« Normandie Nue », tous à poil ! (ou pas)

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À Mêle-sur-Sarthe, petit village normand, les éleveurs sont touchés par la crise. Balbuzard, le maire de la ville est décidé à tout tenter pour sauver son village… y compris de convaincre les habitants de poser nus pour un photographe américain de passage !

C’est l’américain Spencer Tunick qui depuis une quinzaine d’années dénude les foules dans les plus grands capitales. L’imaginer faire une fixette sur l’un de nos champs normands et vouloir à tout prix y dénuder les habitants a tout de l’idée cocasse ; si au passage on peut évoquer la crise que traverse nos agriculteurs, c’est plutôt pas mal.
Philippe Le Guay est un réalisateur bienvillant, c’est évident, il aime ses personnages et les rend tous très attachants, mais à trop vouloir en dire et en montrer, de la crise agricole à l’amourette entre le jeune (cycliste ? photographe ? on ne sait pas…) revenu de la capitale et la jolie fromagère, de la dépression du néorural (racontée, on ne sait pourquoi, par la voix off de son ado de fille allergique à la campagne… pas inintéressant mais pas du tout intégré au reste), à la jalousie maladive du boucher (Grégory Gadebois si touchant dans ce personnage intéressant en diable)… bref, il ne fait qu’esquisser énormément de choses, de pistes et de scènes sans les approfondir. Parler du mal-être des agriculteurs ? de la pudeur, du sacrifice, du charme de la campagne, du caprice d’un artiste ?

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Bref voilà un grand bazar porté par un François Cluzet très en forme, qui se regarde avec plaisir même si on se demande franchement en quoi le fait de poser les fesses à l’air va sortir les cultivateurs de la mouise, et duquel en dépit de beaucoup d’incohérences et de maladresses on sort avec le sourire et un enthousiasme communicatif… tous à poil ! (euh, en fait nan)

NORMANDIE NUE, un film de Philippe Le Guay avec François Cluzet, Toby Jones, Arthur Dubois… actuellement en salles

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{Séance de rattrapage} La Promesse de l’Aube

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Romain Gary, l’homme aux 1000 vies, le mystificateur littéraire, fut certainement l’un des romanciers majeurs du XXème siècle ; il raconta dans son autobiographique « Promesse de l’Aube », dont voici l’adaptation, l’influence de sa mère dans son existence tumultueuse…

Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais.

L’amour maternel, ce cadeau, ce fardeau… Romain Gary essayera toute sa vie de devenir exactement ce que sa mère voulait qu’il devienne : ambassadeur, écrivain, héros de guerre !! et si l’histoire n’était vraie on trouverait insensé et invraisemblable cet amour démesuré, cette mère envahissante jusqu’à l’étouffement, aimante jusqu’à la gêne, excessive en tout, héroïne et héroïque qui jamais ne baissa les bras et voulut à grands cris le meilleur pour sa progéniture : les plus beaux vêtements, les meilleurs cours, la France, la gloire (de son vivant, tant qu’à faire).

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Reconstitution carrée de l’enfance polonaise grise avec un petit garçon aux grands yeux dévorants, d’une adolescence sous le soleil niçois pas forcément convaincante (et même un brin gênante), d’un ciel en explosion sous les bombardements ennemis aux hôpitaux sepia on retiendra des acteurs habités, tellement habités, Pierre Niney parfait comme à son habitude et une Charlotte Gainsbourg comme on ne l’a jamais vue, excentrique et outrancière, exaltée et passionnée, sans oublier des seconds rôles vraiment réussis (Darroussin, Bourdon…). L’adaptation est classique et soignée mais le roman était probablement suffisamment foisonnant sans en rajouter, l’histoire bien assez épique. Et surtout, une fois vu le film on se précipitera sur l’oeuvre de Romain Gary pour continuer à y chercher tout ce qu’il – tout ce qu’on – doit à sa mère.

 

LA PROMESSE DE L’AUBE, un film de Eric Barbier avec Charlotte Gainsbourg, Pierre Niney… toujours en salles.

