{Coup de ♥ } The End, Zep

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Théodore Atem vient d’intègrer une équipe de chercheurs dirigée par le professeur Frawley, qui travaille sur la communication des arbres entre eux et avec les humains. Alors qu’ils tentent de percer le secret du codex des arbres, des évènements étranges surviennent : des promeneurs meurent mystérieusement en forêt, les animaux sauvages ont un comportement inhabituel, des champignons toxiques prolifèrent… sonnant peut-être l’imminence d’une catastrophe planétaire.

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Dès les premières pages j’ai songé à ce livre allemand de Peter Wohlleven devenu best seller, « La Vie Secrète des Arbres » (Les Arènes), qui met en évidence l’intelligence des arbres et leur faculté à communiquer et à s’adapter, leur permettant aussi de parer à d’éventuelles menaces. Il n’est pas difficile alors d’imaginer que leur pouvoir d’influence puisse s’étendre d’une manière ou d’une autre à l’homme, et sur la base de ces constatations scientifiques, il n’y a plus beaucoup de pas à franchir (ce que fait allégrement Zep) pour se poser certaines questions : et si les arbres savaient… tout ? et s’ils pouvaient le cacher aux hommes ? et si c’étaient eux en réalité qui contrôlaient le monde, avaient le pouvoir de le réguler, et même de faire disparaître des espèces, peut-être même dans leur propre intérêt ? Sommes-nous les prochains dinosaures ?

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Comme dans son précédent « Un Bruit Etrange et Beau », on est loin de Titeuf évidemment, et parfois on oublie que ces personnages au tracé délicat sont issus du crayon de Zep. J’ai un véritable coup de coeur (avec un unique bémol sur la couverture que je n’aime vraiment pas et qui tranche avec un contenu recherché, expressif et délicat) pour cette BD à message écologique rythmée par les chansons des Doors, et qui finit tout de même sur une belle note d’espoir. Et si on avait droit à une seconde chance ? De quoi rendre humble la prochaine fois qu’on fera une ballade en forêt.

 

THE END, Zep, Rue de Sèvres

 

✩ Merci à Babelio & à Rue de Sèvres pour cette très belle découverte ✩

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« Allô, Major Tom ? », improbable et cocasse

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C’est l’histoire tout à fait improbable d’un voyage sans retour, celui qu’a choisi de faire Thomas Major, affreux misanthrope, horrible grincheux qui use de l’humour pince-sans-rire comme d’une arme. Et quoi de mieux pour s’éloigner de ces congénères qu’il exècre tant que de … partir sur la lune, littéralement ? Voilà comment il est devenu Major Tom (oui, comme dans la chanson de Bowie), prenant la place d’un astronaute alors qu’il n’était jusqu’alors qu’un modeste technicien chimiste, et est en passe de devenir le premier homme à aller sur Mars pour y préparer sa future colonisation.

Rien dans ces circonstances ne le prédisposait à entrer en contact avec Gladys, une vieille dame de 71 ans qui commence à présenter les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer, ni avec James, un petit génie harcelé à l’école, ni avec sa soeur Ellie, 15 ans, qui entre une maman disparue, un père en prison et une grand-mère qui perd la mémoire, est contrainte de grandir trop vite pour éviter que la famille ne soit repérée et séparée par les services sociaux et expulsée de leur maison.

Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille dysfonctionnelle azymutée à la con est dysfonctionnelle azymutée à sa façon.

Alors que leur histoire lui rappelle des bribes, pas moins tragiques, de la sienne (chargé du poids des infidélités de son père et de la responsabilité de la disparition tragique de son frère Peter), Thomas réalise peu à peu que l’isolement tant souhaité n’est finalement pas la solution du bonheur et que venir en aide à autrui peut apporter un réconfort inattendu.

Le début du livre m’a un peu effrayée, je trouvais que ça partait dans tous les sens, mais peu à peu je me suis laissée gagner par l’histoire et surtout j’ai ri, beaucoup, à certains passages que j’imaginai sans aucun mal devenir des scènes de film. C’est gentiment cocasse, souvent tendre, ça aborde en passant quelques sujets graves (le harcèlement à l’école, les difficultés de certaines familles à sortir la tête de l’eau, la maladie d’Alzheimer), ça se laisse lire avec plaisir _ il faut juste éviter de le laisser traîner devant les yeux de Thomas Pesquet qui risquerait de ne pas se remettre du récit de la préparation express du héros à son voyage vers Mars !

