{Cinéma à la Maison} Les Traducteurs

Les Traducteurs est un film sorti en janvier dernier, voici donc une petite séance de rattrapage : neuf traducteurs sont réunis dans une riche demeure pour traduire le dernier tome d’un grand succès de littérature. Alors qu’ils sont cloîtrés, les dix premières pages sont publiées sur internet et un pirate menace de dévoiler la suite. D’où vient la fuite ?

Agatha Christie dans le monde de l’édition ! L’idée de base, inspirée des circonstances de la traduction d’Inferno de Dan Brown, a de quoi inspirer : sous les ordres d’un éditeur pas commode (Lambert Wilson), l’équipe de linguistes (l’occasion d’un casting international), un pour chaque pays et tous aussi différents les uns que les autres, n’a plus aucun contact avec l’extérieur. Imaginez l’ambiance lorsqu’on découvre que l’un d’eux est un « traître » !

On notera au passage une intéressante réflexion sur le livre en tant que produit aux enjeux financiers colossaux… Même si à mon goût tous les acteurs n’ont pas un jeu égal, parfois un peu trop théâtral, le réalisateur (dont le précédent film, « Populaire » avec Romain Duris, était extrêmement sympathique) a réussi à donner à son film une vraie ambiance de Cluedo avec son lot de rebondissements, une histoire mêlant suspense et vengeance, prenant et surprenant jusqu’au bout.

LES TRADUCTEURS, un film de Régis Roinsard avec Lambert Wilson, Olga Kurylenko, Eduardio Noriega…

{Cinéma à la Maison} Les Éblouis

La famille de Camille, 12 ans, intègre une communauté religieuse fondée sur des valeurs de partage et de bienveillance. Mais peu à peu, ils se laissent embrigader…

Ça commence en douceur et ça finit dans le chaos et la fureur. Au début, on sourit de la crédulité de cette gentille famille qui, poussée par la fragilité de la mère, se laisse doucement glisser dans un groupe d’illuminés qui appellent leur « berger » en bêlant. Puis on s’énerve de les voir forcer leur fille à abandonner sa passion pour le cirque, on tique en la voyant contrainte de cacher ses vêtements de collégienne pour les troquer contre une informe robe de bure.
Camille semble elle-même fascinée de voir ses parents éblouis par un tranquille gourou aux faux airs inoffensifs (Darroussin), alors que chacun de ses élans d’adolescente (s’habiller comme une ado de son âge, se révolter, tomber amoureuse) sont étouffés dans l’œuf. Alors elle se rebelle à sa façon, sous de douces apparences, alors que dans la tête la révolte gronde. C’est la détresse de ses plus jeunes frères qui la poussera à donner un coup de pied dans la fourmilière.

On a rarement vu un sujet plus casse-gueule traité avec autant de délicatesse. Sans doute parce que cela sent le vécu et surtout le désir de ne pas juger ni peiner, comme si la réalisatrice avait à cœur de dire « c’est leur choix, ils y vivent conformément à leurs idéaux, que peut-on y faire ? », sauf que dans cette dérive ils entraînent des plus jeunes qui deviennent de facto des victimes. C’est un film qui à la fois serre le cœur et met une grande claque.

LES ÉBLOUIS, un film de Sarah Succo avec Camille Cottin, Eric Caravaca, Céleste Brunnquell… disponible en VàD

{Cinéma à la maison} Un Divan à Tunis

Il ne faut pas se mentir, on n’est pas près de remettre les pieds dans une salle de cinéma. Tandis que la sortie d’un très grand nombre de films a été repoussée in extremis, pour aider ceux qui sont sortis avant le confinement à trouver leur public autrement, le CNC a autorisé la diffusion à la demande (VOD) de titres très récents, au lieu d’attendre la durée des 4 mois habituels. A noter également que de plus en plus de cinémas vont proposer un service de VOD, ce qui nous permettra de les soutenir autrement.

C’est de cette façon que j’ai pu voir, chez moi, Un Divan à Tunis, sorti en salles en février dernier et que je vous recommande vraiment.

