« Maryline », une déception

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Maryline a grandi dans un petit village, au sein d’une famille très modeste. À 20 ans, elle « monte à Paris » pour devenir comédienne. Mais elle n’a pas les mots pour se défendre…

J’avais tellement aimé « Les Garçons et Guillaume, à table ! », j’étais vraiment prête à succomber à « Maryline ». L’histoire, classique, est celle d’une petite provinciale qui se prend la réalité en pleine face, entre réalisateur hystérique, casting humiliant, minuscules rôles, découragement, et lorsque l’opportunité de percer se présente enfin, ces mots qui restent coincés dans la gorge. Ce sujet de la parole qui manque et de la difficulté à trouver sa place ne pouvait que me parler. Pourtant, à aucun moment je n’ai été touchée par cette jeune fille qu’on n’arrive jamais à cerner : est-elle si paumée qu’elle en a l’air, est-elle si naïve alors qu’elle n’hésite pas à l’occasion à faire preuve de grand caractère, est-elle empotée ou très maline, aguicheuse ou innocente ? au final, est-elle simplement mauvaise comédienne ou une authentique graine de star ? Il semblerait que le message final soit : la grâce passera par le théâtre où il n’y a que des gens bienveillants, et surtout pas par le cinéma, ce grand manipulateur. Pourquoi pas.

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Au-delà du personnage, on ne sait jamais ce que le réalisateur veut nous raconter : l’histoire d’une jeune femme trop fragile, celle d’une déchéance alcoolisée ? Tout ceci manque cruellement de cohérence.

Quelques passages sont si beaux pourtant, comme cette rencontre avec une Vanessa Paradis plus Jeanne Moreau que jamais, celle avec un extraordinaire Xavier Beauvois, enfin cette ultime scène de restaurant sur une reprise de Léo Ferré qui arrache les larmes. Mais comme je le regrette Maryline, tes grands yeux timides ne m’ont pas émue.

MARYLINE, un film de Guillaume Gallienne avec Adeline d’Hermy, Vanessa Paradis, Xavier Beauvois… actuellement en salles 

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45… 45… 45 ans… J’ai beau me répéter ce chiffre depuis que je les ai pris la semaine dernière, je ne m’y fais pas ! Je ne vais pas faire le coup « Naaaan mais dans ma tête shuis toujours jeune !  » mais un peu quand même…

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J’ai toujours pensé qu’à 45 ans on ressemblait à ça…

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Alors que moi j’ai plutôt tendance à être comme ça (heu non, pas avec ce corps-là, je laisse ton imagination faire le reste).

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J’imaginai les gens de cet âge comme des modèles de sagesse, pondération, élégance, maturité…

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Alors que je suis plutôt comme ça (oh mon dieu ce gif me ressemble VRAIMENT)…

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Peut-être qu’il y a des gens moins doués que d’autres pour la vie adulte…

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Mais ce n’est pas si grave (je crois) d’avoir envie de préserver un brin de sa naïveté enfantine jusque tard dans l’âge adulte (même si c’est difficile, souvent)…

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Mais regarde comme j’assume bien les 50 balais qui arrivent au galop !

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… Même pas peur !

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… Non, vraiment pas !

Arrête avec tes Mensonges, le roman le plus personnel de Philippe Besson

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Philippe Besson a depuis l’enfance la manie d’inventer des histoires, au point que sa mère lui disait « Arrête avec tes mensonges ». Alors plus tard il en a fait son métier, en écrivant des livres, en inventant des histoires, parsemées de quelques touches de vérité, des indices qui tous ramènent au même évènement de sa jeunesse… Dans ce roman qui n’en est pas un (à moins que…), l’auteur se livre comme il ne l’a probablement encore jamais fait.
Il nous raconte ce jeune homme qu’il était en 1984, lycéen provincial de 17 ans sans histoire et sans drame, mais avec la conscience assumée d’une certaine différence, une préférence qu’on lui suppose et pour laquelle on le brocarde un peu, mais sans plus, avec le silence pour seule riposte ; et puis il rencontre un garçon taciturne au sourire rare, Thomas Andrieu, T.A. comme deux initiales gravées sur une écorce par un ado amoureux, coqueluche des garçons et des filles.

Avec Thomas il débute une relation cachée, ils font « l’amour à la dérobée », ils apprennent le désir qui brûle et le manque qui ronge, sa première histoire d’amour ce sera lui. Mais tous deux sont si différents, de milieu et de tempérament, forcément Philippe partira parce qu’il est d’ailleurs, alors que Thomas est lui tout désigné pour prendre la succession de la ferme paternelle, et pour rester coincé dans ce patelin de Charente. Entre eux pas d’avenir commun possible, mais qui sait si la vie ne se chargera pas de les remettre en présence un jour ou l’autre – à sa façon.

