Allez voir « Le Sens de la Fête » !

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Max est traiteur depuis trente ans. Aujourd’hui il doit s’occuper avec son équipe du mariage de Pierre et Héléna, dans un château du 17e siècle : brigade en cuisine, serveurs, orchestre, décoration, fleurs, photographe, feu d’artifice, tout est prêt. Enfin, à peu près…

C’est aujourd’hui que sort le nouveau film d’Eric Toledano et Olivier Nakache (« Nos Jours Heureux », « Intouchables »…), et en un mot comme en cent : allez-y. Et même, faites-moi confiance et ne regardez pas la bande-annonce qui dévoile beaucoup trop de gags du film. Car bien évidemment, rien ne va se passer comme prévu dans le déroulement du mariage, et entre les pique-assiettes, les gaffeurs, les problèmes de dernière minute, les caprices du marié ou le personnel non déclaré, Max va devoir jongler pour éviter les catastrophes en chaîne.

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Impossible de ne pas saluer la prestation de Jean-Pierre Bacri, qui d’autre que lui pour interpréter ce personnage de bougon autoritaire légèrement dépassé par les évènements, qui sait se montrer aussi émouvant quand il est amoureux ou anxieux pour l’avenir de sa petite entreprise ; mais il y a aussi tous les comédiens qui gravitent autour de lui, et ça fait une sacrée équipe : Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche, Eye Haidara, Vincent Macaigne, Alban Ivanov… mention spéciale au marié, Benjamin Lavernhe (Le Goût des Merveilles, un de mes films chouchou), qui nous offre une scène d’une dinguerie impossible à raconter. Des personnages haut en couleurs, un rythme sans temps mort, des dialogues ciselés, de quoi nous faire passer une noce inoubliable.

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Le Sens de la Fête, un film d’Olivier Nakache & Eric Toledano, avec Jean-Pierre Bacri, Gilles Lellouche… aujourd’hui en salles.

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Chaplin’s World

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C’est à Corsier-sur-Vevey, en Suisse, que se trouve la dernière demeure de Charlie Chaplin, et c’est là que depuis un an seulement un musée dédié à sa mémoire et à son oeuvre a ouvert ses portes, avec le soutien du Musée Grévin. La visite de Chaplin’s World est constituée de trois parcours : le Manoir, le Studio et le Parc (dont nous n’avons pas pu profiter à cause de la météo).

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Chaplin a été expulsé des Etats-Unis en pleine période de maccarthysme ; en 1952, tombé sous le charme du Manoir de Ban, il en fit l’acquisition et y vivra de nombreuses années avec sa femme Oona et leurs huit enfants. Et d’après ce que l’on peut voir des archives familiales largement ouvertes aux visiteurs, ce furent des années très heureuses…

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Au fil de la visite on peut croiser quelques statues de cire (parfois très troublantes !), notamment de célébrités ayant cotoyé Chaplin (Churchill, Enstein, Sophia Loren…).

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La visite de la maison familiale est vraiment très émouvante, nous faisant entrer dans l’intimité de l’artiste et de ses proches ; les films familiaux, donnant à voir un artiste vieillissant mais faisant perpétuellement le clown pour faire rire ses jeunes enfants, sont extrêmement touchants.

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Le Studio quant à lui est entièrement consacré à l’oeuvre du génie, en reconstituant les décors de ses films les plus célèbres dans une très chouette scénographie avec une multitude d’accessoires. On peut s’y prendre en photo en costume, se faire coiffer par Charlot, entrer sur un véritable plateau de cinéma ou une piste de cirque, se laisser enfermer dans une cellule de prison… bref on passe de l’autre côté du décor.

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Je suis ressortie enchantée de cette visite qui m’a appris beaucoup de choses sur Charlie Chaplin et donné envie de redécouvrir son oeuvre avec mes enfants avec un autre oeil. L’endroit a de toute évidence été pensé dans le plus grand respect de l’homme, et ça se ressent vraiment. Même si je reconnais que je ne suis pas une grande fan des statues de cire (j’y peux rien, elles me font un peu flipper), c’est un endroit à découvrir absolument pour les cinéphiles, les fans de Charlot… et tous les autres qui auraient l’occasion de passer dans la région !

