« After Life », comment continuer

Le chagrin, le deuil, la colère… Tony a perdu Lisa, l’amour de sa vie, et ne cherche même plus à cacher son aversion pour les petits problèmes de ses proches et collègues ni son désintérêt pour la vie en général. Bref, un connard autoproclamé qui s’assume et balance ses idées noires à la tête du monde entier. La seule chose qui le maintient en vie : l’amour inconditionnel de sa chienne.

Au fil de ces deux saisons (6 épisodes chacune), il n’y aura pas de remède miracle au chagrin de ce personnage de misanthrope mais tout de même quelques éclaircies : une veuve sympathique croisée au cimetière, une prostituée philosophe, une stagiaire discrète, une assistante de vie charmante… Sans compter un nombre d’éclopés de la vie assez impressionnant, entre le psy dérangé ou le facteur sans gêne (des personnages franchement détestables), sans parler des désespérés en quête d’attention que Tony est chargé d’interviewer pour la feuille de chou locale.

Ce n’est pas vraiment la série à regarder quand on a déjà du vague à l’âme, pourtant ce serait dommage de passer à côté tant on s’attache à cette bourgade, tant le jeu des acteurs est parfait de justesse et de sensibilité. C’est souvent drôle, (très) souvent émouvant, un petit bijou de série.

AFTER LIFE, une série de/avec Ricky Gervais, deux saisons sur Netflix

The Marvelous Mrs Maisel

1958. Miriam « Midge » Maisel, une femme au foyer juive new yorkaise, mène une vie en Technicolor : un bel appartement dans l’Upper West Side et la famille idéale avec son mari Joel, leurs deux enfants et ses parents qui vivent dans le même immeuble. Une double découverte va venir perturber ce bel équilibre : la trahison de son mari et son talent pour le… stand-up.

A une époque et dans un milieu où la femme était réduite à rester dans sa cuisine et à tout faire pour plaire à son mari (ce à quoi Myriam s’emploie ardemment), l’irruption d’un tel personnage a de quoi provoquer des étincelles : Midge est pétillante, survoltée en permanence avec un débit de mitraillette capable de dire les pires horreurs (pour l’époque), ne s’épanouissant jamais autant que lorsqu’elle se trouve sur scène, au risque de se faire repérer par les garants de la vertu morale de l’époque. Car l’artiste n’a pas la langue dans sa poche et fait feu de tout bois et de tous les thèmes, se faisant même embarquer à répétition par les policiers qui surveillent les spectacles et arrêtent les artistes pour obscénité lorsque leur langage dérive un peu trop selon des critères mystérieux – dans un épisode, elle est même carrément virée de scène car elle a osé parler de… son accouchement. Heureusement il y a Susie, qui s’est autoproclamée manager et l’encourage à s’engager dans une vraie carrière de pro… en cachette de sa famille.

La première saison est un véritable bijou (les deux suivantes se répètent un peu mais on y trouve tout de même quelques épisodes d’anthologie) qu’il ne faut pas louper, développant un ton irrésistible et un rythme entraînant qui donnent à la série un côté unique et tellement rafraîchissant. Et il n’y a pas que le personnage de Myriam (Rachel Brosnahan, extraordinaire) qui soit attachant et inoubliable, il y a aussi ses parents avec ce père qui lui volerait quasiment la vedette, son ex-mari ou encore sa concurrente directe Sophie Lennon. Sans oublier un personnage d’autant plus intéressant qu’il a réellement existé : Lenny Bruce (qui a d’ailleurs déjà fait l’objet d’un film avec Dustin Hoffman), comédien dont la liberté de ton et l’engagement politique lui valurent de nombreuses arrestations et qui reste encore la référence des humoristes américains, un personnage interprété ici de façon sombre et désabusée.

La réalisation n’est pas en reste avec ses travellings à donner le vertige, sa reconstitution léchée et son style à la limite (souvent franchie) de la comédie musicale. Bref, un vrai plaisir que cette série, ne passez pas à côté !

LA FABULEUSE MRS MAISEL, une série de Amy Sherman-Palladino, disponible sur Amazon Prime