{Expo} La Collection BIC, quand le stylo bille inspire

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J’aime beaucoup le 104 à Paris, c’est vraiment un endroit qui grouille de créativité, tu peux y croiser des jeunes artistes en pleine répétition, y assister à des concerts ou visiter des expos étrangement particulières. Celle qui se tient jusqu’au 13 me semblait a priori un peu gadgeto-anecdotique, mais j’ai changé d’avis au fil de ma visite, et si tu en as l’occasion n’hésite pas à y jeter un oeil (enfin, très rapidement puisqu’elle se termine fin mai).

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Le stylo BIC existe depuis les années 50 et sa facilité d’utilisation en a vite fait un indispensable, y compris pour les artistes pour exécuter rapidement des esquisses ou carrément des oeuvres à part entière.

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L’exposition montre en partie des détournements de l’objet pratique : stylo, rasoir, briquet… mais aussi des oeuvres à part entières assez épatantes usant et abusant des encres et de l’emblématique stylo quatre couleurs. On y croisera même des artistes historiques (César, Giacometti, Fernand Léger, Magritte…).

20180504_14174220180504_141938(Oui, ceci est un dessin fait au Bic…)

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Alliance de la matière noble (verre de Murano) et plus banale (encre de Bic) pour symboliser ces « rats qui ch…t  » selon Jan Fabre !

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Je recommande de ne pas hésiter à demander des explications aux jeunes guides du 104, qui apportent un éclairage passionnant sur chaque oeuvre.

 

LA COLLECTION BIC, 104 (5 rue Curial, 19e), accès libre, prolongée jusqu’au 27 mai.

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Bayeux, ville d’Art & d’Histoire

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A défaut de pouvoir partir en vacances pour ces congés de Pâques, nous nous sommes offert une escapade en Normandie, de quoi couper les ponts même brièvement avec le quotidien, et surtout de découvrir un petit bout du Calvados. Et entre autres choses, sur les excellents conseils de ma copine d’❤ Anne-Laure, nous nous sommes attardés un petit moment à Bayeux, cette si charmante ville.

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Elle est très connue pour sa fameuse Tapisserie inscrite à l’Unesco, une oeuvre de 70 mètres de long (!) qui raconte la conquête du trône d’Angleterre par Guillaume le Conquérant en 1064, et qu’il faut vraiment voir pour en ausculter les moindres détails brodés et en apprécier la préciosité. Impossible d’en prendre des photos, ce qui est très compréhensible.

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En revanche j’ai largement mitraillé cet autre très beau Musée à la scénographie impeccable, le Musée d’Art et d’Histoire Baron Gérard qui se trouve juste à côté de la cathédrale et couvre l’histoire de l’art européen de la préhistoire à l’art moderne. Certaines salles sont vraiment d’une grande beauté…

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Oui j’ai un petit peu bugué dans la salle des dentelles (« oui oui j’arrive, encore une petite photo ! »)…

Enfin, rien à voir avec l’art (quoique), mais si après ta visite du Musée tu fatigues un peu, ne loupe surtout pas, juste en face, un salon de thé à la déco la plus extra que j’ai vue depuis longtemps (assortie d’un accueil souriant et de plats copieux et excellents servis dans la vaisselle de quand tu étais petite (enfin, si tu as mon âge…), que demander de plus ?). Ça s’appelle « Chez Paulette » et c’était bien ♪…

 

« Détournement », et au milieu coule la Seine

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Au sein de la Conciergerie à Paris, on peut aller voir jusqu’au 31 août une installation monumentale imaginée par Stéphane Thidet qui a entrepris de détourner… la Seine (!) pour la faire pénétrer dans le bâtiment tout proche, déambuler parmi ses colonnes avant d’en ressortir.

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Le dispositif est impressionnant, vue la complexité du défi technique : l’eau est puisée dans le fleuve et passe au-dessus du quai, entre par les anciennes cuisines, tombe en cascade dans la salle des Gens d’Armes avant de serpenter tranquillement dans la salle dans une structure en bois brut, faisant songer à ces gouttières de bambou charriant des ruisselets d’eau rafraichissante.

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Comme un rappel de la crue du siècle de 1910, l’eau fait son retour mais d’une manière apaisée et apaisante, avec des reflets miroitant sur les pierres médiévales mises en valeur par la pénombre et l’atmosphère de la salle. C’est vraiment à voir !

