Pupille, peau à peau

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La mère de Théo a décidé d’accoucher sous X, avec la possibilité de se rétracter durant 2 mois. Durant ce laps de temps, les services de l’aide sociale prennent en charge le nourrisson. Alice, 41 ans, attend depuis 8 ans de se voir confier un enfant… « Pupille » suit le processus d’adoption du petit garçon, de sa naissance jusqu’à son arrivée dans son nouveau foyer.

Lorsque les lumières de la salle se rallument les mouchoirs sont de sortie, difficile de garder un oeil sec devant l’histoire de Théo et cette incroyable chaîne humaine qui s’est mise en fonctionnement afin de permettre la rencontre d’une mère et de son fils. Jeanne Herry raconte avec force détails ce parcours des combattants (voir le discours très réglementé mais ni moraliste ni exempt de compassion de l’accueillante, seule personne en contact avec la mère biologique), sans jamais oublier l’émotion : pour appliquer des règles et des lois à la lettre afin de protéger les uns et les autres, les services sociaux n’en sont pas moins constitués d’êtres humains avec leurs propres soucis et leur propre sensibilité.

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Bien sûr, tout n’est pas si simple, le chemin est semé d’embûches, de souffrance et de déceptions – et de hasards aussi, jusqu’à faire de chaque rencontre finale un véritable petit miracle. La réalisatrice filme au plus près de ses personnages, à fleur de leur peau, pour montrer l’anxiété d’une candidate à l’adoption, le duvet de la joue d’un bébé, la lassitude d’un travailleur social ou la douceur d’une main enveloppante et rassurante. Elle met aussi l’accent sur l’importance de la parole, celle qu’on transmet et celle qu’on reçoit.

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Les acteurs sont d’une justesse folle, d’Elodie Bouchez (sa ténacité, son sourire) en passant par Gilles Lellouche (sa tendresse et ses doutes) ou Sandrine Kiberlain (discrète amoureuse accro aux bonbecs). Un petit bonheur de film qui met du baume au coeur et un peu de foi en l’humain, ce qui n’est pas négligeable ces temps-ci.


PUPILLE, un film de Jeanne HERRY, avec Elodie Bouchez, Gilles Lellouche, Sandrine Kiberlain… actuellement en salles 

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First Man, la course à la lune

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Neil Armstrong a été, le 21 juillet 1969, le premier homme à marcher sur la lune. First Man raconte la préparation de ce voyage historique, au milieu d’hommes dont la vie fut vouée à la conquête spatiale, souvent au détriment de leur vie personnelle.

C’est un film marquant, limite perturbant à plus d’un titre. D’abord, tu n’as jamais vu la conquête spatiale sous cet angle : des décennies avant les comptes-rendus poétiques et instagrammables de Thomas Pesquet, bienvenue dans la course suicidaire à la lune. Ici, les hommes se tuent à l’entraînement ou explosent en vol, tandis que les épouses attendent comme des Pénélope anxieuses regroupées dans des quartiers pavillonnaires. On est forcé de se demander qui a pu imaginer un jour que ces énormes tas de ferrailles maintenus par de gros écrous et propulsés par une explosion aient un jour la moindre chance de traverser l’atmosphère et encore moins de se poser sur une autre planète. Ici tu reviens aux fondamentaux, ce que l’on apprend de manière abstraite et ce que nous ont fait oublier les films avec George Clooney ou avec Tom Hanks, on se le prend en pleine figure avec l’odeur du fuel, la sueur qui goutte sous la visière du casque et la vie qui tient à une étincelle. La reconstitution est ultra réaliste et anxiogène, nous replaçant en outre à une époque où les critiques envers le coût financier et humain de cette épopée prenaient de plus en plus d’importance aux Etats-Unis.

Ensuite c’est sacrément bien filmé, ce qui n’est pas une surprise avec Damien Chazelle (Lalaland certes, mais aussi Whiplash, si tu ne l’as pas encore vu, fonce !). TU es dans la navette, TU pars en vrille, TU vois tous les boutons du tableau de bord clignoter comme des fous furieux, TU déposes ton pied sur la lune (le grand pas pour l’homme, blablabla). La réalisation est vraiment scotchante et on reste en apnée pendant tout la durée du film. Et même si le réalisateur a estimé nécessaire d’évoquer le deuil d’Armstrong, père abîmé par la perte de sa petite fille, peut-être pour rendre plus humain, intéressant ou ambigu un homme passé à la postérité mais distant, semblant tenir les émotions (et sa famille) à distance – ce qui était forcément une qualité nécessaire à sa mission, car le type dans la situation perdue d’avance garde un calme légendaire sans jamais céder à la panique, le film est un bel objet un peu lisse, un peu froid, un peu long, mais techniquement parfait.

