Sophie Calle & le deuil amoureux

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Quelque chose m’attire dans le travail de Sophie Calle depuis des années, sans que je puisse mettre le doigt dessus précisément ; peut-être un sentiment universel lié à l’autre, au masculin-féminin, à la quête amoureuse, à la perte, à l’humain en somme. Monter une exposition autour de lettres de rupture, accueillir des visiteurs dans un lit au sommet de la tour Eiffel, suivre des inconnus dans la rue, recueillir le dernier souffle de sa mère… Transgression ! Ce que j’apprécie dans l’art contemporain, c’est lorsqu’a priori tu te dis en observant une oeuvre : mais n’importe quoi, quelle idée franchement… et puis lorsque tu découvres l’histoire enfouie derrière, ça te permet une autre perspective, une explication, une beauté même parfois – note que ce n’est pas toujours le cas, loin s’en faut !

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Dans Beau Doublé, Monsieur le Marquis !, elle investit le Musée de la Chasse et de la Nature à Paris, et si pour une partie de l’exposition elle évoque la disparition de son père et le travail de deuil, pour le reste elle s’est intégrée au Musée parmi tableaux et animaux naturalisés… il n’y a plus qu’à partir à sa recherche 

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Pour l’occasion elle a invité une artiste de grand talent, Serena Carone. Regarde cette Pleureuse en faïence émaillée qui se noie dans ses larmes qui coulent pour de vrai…

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Une dormeuse que l’on voit réellement respirer paisiblement, la clef d’une chambre d’hôtel où quelque chose d’important s’est joué….

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Une tasse de café volée à la fin d’un rendez-vous, une lettre d’amour commandée à un écrivain public…

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L’ours blanc emblématique du musée, voué à la disparition… j’aime ces symboles, je les trouve ludiques même s’ils parlent parfois d’une tragédie.

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Et si l’on pouvait nous aussi mettre en vitrine les vêtements qui nous rappellent un rendez-vous amoureux ?

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Beau Doublé, Monsieur le Marquis ! Sophie Calle & son invitée Serena Carone, Musée de la Chasse et de la nature (Paris 3e), jusqu’au 11 février 2018  

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« Le Cyclop », étrange, vous avez dit étrange ?

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Imagine, tu te promènes dans la forêt de Milly (dans l’Essonne), ♪ lalalala je cherche des champignons ♪, et tu te retrouves nez à nez avec un géant de 22,50 mètres de haut (soit un immeuble de sept étages…) et 350 tonnes d’acier ! Ce monstre monumental, on le doit à Jean Tinguely et à sa femme Niki de Saint Phalle (oui, celle des sublissimement rondes et colorées Nanas) qui l’ont construit en secret pendant plus de 20 ans, avec leurs amis artistes (César, Arman, Jean-Pierre Raynaud, Soto…), dans une ambiance qu’on imagine volontiers festive… et bruyante !

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Car non, il n’avaient pas vraiment l’autorisation de construire l’oeuvre à cet endroit, il a certainement fallu ruser et filouter pour tracter jusqu’à ce bout de forêt le matériel nécessaire (à base de recyclage). Le résultat vu de l’extérieur : cette grande tête piquée de minuscules miroirs (qui se sont ternis avec le temps mais seront bientôt rénovés), un oeil unique et une bouche d’où jaillit de l’eau ruisselant sur une langue toboggan.

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La visite à l’intérieure est payante mais vaut réellement la peine (photos interdites pour des questions de droits d’auteur) : c’est là qu’on apprécie pleinement l’imagination et la folie poétique des artistes qui s’en sont donné à coeur joie dans la symbolique et la ferraille. Avec un peu de chance, tu pourras même entendre le Cyclop se réveiller ! Des escaliers de guinguois, des fausses portes pour dissuader les voleurs, chaque étage et chaque pièce est en soi une oeuvre d’art. Oui, il y a bien un véritable wagon de train suspendu, oui, on voit bien l’oreille du Cyclop et en plus elle bouge ! Pour assurer la conservation de l’oeuvre, elle fut finalement donnée à l’Etat, mais une dernière pirouette en fin de visite prouve l’humour irrévérencieux et irrésistible du couple d’artistes. A ne pas manquer si tu aimes être surpris !