 

CHAPLIN’S WORLD, Route de Fenil 2 CH – 1804 Corsier sur Vevey ★

120 Battements par Minute, la rage de vivre

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Pas simple de parler de « 120 Battements par minute », impossible de ne pas en parler. Tu sors de la salle sonné dans un silence assourdissant, avec le sentiment de t’être pris une casserole en pleine tête.

J’étais au collège lorsqu’on a commencé à parler de l’épidémie de Sida en France. Nous avions droit chaque année à une petite heure d’explications, à glousser en se passant des capotes. Je me souviens aussi d’images aux infos, de ce préservatif rose sur la Concorde, de ces manifestants couchés par terre dans un silence de mort. Je me souviens des débats dans les lycées à propos des distributeurs (ou pas) de capotes. Il y a eu « Les Nuits Fauves » aussi, ce film de Cyril Collard, le premier à parler crûment des séropo, qui a provoqué en son temps un beau tollé. Nous étions la génération sida et on commencait à se rentrer dans la tête à coups de poings que nous ne pourrions peut-être plus jamais s’aimer sans protection. Mais il y avait du boulot aussi, je me souviens de ce proche multipliant les amourettes et proclamant : « moi je risque rien, je suis propre ». Ce boulot de prévention et de sensibilisation, ce sont les associations qui l’ont largement assuré, pas (ou peu, ou mal) l’Etat. Aids et Act Up.

A l’époque pas de réseaux sociaux pour faire vague, pour dénoncer il fallait y aller, descendre dans la rue, s’efforcer d’attirer les médias avec des moyens percutants quitte à outrepasser ses principes, s’imposer, gueuler pour se faire entendre. Et en amont, s’organiser, désigner des meneurs, débattre. C’est ce que montre de manière incroyablement précise le film (et pour cause, le réalisateur était également militant) en racontant le combat d’Act Up-France, de David contre Goliath, les malades contre les laboratoires, échafaudant des opérations ou des slogans qui marquent les esprits pour alerter, se prenant beaucoup la tête aussi, mais avec toujours un esprit de solidarité et d’entraide, une union quasi sacrée guidée par la colère et l’urgence sur un rythme de musique électro. Et puis au milieu du collectif vient s’insérer l’intime, une  histoire d’amour qui ne durera pas, incarnée par des acteurs d’une justesse incroyable (on se souviendra longtemps de Nahuel Perez Biscayart, qui incarne Sean), le processus de la maladie, la mort, le deuil, le tout montré sans filtre aucun, sois prévenu.

120 BATTEMENTS PAR MINUTE, un film de Robin Campillo avec Nahuel Perez Biscayart, Adele Haenel… aujourd’hui en salles  ★

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Ce qui nous lie, Cédric Klapisch

Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il y retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie…

D’abord il y a la Bourgogne, le passage des saisons, le changement des paysages (quelle beauté !), le métier de viticulteur si dur, si exigeant, si ingrat parfois. Et puis il y a une famille, une fratrie réunie à la mort du père, à l’heure des décisions. Il est temps de grandir pour Jean, Juliette et Jérémie.

L’histoire souffre de petites faiblesses ; ainsi du retour du frère prodigue dix ans après son départ qui ne reçoit qu’un petit quart d’heure de bouderie (sérieux ?), le même Jean écartelé entre la France et l’Australie, entre la Bourgogne et le petit garçon qui l’attend là-bas (vraiment ?), ou encore l’ébauche de fleurette entre Juliette et un vendangeur abruti et macho (hein ?), enfin les tentatives avortées de Jérémie pour tenir tête à son beau-père – mais dis-leur merde à la fin !! ; mais le plus important c’est tout ce qui est dit sur la tendresse fraternelle et sur ce qui nous reste de notre enfance, avec tant de délicatesse (oh ces idées de mise en scène, tellement, tellement belles) et joué par de beaux acteurs.