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DETOURNEMENT, une installation de Stéphane THIDET, jusqu’au 31 août

Sophie Calle & le deuil amoureux

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Quelque chose m’attire dans le travail de Sophie Calle depuis des années, sans que je puisse mettre le doigt dessus précisément ; peut-être un sentiment universel lié à l’autre, au masculin-féminin, à la quête amoureuse, à la perte, à l’humain en somme. Monter une exposition autour de lettres de rupture, accueillir des visiteurs dans un lit au sommet de la tour Eiffel, suivre des inconnus dans la rue, recueillir le dernier souffle de sa mère… Transgression ! Ce que j’apprécie dans l’art contemporain, c’est lorsqu’a priori tu te dis en observant une oeuvre : mais n’importe quoi, quelle idée franchement… et puis lorsque tu découvres l’histoire enfouie derrière, ça te permet une autre perspective, une explication, une beauté même parfois – note que ce n’est pas toujours le cas, loin s’en faut !

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Dans Beau Doublé, Monsieur le Marquis !, elle investit le Musée de la Chasse et de la Nature à Paris, et si pour une partie de l’exposition elle évoque la disparition de son père et le travail de deuil, pour le reste elle s’est intégrée au Musée parmi tableaux et animaux naturalisés… il n’y a plus qu’à partir à sa recherche 

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Pour l’occasion elle a invité une artiste de grand talent, Serena Carone. Regarde cette Pleureuse en faïence émaillée qui se noie dans ses larmes qui coulent pour de vrai…

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Une dormeuse que l’on voit réellement respirer paisiblement, la clef d’une chambre d’hôtel où quelque chose d’important s’est joué….

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Une tasse de café volée à la fin d’un rendez-vous, une lettre d’amour commandée à un écrivain public…

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L’ours blanc emblématique du musée, voué à la disparition… j’aime ces symboles, je les trouve ludiques même s’ils parlent parfois d’une tragédie.

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Et si l’on pouvait nous aussi mettre en vitrine les vêtements qui nous rappellent un rendez-vous amoureux ?

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Beau Doublé, Monsieur le Marquis ! Sophie Calle & son invitée Serena Carone, Musée de la Chasse et de la nature (Paris 3e), jusqu’au 11 février 2018  

« Le Cyclop », étrange, vous avez dit étrange ?

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Imagine, tu te promènes dans la forêt de Milly (dans l’Essonne), ♪ lalalala je cherche des champignons ♪, et tu te retrouves nez à nez avec un géant de 22,50 mètres de haut (soit un immeuble de sept étages…) et 350 tonnes d’acier ! Ce monstre monumental, on le doit à Jean Tinguely et à sa femme Niki de Saint Phalle (oui, celle des sublissimement rondes et colorées Nanas) qui l’ont construit en secret pendant plus de 20 ans, avec leurs amis artistes (César, Arman, Jean-Pierre Raynaud, Soto…), dans une ambiance qu’on imagine volontiers festive… et bruyante !

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Car non, il n’avaient pas vraiment l’autorisation de construire l’oeuvre à cet endroit, il a certainement fallu ruser et filouter pour tracter jusqu’à ce bout de forêt le matériel nécessaire (à base de recyclage). Le résultat vu de l’extérieur : cette grande tête piquée de minuscules miroirs (qui se sont ternis avec le temps mais seront bientôt rénovés), un oeil unique et une bouche d’où jaillit de l’eau ruisselant sur une langue toboggan.

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La visite à l’intérieure est payante mais vaut réellement la peine (photos interdites pour des questions de droits d’auteur) : c’est là qu’on apprécie pleinement l’imagination et la folie poétique des artistes qui s’en sont donné à coeur joie dans la symbolique et la ferraille. Avec un peu de chance, tu pourras même entendre le Cyclop se réveiller ! Des escaliers de guinguois, des fausses portes pour dissuader les voleurs, chaque étage et chaque pièce est en soi une oeuvre d’art. Oui, il y a bien un véritable wagon de train suspendu, oui, on voit bien l’oreille du Cyclop et en plus elle bouge ! Pour assurer la conservation de l’oeuvre, elle fut finalement donnée à l’Etat, mais une dernière pirouette en fin de visite prouve l’humour irrévérencieux et irrésistible du couple d’artistes. A ne pas manquer si tu aimes être surpris !

