Entre Ciel et Lou, une bonne bouffée d’air iodé

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Ce n’est que lorsque quelqu’un disparaît qu’on se rend compte à quel point il était le lien entre les membres d’une famille, le tronc de l’arbre, le roc qui tenait la falaise. Lou, épouse, mère et grand-mère, est partie, bien trop tôt, laissant derrière elle un mari perdu et de grands enfants démunis. Pourtant, elle a pris soin de laisser à son mari une bien délicate mission : s’assurer du bonheur des uns et des autres. Pas si simple, entre Cyrian qui hésite entre deux femmes, et Sarah qui depuis qu’elle est touchée par un handicap refuse de se fixer. Et puis il y a Pomme, et il y a Charlotte, ces deux petites-filles si différentes, celle de l’Ile et celle du continent, qui ne se connaissent qu’à peine.

Il y a une tendresse folle dans chaque ligne de cette histoire d’une famille éparpillée qui ne se parle plus mais est réunie par le doux souvenir de Lou, Lou qui était drôle, qui était une épouvantable cuisinière, qui faisait de la vie une fête. Jo se reposait entièrement sur elle et s’est conduit toute sa vie en père absent, alors ce n’est pas maintenant, se dit-il, qu’il va pouvoir interférer dans la vie de ses enfants devenus adultes – à noter l’ironie : c’est pourtant un expert du coeur puisqu’il était cardiologue.

On pourrait se dire que tout cela va tourner de façon un peu trop prévisible et idéale, qu’à la fin tout le monde va s’aimer dans la maison du bonheur, que lorsque Sarah va tomber sur l’homme parfait pour elle ça va littéralement ressembler à un film de cinéma, que les petites filles parlent d’une façon un peu trop adulte pour leur âge, qu’Albane qui cherche à accaparer Cyrian est tout de même un peu caricaturale, que l’abus de sucre risque d’être fatal au roman… mais on parlera plutôt d’une bonne bouffée d’air frais, ou plutôt d’air iodé, c’est vivifiant comme une bonne balade sur une plage bretonne et apaisant comme une crêpe au caramel salé. En refermant le livre on n’a plus qu’une envie : prendre le prochain bateau pour l’île de Groix.

Je vacille sous le choc. Les enfants ciblent au coeur.

ENTRE CIEL ET LOU, Lorraine FOUCHET, Le Livre de Poche 

Big Little Lies, des femmes complexes

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Côte ouest des Etats Unis. Cinq femmes très différentes mais avec un tempérament bien particulier, cinq mères font connaissance le jour de la rentrée des classes qui démarre sur un incident impliquant des enfants, donnant le ton à tout ce qui va suivre. Des amitiés se nouent, des secrets se dévoilent, des personnalités se révèlent – on sait en tout cas dès les premières images sur quoi ça finira – un drame.

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A l’exception de Jane qui semble fuir quelqu’un ou quelque chose et espère commencer avec son petit garçon une nouvelle vie dans cette riche bourgade, ces desperate mothers sont pleines aux as et habitent des maisons spectaculaires en bord de la mer, d’ailleurs l’une de leurs occupations préférées semble bien d’admirer le lever ou le coucher de soleil avec une tasse de café, les pauvres. Bien sûr leur vie n’est pas si dorée, et au fil des épisodes se dévoilent difficultés et drames. Adultère, trahison, séparation, violence conjugale…
Ce pourrait être classique, mais ces femmes ne le sont pas, et à la moindre faille elles se fissurent violemment. Une mère hystérique veut aller en justice parce que sa fille est malmenée en classe, une autre s’acharne à monter une pièce scandaleuse, celle-ci a une relation bien trop passionnelle avec son mari,  une enfin n’arrive pas à surmonter un lourd secret… et entre elles elles s’allient, se haïssent, se poursuivent, s’agressent, se réconfortent, et finiront liées quoi qu’il en soit.

La réalisation de Jean-Marc Vallée (C.RA.Z.Y., Dallas Buyers Club) est à tomber, cette lumière de la côte californienne est sublime, le montage parfait jusque dans les détails (les premiers épisodes s’ouvrent à la façon d’un lever de rideau), ses actrices sont époustouflantes : me voilà réconciliée avec Nicole Kidman que je croyais perdue à jamais, il me reste juste un souci avec le jeu (excessif comme toujours, mais là c’est le trait de caractère principal de son personnage) de Laura Dern – à noter d’ailleurs que dans Nos Etoiles Contraires elle joue la mère de Shaylene Woodley, qu’ici elle passe son temps à persécuter. Celle-ci a ma préférence, son personnage de fille un peu paumée et cynique au milieu d’un vivier de mères parfaites (en apparence) me parle vraiment beaucoup.

