de Theodore Melfi avac Taraji P.Henson, Octavia Spencer, Janelle Monàe…

Lumineuse « Aurore »

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Aurore a 50 ans, des bouffées de chaleur, un boulot qui la pousse vers la sortie, des enfants qui quittent le nid… le début de la fin ? Non, juste une étape vers autre chose.

Quel beau portrait de femme ! Il faut dire qu’Aurore c’est Agnès Jaoui, et qu’elle a rarement été aussi belle (quoique dans le récent « Comme un avion » de Bruno Podalydès…). 50 ans, l’âge des bilans, de rattraper le temps perdu, le temps des retrouvailles et des excuses aussi. A la cinquantaine, tout serait fini ? alors qu’au contraire c’est souvent l’âge où l’on commence une nouvelle vie, les enfants en moins, seule ou accompagnée – l’âge des nouveaux possibles. Pas sexy, la quinqua avec ses bouffées de chaleur ? Attends de voir la sensuelle façon dont l’actrice relève ses cheveux au dessus de sa nuque, dévorée des yeux par un ancien fiancé troublé (dans une scène de restaurant, la plus belle du film selon moi). Les scènes les plus réussies sont d’ailleurs celles où rien ne se dit, où tout est porté par le regard de très beaux acteurs (Thibault de Montalembert est bien meilleur ici que dans « Dix pour cent« ).

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Bref c’est un film à message très positif, enthousiaste et énergique qui évoque avec bonheur quelques sujets peu traités au cinoche : jeunisme, sexisme, féminisme… sans oublier cette foutue ménopause ! Mais rien d’impossible à qui a gardé son grain de folie et de fantaisie, et nulle doute qu’Aurore fera une très chouette… mémé !

 

AURORE, un film de Blandine LENOIR avec Agnès Jaoui, Thibault de Montalembert, Pascale Arbillot… actuellement en salles 

« Elle », le meilleur film de 2016 ?

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On peut être cinéphile et passer à côté de certains films. Au vu des résultats des César 2017, je me suis décidée à m’offrir une séance de rattrapage avec « Elle », le film de Verhoeven récompensé comme meilleur film de l’année 2016.

Rappelons qu’il s’agit de l’histoire de Michèle, cette femme qui se fait agresser un soir chez elle, puis continue sa vie comme si de rien n’était. Inflexible elle était, inflexible elle restera.
Il y a quelque chose dans les films de Verhoeven qu’on reconnait tout de suite, cette marque de fabrique qui flirte perpétuellement avec la limite de la vulgarité (limite parfois allégrement franchie – Showgirls restera à cet égard dans les annales – avec 2 n) mais qu’on retrouvait même dans le plutôt estimable Black Book. Quelque chose en rapport avec les actrices qu’il semble se délecter à mettre dans des positions (c’est le cas de le dire) inconfortables et même vaguement humiliantes, c’est probablement ce qui me gêne.

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Pourtant « Elle » est censé raconter justement tout le contraire : il n’est pas dit que la femme outragée se laissera rabaisser par ce qu’elle semble considérer comme une mésaventure passagère, il en faut bien plus (mais quoi, alors ??) ; après l’agression, elle se commande des sushis tranquillou, et le lendemain continue à mener sa carrière de patronne d’entreprise de jeux vidéo, méprisante et méprisée. Je n’ai pas lu « Oh… », le livre de Philippe Djian dont c’est l’adaptation, je pense qu’il est certainement plus intéressant et plus fouillé psychologiquement, parce que sur le visage d’Huppert il ne passe pas grand chose. Si tu aimes cette actrice tu vas être comblé, clairement c’est un festival, un mix entre tous ses rôles à la « je-ne-suis-pas-folle-vous-savez », de La Pianiste à My Little princess en passant par Copacabana. Elle est de tous les plans, sacrifiant au passage tous les personnages intéressants mais ô combien transparents derrière la reine Isabelle, Virginie Efira ou Laurent Lafitte en font largement les frais.
Mais le ridicule n’est pas loin, ah non je corrige il est bien là, et là où on aurait pu parler de jeu, de sensualité, de trouble, je n’ai trouvé que gêne pour les acteurs. Entre les mains du réalisateur, ce qui se voulait un portrait intéressant et très inhabituel de femme forte sombre dans l’infiniment glauque, c’est bien dommage.

(Et quand je pense au plus classique mais magnifique, épuré et élégant Frantz de François Ozon qui était mon César perso à moi, j’ai mal au coeur, sérieux.)

ELLE, un film de Paul Verhoeven avec Isablle Huppert, Isabelle Huppert et Isabelle Huppert 

Fantastic Birthday, un conte onirique

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Greta est une jeune fille solitaire et mal dans sa peau qui s’apprête à avoir 15 ans. Elle est prise de panique lorsque ses parents lui annoncent l’organisation d’une grande fête d’anniversaire.

Dès le début de « Fantastic Birthday » on sait qu’on a affaire à un univers très personnel et très décalé (et aussi très daté seventies) qui fait songer à un mix de Wes Anderson et de Michel Gondry, avec un zeste de Tim Burton. Les cadrages, les couleurs sont très recherchés, le film fourmille d’idées très drôles et de symboles en rapport avec le passage de l’enfance à l’adolescence, car c’est bien connu, à l’âge de 15 ans tout change et plein de choses étranges arrivent, comme se plait à murmurer à Greta sa grande soeur.

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La vie n’est déjà pas si simple pour Greta qui vient d’emménager dans une nouvelle ville et découvre son nouveau collège, peine à se faire des amis et se fait enrôler de force par des triplées pom pom girls aussi flippantes qu’un film de Stanley Kubrick. Seulement voilà, la jeune fille n’est pas pressée de sortir de l’enfance pour ce nouveau monde qui l’effraye, comme cette forêt sombre fermée par des arbres menaçants d’où émergent parfois de bien curieuses créatures. Mais un jour, il faut bien affronter ses peurs…

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Tu l’as compris, on est bel et bien dans un conte onirique où une enfance entière peut tenir dans une boite à musique, où Greta ressemble à une Alice au Pays des Merveilles qui rencontrerait les Maximonstres au pays du Magicien d’Oz ; autant de références qui racontent le rapport complexe à la féminité ou à la sexualité, à la fois la naïveté et la cruauté adolescentes. Un premier film original et créatif très réussi.

Fantastic Birthday, un film de Rosemary MYERS, avec Bethany Whitmore, Harrison Feldman… sortie en salles le 22 mars