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Attention, le Cyclop ferme à la fin du mois jusqu’au mois d’avril.  La visite à l’intérieur est réservée aux enfants de plus de 8 ans pour des raisons de sécurité.

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LE CYCLOP, Milly-la-Forêt (91)

Si touchante, « La Petite danseuse de Quatorze Ans »

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Si cette oeuvre de Degas est très connue, cette fillette en chaussons et tutu véritable, avec sa jambe tendue et ses mains tirées vers l’arrière, le visage bien levé – vers quoi ? -, on connait un peu moins le scandale que provoqua sa première présentation au public lors d’une exposition impressionniste en 1881, et ce que l’on ignore totalement, c’est ce que fut la vie du jeune modèle. C’est une véritable enquête qu’a menée Camille Laurens sur la petite danseuse de quatorze ans, passionnante et méticuleuse, nous faisant découvrir quelques bribes d’histoire dans le Paris artistique du XIXème peu connues – et souvent peu reluisantes.

Si l’on sait qu’Edgar Degas était le peintre des danseuses qu’il aimait représenter des coulisses, en représentation ou en répétition (il finit par se mettre à la sculpture car il perdait la vue), le livre nous fait découvrir le mode de vie des petits rats de l’Opéra de Paris, qui pour la plupart ne trouvaient pas dans la danse une vocation mais, bien loin des dorures, un gagne-pain à une époque où les enfants travaillaient, et aussi le moyen de se trouver un protecteur, car « de l’Opéra au trottoir il n’y avait que quelques pas ». Ainsi Marie Von Goethem, tout comme ses soeurs et ses autres petites camarades, poussée par sa mère, se cherchait probablement un souteneur lorsqu’elle posa comme modèle. Partant de là et du nom de la jeune fille, Camille Laurens imagine dans quelles conditions elle travailla pour le peintre, et ce qu’il a pu advenir d’elle ensuite.

J’ai enfermé mon coeur dans un soulier de satin rose.

Quant à cette statuette, pas trop grande pour ne pas être taxé de triche comme a pu l’être Rodin, l’auteure décortique toutes les raisons du scandale : à une époque où la peinture et l’art consacraient le beau et la perfection esthétique, cette danseuse choqua car considérée comme obscène, car elle était en cire (ce qui en accentuait le réalisme), car elle était habillée (ce qui supposait qu’elle était nue en dessous), car elle était trop… laide (ce qui révélait son vice, à n’en pas douter).

C’est un livre court et surprenant qui donne envie de rendre visite à Marie au Musée d’Orsay et de la regarder sous un autre oeil, avec l’impression de la connaître un tout petit mieux, et qui donne à réfléchir aussi sur notre rapport à l’art : qu’est-ce qui nous émeut et nous attire dans une oeuvre, parfois de façon inexplicable, et si connaître son histoire ou la personne qui l’a inspirée pouvait changer notre regard du tout au tout ? Et n’est-ce pas cela finalement que l’on cherche en déambulant dans un musée, un coup de foudre, une émotion, un souvenir, une connivence ?

LA PETITE DANSEUSE DE QUATORZE ANS, Camille LAURENS, Editions Stock

Picasso devant la Nature

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Voilà un bien joli cadre (le Château de Sceaux) pour accueillir près de 80 oeuvres (issues des collections du musée Picasso de Paris) de l’artiste espagnol, dessins, photographies, estampes et quelques tableaux où Picasso représente, illustre ou utilise la nature.

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Ce que j’ai préféré, c’est cette représentation de la femme-fleur : Marie-Thérèse, puis Françoise Gillot, lui inspirent des dessins colorés, joyeux et sensuels.

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J’ai trouvé l’exposition trop courte, mais les oeuvres méritent le coup d’oeil par leur technique et leurs couleurs ; l’occasion de s’apercevoir que même si Picasso n’a jamais été un paysagiste, la nature, les végétaux, les arbres, les animaux, imprégnaient malgré tout son oeuvre.

PICASSO DEVANT LA NATURE, Exposition au Musée du Domaine Départemental de Sceaux, jusqu’au 31 décembre 2017.