Un jour j’ai lu cette citation d’Einstein : « Apprendre d’hier, vivre pour aujourd’hui, espérer pour demain. L’important est de ne pas cesser de s’interroger. »

 

ALLO, MAJOR TOM ?, David M.Barnett, JC Lattès ✩

Derrière le mur coule une rivière, roman de développement personnel

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Le mur c’est celui derrière lequel se cache Estelle, celui qu’elle s’est construit à force de tout vouloir contrôler. Perpétuelle insatisfaite, elle passe son temps à ruminer et à voir le verre à moitié vide plutôt qu’à moitié plein, et ne laisse pas non plus le droit à l’erreur à son entourage, que ce soit son petit ami rapidement congédié, sa fille, son collègue… La vie d’Estelle est un enfer personnel jusqu’à ce qu’une pyramide de micro évènements, à commencer par la rencontre avec une voisine épanouie et détendue en continuant par des cours de chant, lui apprenne enfin à lâcher prise et à s’autoriser à vivre.

C’est impressionnant le nombre de livres d’épanouissement personnel existant, chacun apportant son lot de conseils pour n’importe quelle difficulté. Et c’est formidable lorsqu’ils sont réellement utiles, mais je fais partie de ces personnes fatiguées avant même de les ouvrir et d’en appliquer les recommandations, eh oui je préfère m’immerger dans une bonne histoire. Aussi les romans de développement personnel sont-ils particulièrement bienvenus, proposant une histoire construite à partir de témoignages réels et émaillant le récit, l’air de rien, de recommandations adaptées et judicieuses ainsi que d’exercices pratiques. Après avoir dévoré « A Fleur de Peau«  consacré à l’hypersensibilité il y a quelques temps, c’est au tour de « Derrière le Mur Coule une rivière », le nouveau roman initiatique de Saverio Tomasella. J’aime le style simple de l’écriture qui raconte l’évolution d’une personne à laquelle on peut absolument s’identifier, le but de ce titre étant le lâcher-prise. « J’accueille chaque promesse de Bonheur, J’accepte de ne pas savoir, Je fais confiance à mes ressentis, Je me considère autrement… », autant de conseils que j’avais envie de me répéter encore et encore. Retrouver suffisament de confiance  en soi pour faire taire ses peurs et ne plus fermer la porte à ses émotions, c’est un vaste programme qui peut nécessiter d’être un peu guidé avec bienveillance, objectif ici atteint.

 

DERRIERE LE MUR COULE UNE RIVIERE, Saverio Tomasella, Editions Leduc ❀

 

{Coup de Coeur} Un Mariage Anglais

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Gil Coleman est un écrivain rendu célèbre il y a longtemps de cela par un roman sulfureux ; ses deux filles, Flora et Nan, aussi différentes qu’on peut l’être, sont réunies autour de leur père souffrant après un accident survenu juste après qu’il ait, selon lui, reconnu son épouse disparue, Ingrid. Alternant l’histoire des deux soeurs avec des lettres rédigées par Ingrid et parsemées dans des livres au hasard (enfin, pas tout à fait au hasard…), « Un Mariage Anglais » raconte la vérité d’un couple derrière les apparences, l’amour fou, puis la trahison, puis la perte…

Je crois que ce n’est pas forcément bon d’avoir une imagination plus vivante et plus grande que la vie elle-même…

Ingrid avait 20 ans et plein de projets, avec son amie Louise elles s’imaginaient une vie de liberté, en dehors des sentiers battus. Et puis elle a rencontré ce professeur de littérature atypique à l’université, et sans tenir compte de la différence d’âge ni de sa réputation de séducteur, alors que leur liaison a pour conséquence directe de les mettre au ban de la fac, elle choisit de laisser de côté ses rêves pour s’installer dans une maison au bord de mer et faire des enfants. Mais au fil du temps, l’absence de Gil, la perte de ses bébés tant espérés, l’éloignement de son amie pèsent sur Ingrid qui, réfugiée dans son Pavillon de nage, commence à écrire à son mari des lettres qu’elle ne lui enverra jamais mais glissera dans des livres, comme une réponse à cette marotte qui est la sienne de conserver des livres annotés ou marqués par leurs lecteurs successifs.