Il me semble que Ce qui nous lie est l’un de ces films que l’on reçoit très différemment d’un spectateur à l’autre, en fonction de son vécu et, en l’occurrence, de sa famille. Personnellement, j’ai énormément pleuré tout le long du film et je sais bien pourquoi – incapable de résister à toutes ces scènes de « câlin familial ». Quand l’un des personnages dit « ce qui nous lie est un fardeau » en parlant de l’héritage familial, je crois que cela parlera à beaucoup sans que l’on soit pout autant propriétaire d’un vignoble de Bourgogne.

Pour finir, cette chanson de Camelia Jordana berce le tout avec une grande douceur :

 

CE QUI NOUS LIE, Cédric KLAPISCH, avec Pio Marmai, Ana Girardot, François Civil… actuellement en salles 

Lou Andreas-Salomé, une femme d’influence

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Cette semaine sort en salles un film sur Lou Andreas-Salomé, une hagiographie plate et ennuyeuse. Pourquoi en parler me diras-tu ? Parce qu’il a au moins le grand mérite d’évoquer l’existence d’une femme exceptionnelle, et pas seulement pour son temps, beaucoup trop méconnue.

490280 Plouf ! le film.

Reprenons : Lou est une intellectuelle allemande d’origine russe ayant vécu de 1861 à 1937, romancière et psychanalyste elle déclencha la passion de beaucoup d’hommes, et pas des moindres (Rainer Maria Rilke et Friedrich Nietzsche pour les plus connus), elle fréquenta également Freud. Egérie au vrai sens du terme mais pas seulement, elle fut aussi avant-gardiste, rebelle, toujours en mouvement, toujours en voyage, et si elle inspira la passion elle la refusa tout autant, du moins jusqu’à très tard dans sa vie. Son oeuvre reste méconnue, dans l’ombre des grands noms qu’elle fréquenta.

Le film s’attarde beaucoup sur l’étrange trio (platonique) qu’elle forma avec Paul Ree et Nietzsche (le jeu de l’acteur derrière sa moustache autonome vaut son pesant de philosophes), pas suffisamment sur son enfance me semble-t-il. Elle accepta d’épouser Friedrich Carl Andreas à condition de ne jamais consommer le mariage. Sa relation avec Nietzsche fut brisée par la soeur de celui-ci, qui sombra dans la dépression et finit par écrire son chef d’oeuvre « Ainsi parlait Zarathoustra« . Belle, intelligente, avide de liberté, un brin manipulatrice… inspiratrice !!

Le film est intensément bavard, certes il est question d’intellectuels, mais les petites scènes pirouettes s’efforçant d’apporter de la fantaisie sont franchement ratées, le montage par moments absurdes, et ne parlons pas des cartes postales reconstituées de façon kitschissime. Mais ceci pourrait servir de point de départ à qui souhaiterait connaître cette figure féminine majeure, et peut-être approfondir par la lecture de son oeuvre, ou de celles qui lui ont été dédiées. Son histoire reste à raconter !

Lou-Andreas Salomé, un film de Cordula Kablitz-Post, avec Katharina Lorenz, actuellement en salles.

Description de cette image, également commentée ci-après

Un peu de lecture :

Lou, Histoire d’une Femme Libre, Françoise Giroud, Fayard & le Livre de Poche
Ma vie, Lou Andreas-Salomé, PUF
Lettres à Lou Andreas-Salomé, Rainer Maria Rilke, 1001 Nuits

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★ Séance de rattrapage ★ Les Figures de l’Ombre

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Fin des années 60, aux Etats-Unis. La NASA est lancée dans une course effrénée avec l’URSS pour envoyer le premier homme dans l’espace. Dans l’ombre, des scientifiques consacrent leur vie à contribuer à l’exploit, des mathématiciennes sont chargées de calculer les trajectoires…

