Romy, une longue nuit de silence

J’avais 10 ans lorsque Romy Schneider est morte, et je m’en souviens encore. Je m’en souviens parce qu’il y avait peu d’actrices de cette envergure qui fut aussi proche des français, elle qui nous venait d’Allemagne ; je m’en souviens parce que je trouvais que ma mère lui ressemblait, parce qu’à la maison c’était ambiance film de Claude Sautet avec des repas d’adultes à n’en plus finir dans la fumée des cigarettes ; je m’en souviens parce que j’étais surnommée Sissi à cause des films en crinoline qui firent sa gloire et furent sa malédiction. Ces détails personnels pour raconter comme cette actrice a une place à part de mon point de vue, avec ce talent et cette photogénie qui n’appartenaient qu’à elle et ce destin tragique qui contribua à sa légende. J’ai lu quelques biographies dont certaines m’ont atterrée, car le point de vue était parfois aussi putassier que la presse de caniveau qui lui faisait horreur : la tragédie, ultime, toujours.

J’ai ouvert le livre de Sarah Briand et je ne l’ai plus refermé. Le point de vue adopté est infiniment respectueux et pudique, à la fois au plus près de la femme mais à la distance parfaite pour préserver une aura trop souvent entachée. Le récit est à la fois précis grâce à une enquête approfondie qui permet de se détacher de son sujet pour mieux en parler, mais pas trop appuyé. Et puis surtout il y a beaucoup d’amour engagé dans ce portrait de femme blessée, l’amour des proches, l’amour des hommes, l’amour éternel d’un seul homme qui livre un morceau d’intimité unique et émouvant, l’amour d’une auteure pour son sujet. Magnifique hommage !

Photo Robert Lebeck

ROMY, UNE LONGUE NUIT DE SILENCE, Sarah Briand, Fayard

Publicités

Lectures de Juin✽

« Ça passe trop vite une vie. Mieux vaut tourner les pages que de relire toujours les mêmes chapitres. »
En retournant dans la montagne de son enfance, Ana retrouve sa place, celle qu’elle avait perdue en tâchant d’exercer son métier d’écologue au mieux, jusqu’à commettre l’erreur qui provoque un effondrement personnel. Retour à la vie au rythme des saisons, à la simplicité et à une forme de liberté, à ses amis de toujours, à la paix du corps et de l’esprit. C’est une très jolie lecture qui invite à la réflexion (écologique mais pas seulement), une invitation à vivre en harmonie avec la nature… et avec soi.

Mon Coeur contre la Terre, Eric de Kermel, Eyrolles

Je me souviens bien de la série de Germain Huby, « Germain fait sa télé », il y a un peu plus de dix ans, à cette époque où le Zapping vivait encore ses beaux jours ; en détournant la bande son des émissions phares du moment, en jouant tour à tour tous les rôles, il mettait en évidence de façon hilarante l’absurdité et la nihilité de ce qui nous était proposé sur petit écran. 
Avec « Le Bruit des Mots », finalement l’artiste procède de même, utilisant des scènes a priori anodines, inoffensives voire même très quotidiennes (un immeuble, une séance de conseil municipal, une scène d’amour, une salle de cinéma, un débat…), les assortissant de dialogues plus ou moins longs et absolument surréalistes. C’est ce décalage entre des images douces voire poétiques et des mots parfois brutaux qui provoque une réaction : on trouvera ces situations drôles, cocasses, parfois même cruelles, en tout cas elles nous parlent forcément et en disent long sur un monde qui ne va pas très bien. En cela l’ouvrage est plus acide et pessimiste qu’un roman graphique de Fabcaro auquel on ne peut s’empêcher de le comparer.