Quelle belle écriture pour parler de de la perte des illusions, de la confiance trahie et tout ce que l’on est prêt à accepter par amour… Ingrid aura été tout au long de son mariage dans une vraie solitude et une réelle souffrance, ne trouvant de réconfort que lorsqu’elle part nager loin, très loin ; jusqu’au bout son époux l’aura utilisée, y compris lorsqu’il finira par trouver le succès en tant qu’écrivain. On aimerait que toutes ses lettres soient découvertes par ses filles qui traînent le poids de l’histoire familiale et risquent de rester dans l’insupportable incertitude : Ingrid s’est-elle noyée ? A-t-elle prémédité sa disparition ? C’est un roman fort et touchant sur les regrets, à découvrir absolument !

Ecrire ne sert à rien tant que personne ne vous lit, et chaque lecteur voit quelque chose de différent dans un roman, dans un chapitre, dans une ligne. (…) Un livre ne prend vie que lorsqu’il entre en interaction avec un lecteur. Que pensez-vous qu’il se produise dans les creux, les non-dits, dans tout ce qui n’est pas écrit ? Le lecteur comble les vides avec sa propre imagination.

 

UN MARIAGE ANGLAIS, Claire Fuller, (trad. Mathilde Bach) Editions Stock

Un Arbre, un Jour… joli conte sensible

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Il orne la place de ce petit village provençal depuis plus de cent ans, il a vu défiler des générations d’habitants, il les a protégé, les a observé, a vécu au gré de leurs habitudes et de leurs émotions aussi bien qu’au rythme des saisons, mais aujourd’hui il est menacé d’abattage pour des raisons obscures. Alors certains villageois vont s’unir pour empêcher la mort annoncée du platane.

Voilà un roman très court et d’un très grand charme, à l’image des précédents ouvrages de Karine Lambert (« Eh bien dansons maintenant ! »), à la fois grave et léger, écrit avec une plume sensible. Tandis que certains considèrent la disparition programmée de l’arbre avec fatalisme, d’autres en réalisent l’importance au coeur de leur quotidien. L’occasion rêvée de mêler des personnalités plus que diverses menées par Clément, un petit garçon courageux : Fanny, photographe spécialisée dans le stylisme culinaire ; Raphaël, indécis chronique qui passe ses séances chez son psy à parler… du platane ; Violette & Adeline, deux soeurs qui vivent ensemble depuis si longtemps qu’elles ont fini par former un véritable couple ; Suzanne, ancienne instit venue reprendre le Bar PMU et dont le mari Joe se remet à peine d’un accident de moto ; Manu, le vendeur d’artichauts qui plane. Et au coeur de la tourmente, François, le messager, l’employé municipal qui applique les consignes à la lettre et a les nerfs à fleur de peau alors que sa Fleur des Iles s’apprête à en faire un papa.

Les arbres dorment, les humains l’ignorent. Tant mieux, s’ils pensaient que nous ne les protégions pas en permanence, ils pourraient vouloir nous abattre tous.

Autant de vies et autant d’histoires observées à hauteur de branches par un arbre bien bavard qui entretient avec l’homme des liens aussi forts que des racines et les tient en haute estime, alors que la véritable raison de sa mort prochaine est typiquement et humainement absurde et cruelle. C’est bien sûr sans compter l’union des coeurs sensibles, un comité de défense auquel j’adhérerai volontiers. Une jolie fable anthropomorphiste et un brin philosophe qui sort en librairie aujourd’hui.

 

UN ARBRE, UN JOUR, Karine Lambert, Calmann-Levy ✾

La Dernière Photo, mort d’une passion

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Après 26 ans de carrière, de voyages et de rencontres, Franck Courtès a définitivement posé son appareil photo dans l’incompréhension générale. Comment en est-il arrivé à rejeter son métier de photographe ? Il livre ses raisons dans ce livre passionnant, et pas seulement pour ceux qui s’intéressent à la photo car il en dit long aussi sur l’évolution de notre société.
Il commence par raconter la façon dont le métier est venu à lui, comment d’emblée il avait déjà le sens du cadrage mais a tout appris de la technique sur le tas en travaillant pour Les Inrocks, Libé, Télérama… Et puis, le métier a commencé à évoluer de la mauvaise façon, de plus en plus soumis au mercantile au détriment d’une vision personnelle, nécessitant de sacrifier le temps et l’exigence nécessaires pour obtenir LA bonne photo (alors que la dernière photo est souvent la meilleure).