Quand tu regardes Hidden Figures (Les Figures de l’Ombre en français), tu prends un choc.
Pas d’entrer dans les coulisses de la NASA, pas de réaliser qu’avant l’arrivée des gros engins IBM les calculs de trajectoires des engins spatiaux étaient faits… à la main (logique en même temps). Que ces calculs étaient faits par des armadas de calculateurs. Que souvent c’étaient des femmes, à la fois capables de résoudre les équations les plus complexes et interdites d’assister à la moindre réunion (là tu commences à tiquer grave).
Ce qui choque le plus, c’est que ces calculeuses avec un QI 4000 fois supérieur à celui de l’actuel président des Etats Unis (pas dur, en même temps) étaient reléguées au fin fond des bâtiments. Qu’elles n’étaient pas autorisées à utiliser les mêmes toilettes que les autres. Ni à boire le café dans le même récipient. Ah oui, parce qu’elles étaient afro-américaines. Là t’as juste envie de prendre la cafetière et d’ébouillanter la première *** de n*** qui passe. Mais ça ne révulse personne, puisqu’on est dans les années 60, en Virginie, sous le règne des lois ségrégationnistes.

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Alors certes, le film est très hollywoodien avec beaucoup de bons sentiments et la musique qui dégouline pour surligner les émotions, avec un Kevin Costner redresseur de torts (et destructeur de panneaux de WC). Contre toute attente, ce sont les parties du film concernant les vies personnelles des jeunes femmes qui sont les plus ennuyeuses, alors qu’elles auraient plutôt dû expliquer leur parcours et leur ténacité. Mais ces nanas-là sont tellement combatives, tellement drôles (la première scène avec un policier !), avec un tel charisme qu’on les aime tout de suite, tellement heureux qu’on leur rende ENFIN un nom et un hommage (pourquoi seulement maintenant ?), et qu’on meurt d’envie d’en savoir plus. Rien que pour ça, il faut voir les Figures de l’Ombre.

 

Les Figures de l’Ombre, un film de Theodore Melfi avac Taraji P.Henson, Octavia Spencer, Janelle Monàe…

Lumineuse « Aurore »

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Aurore a 50 ans, des bouffées de chaleur, un boulot qui la pousse vers la sortie, des enfants qui quittent le nid… le début de la fin ? Non, juste une étape vers autre chose.

Quel beau portrait de femme ! Il faut dire qu’Aurore c’est Agnès Jaoui, et qu’elle a rarement été aussi belle (quoique dans le récent « Comme un avion » de Bruno Podalydès…). 50 ans, l’âge des bilans, de rattraper le temps perdu, le temps des retrouvailles et des excuses aussi. A la cinquantaine, tout serait fini ? alors qu’au contraire c’est souvent l’âge où l’on commence une nouvelle vie, les enfants en moins, seule ou accompagnée – l’âge des nouveaux possibles. Pas sexy, la quinqua avec ses bouffées de chaleur ? Attends de voir la sensuelle façon dont l’actrice relève ses cheveux au dessus de sa nuque, dévorée des yeux par un ancien fiancé troublé (dans une scène de restaurant, la plus belle du film selon moi). Les scènes les plus réussies sont d’ailleurs celles où rien ne se dit, où tout est porté par le regard de très beaux acteurs (Thibault de Montalembert est bien meilleur ici que dans « Dix pour cent« ).

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Bref c’est un film à message très positif, enthousiaste et énergique qui évoque avec bonheur quelques sujets peu traités au cinoche : jeunisme, sexisme, féminisme… sans oublier cette foutue ménopause ! Mais rien d’impossible à qui a gardé son grain de folie et de fantaisie, et nulle doute qu’Aurore fera une très chouette… mémé !

 

AURORE, un film de Blandine LENOIR avec Agnès Jaoui, Thibault de Montalembert, Pascale Arbillot… actuellement en salles