Yesterday, all you need is a good movie

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Jack est un artiste qui galère pour se faire une petite place dans le monde de la musique et vivote de petit concert en plan pourri, encouragé par Ellie, son amie d’enfance et manager. Le jour où il décide de tourner la page, il est victime d’un choc à la tête et reprend conscience… dans un monde où les Beatles n’ont jamais existé (et pas seulement eux, d’ailleurs, mais… surprise).

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Outre la scandaleuse idée que le monde soit passé à côté de quelques chefs d’oeuvre, n’est-ce pas l’occasion rêvée pour l’auteur-compositeur-interprète de se révéler au monde ? Sacré cas de conscience pour Jack. Sur cette étonnante idée de départ, Danny Boyle (très sage !) propose une comédie originale, parfois hilarante (forcément, avec Richard Curtis à la barre), parfois longuette et gentillette (l’histoire d’amour), mais pour tout ce qui concerne la musique (les scènes de concert, une rencontre improbable et poétique et un taillage en règle de l’industrie musicale) les fans devraient être comblés. Qu’on aime ou pas les Beatles il est difficile de quitter la salle sans fredonner (personnellement j’ai Help ! en tête depuis une semaine ) et sans réfléchir à l’influence de certaines œuvres sur nos vies.

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YESTERDAY, un film de Danny Boyle avec Himesh Patel, Lily James, Ed Sheeran… actuellement en salles

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Green Book, la route de la tolérance

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1962. Tony Lip joue les gros bras dans une boîte de jazz dans le Bronx. Italo-Américain, il coche toutes les cases : grande gueule, gros cogneur, grand bouffeur, gros buveur, grand raciste. Il est engagé pour conduire le Dr Don Shirley, un pianiste noir de renommée mondiale lors d’une tournée de concerts jusque dans le Sud des Etats-Unis. Le conduire et surtout, le protéger…. 

Le Green Book du titre est un guide qui a existé jusqu’en 1966 et qui détaillait les établissements acceptant d’accueillir et de servir les personnes de couleur : le décor est posé. Nous voici embarqués dans un road movie qui dresse le catalogue de tous les préjugés de l’époque, mais ce qui est le plus frappant ici, c’est que contrairement à ce qu’on attend les deux héros ne vont pas foncer tête baissée entre les griffes de ploucs du Klu Klux Klan. C’est beaucoup plus insidieux, puisque le pire viendra de personnes éduquées se prétendant cultivées et ouvertes d’esprit au point d’ouvrir leur salon à un concertiste de talent, mais pas au point de l’inviter à leur table.

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Mais les véritables patrons du film ce sont ces deux acteurs extraordinaires, Viggo Mortensen (presque méconnaissable) et Mahershala Ali (quelle découverte !), qui forment un duo inoubliable : leurs échanges et les piques qu’ils se balancent à longueur de film sont tellement drôles et parfois inattendus, là se trouve le vrai sel du film. Au final, comme le périple qu’a voulu faire absolument le Dr Shirley au mépris de sa sécurité, et même si elle n’évite pas quelques grosses ficelles inévitables pour un film américain de ce type, c’est une belle route vers la dignité effectuée par deux hommes engoncés dans leurs idées reçues respectives, vers l’ouverture et la tolérance, et c’est vraiment un beau voyage.

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GREEN BOOK, un film de Peter Farrelly avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali… actuellement en salles

Colette, les années Claudine

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Dans ce biopic le réalisateur Wash Westmoreland a décidé de ne raconter que la jeunesse et première vie de l’auteure Colette qui en eut cent, racontant son mariage, ou plutôt son étrange association avec son mari Willy.

Willy était déjà un écrivain reconnu lorsqu’il enleva la la toute jeune Gabrielle Sidonie Colette de son village de campagne pour l’épouser. Il lui fait connaître le Paris exubérant et bouillonnant de la Belle Epoque artistique et frivole, et de fil en aiguille, la pousse à écrire pour lui. Contre toute attente, le personnage de Claudine imaginé par Colette connait un succès fulgurant que s’empresse d’exploiter le mari – naissance du marketing ! Mais la jeune écrivaine dans l’ombre du mari volage, fantasque et vantard rêve d’émancipation.  Si leur duo finit par tourner au conflit, Willy eut le grand mérite de permettre à Colette de se révéler en tant que plume, mais pas seulement : le libertinage échevelé de l’un permit à l’autre de partir en quête de sa propre sensualité, tantôt en partageant la même maîtresse que son mari, tantôt en assumant sa relation avec Mathilde de Morny-Missy. Autant d’anecdotes délectables qui permettent de cerner le personnage et de goûter à une époque exubérante et permissive.