Selma souhaite ouvrir un cabinet de psychanalyse dans un quartier populaire de Tunis. L’intérêt d’une telle entreprise n’est pas vraiment comprise dans ce pays en pleine mutation qui a bien d’autres préoccupations, mais la jeune femme tout juste arrivée de Paris décide ne pas tenir compte de l’incrédulité ni des avertissements de son entourage.


Le film offre une alternance de moments mélancoliques et d’épisodes cocasses, car évidemment entre les patients qui défilent sur le divan de Selma et ses mésaventures administratives ubuesques, c’est un bel échantillon de personnages hauts en couleurs (et souvent représentatifs de la société tunisienne) qui nous est proposé. Car dès que l’on propose à des personnes de les écouter, de les écouter vraiment alors qu’elles sont persuadées de ne pas en avoir besoin, elles réalisent vite que c’est tout autre chose que de se confier à sa coiffeuse, celle-là même qui ne peut s’empêcher de venir même si elle jure à chaque fois que c’est la dernière ! Le tout enlevé par une sublime actrice qui prête sa voix grave à un personnage dont on ne sait pas trop les motivations – en dehors d’un vieux compte à régler avec Freud. C’est en dépit d’un petit goût d’inachevé un très bon premier film plein de tendresse pour un pays.

UN DIVAN A TUNIS, un film de Manele Labidi avec Golshifteh Farahani, disponible en VOD.

#JeSuisLà, #Filmattachant

Stéphane est chef cuisinier dans le Pays Basque et même s’il est, comme il le dit lui-même, dans la force de l’âge, sa vie semble aussi poussiéreuse que les trophées de chasse antédiluviens qui obscurcissent sa salle de resto. Divorcé et père de deux grands enfants, il lui manque le truc qui lui redonnera du souffle. Jusqu’à ce qu’il commence à échanger avec une jeune femme coréenne rencontrée sur Instagram…

Stéphane s’ennuie, éprouve le besoin de rêver, de bouger, peut-être de changer de vie. Il finira par s’envoler pour la Corée sur un coup de tête pour retrouver Soo. Soo avec laquelle il échange quotidiennement depuis des mois, à qui il a même acheté un tableau et avec laquelle il souhaite contempler les cerisiers en fleurs de Séoul. Mais la réalité peut s’avérer aussi froide que l’aéroport d’un pays étranger.

Alain Chabat donne de sa douceur et de sa sympathie à ce personnage un tantinet naïf et autocentré, drôle (malgré lui) au point de devenir la mascotte des… mais chut !
Le film se perd un peu trop sur diverses pistes, bluette amoureuse ou crise de quinqua, histoire de famille ou dédale à la Spielberg façon Le Terminal.
Il parle surtout finalement de l’idéalisation des réseaux sociaux, de ce qu’on y recherche (soi-même ?) et des inévitables désillusions, de la starification rapide et factice (il faut d’ailleurs beaucoup aimer Alain Chabat, ce qui tombe bien en ce qui me concerne), ce à quoi on ne s’attend franchement pas du tout en entrant dans la salle !

Alain Chabat et Eric Lartigau avaient déjà fait ensemble « Prête-moi ta main » avec Charlotte Gainsbourg, un film doudou que je revendique de connaître par cœur ! Celui-ci ne fera pas partie de mes préférés, mais il est empreint d’une tendresse et d’une mélancolie un peu triste qui le rendent très attachant.

#JESUISLA, un film de Eric Lartigau avec Alain Chabat, Donna Bae… actuellement en salles.

1917 en immersion

1917, sur la ligne de front au Nord de la France. Deux jeunes soldats britanniques reçoivent pour mission (impossible) de porter le plus rapidement possible un message dans le but d’empêcher une attaque et de sauver des milliers de soldats. La course contre la montre est lancée.

Lorsqu’on sait que le film est annoncé comme une prouesse technique exceptionnelle (construit comme un – faux – plan-séquence de deux heures, il suit les soldats dans un périple traversant le No man’s land puis les lignes ennemies, avec pas mal d’embûches à la clé), on peut craindre raisonnablement que cela n’éclipse l’histoire. Il faut reconnaître que durant les premières minutes où la caméra précède les deux garçons, du champ où ils se reposaient jusqu’à découvrir le camp jusque dans les tranchées, et ainsi de suite comme une pelote que l’on dévide, on observe le mouvement des caméras, fluide jusqu’à la fascination.