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First Man : le premier homme sur la lune, un film de Damien Chazelle avec Ryan Gosling, Claire Foy, Kyle Chandler… actuellement en salles.

Le Grand Bain, l’esprit d’équipe

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Bertrand, Marcus, Simon, Laurent… une bande de quinqua se retrouve sur le bord d’une piscine pour réaliser un défi fou : participer au Championnat du monde de natation synchronisée masculine…

Comment et pourquoi ces gars-là ont-ils choisi la natation synchronisée ? on ne sait pas trop, et dans le fond on s’en moque (même si le chlore ça passe vachement bien à l’écran quand c’est bien filmé). Sur le papier ça parait dingo, mais pas plus finalement que d’essayer de faire entrer un carré dans un rond – et inversement. Gilles Lellouche s’est emparé de personnages d’hommes abimés qui se demandent où sont passés leurs rêves et vieillissent avec leurs faiblesses et leurs fragilités, leurs bides et leurs rides ; car attention le fond (de la piscine) est tristoune, la dépression rôde et les héros sont loin, très loin, entre musicien raté, chômeur dépressif, escroc de bas étage, père divorcé ou veilleur de nuit lunaire mais pas moins solitaire. Mais lorsqu’ils se verront proposer une possibilité de se dépasser, ou simplement d’exister, ils trouveront dans leur drôle d’équipe le courage d’aller jusqu’au bout – parce qu’ensemble, c’est bon de le rappeler, c’est toujours mieux.

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Evidemment on s’attend à un Full Monty à la française, impression confortée par la première demi-heure, mais ensuite le film prend son envol pour ne plus ressembler qu’à lui-même, grâce surtout à ses interprètes. Car le casting est en or massif, impossible de départager les acteurs tellement ils excellent, même si Philippe Katerine se détache sensiblement du lot avec son personnage sensible et irrésistible ; les filles sont tout aussi impressionnantes, Marina Fois, Leila Behkti et Virginie Efira.
Tu l’as compris, on n’est pas dans la comédie française qui se bidonne, non c’est beaucoup mieux : une histoire tendre et intelligente dont on ressort avec le sourire après avoir fait le plein d’émotion.

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LE GRAND BAIN, un film de Gilles Lellouche avec Mathieu Amalric, Virginie Efira, Guillaume Canet, Leïla Bekhti, Benoît Poelvoorde, Marina Foïs… en salles le 24 octobre.

« Photo de Famille », entre gravité et légèreté

« Oh, baby, baby, it’s a wild world
I’s hard to get by just upon a smile… »

Je crois qu’il y a un malentendu à propos de ce film dont la très réussie bande-annonce laisse entendre qu’on va largement se poiler. Mais si tu lis entre les images tu sens déjà que certes, des choses graves y seront traitées avec légèreté, mais que tu ne vas pas forcément te taper les cuisses de rire.
C’est le propre des histoires de famille de se dérouler sur un ton doux-amer, car forcément lorsque l’on propose un film choral, on s’identifiera un peu à l’un des personnages : Mao le dépressif toujours à une ligne (de métro) du suicide, Gabrielle la maman solo qui n’a pas tout à fait les pieds sur terre, au grand désespoir de son fils, ou bien Elsa pleine de colère et de désespoir. Quant aux parents, ils ne sont pas grandioses non plus, la maman psy qui a abandonné ses enfants, le père volage qui leur a imposé des mères de substitution… Séparés, « éparpillés », les trois enfants ne se retrouvaient que l’été à Saint-Julien, grâce à leurs grands-parents, et surtout grâce à cette mamie qui aujourd’hui ne se souvient plus de personne mais d’une seule chose : sa volonté de retourner à Saint Julien.