J’excellais à ne pas déranger, à me faire oublier. On me complimenta une fois : « Tu sais te rendre invisible. » Triste qualité que celle de ne pas exister.

Se découvrant de plus en plus incapable de produire des photos sur commande, sous la pression de la demande du public, Franck Courtès a progressivement perdu la foi en son métier, sans compter qu’avec l’irruption du numérique et l’explosion d’un narcissime triomphant, chacun se croit dorénavant photographe. Finie la connivence avec le modèle, il faut aller vite, toujours plus vite ! A cela on rajoute le dédain et le manque de respect envers celui qui prend l’image pour illustrer l’article, et il ne manque plus que la goutte d’eau via le caprice d’une pseudo star pour éteindre une passion.
« La dernière photo » dresse un bien triste constat expliquant de façon nette et claire l’évolution d’un métier pourtant extraordinaire, truffé d’anecdotes sur des personnalités plus ou moins connues dont le rapport avec le photographe est plutôt révélateur… Heureusement, après le désamour, l’écriture est venue à Franck Courtès, un nouveau passeur d’émotion comme une continuité du précédent, et c’est tant mieux pour nous, lecteurs.

(…)  tout lieu pouvait faire image pour peu que l’on cherchât bien, car chaque espace contient en lui une photogénie à découvrir.

 

LA DERNIERE PHOTO, Franck COURTES, JC Lattès  ✩

La Saison des Feux, le nouveau roman très réussi de Celeste NG

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Shaker Heights est une banlieue riche et tranquille de Cleveland dont les habitants mènent une vie parfaitement cadrée et planifiée, à l’image des Richardson et de leurs enfants, Lexie, Moodie, Trip et Izzie. Lorsque Mia Warren, mère célibataire menant une vie plutot bohème, vient s’installer à proximité avec sa fille Pearl, les règles vont dangereusement vaciller…

Les règles, les règles, et encore les règles… Comme beaucoup de ses congénères, Madame Richardson considère qu’elles doivent être absolument respectées pour le bien de tous, au sein du quartier comme au sein d’une famille, gage d’une vie idyllique à l’américaine : une belle maison, un emploi stable, un mari aimant, des enfants heureux et en bonne santé.

Les règles existaient pour une raison : si vous les suiviez, vous réussiriez ; sinon, vous risquiez de réduire le monde en cendres.

Lorsque Mia vient compromettre ce modèle de perfection en montrant qu’une autre vie est possible, celle d’une artiste en perpétuel mouvement qui ne rend de comptes à personne et dont on sait rien de son passé, il n’est pas question de la laisser faire. Alors que la vie paisible qu’ils menaient leur parait soudainement bien insipide, les enfants Richardson sont attirés comme un aimant par la bienveillance de Mia, tandis que sa fille au contraire aspire à un foyer plus stable, aisé et confortable. Les conflits couvent inévitablement, cristallisés par l’affrontement entre la mère biologique d’un bébé et les parents qui l’ont recueilli.
Comme j’avais aimé « Tout ce qu’on ne s’est jamais dit » du même auteur ! Si je n’ai pas forcément retrouvé ici la même finesse psychologique, les personnages, ceux des adolescents davantage que ceux des parents, sont à nouveau dessinés avec beaucoup de talent, tous sont intéressants, complexes et aucun n’est angélique ; ainsi le personnage le plus transgressif n’est pas forcément celui, trop évident, de Mia, dont la carrière naissante de photographe a été interrompue par une « erreur » de jeunesse découverte par une Madame Richardson déterminée à éliminer celle qui remet en causes ses sacros saintes règles, mais celui d’Izzie, cette ado en colère qui ne songe qu’à transgresser en frappant le plus fort possible.
C’est aussi un roman sur les rapports entre mère et enfant, les choix insolubles, l’injustice et l’impossibilité de se conformer à un idéal de vie. Très réussi, il vient confirmer le grand talent de l’auteure.

Pour un parent, un enfant n’est pas une simple personne : c’est un endroit, une sorte de Narnia, un lieu vaste et éternel où coexistent le présent qu’on vit, le passé dont on se souvient et l’avenir qu’on espère.

 

LA SAISON DES FEUX, Céleste NG, Sonatine Editions