Le Bruit des Mots, Germain Huby, Le Tripode

« On a le sentiment que la ville se vide, alors que personne ne va nulle part.« 
Une étrange épidémie débute sur le campus universitaire d’une petite ville de Californie : un à un, les étudiants s’endorment profondément et il devient impossible de les réveiller. Malgré l’isolement et la prise en charge rapide des malades par les autorités sanitaires, la contagion s’étend à l’ensemble de la ville, rapidement encerclée par un cordon sanitaire, enfermant les dernières personnes éveillées avec la population qui dort, et surtout qui rêve…
Quel point de départ ! Il n’y aura pas d’explication à l’évènement, prétexte comme dans tout récit catastrophe à suivre quelques personnages et la façon dont ils vont se révéler à eux-même, soit en se cachant, soit en cherchant à protéger leurs proches, ou encore à sauver et soigner. Deux petites soeurs qui se retrouvent livrées à elles-même, leur père persuadé que le monde est un danger mortel et qui voit toutes ses prédictions se réaliser, leur voisin, un jeune papa dépassé, Mei, une jeune étudiante timide poussée à se dépasser, ou encore un couple de personnes âgées…
S’il ne se passe rien de spectaculaire, le récit de la manière dont la panique s’étend insidieusement, provoquant d’abord peur, colère et incompréhension, puis lassitude, habitude et même ennui, est très habilement mené. Il faut dire que le sujet est troublant (les endormis sont là sans être là), pouvant être la métaphore de beaucoup de choses. Je regrette seulement que la fin soit si lapidaire, ni ouverte ni fermée sur des personnages dont on aimerait bien savoir ce qu’il advient par la suite, de même que pour le lien avec le contenu de certains rêves : passé, futur ? Mais rien que pour son étrangeté, le roman vaut vraiment la peine que l’on s’y arrête.

Des Rêves Infinis, Karen Thompson Walker, JC. Lattès

Lectures de Mai ✽

Cette photo d’une jeune femme élégante, sa main gantée accrochée à son collier de perles, son rouge à lèvres et son tailleur, ne serait-ce l’incongruïté de ses bas descendus on pourrait croire au repos d’une belle endormie… Mais nous sommes le 1er mai 1947 à New York, Evelyn McHale vient de se jeter de la terrasse du 86e étage de l’Empire State Bulding, terminant sa chute sur le toit d’une limousine. Robert Wiles, un jeune photographe qui passait à proximité prend en photo le corps quelques minutes après, un cliché qui sera publié par le magazine Life et deviendra mythique.
Il y avait jadis à la télévision une émission (dont je ne me souviens plus du titre exact) qui racontait les coulisses des photographies les plus célèbres de l’histoire, expliquant l’avant-pendant-après et leur donnant ainsi un nouvel éclairage, souvent passionnant, sur ce qui se cachait derrière certaines images devenues iconiques. C’est ce même travail que fait Nadia Busato dans « Je ne ferai une bonne épouse pour personne », titre tiré du mot d’adieu d’Evelyn. En lui consacrant un récit certes un peu romancé puisqu’elle reconstitue sa courte existence à partir du peu que l’on sait et en imaginant les réactions de son entourage, elle lui rend un nom et une existence, là où ne restait qu’un cliché funèbre et néanmoins fascinant. 
Tour à tour elle donne la parole aux proches d’Evelyn : Helen, la mère, Juliana, une collègue de l’armée, sa soeur, son fiancé… mais aussi le policier qui dut s’occuper de son corps, le photographe, un suicidé acculé par la crise de 29 ou encore une rescapée du même saut. Et surtout, pour finir elle rend sa voix à Evelyn dans un ultime chapitre bouleversant. En dessinant le portrait d’une jeune femme fragile, sujette à des crises, elle cherche à comprendre les raisons de son acte, éprouvant et provoquant chez le lecteur une profonde empathie pour la solitude inguérissable de la jeune femme. Dès lors, Evelyn n’est plus seulement la photo d’un cadavre parue dans les pages glacées d’un magazine, mais bel et bien une jeune femme sortie de l’ombre. 