Quant à Keira Knightley, on ne peut pas prétendre qu’elle ressemble physiquement à la jeune Colette, mais tout, dans la mise en scène (classique et respectueuse), des décors à la lumière en passant par les costumes, la reconstitution de documents d’époque, permet de l’oublier, d’autant que l’actrice passant d’oie blanche à femmes d’affaires intraitable est particulièrement convaincante et déterminée (probablement comme son illustre modèle). Même si le réalisateur est loin d’avoir fait le tour de son sujet,  son film donne envie de (re)découvrir l’oeuvre de l’auteure du « Blé en Herbe », ce qui en soi est déjà une belle réussite.

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COLETTE, un film de Wash Westmoreland avec Keira Knightley, Dominic West… actuellement en salles

« L’Heure de la Sortie », l’alarme a sonné

Le professeur de français des 3ème1 du prestigieux collège de Saint-Joseph vient de se suicider sous les yeux de ses élèves. Pierre Hoffman, appelé à le remplacer, réalise très rapidement que certains élèves ont des comportements étranges…

Les collégiens en question sont des surdoués arrogants, détestés par tous leurs congénères et prenant plaisir à rabaisser leurs pairs – et leur professeur. Ils font la tronche tout le temps, s’adonnent au bizutage et au harcèlement, s’expriment à coups de sentences prophétiques. Le prof (Laurent Lafitte, plus que parfait), décontenancé mais fasciné malgré lui, décide de creuser un peu, se mettant même à les suivre pour déjouer leurs manigances qu’il compte bien dénoncer…

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L’ambiance installée par Sébastien Marnier (réalisateur du déjà très marquant « Irréprochable« , avec Marina Foïs) contribue à 200 % à la singularité et à la réussite de ce film étrange adapté d’un roman de Christophe Defossé.
On démarre par le tableau d’une jeunesse désenchantée et inquiétante angoissée par son futur, qui se montre de plus en plus provocatrice et menaçante. Si l’on sent ensuite la tension et la paranoïa monter très vite, déjà bien épaissies par la canicule et les cauchemars kafkaïens du héros, on se laisse dérouter par plein d’hypothèses du type sectaire, alors que la fin réserve une surprise de taille cataclysmique et franchement perturbante. Et s’ils étaient tout simplement plus lucides que nous, ces gamins flippants au regard aussi fixe que des damnés ?

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L’HEURE DE LA SORTIE, un film de Sébastien Marnier avec Laurent Lafitte, Emmanuelle Bercot, Pascal Greggory… actuellement en salles.

Pupille, peau à peau

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La mère de Théo a décidé d’accoucher sous X, avec la possibilité de se rétracter durant 2 mois. Durant ce laps de temps, les services de l’aide sociale prennent en charge le nourrisson. Alice, 41 ans, attend depuis 8 ans de se voir confier un enfant… « Pupille » suit le processus d’adoption du petit garçon, de sa naissance jusqu’à son arrivée dans son nouveau foyer.

Lorsque les lumières de la salle se rallument les mouchoirs sont de sortie, difficile de garder un oeil sec devant l’histoire de Théo et cette incroyable chaîne humaine qui s’est mise en fonctionnement afin de permettre la rencontre d’une mère et de son fils. Jeanne Herry raconte avec force détails ce parcours des combattants (voir le discours très réglementé mais ni moraliste ni exempt de compassion de l’accueillante, seule personne en contact avec la mère biologique), sans jamais oublier l’émotion : pour appliquer des règles et des lois à la lettre afin de protéger les uns et les autres, les services sociaux n’en sont pas moins constitués d’êtres humains avec leurs propres soucis et leur propre sensibilité.

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Bien sûr, tout n’est pas si simple, le chemin est semé d’embûches, de souffrance et de déceptions – et de hasards aussi, jusqu’à faire de chaque rencontre finale un véritable petit miracle. La réalisatrice filme au plus près de ses personnages, à fleur de leur peau, pour montrer l’anxiété d’une candidate à l’adoption, le duvet de la joue d’un bébé, la lassitude d’un travailleur social ou la douceur d’une main enveloppante et rassurante. Elle met aussi l’accent sur l’importance de la parole, celle qu’on transmet et celle qu’on reçoit.

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Les acteurs sont d’une justesse folle, d’Elodie Bouchez (sa ténacité, son sourire) en passant par Gilles Lellouche (sa tendresse et ses doutes) ou Sandrine Kiberlain (discrète amoureuse accro aux bonbecs). Un petit bonheur de film qui met du baume au coeur et un peu de foi en l’humain, ce qui n’est pas négligeable ces temps-ci.


PUPILLE, un film de Jeanne HERRY, avec Elodie Bouchez, Gilles Lellouche, Sandrine Kiberlain… actuellement en salles 

First Man, la course à la lune

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Neil Armstrong a été, le 21 juillet 1969, le premier homme à marcher sur la lune. First Man raconte la préparation de ce voyage historique, au milieu d’hommes dont la vie fut vouée à la conquête spatiale, souvent au détriment de leur vie personnelle.

