Station Eleven, Emily St. John Mandel

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Je me découvre un certain goût (inquétant ?) pour les romans post-apocalyptiques, où l’humanité – ou ce qu’il en reste – est contrainte de revenir à son point de départ et de s’adapter pour survivre – la nature qui prend sa revanche en quelque sorte. J’avais ainsi énormément aimé Vongozero de Yana Vagner,  et je viens de passer un excellent moment de lecture avec Station Eleven d’Emily St. John Mandel.

Ce qui le distingue des autres romans dystopiques, c’est l’omniprésence de l’art. L’ouvrage s’ouvre sur une pièce de théâtre au cours de laquelle Arthur Leander, un célèbre acteur, s’écroule sur scène. Comme un point de départ, dès le lendemain, une pandémie de grippe s’est propagée dans le monde et décime la population à une vitesse fulgurante. Des décennies plus tard, une troupe d’acteurs et de musiciens, la Symphonie Itinérante, joue du Shakespeare ou du Beethoven dans toutes les villes qu’elle traverse, s’efforçant de faire subsister l’art, considérant que « survivre ne suffit pas » – même si face à la menace de quelques illuminés sectaires, les armes restent nécessaires.
Peu à peu, l’auteur tisse des liens entre les personnages grâce à des réminiscences d’avant la pandémie, entre ceux qui ont connu le monde d’avant et ceux qui l’ont oublié ou jamais connu, ceux qui ont, aussi, un lien plus ou moins ténu avec notre acteur du début. Les portables et autres consoles de jeux ne sont plus vouées qu’à être rangés dans des musées ! Qu’est-ce qui subsisterait après tout de notre confort si fragile, si demain tout s’arrêtait ? Qui survivrait, d’internet ou de Shakespeare ? Un point de vue audacieux – et plausible ! –  qui donne envie d’une suite…

L’enfer, c’est l’absence de ceux qu’on voudrait tant avoir auprès de soi.

 

STATION ELEVEN, Emily St. John Mandel, Rivages  

L’Orangerie du Château de Versailles

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En contrebas du Château de Versailles (où ils sont protégés du vent), orangers du Portugal, d’Espagne ou d’Italie rassemblés par Louis XIV sont conservés à intérieur d’un bâtiment – conçu par Mansart vers 1684 – l’hiver et déployés sur le parterre aux beaux jours. En tout plus de 1200 arbustes, orangers, palmiers, lauriers, grenadiers en caisses selon une symétrie harmonieuse qui coupe le souffle.

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Tu le sens, le parfum de la fleur d’oranger ?

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L’Orangerie est accessible depuis les Jardins du Château, accès gratuit sauf les Jours de Grandes Eaux.

{Coup de ♥} La Femme qui fuit

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Le roman commence comme il finit : par une rencontre avec Suzanne, la grand-mère de l’auteure. Celle-ci décrète d’emblée qu’elle ne l’aime pas parce qu’elle a fait du mal à sa mère, irrémédiablement. Alors elle raconte, en remontant le fil du temps et des évènements : Suzanne Meloche est née en 1926 au Canada. Elle rêvait de liberté, d’une liberté totale, pour aimer, pour créer, pour exister, pour être tout sauf une femme ordinaire. Alors, un jour de 1952 elle choisit de poursuivre sa voie en abandonnant ses deux enfants, Mousse, 3 ans, et Antoine, 1 an.

Tu as fait un trou dans ma mère et c’est moi qui le comblerai.

Cette histoire m’a brisé le coeur, elle est d’une cruauté inouïe. Toute leur vie, les enfants de Suzanne chercheront leur mère d’une certaine manière, à la revoir, à essayer de recoller ce qu’elle a brisé, se heurtant à un silence et une volonté d’oubli. Car une fois qu’elle a choisi, qu’elle s’est choisie, Suzanne s’est interdit tout retour en arrière, malgré de fréquents retours d’élan maternel. Une famille explosée pour quoi ? quelques poèmes, des actions militantes, quelques amants, beaucoup de voyages, une fuite en avant permanente. L’auteure réinvente sa vie sans la juger mais sans cacher non plus le mal qui a été fait, le prix à payer pour ce désir fou d’affranchissement.

La forme du récit n’est pas ordinaire non plus, cette construction en brefs chapitres entrecoupés de citations. Au beau milieu du livre, cette photo d’une famille au temps où elle en était encore une, qui noue les tripes. Et cette langue déchirante et sublime, jugez plutôt :

Ma mère, fêlée du coeur. La permanence des éclats de verre laissés sous sa peau, traces d’abandon qu’elle porte en blason.

LA FEMME QUI FUIT, Anaïs Barbeau-Lavalette, Le Livre de Poche 

Découvrir Barcelone {3}

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Comment parler de Barcelone sans parler de Gaudí ? A commencer par l’emblématique, la fameuse Sagrada Familia, son ouvrage le plus célèbre (pas celui que je préfère, mais impossible de passer à côté). De 1883 à sa mort, l’architecte s’est consacré entièrement à l’ouvrage qui n’est toujours pas achevé et qui le sera peut-être dans… 80 ans ! Un côté chantier titanesque qui laisse sans voix.

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Première impression : Ouah la vache. Un bon résumé. Honnêtement on ne peut qu’être fasciné en approchant de la Basilique. L’extérieur, avec son aspect de grotte, est étonnamment aussi brut (c’est juste une impression), que l’intérieur est délicat.