JE NE FERAI UNE BONNE EPOUSE POUR PERSONNE, Nadia Busato, La Table Ronde ✽

Raina est une jeune femme d’origine indienne qui travaille beaucoup et se trouve être encore célibataire à 29 ans, au grand désespoir de sa grand-mère adorée, Nani, qui l’a élevée et décide de prendre les choses en main. Pour faire plaisir à celle à qui elle doit tant, Raina accepte des rendez-vous arrangés suivant une liste de prétendants établie par Nani. Impossible qu’elle n’y trouve pas l’homme parfait ! Sauf que Raina est toujours amoureuse de Dev, son ex petit-ami londonien, et que celui-ci est de retour…
Il n’y a pas que Raina qui soit écartelée entre culture occidentale et tradition orientale, modernité et poids de la famille obnubilée par le qu’en-dira-t-on : tous les jeunes gens autour d’elle sont concernés, que ce soit Shey qui s’apprête à se marier en grand apparat pour plaire à sa belle-famille, ou le très jeune Depesh qui souffre en silence de sa différence. 
C’est un roman qui sous couvert de légèreté en dit beaucoup sur la tolérance, d’un côté comme de l’autre, dans lequel tout n’est pas soit tout mauvais soit tout bon. Le personnage de la grand-mère est en cela fantastique : certes elle est très préoccupée par le respect des traditions, et sans doute a-t-elle commis de grandes erreurs dans l’éducation de Raina, mais elle s’efforce d’évoluer, de comprendre et d’accepter les changements du monde, contrairement à bon nombre de membres de la famille. Tandis que Raina, par crainte d’être aussi décevante que le fut sa mère, se retrouve enfermée dans des mensonges inextricables, car il est difficile voire même impossible de trouver la voie qui est la sienne en s’efforçant de satisfaire chacun et de ne blesser personne. Bref, un roman plein de charme mais pas seulement.

LA LISTE DES PRETENDANTS, Sonya Lalli, Eyrolles ✽

Baptiste, écrivain, vient d’être quitté par sa femme, son dernier bouquin ne marche pas très fort, sa mère est obnubilée par un divorce pourtant déjà ancien.
Le voici fort désoeuvré et uniquement intéressé par le classement des ventes sur Amazon jusqu’à ce que sa voisine, madame Halberstadt, sonne à sa porte : est-ce que ça le dérangerait de s’occuper de son chien Croquette pendant qu’elle est hospitalisée ? Impossible de refuser évidemment, et voici Baptiste contraint de s’accommoder bon gré mal gré de ce nouveau compagnon. Et voilà que tout à coup, tout semble marcher comme sur des roulettes, et le voilà qui se remet à voir le côté positif des choses… On sait déjà à quel point les animaux font du bien aux humains, ne serait-ce que pour contraindre notre héros à sortir de son isolement, mais plus encore, il se pourrait bien que Croquette soit un porte-bonheur à quatre pattes. De quoi attirer quelques envieux…
C’est rocambolesque, fantaisiste et drôle mais pas seulement, comment arriver à trouver du positif à l’existence lorsqu’on est à ce point désenchanté ? le basculement est si simple et rapide d’un côté à l’autre. Il y a également de belles pages sur le métier d’écrivain et sur sa mission sacrée : que le lecteur retrouve sa confiance et sa foi en l’humanité. « Mais comment écrire ce qu’on n’éprouve pas ? » Vaste programme !

LE CHIEN DE MADAME HALBERSTADT, Stéphane Carlier, le Tripode ✽

Coup de ♥ : « Le Bruissement des Feuilles », Karen Viggers

La Tasmanie, au sud de l’Australie. Miki, 17 ans, a perdu ses parents dans un incendie, et depuis elle vit seule avec son frère Kurt qui la tient recluse. Ensemble ils tiennent un petit restaurant où se croisent souvent les mêmes personnes ; dans cette petite ville encerclée par les forêts d’eucalyptus, tout le monde se connait et la plupart des habitants sont des bûcherons. C’est pour cela que l’arrivée de Léon, le nouveau garde-forestier, est vue d’un sale oeil… Léon (qui apparait dans La Mémoire des Embruns) est venu commencer une nouvelle vie en Tasmanie, et il va en découvrir progressivement la faune, animale et humaine.

J’ai appris et noté plein de nouveaux termes au fil de ma lecture : j’ai cherché par exemple à quoi pouvaient bien ressembler les diables de Tasmanie, les dasyures, et ce qu’était le footy, sport local de haute importance. C’est la nature qui tient ici la place la plus importante, une nature en danger, que ce soient les diables affaiblis par la maladie ou les arbres millénaires menacés par la déforestation.

Mais c’est surtout un fantastique roman sur la liberté, celle des hommes, des animaux et des arbres, alors qu’il s’agit de les tenir enfermés pour les protéger ou même les soigner. Ainsi Kurt, obéissant aux lois sectaires familiales, tient-il sa soeur à l’écart du monde pour la protéger des tentations, les diables doivent être attrapés pour ne pas contaminer leurs semblables, même les arbres doivent être cloîtrés pour être protégés des hommes, des bûcherons et des touristes. On y parle également d’espoir, de résiliation et de guérison, fut-ce entre les pattes d’un chien (fantastique Rosie) ou par le pouvoir de la nature. Encore une fois j’ai vraiment aimé les descriptions de paysages, avec une telle puissance d’évocation que l’on s’y croirait, à lever la tête vers les frondaisons ou à humer l’odeur d’humus des sous-bois. Un superbe moment de lecture qui nous fait voyager loin et donne des envies d’ailleurs.