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Certaines scènes coupent le souffle, la musique est tout bonnement parfaite et j’ai grand plaisir à la réécouter. Un bémol, de taille puisque par définition il est récurrent : le générique, avec incrustation de corps et de poiscaille qui finit par un défilé d’actrices face caméra kitschissime !

Je n’ai pas lu le livre de Liane Moriarty (Petits Secrets, Grands Mensonges) dont la série est adaptée, je vais attendre un peu mais je le lirai à coup sûr, parce que j’ai le sentiment que tout n’a pas été dit, au vu des indices et des pistes distillés au long des épisodes, et puis dans le fond je n’ai pas envie de quitter immmédiatement Madeline, Jane et Céleste, Bonnie et Renata.

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 BIG LITTLE LIES, une mini-série (7 épisodes ) de David E.Kelley avec Reese Witherspoon, Nicole Kidman… 

Les Cahiers d’Esther, Tome 2

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Riad Sattouf a entrepris, en s’inspirant des histoires d’une petite fille de son entourage, de raconter le quotidien d’Esther de ses 10 ans jusqu’à ses 18 ans, à raison d’une histoire par semaine, et voici donc le deuxième tome. Esther a maintenant 11 ans et est en CM2, a envie d’avoir un portable, aime bien Chica Vampiro, trouve son petit frère trop mignon et le grand trop énervant, ne comprend rien aux garçons mais en aime plusieurs de loin… Ce sont aussi la préparation au collège, la mort, la vie, l’acné… et les attentats.

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On le sait déjà grâce à sa série « L’Arabe du Futur« , Riad Sattouf est très doué pour se mettre dans la tête des enfants, sans chichi mais avec ce premier degré propre aux enfants qui leur donne un regard unique sur la vie et leurs proches, parfois très drôle, souvent très sensé. Ce pourrait être un documentaire sur la pré-adolescence, ce monde mystérieux, même si pour avoir à la maison un garçon de… 11 ans, j’ai l’impression qu’Esther grandit dans un milieu très protégé – mais on le sait bien, il faudrait mettre ses enfants sous bulle pour les empêcher aujourd’hui d’accéder à ce qu’on ne souhaite pas.

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Finalement, on se rend compte que lorsqu’on gratte sous les Wesh et les vas-y, bref tout ce vocabulaire trop classe, les petites filles auront toujours des préoccupations de petite fille et les grandes rêveuses seront toujours de grandes rêveuses, entre deux chansons de Balavoine et la vie telle qu’elle est, cruelle et joyeuse dont on parvient plus ou moins à les préserver. Esther reste une petite fille philosophe et raisonnable, lucide et poète… qu’en sera-t-il l’année prochaine ?

Les Cahiers d’Esther, Histoires de mes 11 ans, Riad SATTOUF, Allary Editions

 

Un grand Merci à Lecteurs.com et et Allary Editions !

Rose Pompon

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Chaque année je ne peux résister à cette déferlante de rose qui s’étend sur le bosquet des cerisiers du Parc de Sceaux. Attendues fébrilement, tantôt tardives tantôt précoces, difficile de prévoir quel jour les fleurs seront à leur point culminant. En tout cas, mercredi dernier, elles étaient déjà à un stade bien avancé puisque les pétales commencaient à tomber en pluie de confettis et les feuilles à apparaître, les fleurs formant d’énormes bouquets de mariée dans lesquels on a envie de se perdre. Attention,  avalanche de pompons !

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{Coup de ♥ } Une Mère

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Ce 31 décembre à Barcelone, Amalia est heureuse : ce soir seront réunis ses deux filles, Silvia et Olga, son fils Fernando (le narrateur), l’oncle Eduardo et Olga, la compagne d’Emma. Bien évidemment, entre annonces, révélations, rires et larmes, rien ne va se passer comme prévu.

J’ai commencé « Une Mère » en éclatant de rire et je l’ai fini en larmes. Un énorme coup de coeur, donc, pour cette famille loufoque et surtout pour cette mère surréaliste, avec sa face A et sa face B. La spécialité de sa famille est de rire pour ne pas pleurer même dans les situations dramatiques : un amant qui s’en va, une séparation, une perte d’emploi, un deuil…

Si chacun des membres de la famille a une trajectoire différente, tous ont en commun d’être partis sur une mauvaise base, la blessure laissée par un monstre de père, égoïste et cruel. Chacun ensuite s’est lancé dans la vie avec plus ou moins de bonheur et avec ses propres défenses, ainsi Sylvia est-elle devenue tranchante et obsédée par la propreté, Eduardo cumule-t-il les aventures, Emma se perd dans le souvenir d’un amour disparu. Les absents ne sont pas là mais prennent toute la place – littéralement, puisque même eux ont leur couvert à la table du réveillon d’Amalia.

