Larguées, comédie pétillante

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Rose et Alice sont deux frangines qui mènent des vies aux antipodes l’une de l’autre, mais qui ont en commun le désir de rendre le sourire à leur maman fraîchement larguée. En route pour une semaine de vacances en club à la Réunion !

Honnêtement je n’ai jamais été une fan de Camille Cottin et encore moins de sa « Connasse » (je ne supporte pas les caméras cachées, c’est plus fort que moi ça me met terriblement mal à l’aise…), mais grâce à ce « Larguées » (et un petit peu grâce à la série « Dix pour Cent » aussi…) je révise entièrement mon jugement. Les deux Camille (Chamoux, pour la seconde) sont en roue libre et divinement drôles ! Alors que l’une mène une vie de fêtarde permanente, l’autre est en total contrôle, alors forcément entre les deux ça fait des étincelles, avec au milieu une (parfaite) Miou-Miou blasée tendance dépressive.

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Car finalement elles sont toutes bel et bien larguées dans tous les sens du terme ces nanas-là. Peut-être est-ce le personnage de la mère qui finit par s’assumer le mieux en (re)découvrant le plaisir d’être désirée (grâce à un Johan Heldenbergh qui, notons-le au passage, est souvent généreux de son corps dans ses films…) ? au-delà des cases toutes prêtes pour y ranger la fille bordélique qui va mûrir un bon coup ou la fille trop sage qui s’essaye à la fantaisie, la réalisatrice y introduit des nuances de façon intelligente, ce qui change un peu dans la comédie française récente (j’ai en tête quelques titres de films soi-disant subversifs prétendant casser l’image de la femme moderne et qui au final sont de sacrées bouses, mais chut…) ; il n’y a qu’à voir le personnage du petit garçon auquel s’attache Camille Cottin, franchement réussi et émouvant. Le trio d’actrices nous fait profiter d’une belle complicité donnant lieu à des scènes irrésistibles de drôlerie, avec pour seul regret une fin un peu abrupte (fin du séjour en Club = end of the film… really ?).

Bref, c’est une comédie à aller voir absolument entre copines, ou entre mère et fille car forcément, on s’y reconnaîtra un peu ; pas forcément une histoire de stéréotypes, peut-être parce que simplement la réalisatrice a touché juste avec ce bel éventail des qualités et des défauts féminins. En tout cas les actrices s’amusent… et nous aussi !

 

LARGUEES, un film d’Eloïse Lang avec Camille Cottin, Camille Chamoux, Miou-Miou, Johan Heldenbergh… actuellement en salles

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Ready Player One, pop film

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Steven Spielberg revient à ses premières amours, depuis Rencontres du Troisième Type, E.T. l’extraterrestre, A.I.Intelligence Artificielle, Minority Report…, mais comme pour chacun de ces films, il s’adapte à son époque, et vu comme il a pu se montrer visionnaire parfois, on a du souci à se faire ! car voici la société future qu’il nous propose en adaptant le roman d’Ernest Cline : en 2045, la vraie vie est si difficile que les êtres humains se réfugient dans l’Oasis, un univers entièrement virtuel créé par James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci a décidé de léguer son univers à celui qui en découvrira les clefs dissimulées dans l’Oasis. Une véritable chasse au trésor commence, et le jeune Wade Watts décide d’entrer lui aussi dans la course…

Voilà du grand spectacle, avec plus de la moitié du film entièrement en effets spéciaux à te coller au siège et à t’empêcher de reprendre ton souffle, notamment dans des scènes de course poursuite ou de bataille. L’une des particularités du film est d’être truffé de références à destination des fans de jeux d’arcade des années 80 ; je pense que certaines m’ont échappé (au vu des réactions de la salle) mais j’ai quand même repéré Star Wars, Minecraft, Batman, Le Géant de Fer, Le Seigneur des Anneaux, Tron… et Jurassic Park !
Mais il y a aussi toutes celles qui ne sont pas nommées et pourtant immanquables, toute cette culture pop des années 80 qui va des Goonies aux Aventuriers de l’Arche perdue en passant par Retour vers le futur (cf affiche et bande originale). La partie qui m’a le plus bluffée se passe dans l’hôtel du Shining de Stanley Kubrick, probablement les séquences les plus flippantes !