Le paysage comptait plusieurs strates. Comme les gens. Les arbres. Chaque élément complétait les autres et chaque élément était différent. Elle aimait la façon dont tout cela s’imbriquait pour former un tout. Un paysage. Un pays. Un monde. Tout était là.

LE BRUISSEMENT DES FEUILLES, Karen Viggers, Les Escales

Lectures d’Avril ✽

IMG_20190408_163049_265

Bienvenue au coeur du Moyen-âge, où l’on n’attend des femmes que silence et soumission, vouées à donner des héritiers mâles à leur seigneur et maître ou permettre l’alliance de royaumes. Mais Eléonore et Adélaïde, les deux filles du lion, vont aller à l’encontre des codes et des interdits de leur milieu en se laisant porter par la passion, amoureuse pour l’une, scientifique pour l’autre. Tandis qu’Eléonore la Salamandre épouse Guillaume l’Ours débonnaire, son coeur s’enflamme pour un ménestrel avec lequel elle rêve de s’enfuir. Sa jeune soeur, Adelaïde l’abeille, se découvre quant à elle un penchant pour la médecine et pour la chirurgie en particulier, devenant en cachette l’élève d’un apothicaire.
En tant que jeunes femmes tout leur est interdit, elles vont donc chacune à leur façon mener une véritable lutte silencieuse, mais le danger est grand  à une époque où l’on voit diablerie partout, jusque dans les cheveux des filles ou dans leurs rires. Une fois entré dans le roman de Camille de Peretti, on se laisse volontiers embarquer tant la vie de château nous est passionnément et précisément racontée, avec son vocabulaire médiéval et son bestiaire expressif : salamandre, abeille, hibou, ours, lion, dragon… Un captivant voyage dans le temps !

LE SANG DES MIRABELLES, Camille de Peretti, Calmann-Levy

IMG_20190412_115701_732

Il a connu Shakespeare, croisé F.Scott Fitzgerald… Tom Hazard a 439 ans mais en fait 41 tout au plus, et vient de postuler pour devenir professeur d’histoire dans un collège londonien. Tom est atteint d’anagérie, un syndrome qui provoque un vieillissement extrêmement plus lent que la moyenne. Une vraie malédiction pour lui, source de solitude insupportable et de la volonté ferme de ne s’attacher à personne, l’obligeant à changer régulièrement de vie et à tout recommencer à zéro pour ne pas se faire repérer par les éphèmères, les hommes qui eux vieillissent normalement. Ce qui sauve Tom du désespoir, c’est le désir de retrouver Marion, la fille qu’il a eue avec Rose, le seul amour de sa vie, au 17e siècle (!), et qui souffre du même syndrome.
Si l’on avait des centaines d’années devant nous, trouverions-nous encore un sens à la vie ? Tom a du mal à sauver les apparences d’une existence normale, tout en s’interdisant le moindre sentiment, mais quand l’amour finit par se présenter il est difficile de le combattre. Le roman se lit très rapidement, comme un feuilleton alternant épisodes d’aujourd’hui avec souvenirs de sa vie ancienne – très ancienne – avec des enchaînements très migraineux (pour le héros, pas pour le lecteur).
C’est une histoire émouvante, drôle et tragique à la fois, bercée par le désespoir de son héros et sa volonté de s’affranchir de la Société des Albatros qui rassemble les personnes touchées par le même mal. Une réflexion sur l’amour et le chagrin de l’avoir perdu suffisamment fort pour survivre aux siècles qui passent – il est très facile d’imaginer l’excellent Benedict Cumberbatch, qui a acquis les droits d’adaptation, dans ce rôle vraiment à part. 