Amalia, justement, ce personnage complètement fou, lunaire, distrait, avec une fâcheuse propension à tout casser… mais qui ne va pas finir de surprendre ses enfants et le lecteur. Ainsi, en l’espace d’une nuit, ce n’est pas une nouvelle année qui va commencer mais pour chacun une nouvelle vie sous une lumière différente, le premier jour du reste de leur vie.

L’histoire ne serait pas si marquante sans le style extraordinaire de l’écriture qui ressemble à son personnage maternel : la moitié du temps si drôle, l’autre si émouvante. Bravo à la traduction d’avoir si formidablement rendu toutes les facettes des émotions.

Oui, ça fait mal. Commencer à vivre sa vie d’adulte, ça fait mal, mais ça fait encore plus mal de ne pas le faire.

 
Une Mère, Alejandro PALOMAS , Le Cherche-Midi Editeur

La Ferme du Bout du Monde, captivant

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Si ça n’en était pas déjà un, on jurerait un décor de roman : Skylark est une ferme isolée des côtes de Cornouailles, battue par les vents et l’océan, abritant les bonheurs, les drames et les secrets de la même famille depuis plusieurs générations. C’est donc tout naturellement que Lucy, en plein désarroi professionnel et affectif, y trouve refuge auprès de sa mère Judith et de sa grand-mère Maggie, à la fois pour y donner un coup de main et pour réfléchir à ce qu’elle va maintenant faire de sa vie. Mais la ferme a perdu son éclat d’antan et est en sérieux péril. Maggie refuse pourtant tout net l’idée d’en partir, liée à sa terre par un très lourd secret datant de la guerre.

Dans le cadre de la lande sauvage de Cornouailles si superbement décrite par Sarah Vaughan – dont c’est le deuxième ouvrage après « La Meilleure d’Entre Nous » – qu’on s’imagine sans mal au bord de ses falaises, fouetté par les embruns et l’odeur de la marée, passé et présent s’entremêlent dans une histoire d’amour et de trahison qui n’a pas été sans me faire songer à « Expiation » de Ian McEwan.

En 1939, Will et Alice, deux enfants ont été envoyés trouver refuge au sein de la ferme, auprès de la jeune Maggie et de ses parents Evelyn et Joe. Des années après, tous ont grandi, et Maggie et Will se sont dangereusement rapprochés, provoquant le drame. Lucy va aller à la découverte de ce qui s’est passé, tout en prenant conscience des difficultés de la ferme prise dans la crise agricole et des immenses difficultés rencontrées par les éleveurs pour se reconvertir. Cette lecture, alternant les époques de façon très naturelle, offre un magnifique voyage entre générations et une réflexion sur le chagrin et le pardon : est-il encore possible de réparer une faute immense, même 70 ans après ?

LA FERME DU BOUT DU MONDE  de Sarah VAUGHAN, Préludes 

 Merci aux Editions Préludes 

 

Les Escaliers de Lyon

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Je n’ai pas fait beaucoup d’articles sur notre escapade à Lyon, simplement parce que je trouvais que mes photos n’étaient pas à la hauteur, essentiellement par manque de lumière – la faute à la météo – nooon c’est pas du tout parce que je suis une mauvaise photographe :-p . Je suis vraiment sous le charme de cette ville que j’ai maintenant très envie de découvrir au printemps – surtout que je l’imagine bien fleurie ces jours-ci.

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Notre-Dame de Fourvière, là-haut, tout là-haut, tellement là-haut – oui parce qu’à Lyon faut grimper… bon, ok  on a triché, on a pris le funiculaire – la « ficelle ».

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Vue sublime depuis le pied de la Basilique.

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Et le théâtre antique, tout proche…

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… Et hop, on redesceeeeeeeeeeeeeend…. !

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Déambuler, traverser, trabouler, marcher, monter, découvrir, rencontrer, redescendre…

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Des escaliers jusque sur le mur des Canuts !

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Une chose est sûre, c’est que maintenant que je connais bien la route, un jour je retournerai à Lyon !!

 

★★★