Evidemment, il est difficile de reconnaître la patte de Spielberg dans les scènes virtuelles, l’idée des avatars est bonne (derrière lequel te réfugierais-tu ?) mais ils sont quand même bien envahissants ces personnages, même dans une scène romantique c’est compliqué de ressentir quoi que ce soit, aussi bluffante soit la technique. On le retrouve heureusement dans les parties « réelles », dans le personnage de ce gamin orphelin et surtout de ce créateur coincé dans sa bulle romantique, totalement à l’extrême opposé du monde semi-monstrueux et quasi hors de contrôle qu’il a créé, un personnage mélancolique accroché à son enfance et dépassé par le monde extérieur.

Bref, un vrai film de cinéma fait pour le cinéma, à la fois hommage à une époque révolue et projection dans un futur qui risque fort de nous submerger si on n’en maîtrise pas mieux les clefs.

 

READY PLAYER ONE, un film de Steven Spielberg avec Tye Sheridan, Olivia Cooke…  en salles le 28 mars.

« La Forme de l’Eau », GlouglouLand

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Elisa est muette et solitaire, travaillant de nuit à faire le ménage dans un laboratoire gouvernemental ultrasecret. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle découvre une expérience encore plus secrète que les autres…

Oublions les Oscars, oublions les histoires de plagiat, quel est cet ovni étrange qui se démarque un peu-beaucoup dans la production cinématographique récente ? J’ai entendu et lu beaucoup de déceptions de-ci de-là, dûes peut-être à un souci d’identification ou de public visé, mais si l’on connaît un peu l’univers de Guillermo del Toro on sait dès le départ qu’on risque d’être face à un univers sombre. C’est un film fantastique à inspirations multiples (c’est tellement indéniable) qui nous raconte une histoire d’amour, une vraie, une forte ; mais attention, c’est loin d’être un film tout public, certains scènes sont violentes (torture et doigts pliables), l’héroïne est une coquine (mais oui) et le chat n’est pas l’ami du poisson (comprendra qui verra le fim, no spoil, mais miaou quand même).

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La réalisation est élégante et aquatique, quant à l’interprétation, y a-t-il quelqu’un qui a remarqué comme moi que Sally Hawkins avait le même sourire timide que Eddie Reymane ? Toujours parfaite Octavia Spencer, glaçant Michael Shannon, qui cumule tant de qualités humaines (raciste, misogyne, violent et j’en passe) qu’il en devient l’archétype du monstre face à la « créature » qui souffre et éprouve des sentiments. Légèrement manichéen ? sans doute. Les gentils, c’est vrai, sont des bisounours, le méchant est une sale brute perverse. Le film oscille constamment entre poésie à la Amélie Poulain et diatribe politique sans trop savoir de quel côté pencher, mais finalement on en retiendra un conte humaniste visuellement très réussi.

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LA FORME DE L’EAU, un film de Guillermo del Toro avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins… actuellement en salles ✩

Jusqu’à la garde, film coup de poing

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En général lorsque je vais au cinéma j’essaye de sélectionner un film qui me fasse rêver, décoller de mon siège pour oublier le quotidien. Mais quand tu rencontres sur le net, les réseaux, les blogs, les critiques, une unanimité à propos d’un film que tu n’aurais sans doute pas été voir en temps normal, tu finis par te dire : celui-là je ne dois pas le manquer.
Et je n’ai pas rêvé, non, j’ai cauchemardé. Mais c’était voulu. Et c’était réussi. Soyez donc prêts à ce que vous allez voir : il s’agit bien d’un film sur les violences conjugales (je mets au pluriel, on sait bien que les coups ne sont pas que physiques). Qui commence par une immersion dans le bureau d’un juge qui doit décider de la garde d’un enfant de 11 ans alors que ses parents sont en plein divorce et incapables de s’entendre. L’affaire on le sent d’emblée ne va pas être simple, comme le dit la juge : « lequel de vous ment le plus ? ». Voilà ce qui va nous mener tout au long du film : que se passe-t-il vraiment au sein de cette famille ?