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Attention, le Cyclop ferme à la fin du mois jusqu’au mois d’avril.  La visite à l’intérieur est réservée aux enfants de plus de 8 ans pour des raisons de sécurité.

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LE CYCLOP, Milly-la-Forêt (91)

Si touchante, « La Petite danseuse de Quatorze Ans »

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Si cette oeuvre de Degas est très connue, cette fillette en chaussons et tutu véritable, avec sa jambe tendue et ses mains tirées vers l’arrière, le visage bien levé – vers quoi ? -, on connait un peu moins le scandale que provoqua sa première présentation au public lors d’une exposition impressionniste en 1881, et ce que l’on ignore totalement, c’est ce que fut la vie du jeune modèle. C’est une véritable enquête qu’a menée Camille Laurens sur la petite danseuse de quatorze ans, passionnante et méticuleuse, nous faisant découvrir quelques bribes d’histoire dans le Paris artistique du XIXème peu connues – et souvent peu reluisantes.

Si l’on sait qu’Edgar Degas était le peintre des danseuses qu’il aimait représenter des coulisses, en représentation ou en répétition (il finit par se mettre à la sculpture car il perdait la vue), le livre nous fait découvrir le mode de vie des petits rats de l’Opéra de Paris, qui pour la plupart ne trouvaient pas dans la danse une vocation mais, bien loin des dorures, un gagne-pain à une époque où les enfants travaillaient, et aussi le moyen de se trouver un protecteur, car « de l’Opéra au trottoir il n’y avait que quelques pas ». Ainsi Marie Von Goethem, tout comme ses soeurs et ses autres petites camarades, poussée par sa mère, se cherchait probablement un souteneur lorsqu’elle posa comme modèle. Partant de là et du nom de la jeune fille, Camille Laurens imagine dans quelles conditions elle travailla pour le peintre, et ce qu’il a pu advenir d’elle ensuite.

J’ai enfermé mon coeur dans un soulier de satin rose.

Quant à cette statuette, pas trop grande pour ne pas être taxé de triche comme a pu l’être Rodin, l’auteure décortique toutes les raisons du scandale : à une époque où la peinture et l’art consacraient le beau et la perfection esthétique, cette danseuse choqua car considérée comme obscène, car elle était en cire (ce qui en accentuait le réalisme), car elle était habillée (ce qui supposait qu’elle était nue en dessous), car elle était trop… laide (ce qui révélait son vice, à n’en pas douter).

C’est un livre court et surprenant qui donne envie de rendre visite à Marie au Musée d’Orsay et de la regarder sous un autre oeil, avec l’impression de la connaître un tout petit mieux, et qui donne à réfléchir aussi sur notre rapport à l’art : qu’est-ce qui nous émeut et nous attire dans une oeuvre, parfois de façon inexplicable, et si connaître son histoire ou la personne qui l’a inspirée pouvait changer notre regard du tout au tout ? Et n’est-ce pas cela finalement que l’on cherche en déambulant dans un musée, un coup de foudre, une émotion, un souvenir, une connivence ?

LA PETITE DANSEUSE DE QUATORZE ANS, Camille LAURENS, Editions Stock

Picasso devant la Nature

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Voilà un bien joli cadre (le Château de Sceaux) pour accueillir près de 80 oeuvres (issues des collections du musée Picasso de Paris) de l’artiste espagnol, dessins, photographies, estampes et quelques tableaux où Picasso représente, illustre ou utilise la nature.

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Ce que j’ai préféré, c’est cette représentation de la femme-fleur : Marie-Thérèse, puis Françoise Gillot, lui inspirent des dessins colorés, joyeux et sensuels.

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J’ai trouvé l’exposition trop courte, mais les oeuvres méritent le coup d’oeil par leur technique et leurs couleurs ; l’occasion de s’apercevoir que même si Picasso n’a jamais été un paysagiste, la nature, les végétaux, les arbres, les animaux, imprégnaient malgré tout son oeuvre.