Kedi, des chats & des hommes

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Istanbul. Des milliers de chats vagabondent dans les rues, sans maîtres, mi-sauvages mi-domestiqués, apportant joie et parfois raison d’être aux habitants. Kedi s’attache aux pattes de sept d’entre eux.

Voilà un documentaire reposant et atypique, portrait en creux d’une ville et de ses habitants, quartier par quartier, métier par métier, décrypté du point de vue de… félins. Filmé de façon très gracieuse au plus près des chats (à coups de travellings audacieux au ras du sol), le film démontre  s’il en était besoin que chaque matou a son caractère unique, fort et indépendant, choisissant leur maître et pas le contraire, un foyer et pas un autre, se faisant parfois chasser pour mieux revenir. A moitié libres, il est très touchant d’observer ce que chats et hommes s’apportent mutuellement, dans un rapport de complète réciprocité, qu’ils soient traités comme des enfants ou avec respect distant. Même si l’urbanisation galopante entraînant la disparition des espaces propices à procurer des abris aux chats errants provoque une inquiétude légitime quand à leur sort, nos sept amis à quatre pattes (Sari, Duman, Bengü, Psikopat…) font tout de même partie des privilégiés, ne donnant à voir qu’une partie idéale de la ville. On imagine que la prolifération des chats ne ravit pas tout le monde et il y a forcément un côté angélique et idéal dans le point de vue de la documentariste, mais une bonne bouffée d’amour, quitte à verser dans l’anthropomorphisme, ne fait pas de mal par les temps qui courent, ainsi qu’un rappel que notre relation à l’animal en dit long sur nous. Un beau résultat à ne pas manquer pour les amoureux des chats !

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KEDI, DES CHATS ET DES HOMMES, un documentaire de Ceyda Torun actuellement en salles

Coco et Santa & Cie, deux films de Noël à voir absolument

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♪ COCO ♪

Miguel appartient à une famille de cordonniers d’où la moindre petite note de musique est interdite depuis que l’arrière-arrière-arrière-grand-père a abandonné femme et enfant pour se consacrer à sa carrière ; pourtant il rêve de devenur guitariste comme son idole, Ernesto de la Cruz. Alors que se prépare el dia de los muertos, cette grande fête mexicaine consacrée à la mémoire des défunts, Miguel se retrouve projeté au pays des morts…

En dépit de son thème, ici on ne trouvera rien de morbide, ni de gris-Toussaint, mais au contraire de la joie, de la couleur, de la vie ! Car au Mexique, on célèbre ses morts dans le partage et la convivialité. Dans ce nouveau Disney-Pixar, on imagine qu’il existe réellement un passage entre le monde des vivants et celui des morts, mais attention seuls pourront le franchir les disparus qui n’ont pas été définitivement oubliés. On va de surprise en surprise en découvrant tout ce festif folklore qui insiste sur l’importance de la mémoire : les morts restent vivants tant qu’on pense encore à eux… Visuellement sublime, j’ai versé des litres de larmes sur ce film émouvant sur la force des liens familiaux qui plaira tant aux petits qu’aux grands.

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❄SANTA  & CIE ❄

Santa Claus est à quelques jours de la distribution des cadeaux de Noël, et son usine tourne à pleine régime lorsque, catastrophe, ses lutins tombent comme des mouches, frappés par un mal inconnu. Il ne reste plus à Santa qu’à descendre sur Terre avec ses rennes pour trouver une solution…

Pour son retour sur le grand écran en tant que réalisateur, Alain Chabat s’est vraiment fait plaisir en se donnant le rôle d’un Père Noël légèrement misanthrope à la tête d’un royaume de lutins (autant de trouvailles malicieuses dans la préparation des jouets) et contraint à s’allier avec des humains, adultes comme enfants (horreur !) dont il va devoir découvrir le mode d’emploi. Autant d’occasions de scènes hilarantes, et même si le réalisateur oublie un brin sa légendaire causticité afin sans doute de plaire à toutes générations, les clins d’oeils et les références drolatiques foisonnent – ne pas louper quelques apparitions de guest-stars, donc celles de Jean-Pierre Bacri qui vaut le détour… mais où sont Dominique Farrugia et Chantal Lauby ? #générationNuls). Bref, un film qui permet de passer un excellent moment en famille, tendre mais jamais mièvre.