Et puis on finit par oublier, parce qu’on s’attache aux personnages, parce que très vite on a peur pour eux, qu’on est embourbés comme eux dans la boue des tranchées, à s’empêtrer dans les barbelés, à risquer de mourir étouffé sous un tunnel, on a peur qu’ils sautent sur une mine, on craint qu’ils ne tombent dans un piège… On oublie le dispositif parce que le film montre des gars épuisés, terrorisés, crades, morts, pas des héros proprets qui vont sauver le monde.

L’atmosphère est tendue dès le départ, c’est le moins qu’on puisse dire, la musique participe pas mal à cette montée dans la tension. Le tout est indéniablement spectaculaire et quelques scènes sortent du lot (la scène nocturne dans les ruines d’un village est hypnotique, sans compter une bataille finale dont il vaut le coup de regarder le making off), mais ça reste avant tout un hommage fort en émotion à voir absolument sur grand écran.

1917, un film de Sam Mendes avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Benedict Cumberbatch… actuellement en salles.

La Belle Epoque, le temps qui passe

Si tu avais la possibilité d’être envoyé dans une autre époque, de devenir Marie-Antoinette ou d’avoir à nouveau 18 ans, que choisirais-tu ? Victor, lui, a décidé de revivre le jour de sa rencontre avec sa femme, cette même femme qui vient de le mettre à la porte de chez eux pour excès d’ennui et de pessimisme. Comment ont-ils pu tomber aussi fous d’amour en 1975 et se mépriser autant aujourd’hui ? Ne sont-ils donc plus les mêmes ?

C’est un film tout entier sur la nostalgie, celle d’une époque, celle d’un amour, celle de sa jeunesse où tout semblait plus simple et plus libre. Il raconte également comment notre époque entièrement connectée peut paraître suffisamment anxiogène et désabusée pour donner envie de se réfugier dans ses souvenirs… surtout si on vous le propose pour de vrai, certes dans des décors de théâtre et avec des comédiens mais avec un souci extrême du détail.

Guillaume Canet, metteur en scène tyrannique, vit une passion douloureuse avec Dora Tillier qui elle même joue le rôle du premier grand amour de Daniel Auteuil qui est en réalité Fanny Ardant… mise en abîme à plus d’un niveau sur un scénario malin qui tire plusieurs ficelles d’un coup.
Le film souffre de quelques longueurs et peut-être aussi de lourdeurs (sur la quantité d’idées qu’il contient, ça reste une moyenne plus que raisonnable !) mais entremêle les histoires avec grande fluidité et des dialogues caustiques, à la fois drôles et cruels (la patte du réalisateur).

Au final, l’émotion l’emporte dans une belle variation très maîtrisée sur les regrets et sur le temps qui passe.

LA BELLE EPOQUE, un film de Nicolas Bedos avec Daniel Auteuil, Guillaume Canet, Fanny Ardant, Dora Tillier… actuellement en salles.

Joker, clown triste

Je n’aime pas les clowns, ils me fichent vraiment la trouille, et ce n’est pas après avoir vu Joker que ça va s’arranger !
Que dire de ce film étrange qui semble diviser, mais qui à mon avis provoque forcément un effet sortie de salle proche de la sidération : « c’était quoi, ce qu’on vient de voir exactement ? ». Evidemment, on est à mille lieues du film de super héros (N’EMMENEZ PAS LES GOSSES !!!), même si on y croise furtivement un futur héros à cape noire ça n’a strictement rien à voir. C’est même l’antithèse de la construction d’un héros puisque pendant deux heures on assiste à la chute irrémédiable d’un homme sur qui s’acharne le monde. Dans un contexte déjà pas folichon, une société divisée au bord de l’explosion qui n’attend qu’une étincelle (ça se passe à Gotham City, mais après tout il n’est pas impossible d’extrapoler…), notre homme s’évertue à faire rire les gens en faisant le clown. Il prend soin de sa mère, voit sa psy toutes les semaines, craque pour sa voisine, est sympa avec les enfants… mais le sort semble lui en vouloir personnellement, et c’est à grands coups de batte de baseball qu’il va l’éclater au sol littéralement, d’ailleurs au bout de deux tabassages je commençais à me dire : c’est pas un peu trop, là ? »). Pas étonnant dès lors que la folie qui couve va se réveiller dans une grande déflagration, qu’on attend tout au long de la première moitié du film.