C’est un film marquant, limite perturbant à plus d’un titre. D’abord, tu n’as jamais vu la conquête spatiale sous cet angle : des décennies avant les comptes-rendus poétiques et instagrammables de Thomas Pesquet, bienvenue dans la course suicidaire à la lune. Ici, les hommes se tuent à l’entraînement ou explosent en vol, tandis que les épouses attendent comme des Pénélope anxieuses regroupées dans des quartiers pavillonnaires. On est forcé de se demander qui a pu imaginer un jour que ces énormes tas de ferrailles maintenus par de gros écrous et propulsés par une explosion aient un jour la moindre chance de traverser l’atmosphère et encore moins de se poser sur une autre planète. Ici tu reviens aux fondamentaux, ce que l’on apprend de manière abstraite et ce que nous ont fait oublier les films avec George Clooney ou avec Tom Hanks, on se le prend en pleine figure avec l’odeur du fuel, la sueur qui goutte sous la visière du casque et la vie qui tient à une étincelle. La reconstitution est ultra réaliste et anxiogène, nous replaçant en outre à une époque où les critiques envers le coût financier et humain de cette épopée prenaient de plus en plus d’importance aux Etats-Unis.

Ensuite c’est sacrément bien filmé, ce qui n’est pas une surprise avec Damien Chazelle (Lalaland certes, mais aussi Whiplash, si tu ne l’as pas encore vu, fonce !). TU es dans la navette, TU pars en vrille, TU vois tous les boutons du tableau de bord clignoter comme des fous furieux, TU déposes ton pied sur la lune (le grand pas pour l’homme, blablabla). La réalisation est vraiment scotchante et on reste en apnée pendant tout la durée du film. Et même si le réalisateur a estimé nécessaire d’évoquer le deuil d’Armstrong, père abîmé par la perte de sa petite fille, peut-être pour rendre plus humain, intéressant ou ambigu un homme passé à la postérité mais distant, semblant tenir les émotions (et sa famille) à distance – ce qui était forcément une qualité nécessaire à sa mission, car le type dans la situation perdue d’avance garde un calme légendaire sans jamais céder à la panique, le film est un bel objet un peu lisse, un peu froid, un peu long, mais techniquement parfait.

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First Man : le premier homme sur la lune, un film de Damien Chazelle avec Ryan Gosling, Claire Foy, Kyle Chandler… actuellement en salles.

Le Grand Bain, l’esprit d’équipe

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Bertrand, Marcus, Simon, Laurent… une bande de quinqua se retrouve sur le bord d’une piscine pour réaliser un défi fou : participer au Championnat du monde de natation synchronisée masculine…

Comment et pourquoi ces gars-là ont-ils choisi la natation synchronisée ? on ne sait pas trop, et dans le fond on s’en moque (même si le chlore ça passe vachement bien à l’écran quand c’est bien filmé). Sur le papier ça parait dingo, mais pas plus finalement que d’essayer de faire entrer un carré dans un rond – et inversement. Gilles Lellouche s’est emparé de personnages d’hommes abimés qui se demandent où sont passés leurs rêves et vieillissent avec leurs faiblesses et leurs fragilités, leurs bides et leurs rides ; car attention le fond (de la piscine) est tristoune, la dépression rôde et les héros sont loin, très loin, entre musicien raté, chômeur dépressif, escroc de bas étage, père divorcé ou veilleur de nuit lunaire mais pas moins solitaire. Mais lorsqu’ils se verront proposer une possibilité de se dépasser, ou simplement d’exister, ils trouveront dans leur drôle d’équipe le courage d’aller jusqu’au bout – parce qu’ensemble, c’est bon de le rappeler, c’est toujours mieux.

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Evidemment on s’attend à un Full Monty à la française, impression confortée par la première demi-heure, mais ensuite le film prend son envol pour ne plus ressembler qu’à lui-même, grâce surtout à ses interprètes. Car le casting est en or massif, impossible de départager les acteurs tellement ils excellent, même si Philippe Katerine se détache sensiblement du lot avec son personnage sensible et irrésistible ; les filles sont tout aussi impressionnantes, Marina Fois, Leila Behkti et Virginie Efira.
Tu l’as compris, on n’est pas dans la comédie française qui se bidonne, non c’est beaucoup mieux : une histoire tendre et intelligente dont on ressort avec le sourire après avoir fait le plein d’émotion.

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LE GRAND BAIN, un film de Gilles Lellouche avec Mathieu Amalric, Virginie Efira, Guillaume Canet, Leïla Bekhti, Benoît Poelvoorde, Marina Foïs… en salles le 24 octobre.