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A l’intérieur, c’est une déferlante de vitraux colorés et de colonnes pas droites mais étrangement harmonieuses qui font songer à une forêt. Tu lèves la tête, tu as le vertige. Un rayon de lumière passe et tu as l’impression que les vitraux dégoulinent de lumière (et tu cavales pour essayer de la capturer). C’est très étrange et à voir absolument.

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Ça va sans dire,  pour visiter l’intérieur il vaut mieux réserver très en avance par ICI.

 

Plus sur Barcelone ?

Twelve

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J’ai. un. fils. de. 12. ans.

Un. fils. de. 12. ans.

12. ans.

12.

Moi qui n’arrive toujours pas à me faire au monde adulte, j’ai un fils COLLÉGIEN. Un ADO. Un GRAND.

Un ado très fier de grandir et qui va bientôt nous dépasser en tout. Un grand fâché avec l’école et pour qui les copains comptent plus que tout. Un grand qui pourrait fournir l’énergie à une éolienne pendant une année entière à force de pousser des soupirs exaspérés. Un grand flatté et ulcéré de se voir coller par un petit frère en admiration. Un grand qui depuis qu’il est entré au collège a pris l’assurance qui lui a tant manqué dans son enfance. Un grand qui tire, tire, tire le fil qui nous relie avec l’intention claire de se détacher, mais finalement il en a toujours été ainsi avec ce petit gars qui courait au lieu de marcher, criait au lieu de parler, me repoussait de toutes ses forces pour que je le laisse grandir. Un grand qui dessine comme un fou mais ne veut pas le montrer, me désespère en ne jurant que par les youtubeurs et les joueurs de Minecraft, ne veut même pas entendre prononcer les mots « fille » ou « amoureuse », veut toujours devenir Luc Besson, sait exactement comment me faire rire et comment me faire enrager, et surtout comment m’attendrir en prononçant à sa façon inimitable « Maman » à la façon du petit garçon qu’il est – et qu’il restera toujours un petit peu, je l’espère.

 

HAPPY BIRTHDAY MON BÉBÉ CŒUR

 

 

Robert Combas au Château de Chamarande

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Robert Combas est, avec Ben et Di Rosa, l’un des représentants de la figuration libre, un mouvement apparu dans les années 80 défendant une peinture « rigolote, libre et décontractée », inspiré de la culture populaire avec un large côté rock ou BD. Ayant reçu carte blanche pour investir le château de Chamarande tout l’été, il l’a redécoré… à sa façon !

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Tout le mobilier y passe, des tapis aux luminaires, d’une fresque à un cabinet de curiosités, « Meubles de circonstances, complétement déjantés », du sous-titre de l’exposition. Moi qui raffole du mélange moderne et classique, trouvant que l’un l’autre arrivent toujours à se mettre mutuellement en valeur, je me suis régalée à déambuler dans cette exposition foutraque, bourrée de symboles, de couleurs et de motifs végétaux.

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Tu imagines le conseil des ministres sur une table pareille ?

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Ah oui, il y a un peu beaucoup de miroirs aussi… Gloups !

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PAS DROIT, Robert Combas & les Sans-Pattes, exposition jusqu’au 1er Octobre au Château de Chamarande (Essonne), Entrée Libre 

Ce qui nous lie, Cédric Klapisch

Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il y retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie…

D’abord il y a la Bourgogne, le passage des saisons, le changement des paysages (quelle beauté !), le métier de viticulteur si dur, si exigeant, si ingrat parfois. Et puis il y a une famille, une fratrie réunie à la mort du père, à l’heure des décisions. Il est temps de grandir pour Jean, Juliette et Jérémie.

L’histoire souffre de petites faiblesses ; ainsi du retour du frère prodigue dix ans après son départ qui ne reçoit qu’un petit quart d’heure de bouderie (sérieux ?), le même Jean écartelé entre la France et l’Australie, entre la Bourgogne et le petit garçon qui l’attend là-bas (vraiment ?), ou encore l’ébauche de fleurette entre Juliette et un vendangeur abruti et macho (hein ?), enfin les tentatives avortées de Jérémie pour tenir tête à son beau-père – mais dis-leur merde à la fin !! ; mais le plus important c’est tout ce qui est dit sur la tendresse fraternelle et sur ce qui nous reste de notre enfance, avec tant de délicatesse (oh ces idées de mise en scène, tellement, tellement belles) et joué par de beaux acteurs.

Il me semble que Ce qui nous lie est l’un de ces films que l’on reçoit très différemment d’un spectateur à l’autre, en fonction de son vécu et, en l’occurrence, de sa famille. Personnellement, j’ai énormément pleuré tout le long du film et je sais bien pourquoi – incapable de résister à toutes ces scènes de « câlin familial ». Quand l’un des personnages dit « ce qui nous lie est un fardeau » en parlant de l’héritage familial, je crois que cela parlera à beaucoup sans que l’on soit pout autant propriétaire d’un vignoble de Bourgogne.

Pour finir, cette chanson de Camelia Jordana berce le tout avec une grande douceur :

 

CE QUI NOUS LIE, Cédric KLAPISCH, avec Pio Marmai, Ana Girardot, François Civil… actuellement en salles