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« Maryline », une déception

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Maryline a grandi dans un petit village, au sein d’une famille très modeste. À 20 ans, elle « monte à Paris » pour devenir comédienne. Mais elle n’a pas les mots pour se défendre…

J’avais tellement aimé « Les Garçons et Guillaume, à table ! », j’étais vraiment prête à succomber à « Maryline ». L’histoire, classique, est celle d’une petite provinciale qui se prend la réalité en pleine face, entre réalisateur hystérique, casting humiliant, minuscules rôles, découragement, et lorsque l’opportunité de percer se présente enfin, ces mots qui restent coincés dans la gorge. Ce sujet de la parole qui manque et de la difficulté à trouver sa place ne pouvait que me parler. Pourtant, à aucun moment je n’ai été touchée par cette jeune fille qu’on n’arrive jamais à cerner : est-elle si paumée qu’elle en a l’air, est-elle si naïve alors qu’elle n’hésite pas à l’occasion à faire preuve de grand caractère, est-elle empotée ou très maline, aguicheuse ou innocente ? au final, est-elle simplement mauvaise comédienne ou une authentique graine de star ? Il semblerait que le message final soit : la grâce passera par le théâtre où il n’y a que des gens bienveillants, et surtout pas par le cinéma, ce grand manipulateur. Pourquoi pas.

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Au-delà du personnage, on ne sait jamais ce que le réalisateur veut nous raconter : l’histoire d’une jeune femme trop fragile, celle d’une déchéance alcoolisée ? Tout ceci manque cruellement de cohérence.

Quelques passages sont si beaux pourtant, comme cette rencontre avec une Vanessa Paradis plus Jeanne Moreau que jamais, celle avec un extraordinaire Xavier Beauvois, enfin cette ultime scène de restaurant sur une reprise de Léo Ferré qui arrache les larmes. Mais comme je le regrette Maryline, tes grands yeux timides ne m’ont pas émue.

MARYLINE, un film de Guillaume Gallienne avec Adeline d’Hermy, Vanessa Paradis, Xavier Beauvois… actuellement en salles 

« Jalouse », comédie douce-amère

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Nathalie Pêcheux, professeure de lettres divorcée, passe quasiment du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse maladive. Si sa première cible est sa fille Mathilde, danseuse classique, son champ d’action s’étend bientôt à ses amis, ses collègues, voire son voisinage…

Il me semble que « Jalouse  » nous est présenté (bande annonce, critiques…) comme un film drôle et hilarant. Alors que c’est tout sauf un feel good movie ! je l’ai même trouvé vraiment triste, mais pas dans le genre plombant tu vois, triste façon douce-amère. Parce que quand même, oui d’accord, le personnage est jaloux, envieux, aigri, et comme les barrières sautent du jour au lendemain, boum elle devient méchante, cinglante et cruelle, sans comprendre pourquoi tout à coup le vide se fait autour d’elle. Mais mon gars, c’est pas la ménopause, c’est la dépression ! on rit (enfin, toi tu ris peut-être, parce que moi, bof, je suis plutôt triste, mais ça je l’ai déjà dit) devant une nana qui visiblement n’a qu’un problème majeur : vieillir, et vieillir seule, mais qui devant nos yeux amusés (enfin, les tiens plutôt, bref t’as compris) nous fait en réalité un méga gros burn out.

D’ailleurs je me suis dit à un moment que le titre n’était pas forcément le bon : ce n’est pas tant la jalousie qui ronge le personnage et pourrit sa vie (et celle de ses proches), c’est sa négativité, sa manie de ne voir que le mauvais côté des choses, critiquer tout et tout le temps, préférer se brûler plutôt que de dire une gentillesse, et de vouloir entraîner tout le monde de son côté (obscur). Mais bon, « Négative », ou encore « Toxique », ça sonnait bizarre comme titre.