Il ne faut rien raconter de plus, le réalisateur nous immerge progressivement dans son histoire à coup de longues scènes quasiment en temps réel, filmées au plus près des acteurs, au plus près aussi ces petits bruits du quotidien qui deviennent intolérables, comme le clic d’une ceinture de sécurité ou le bruit d’un ascenseur qui monte. Progressivement et de manière inouïe, tu te laisses envelopper par un climat d’anxiété qui atteindra son paroxysme dans une ultime scène digne d’un film d’horreur (que l’on attend et que l’on craint tout au long du film), mais en pire car réaliste, insupportablement réaliste.
L’interprétation est parfaite, mention spéciale à Thomas Gioria, ce petit garçon à la douleur et à la colère immenses qui m’a fait tant de peine. J’ai fini le film en apnée et en pleurs (et je n’étais pas la seule dans la salle), c’est un véritable coup de poing auquel il vaut mieux être préparé en allant voir le film.

 

JUSQU’A LA GARDE, un film de Xavier Legrand avec Denis Ménochet, Léa Drucker… actuellement en salles ✩

Gaspard va au Mariage, un film sur la fin de l’enfance

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Gaspard s’est éloigné de sa famille il y a des années maintenant, mais lorsque son père se remarie, c’est l’occasion de renouer avec le zoo familial (littéralement et symboliquement), sous le regard perplexe de Laura, une jeune femme rencontrée dans un train qui a accepté de jouer le rôle de sa compagne pour quelques jours…

Il avait tout pour me plaire ce film : un zoo, une famille loufoque, une maison de folie (la beauté de cette vieille baraque ! ses murs chauds et décrépits, ses coussins bariolés, sa végétation omniprésente et ses bébés lions qui se baladent…). Plein de bonnes idées donnant lieu à de jolies scènes, un corps abandonné aux petits poissons (tu sais, ceux qui te boulottent les pieds), quelques scènes de danses psychédéliques, d’autres hyper sensuelles, un découpage en chapitres ouverts par de jolis ralentis, une chouette musique…
Les filles tiennent le haut de l’affiche en terme de déjantage : qui préférer, de celle qui suit des gens au hasard pour se menotter à des rails du train ou accepter de servir de fiancée, ou de celle qui se prend pour une ourse et bouffe des racines. Les garçons sont un peu plus terre à terre et « raisonnables » – mais tout est relatif, il n’y a qu’à voir leur père, irrésistible cavaleur.

Et pourtant, en dépit de tout cela il m’a manqué un petit quelque chose, je me suis bizarrement ennuyée alors que tout respire ici la fantaisie. C’est tout de même un film qui se démarque joliment du cinéma français, un film sur la fin de l’enfance, l’adieu à son paradis en super 8, ce moment où il va falloir cesser de s’accrocher aux souvenirs ou aux lieux et entrer dans la vie d’adulte, en partant, en se mariant, en faisant l’amour ; peut-être m’a-t-il manqué un peu de soleil sur le Limousin, car finalement tout ceci est finalement très mélancolique et assez triste.

 

GASPARD VA AU MARIAGE, un film d’Antony Cordier avec Félix Moati, Laetitia Dosch… actuellement en salles

« Normandie Nue », tous à poil ! (ou pas)

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À Mêle-sur-Sarthe, petit village normand, les éleveurs sont touchés par la crise. Balbuzard, le maire de la ville est décidé à tout tenter pour sauver son village… y compris de convaincre les habitants de poser nus pour un photographe américain de passage !

