{Coup de Coeur} Un Mariage Anglais

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Gil Coleman est un écrivain rendu célèbre il y a longtemps de cela par un roman sulfureux ; ses deux filles, Flora et Nan, aussi différentes qu’on peut l’être, sont réunies autour de leur père souffrant après un accident survenu juste après qu’il ait, selon lui, reconnu son épouse disparue, Ingrid. Alternant l’histoire des deux soeurs avec des lettres rédigées par Ingrid et parsemées dans des livres au hasard (enfin, pas tout à fait au hasard…), « Un Mariage Anglais » raconte la vérité d’un couple derrière les apparences, l’amour fou, puis la trahison, puis la perte…

Je crois que ce n’est pas forcément bon d’avoir une imagination plus vivante et plus grande que la vie elle-même…

Ingrid avait 20 ans et plein de projets, avec son amie Louise elles s’imaginaient une vie de liberté, en dehors des sentiers battus. Et puis elle a rencontré ce professeur de littérature atypique à l’université, et sans tenir compte de la différence d’âge ni de sa réputation de séducteur, alors que leur liaison a pour conséquence directe de les mettre au ban de la fac, elle choisit de laisser de côté ses rêves pour s’installer dans une maison au bord de mer et faire des enfants. Mais au fil du temps, l’absence de Gil, la perte de ses bébés tant espérés, l’éloignement de son amie pèsent sur Ingrid qui, réfugiée dans son Pavillon de nage, commence à écrire à son mari des lettres qu’elle ne lui enverra jamais mais glissera dans des livres, comme une réponse à cette marotte qui est la sienne de conserver des livres annotés ou marqués par leurs lecteurs successifs.

Quelle belle écriture pour parler de de la perte des illusions, de la confiance trahie et tout ce que l’on est prêt à accepter par amour… Ingrid aura été tout au long de son mariage dans une vraie solitude et une réelle souffrance, ne trouvant de réconfort que lorsqu’elle part nager loin, très loin ; jusqu’au bout son époux l’aura utilisée, y compris lorsqu’il finira par trouver le succès en tant qu’écrivain. On aimerait que toutes ses lettres soient découvertes par ses filles qui traînent le poids de l’histoire familiale et risquent de rester dans l’insupportable incertitude : Ingrid s’est-elle noyée ? A-t-elle prémédité sa disparition ? C’est un roman fort et touchant sur les regrets, à découvrir absolument !

Ecrire ne sert à rien tant que personne ne vous lit, et chaque lecteur voit quelque chose de différent dans un roman, dans un chapitre, dans une ligne. (…) Un livre ne prend vie que lorsqu’il entre en interaction avec un lecteur. Que pensez-vous qu’il se produise dans les creux, les non-dits, dans tout ce qui n’est pas écrit ? Le lecteur comble les vides avec sa propre imagination.

 

UN MARIAGE ANGLAIS, Claire Fuller, (trad. Mathilde Bach) Editions Stock