HOW TO STOP TIME, Matt Haig, Hélium

IMG_20190415_154557_940

Sous le haut patronage d’Edgar Allan Poe et de son Nevermore, Josiane Balasko nous propose dans « Jamaiplu » un recueil de nouvelles fantastiques où l’on croisera extraterrestres, animaux, chasseurs de fantômes et autres créatures imaginées avec un plaisir évident et inspirées certainement par la part d’enfance de l’actrice-écrivaine. Tantôt tristes, tantôt drôles, on préférera forcément certaines nouvelles à d’autres ; personnellement j’ai un faible pour cette histoire de zombies assoiffés de… câlins !

JAMAIPLU, Josiane Balasko, Pygmalion

IMG_20190417_152755_442

Je ne connaissais que Nancy Cunard, la muse, la scandaleuse, la combattante. Dans ce récit, Alexandra Lapierre exhume avec talent et quelques procédés scénaristiques l’impitoyable guerre qu’elle mena contre sa mère Maud, une riche héritière elle-même particulièrement insoumise. Une guerre d’une incroyable cruauté entre deux femmes qui se ressemblaient pourtant absolument, un véritable carnage qui laisse muet de stupeur, quasiment à la vie à la mort. L’auteure (spécialiste des biographies féminines) imagine non pas l’impossible réconciliation mais au moins une vaine tentative de dialogue entre ces deux personnalités hors normes qui brillèrent chacune en leur temps dans le monde des arts, et l’on referme cette histoire avec un terrible sentiment de gâchis.

AVEC TOUTE MA COLERE, Alexandra Lapierre, Pocket

Zombillenium et Le Retour à la Terre, des suites tant attendues

20190402_101356(0)

Je ne parle pas souvent bande dessinée par ici, et pourtant c’est un plaisir partagé par toute la famille ! Alors un mot (ou deux) sur deux sorties toutes neuves :

D’abord sur le tome 4 de Zombillenium intitulé La Fille de l’Air (Dupuis), reçu dans le cadre de La BD fait son Festival organisé par Rakuten. Nous voici de retour dans le fameux parc d’attractions tenu par monstres, vampires et autres loups-garous, dont la direction a déjà suscité bien des passions dans les tomes précédents (à noter qu’il faut voir la version sur grand écran, vraiment réussie). On retrouve donc ici le très chouette graphisme dynamique d’Arthur de Pins, ses créatures très expressives et ses couleurs léchées. Dans ce nouvel opus, Behemot, actuel propriétaire du parc, a décidé de mettre en jeu la direction sous forme de compétition, plus précisément d’un sabbat entre sorcières. Nous aurons d’un côté l’historique Gretchen et de l’autre la nouvelle venue démoniaque, Charlotte Hawkins. Mais Gretchen ne va pas se laisser voler facilement la vedette – ni son amoureux, littéralement envoûté. Si la cohabitation entre monstres et humains donne lieu à des répliques toujours très drôles, cet épisode-là est un peu court (à moins de (re) lire la série d’une traite) et ne fourmille pas d’inventions comme dans les tomes précédents. Un peu court, dommage !

Dix ans après Les Révolutions, Larssinet, Mariette et Madame Mortemont sont enfin de retour ! Dans ce nouveau chapitre du Retour à la Terre (Les Métamorphoses, Dargaud), les petits chats se sont multiplés, Manu est sur le point d’achever « Plast » au grand dam de son éditeur qui le trouve trop noir (toute ressemblance…), Ferri travaille sur Astérix, Pupuce grandit et Mariette attend un deuxième bébé. Quel plaisir de replonger dans ces cases bucoliques, mélancoliques et hilarantes, entre l’éditeur qui part à la campagne comme on part dans la jungle, le déni existentiel du futur papa et surtout, surtout la découverte par Madame Mortemont des joies de la technologie ! Emoticones fous rires assurés.