C’est l’américain Spencer Tunick qui depuis une quinzaine d’années dénude les foules dans les plus grands capitales. L’imaginer faire une fixette sur l’un de nos champs normands et vouloir à tout prix y dénuder les habitants a tout de l’idée cocasse ; si au passage on peut évoquer la crise que traverse nos agriculteurs, c’est plutôt pas mal.
Philippe Le Guay est un réalisateur bienvillant, c’est évident, il aime ses personnages et les rend tous très attachants, mais à trop vouloir en dire et en montrer, de la crise agricole à l’amourette entre le jeune (cycliste ? photographe ? on ne sait pas…) revenu de la capitale et la jolie fromagère, de la dépression du néorural (racontée, on ne sait pourquoi, par la voix off de son ado de fille allergique à la campagne… pas inintéressant mais pas du tout intégré au reste), à la jalousie maladive du boucher (Grégory Gadebois si touchant dans ce personnage intéressant en diable)… bref, il ne fait qu’esquisser énormément de choses, de pistes et de scènes sans les approfondir. Parler du mal-être des agriculteurs ? de la pudeur, du sacrifice, du charme de la campagne, du caprice d’un artiste ?

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Bref voilà un grand bazar porté par un François Cluzet très en forme, qui se regarde avec plaisir même si on se demande franchement en quoi le fait de poser les fesses à l’air va sortir les cultivateurs de la mouise, et duquel en dépit de beaucoup d’incohérences et de maladresses on sort avec le sourire et un enthousiasme communicatif… tous à poil ! (euh, en fait nan)

NORMANDIE NUE, un film de Philippe Le Guay avec François Cluzet, Toby Jones, Arthur Dubois… actuellement en salles

{Séance de rattrapage} La Promesse de l’Aube

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Romain Gary, l’homme aux 1000 vies, le mystificateur littéraire, fut certainement l’un des romanciers majeurs du XXème siècle ; il raconta dans son autobiographique « Promesse de l’Aube », dont voici l’adaptation, l’influence de sa mère dans son existence tumultueuse…

Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais.

L’amour maternel, ce cadeau, ce fardeau… Romain Gary essayera toute sa vie de devenir exactement ce que sa mère voulait qu’il devienne : ambassadeur, écrivain, héros de guerre !! et si l’histoire n’était vraie on trouverait insensé et invraisemblable cet amour démesuré, cette mère envahissante jusqu’à l’étouffement, aimante jusqu’à la gêne, excessive en tout, héroïne et héroïque qui jamais ne baissa les bras et voulut à grands cris le meilleur pour sa progéniture : les plus beaux vêtements, les meilleurs cours, la France, la gloire (de son vivant, tant qu’à faire).

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Reconstitution carrée de l’enfance polonaise grise avec un petit garçon aux grands yeux dévorants, d’une adolescence sous le soleil niçois pas forcément convaincante (et même un brin gênante), d’un ciel en explosion sous les bombardements ennemis aux hôpitaux sepia on retiendra des acteurs habités, tellement habités, Pierre Niney parfait comme à son habitude et une Charlotte Gainsbourg comme on ne l’a jamais vue, excentrique et outrancière, exaltée et passionnée, sans oublier des seconds rôles vraiment réussis (Darroussin, Bourdon…). L’adaptation est classique et soignée mais le roman était probablement suffisamment foisonnant sans en rajouter, l’histoire bien assez épique. Et surtout, une fois vu le film on se précipitera sur l’oeuvre de Romain Gary pour continuer à y chercher tout ce qu’il – tout ce qu’on – doit à sa mère.

 

LA PROMESSE DE L’AUBE, un film de Eric Barbier avec Charlotte Gainsbourg, Pierre Niney… toujours en salles.