Parti comme ça, tu te dis que je suis en train de dégommer le film. Mais non, en fait pas du tout : j’aime vraiment les frères Foenkinos, le travail de l’un comme le travail de l’autre (joli clin d’oeil à Charlotte dans une librairie, en passant), j’avais beaucoup aimé leur court-métrage Une Histoire de Pieds et j’avais trouvé dans La Délicatesse (le film) des choses qui me parlaient de façon très particulière. Ici c’est pareil : tu peux recevoir le film de différentes façons, le regarder au premier degré, ahaha comme elle est drôle cette Karin Viard (mention très spéciale aux autres acteurs, et surtout actrices : Anne Dorval et Marie-Julie Baup sont excellentissimes) !, ou bien voir la subtilité qui ressort de tout ça. Parce que finalement ce qui effraie tant Nathalie c’est la solitude, sa fille est belle certes, mais surtout elle ne va pas tarder à s’envoler de ses propres ailes, son mari est remarié ok mais tant qu’il n’invite pas sa dulcinée à batifoler aux Maldives ça reste fragile. Tout est éphémère et incertain, comme de se lier d’amitié avec une vieille dame qui risque de casser sa pipe incessamment sous peu (simple, basique. Oui je viens de placer Orelsan). Regarde ces nouveaux voisins horripilants d’amour et pas foutus d’aller s’acheter du sel à l’épicerie d’en bas, comme c’est jouissif de voir que pour les autres aussi rien ne dure !
On sort du film en souriant à cause du dernier plan (très réussi), alors que finalement rien n’est réglé, rien n’est fini, il n’y a pas de happy end, juste des incertitudes, parce que c’est comme ça, ainsi va la vie, inconstante et fragile, et qu’une fois que tu as validé ça une bonne fois pour toutes, il ne reste plus qu’à l’apprécier, au jour le jour.

 

JALOUSE, un film de Stéphane & David Foenkinos, avec Karin Viard, Thibault de Montalembert, Anaïs Demoustier… actuellement en salles  

Au Revoir Là-Haut, le pari très réussi d’Albert Dupontel

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Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l’un dessinateur de génie, l’autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l’entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire…
J’ai découvert Au Revoir-Là-Haut dans une version non définitive présentée en avant-première dans mon cinéma, et même si cela fait un bout de temps à présent et que mes impressions sont lointaines, j’aimerai vraiment te donner envie d’y aller, rien que pour :

* Le tour de force de nous plonger dans cette période d’après-guerre qui vomit ses blessés psychologiquement et physiquement, des rescapés pour lesquels le conflit n’est pas vraiment terminé et pour qui la lutte pour la survie continue. Des antihéros pas forcément attachants, mais forcément bouleversants.

* Le ton, à la fois tragique et comique, parfois outrancier (et là tu adhères… ou pas), ironique, souvent dénonciateur, qui porte haut et (très) fort la voix de son réalisateur.

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* L’interprétation : je citerai en premier lieu celui qui ne l’est pas souvent dans la promo, Laurent Lafitte, qui nous compose une ordure d’anthologie. Puis les yeux de Nahuel Perez Biscayart, qui depuis m’a soufflé dans « 120 Battements par minute » et pour qui je reverrai volontiers le film. Dupontel lui-même, Niels Arestrup… rien à (re)dire.

* La mise en scène : techniquement tout est parfait, les décors, les costumes… les masques ! on y est, forcément, on y est. J’aime Albert Dupontel depuis Bernie pour la singularité qu’il insuffle à chacun de ses films, mais cette fois je trouve que sans perdre de son grain de folie douce il a réussi à s’effacer devant un thème plus fort que lui, y gagnant au passage ses galons de grand réalisateur.

* Pour le livre bien sûr, dont c’est une très bonne adaptation, soumise d’après ce que j’ai lu à l’approbation de Pierre Lemaitre – j’ai lu entre temps une bande dessinée qui en était également tirée, je l’ai trouvée vraiment moins réussie. Une scène, pour le moins majeure, et qui m’avait marquée dans ma lecture a été changée pourtant, mais ça n’enlève rien à la force de ce qui est restitué.

 

AU REVOIR LA-HAUT, un film de/avec Albert Dupontel, Nahuel Perez Biscayart, Laurent Lafitte, Emilie Dequenne… aujourd’hui en salles