PICASSO DEVANT LA NATURE, Exposition au Musée du Domaine Départemental de Sceaux, jusqu’au 31 décembre 2017.

Les Bienveillants

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Besoin d’une grande bouffée de bienveillance et d’humanité ces temps-ci, pas toi ? Alors, même si l’installation est terminée depuis longtemps, je tenais à te montrer le travail d’Annie Samuelson, qui l’espace d’une visite m’a fait l’effet d’une bulle d’apaisement dans ce monde de taré fou.

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L’exposition se tenait au sein du Couvent des Billettes, rue des Archives à Paris, un quartier qui grouille de vie, de bruit et de monde, mais une fois franchis des rideaux incitant au silence (« chut« ), tu découvrais un véritable espace de recueillement.

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Les Bienveillants veillent sur les âmes au bois dormant…

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 J’aurais bien voulu m’asseoir dans un petit coin et rester à veiller un moment, moi aussi… Si tu as envie d’en savoir plus sur le travail d’Annie Samuelson, un très bel article ICI.

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La Chapelle Saint-Blaise des Simples décorée par Cocteau

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La chapelle Saint-Blaise des Simples de Milly-la-Forêt date du XIIe siècle et dépendait alors d’une maladrerie, un ensemble de bâtiments édifiés pour soigner les lépreux. Aujourd’hui entourée d’un jardin botanique regroupant des plantes médicinales (les « simples »), lors de sa réhabilitation ses murs furent « offerts » à Jean Cocteau qui vécut à Milly de 1947 jusqu’à sa mort, et les décora avec des images de simples. L’auteur de la Machine Infernale ou du Testament d’Orphée  y repose désormais depuis 1964.

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La chapelle est toute petite mais très paisible, et les murs couverts de dessins délicats. Si émouvante cette inscription, « Je reste avec vous ». Un texte explicatif enregistré est dit par Jean Marais lui-même, et si tu en as le temps il est aussi possible de visiter également la maison de Jean Cocteau – pour nous ce sera pour une autre occasion.

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Chapelle Saint-Blaise des Simples, Milly-la-Forêt (Essonne) 

Un Été au Havre, des couleurs dans la ville

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A l’occasion des 500 ans du Havre et jusqu’en novembre prochain, des évènements, rencontres, installations, créations, viennent réinterpréter la ville. L’occasion pour ceux qui comme nous ne connaissent pas encore cette ville de la découvrir, de parcourir la ville Perret ou encore d’entrer dans le fameux Volcan (scène nationale). Expérience mille fois positive : sous un ciel de rêve nous sommes allés d’une installation artistique à une autre, et n’avons croisé que des personnes ultra sympathiques. Petite déception d’avoir loupé l’exposition Pierre & Gilles, tant de choses sont programmées que nous n’avons pas pu tout voir, mais voilà ce que nous avons pu apprécier :

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Catène de Containers par Vincent Ganivet, arches monumentales ultraphotogéniques constituées de containers multicolores, clin d’oeil à l’activité portuaire de la ville, sur le Quai de Southampton. Installation tellement bien intégrée que la question de sa pérennisation se pose sérieusement (voir l’article à ce sujet de ma copine Anne-Laure), et comme je le comprends !

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Le Temple aux 5000 Voeux imaginé par La BaZooka : un parcours commençant dans un ravissant jardin japonais et permettant d’embarquer vers un îlot au milieu d’un bassin pour y accrocher un voeu, enfin entrer dans cette petite baraque rouge pour y voir… chut !

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Déjà cette année, Chiharu Shiota avait tissé ses fils au Bon Marché à Paris,  du blanc elle passe au rouge avec Accumulation of Power, impressionnant tourbillon de laine visible à l’Eglise Saint-Joseph. Hypnotique !

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Sur la plage, tandis que Karel Martens a redonné de la couleur aux cabanes, les artistes Lang & Bauman ont installé une structure rectangulaire répondant à la perspective des immeubles imaginés par Auguste Perret.

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Bref, on est repartis enchantés, et je ne saurai trop te recommander, si tu en as l’occasion, un petit passage par le Havre pour découvrir ou redécouvrir la ville autrement grâce à cette fantastique programmation !

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