Pauvre mamie (Claudette Walker, ce sourire si doux) qu’on se passe et repasse comme un objet qu’on aime mais qui vous encombre – dans cette cruauté involontaire aussi s’y reconnaîtront beaucoup. Au-delà de cette question sur le « Que faire de nos anciens ? », la réalisatrice interroge aussi ses personnages avec une tendresse manifeste : « Qu’avez-vous fait de vos vies ? » Ils sont tous si imparfaits, si égoïstes, si humains, à garder enfoui au fond d’eux cette part d’enfance envolée et ce grand besoin d’être aimé. C’est cela qui touche et nous parle dans « Photo de Famille », certes chaque famille connait ses drames et ses lâchetés, mais à y regarder de plus près il y a forcément quantité d’amour qui y a circulé un jour et ne demande parfois qu’à être ravivée, et comme le dit le personnage de Pierre (Jean-Pierre Bacri toujours excellent, mais on n’en attend pas moins), « on n’aura pas tout raté finalement ».

PHOTO DE FAMILLE, un film de Cecilia Rouaud, avec Vanessa Paradis, Camille Cottin, Pierre Deladonchamps… actuellement en salles

 

Le Cercle Littéraire de Guernesey, une adaptation réussie ?

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Londres, 1946. Juliet Ashton, auteure de chroniques humoristiques à succès, reçoit la lettre d’un membre du Cercle Littéraire des Epluchures de Patates créé durant l’Occupation sur l’île de Guernesey. Curieuse d’en savoir plus, Juliet décide de se rendre sur l’île…

Quelle bonne idée d’adapter le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates (best titre of book ever) ! Je me souviens du plaisir à la lecture de ce roman épistolaire de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows, peut-être pas un chef d’oeuvre mais un roman épistolaire à la fois fantaisiste et grave, gros succès de librairie en 2009.  Alors, que dire du résultat sur grand écran ?

Premier point : en sortant de la salle de cinéma tu te précipiteras sur le net à la recherche d’un billet direct pour Guernesey. Comme ça a l’air beau, sauvage, tranquille, loin du RER

Deuxièmement : le contexte est réellement intéressant, racontant comment une petite île a pu pendant la guerre devenir un piège à la fois pour ses habitants et pour les occupants. Important également de rappeler qu’en 1940 il fut décidé de séparer des enfants de leurs parents dans l’urgence et avec le déchirement qu’on imagine. Des scènes d’émotion intense abondent et il est difficile de retenir sa larme. Et puis on y parle de lecture évidemment, ce qui au départ était un prétexte pour berner l’ennemi est devenu la passion d’un petit groupe de voisins qui passent des soirées à débattre de Jane Austen et des Soeurs Brontë.

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Troisième point, et c’est là que ça pêche selon moi, la distribution. J’ai trouvé la joyeuse bande du Cercle Littéraire parfaite, d’Amelia à Eben, Isola ou Elizabeth (symbole de la résistance).
En revanche, pour ce qui est des londoniens, autrement dit Juliet (Lily James),  il faut la voir se pamer à la lecture d’une simple lecture, exagérer ses indignations, réaliser avec tout sauf de la nuance que mon dieu, mais tout ceci, la gloire, les réceptions, les jolies robes, ne serait que futilité, la vraie vie n’est-elle pas d’aller élever les cochons avec le beau Dawsey ? J’exagère (un peu), mais tu as compris l’idée. L’actrice est charmante mais en surjeu permanent. Ne parlons pas de son prétendant londonien dont en moins d’un quart de scène de mâchoire glabre tu devines qu’il ne finira pas le film.
Ceci étant, la mise en scène est agréable et l’image belle, la reconstitution historique nickel, l’émotion présente et la romance sympathique, tout est donc réuni pour que le réalisateur de Quatre Mariages et un Enterrement nous fasse au moins passer un agréable moment.

LE CERCLE LITTERAIRE DE GUERNESEY, un film de Mike Newell avec Lily James, Michiel Huisman, Matthew Goode… actuellement en salles

Larguées, comédie pétillante

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Rose et Alice sont deux frangines qui mènent des vies aux antipodes l’une de l’autre, mais qui ont en commun le désir de rendre le sourire à leur maman fraîchement larguée. En route pour une semaine de vacances en club à la Réunion !

Honnêtement je n’ai jamais été une fan de Camille Cottin et encore moins de sa « Connasse » (je ne supporte pas les caméras cachées, c’est plus fort que moi ça me met terriblement mal à l’aise…), mais grâce à ce « Larguées » (et un petit peu grâce à la série « Dix pour Cent » aussi…) je révise entièrement mon jugement. Les deux Camille (Chamoux, pour la seconde) sont en roue libre et divinement drôles ! Alors que l’une mène une vie de fêtarde permanente, l’autre est en total contrôle, alors forcément entre les deux ça fait des étincelles, avec au milieu une (parfaite) Miou-Miou blasée tendance dépressive.