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Est-ce un bon film, formellement ? oui assurément, la mise en scène au top, la musique géniale, et bien sûr cette interprétation incroyable et inoubliable de Joaquin Phoenix. On aura rarement vu grimage plus flippant et plus expressif dans la douleur et dans la rage. Quelques scènes, souvent celles où il est pleinement dans son personnage de Joker et se met à danser, sont vraiment belles. Maintenant, ce n’est pas un film facile à regarder, il est très violent, et pas seulement parce que le sang coule, dans une atmosphère glauque et tendue il raconte comme une société fabrique ses propres monstres. Ici un futur grand méchant, mais ça aurait pu être un pauvre gars qui tourne serial killer, ce qu’on cherche à expliquer en racontant son enfance sordide.
Bref, un film choc et totalement désespérant qui incite à la réflexion, indéniablement marquant, mais 24h après je ne saurai toujours pas dire si je l’ai aimé ou pas…

JOKER, un film de Todd Phillipps avec Joaquin Phoenix, Robert de Niro… actuellement en salles

Retour à « Downton Abbey »

Qu’est-ce qui peut expliquer le succès d’une série – et maintenant d’un film – où le suspense est à peu près aussi épais qu’un sachet de thé anglais, où l’on tremble à l’idée que le soufflé retombe avant d’être servi à table, où l’on retient son souffle à la perspective d’une tache de sauce sur une redingote ? Peut-être parce que le temps justement y est comme suspendu, loin des mélodrames habituels et à 1000 lieues de notre quotidien pas toujours rose, évoquant un monde aussi exotique qu’un Jurassic Park en dentelles. J’ai même déjà parlé de la série dans un précédent blog (en 2014 !) et comme multitude de fans j’attendais avec un délice anticipé la version grand écran.

Alors disons le tout de suite, rien de bien nouveau sur les vertes pelouses de Downton Abbey ; et pourtant c’est drôle comme les personnages semblent autant jubiler que les spectateurs à la perspective de remettre les pieds dans le désormais mythique manoir. Et pour l’occasion il va falloir littéralement mettre les petits plats dans les grands, puisque le roi et la reine débarquent ! Voilà en gros pour le scénario, c’est un peu court jeune homme, en dépit de petites anecdotes secondaires effleurant des thèmes intéressants (comme le traitement de l’homosexualité à l’époque) sans les exploiter complètement.

Si on retrouve Lady Violet, la véritable star à en juger par les rires dans la salle à chacune de ses répliques, ceux qui n’ont jamais regardé la série risquent d’être un peu perdus ! Pour les autres, ce seront de belles retrouvailles avec les clans maîtres et serviteurs, avec chacun son monde et ses règles inaltérables.
Reste sur grand écran un film fort élégant avec ses décors et ses costumes, déployant toute son argenterie pour ce qui ressemble bien à un dernier baroud d’honneur.

DOWNTON ABBEY, un film de Michael Engler avec Michelle Dockery, Hugh Bonneville, Maggie Smith… actuellement en salles.

Portrait de la Jeune Fille en Feu, un film incandescent

Fin du XVIIIe siècle. Marianne, une jeune peintre, est envoyée sur une île isolée de Bretagne pour y faire le portrait de mariage d’Héloïse à son insu…
La beauté de ce film ! et la force aussi de tout ce qu’il raconte et veut transmettre. Une histoire de femmes, du point de vue des femmes, où les rares hommes présents à l’écran ne sont que le symbole d’un passage ou d’un enfermement.
D’abord le regard de Marianne sur son modèle dont elle s’approprie peu à peu l’image (magnifiques premiers plans où la jeune femme ne se découvre que progressivement) avant de s’en approprier le cœur, on assiste à la naissance du désir puis d’un amour puissant, celui que l’on portera en soi ensuite pour toute sa vie et qui se rappellera à soi en feuilletant les pages d’un livre ou en écoutant une symphonie. D’autant plus fort qu’Héloïse se sait promise à un destin qu’elle n’a pas choisi et que cette rencontre correspondra probablement à la dernière parenthèse de liberté de sa vie de femme.
Puis le geste de la peintre qui hésite, tâtonne, à la recherche de la bonne carnation de peau, du correct soyeux d’une robe, qui en appelle aux Vigée-Lebrun, Artemisia Gentileschi et surtout à toutes les femmes peintres de cette époque, nombreuses mais oubliées, privées des privilèges accordés aux hommes peintres et de certains apprentissages. Le soin de la lumière et du cadre, ces plans qui tous ressemblent à un tableau, d’une beauté qui coupe le souffle.