Lectures Printanières ❀

IMG_20190324_114205_326
… Ou alors juste quelques-uns 🙂
IMG_20190319_190419_862

Michka est une vieille dame qui ne peut désormais plus habiter seule. Partie vivre dans une résidence pour personnes âgées, il n’y a plus guère que sa jeune voisine Marie pour se soucier encore d’elle, et Jérôme, l’orthophoniste avec lequel elle commence à tisser un lien particulier. Mais ce qui chagrine le plus Michka, alors qu’elle perd progressivement et inéluctablement son autonomie, c’est de partir avant d’avoir pu dire Merci. Merci avant qu’il ne soit trop tard, avant que les mots ne se perdent. Après « Les Loyautés », Delphine de Vigan continue son exploration des relations humaines en se penchant sur les gratitudes : quelle est la dernière fois que vous avez dit merci à quelqu’un, un vrai merci sincère du fond du coeur ?
Tant qu’il reste à Michka les mots pour le dire, elle veut pouvoir témoigner de sa reconnaissance, pour la présence, pour l’écoute, pour la protection, merci pour les petites choses, pour les grandes choses. Quel attachant personnage de vieille dame, quelle tragédie lorsque la route se termine. C’est un roman très (trop) bref qui me marquera davantage que le précédent par sa douceur, et qui est susceptible de toucher chacun en fonction de son vécu – pour avoir un parent touché par l’aphasie, j’ai vraiment apprécié l’importance accordée à ces mots perdus, qui même une fois déformés peuvent rester poésie.


LES GRATITUDES, Delphine de Vigan, JC.Lattès

IMG_20190321_114420_338

La vie d’Annabelle semble parfaite : un mari aimant, deux adorables fillettes, une vie confortable sous l’oeil vigilant de la fidèle gouvernante, et que dire de cette journée de baptême idyllique. Le soir venu, elle prend la route en direction de la maison de son père à Lyons-la-Forêt, mais elle n’arrivera jamais à destination…
D’un côté on assistera à la folle angoisse qui s’empare de toute la famille d’Annabelle, à commencer par son mari mais aussi l’entourage qui se serre les coudes autour du drame et de cette obsédante question : qu’est-il arrivé à Annabelle ? Pourquoi elle ? Qui peut bien lui vouloir du mal ? Certains membres de la famille sentent que la menace est proche, vraiment toute proche d’eux : Zélie, qui du haut de ses 4 ans s’efforce de donner l’apparence d’une petite fille sage et heureuse, et Françoise, la fidèle Françoise persuadée qu’Annabelle va leur revenir.
D’un autre côté, on saura ce qui est arrivé à la jeune femme. A l’autre bout de la France, au coeur d’une forêt et entre des mains protectrices, il sera question de mémoire, de souvenirs, de résilience, de retour à la vie, d’amour et de reconnaissance.
En de courts chapitres Sophie Renouard sait installer une histoire captivante et des personnages attachants s’accrochant à un monde qui soit s’est écroulé, soit a purement et simplement disparu ; au-delà d’un suspense policier joliment mené et amorcé par un premier chapitre choc, on ne fait plus qu’aspirer à l’émotion attendue d’une fin rédemptrice.


ON N’EFFACE PAS LES SOUVENIRS, Sophie Renouard, Albin Michel

IMG_20190314_173441_492

Un salon de massage de luxe à Paris, à proximité de l’Etoile, dans un bel immeuble haussmannien. Waan y est très demandée et est la favorite du maître des lieux, M.Victor, ancien associé de son père devenu son protecteur. Il lui semble devoir lui être reconnaissante depuis qu’il l’a enlevée de sordides arrière-cours thaïlandaises pour un salon de grand standing. Mais est-ce vraiment un bienfaiteur ou un geolier ? Waan l’orpheline n’a-t-elle fait que passer d’une cage à une autre, plus présentable ? Sa rencontre avec Mathieu, un jeune reporter très curieux va bouleverser l’ordre des choses. Ce qui interpelle dans ce roman très bien construit c’est le parallèle fait entre le passé misérable de Waan et sa vie parisienne : en Thaïlande, l’orpheline est recueillie par un oncle abusif, contrainte d’apprendre toutes les techniques du massage érotique, l’ambiance est sordide et sombre. En France, elle rencontre ministre ou journaliste dans une atmosphère feutrée et sensuelle, pour autant la violence est la même : privée de son fils et de ses choix, Waan est sous emprise. L’abus peut prendre plusieurs formes, même sous les dorures. Et puis il y a Apsara, Katia et Leila, autant de beaux personnages de femmes fortes, blessées et résilientes. Un roman original et parfois violent sur le désir des hommes et la liberté des femmes.


L’AMOUR PROPRE, Olivier Auroy, Editions Intervalles

IMG_20190322_163440_831

Pour finir un seul mot sur ce roman : lisez-le ! Vous ne verrez plus les cimetières de la même façon, et vous n’oublierez pas Violette de si tôt.


CHANGER L’EAU DES FLEURS, Valérie Perrin, Albin Michel