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Car finalement elles sont toutes bel et bien larguées dans tous les sens du terme ces nanas-là. Peut-être est-ce le personnage de la mère qui finit par s’assumer le mieux en (re)découvrant le plaisir d’être désirée (grâce à un Johan Heldenbergh qui, notons-le au passage, est souvent généreux de son corps dans ses films…) ? au-delà des cases toutes prêtes pour y ranger la fille bordélique qui va mûrir un bon coup ou la fille trop sage qui s’essaye à la fantaisie, la réalisatrice y introduit des nuances de façon intelligente, ce qui change un peu dans la comédie française récente (j’ai en tête quelques titres de films soi-disant subversifs prétendant casser l’image de la femme moderne et qui au final sont de sacrées bouses, mais chut…) ; il n’y a qu’à voir le personnage du petit garçon auquel s’attache Camille Cottin, franchement réussi et émouvant. Le trio d’actrices nous fait profiter d’une belle complicité donnant lieu à des scènes irrésistibles de drôlerie, avec pour seul regret une fin un peu abrupte (fin du séjour en Club = end of the film… really ?).

Bref, c’est une comédie à aller voir absolument entre copines, ou entre mère et fille car forcément, on s’y reconnaîtra un peu ; pas forcément une histoire de stéréotypes, peut-être parce que simplement la réalisatrice a touché juste avec ce bel éventail des qualités et des défauts féminins. En tout cas les actrices s’amusent… et nous aussi !

 

LARGUEES, un film d’Eloïse Lang avec Camille Cottin, Camille Chamoux, Miou-Miou, Johan Heldenbergh… actuellement en salles

Ready Player One, pop film

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Steven Spielberg revient à ses premières amours, depuis Rencontres du Troisième Type, E.T. l’extraterrestre, A.I.Intelligence Artificielle, Minority Report…, mais comme pour chacun de ces films, il s’adapte à son époque, et vu comme il a pu se montrer visionnaire parfois, on a du souci à se faire ! car voici la société future qu’il nous propose en adaptant le roman d’Ernest Cline : en 2045, la vraie vie est si difficile que les êtres humains se réfugient dans l’Oasis, un univers entièrement virtuel créé par James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci a décidé de léguer son univers à celui qui en découvrira les clefs dissimulées dans l’Oasis. Une véritable chasse au trésor commence, et le jeune Wade Watts décide d’entrer lui aussi dans la course…

Voilà du grand spectacle, avec plus de la moitié du film entièrement en effets spéciaux à te coller au siège et à t’empêcher de reprendre ton souffle, notamment dans des scènes de course poursuite ou de bataille. L’une des particularités du film est d’être truffé de références à destination des fans de jeux d’arcade des années 80 ; je pense que certaines m’ont échappé (au vu des réactions de la salle) mais j’ai quand même repéré Star Wars, Minecraft, Batman, Le Géant de Fer, Le Seigneur des Anneaux, Tron… et Jurassic Park !
Mais il y a aussi toutes celles qui ne sont pas nommées et pourtant immanquables, toute cette culture pop des années 80 qui va des Goonies aux Aventuriers de l’Arche perdue en passant par Retour vers le futur (cf affiche et bande originale). La partie qui m’a le plus bluffée se passe dans l’hôtel du Shining de Stanley Kubrick, probablement les séquences les plus flippantes !

Evidemment, il est difficile de reconnaître la patte de Spielberg dans les scènes virtuelles, l’idée des avatars est bonne (derrière lequel te réfugierais-tu ?) mais ils sont quand même bien envahissants ces personnages, même dans une scène romantique c’est compliqué de ressentir quoi que ce soit, aussi bluffante soit la technique. On le retrouve heureusement dans les parties « réelles », dans le personnage de ce gamin orphelin et surtout de ce créateur coincé dans sa bulle romantique, totalement à l’extrême opposé du monde semi-monstrueux et quasi hors de contrôle qu’il a créé, un personnage mélancolique accroché à son enfance et dépassé par le monde extérieur.

Bref, un vrai film de cinéma fait pour le cinéma, à la fois hommage à une époque révolue et projection dans un futur qui risque fort de nous submerger si on n’en maîtrise pas mieux les clefs.

 

READY PLAYER ONE, un film de Steven Spielberg avec Tye Sheridan, Olivia Cooke…  en salles le 28 mars.