La sororité enfin de ces femmes mises sur un plan d’égalité, la domestique comme le modèle ou la peintre, dans une intimité forcée mais partagée comme quelque chose de si naturel, loin du protocole et du regard des autres. Les actrices entre lesquelles passe une rare intensité, filmées au plus près de la peau, carnation rougissante d’émotion, respiration hachée et éclat dans l’œil.
Pour son premier film en costumes (et premier film avec des adultes après Tomboy, Naissance des Pieuvres ou Bande de Filles), la réalisatrice pénètre dans le cœur des femmes et de leurs émotions. J’ai bien quelques réserves (car il en faut bien) tenant à des détails, mais si vous voulez voir un film d’une intense beauté c’est celui-ci qu’il faut choisir.

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU, un film de Céline Sciamma avec Adèle Haenel, Noémie Merlant, Valeria Golino… actuellement en salles

Once upon a Time… in Hollywood, l’envers du décor

Il y a tant à dire et à discuter dans chaque film de Tarantino ! Double, quadruple ou multilectures, selon l’angle d’attaque on peut trouver ça génial ou horripilant. Personnellement, j’avais laissé tomber l’affaire depuis quelques films, estimant qu’il avait tendance à se répéter : quelques scènes à potentiel culte, de la musique souvent géniale, beaucoup de violence extrême avec membres explosés en gros plan, pas mal de blabla transitoire, quelques caméos et… des pieds (crades de préférence, chacun son trip) en gros plan. Bref, un beau b*rdel. Mais là, la double affiche Pitt-DiCaprio m’a attirée, et puis les années 60, et puis Hollywood, et puis, surtout, Sharon Tate.
Le film est très long et paraît-il que des spectateurs sortent avant la fin ; ce serait dommage, puisque c’est la fin qui en vaut la peine, clairement. Mais avant d’y arriver, il aligne multitude de scènes (parfois anecdotiques, voir l’apparition de Bruce Lee) qui installent la relation entre un acteur de séries façon Josh Randall qui tente de redonner un nouveau souffle à sa carrière (et pourquoi pas dans les western spaghetti) et sa doublure cascade cantonnée au rôle d’homme à tout faire (Brad Pitt, qui décidément, vieillit très très bien). Entre découragements, fausses promesses et désillusions, la machine Hollywood est en marche et broie tout ce qui passe. On est quand même loin du rêve que seuls quelques uns ont atteint.

Et puis, en marge de ce monde doré où les villas surplombent les studios sur les pentes de Los Angeles, il y a quelques hippies, dont ce groupe de très jeunes femmes qui se baladent en chantant, font les poubelles et vivent dans un décor de ranch abandonné. Le personnage de Brad Pitt va les croiser dans une scène où l’on retient véritablement son souffle – elle est loin l’ambiance peace and love. Il se trouve que ce groupe en particulier vit sous la coupe d’un certain Charlie qu’on ne verra que fugacement, le fameux Manson qui commanditera le meurtre de puissants. Et là, il faut vraiment connaître l’histoire de l’assassinat de Sharon Tate et de ses amis pour goûter l’ironie de la fin du film. J’ai trouvé l’idée excellentissime : la revanche 50 ans après, ou bien un hommage à une jeune actrice victime de la folie d’un homme ?
A ce sujet, il faut lire absolument « The Girls » d’Emma Cline (10/18) auquel j’ai beaucoup pensé durant le film , qui relate de façon romancée la façon dont de jeunes gens pouvaient tomber sous la coupe d’un gourou , au point d’accepter d’accomplir l’impensable.

ONCE UPON A TIME IN… HOLLYWOOD, un film de Quentin Tarantino avec Brad Pitt, Leonardo DiCaprio, Margot Robbie… actuellement en salles.