Comme à son habitude Philippe Besson va droit au but en phrases narratives, brèves et justes, qui pincent le coeur de quiconque a connu une passion douloureuse. Les deux jeunes garçons sont poussés l’un vers l’autre, comme une urgence, comme une évidence, mais avec une lucidité et une gravité qui forcent le respect, chacun sait que l’histoire est vouée à l’échec mais qu’ils la porteront en eux toute leur vie – c’est le propre des premières fois. Sans cet évènement fondateur de sa vie d’homme l’écrivain n’aurait peut-être pas écrit les mêmes livres, et c’est une forme d’hommage qu’il rend à Thomas à travers des pages poignantes et émouvantes.

On ne se défait jamais de son enfance. Surtout quand elle a été heureuse.

 

ARRÊTE AVEC TES MENSONGES, Philippe BESSON, Julliard

 

Merci à Lecteurs.com & aux Editions Julliard

« Jalouse », comédie douce-amère

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Nathalie Pêcheux, professeure de lettres divorcée, passe quasiment du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse maladive. Si sa première cible est sa fille Mathilde, danseuse classique, son champ d’action s’étend bientôt à ses amis, ses collègues, voire son voisinage…

Il me semble que « Jalouse  » nous est présenté (bande annonce, critiques…) comme un film drôle et hilarant. Alors que c’est tout sauf un feel good movie ! je l’ai même trouvé vraiment triste, mais pas dans le genre plombant tu vois, triste façon douce-amère. Parce que quand même, oui d’accord, le personnage est jaloux, envieux, aigri, et comme les barrières sautent du jour au lendemain, boum elle devient méchante, cinglante et cruelle, sans comprendre pourquoi tout à coup le vide se fait autour d’elle. Mais mon gars, c’est pas la ménopause, c’est la dépression ! on rit (enfin, toi tu ris peut-être, parce que moi, bof, je suis plutôt triste, mais ça je l’ai déjà dit) devant une nana qui visiblement n’a qu’un problème majeur : vieillir, et vieillir seule, mais qui devant nos yeux amusés (enfin, les tiens plutôt, bref t’as compris) nous fait en réalité un méga gros burn out.

D’ailleurs je me suis dit à un moment que le titre n’était pas forcément le bon : ce n’est pas tant la jalousie qui ronge le personnage et pourrit sa vie (et celle de ses proches), c’est sa négativité, sa manie de ne voir que le mauvais côté des choses, critiquer tout et tout le temps, préférer se brûler plutôt que de dire une gentillesse, et de vouloir entraîner tout le monde de son côté (obscur). Mais bon, « Négative », ou encore « Toxique », ça sonnait bizarre comme titre.

Parti comme ça, tu te dis que je suis en train de dégommer le film. Mais non, en fait pas du tout : j’aime vraiment les frères Foenkinos, le travail de l’un comme le travail de l’autre (joli clin d’oeil à Charlotte dans une librairie, en passant), j’avais beaucoup aimé leur court-métrage Une Histoire de Pieds et j’avais trouvé dans La Délicatesse (le film) des choses qui me parlaient de façon très particulière. Ici c’est pareil : tu peux recevoir le film de différentes façons, le regarder au premier degré, ahaha comme elle est drôle cette Karin Viard (mention très spéciale aux autres acteurs, et surtout actrices : Anne Dorval et Marie-Julie Baup sont excellentissimes) !, ou bien voir la subtilité qui ressort de tout ça. Parce que finalement ce qui effraie tant Nathalie c’est la solitude, sa fille est belle certes, mais surtout elle ne va pas tarder à s’envoler de ses propres ailes, son mari est remarié ok mais tant qu’il n’invite pas sa dulcinée à batifoler aux Maldives ça reste fragile. Tout est éphémère et incertain, comme de se lier d’amitié avec une vieille dame qui risque de casser sa pipe incessamment sous peu (simple, basique. Oui je viens de placer Orelsan). Regarde ces nouveaux voisins horripilants d’amour et pas foutus d’aller s’acheter du sel à l’épicerie d’en bas, comme c’est jouissif de voir que pour les autres aussi rien ne dure !
On sort du film en souriant à cause du dernier plan (très réussi), alors que finalement rien n’est réglé, rien n’est fini, il n’y a pas de happy end, juste des incertitudes, parce que c’est comme ça, ainsi va la vie, inconstante et fragile, et qu’une fois que tu as validé ça une bonne fois pour toutes, il ne reste plus qu’à l’apprécier, au jour le jour.

 

JALOUSE, un film de Stéphane & David Foenkinos, avec Karin Viard, Thibault de Montalembert, Anaïs Demoustier… actuellement en salles  

« Seules les Femmes sont Eternelles », une nouvelle inspectrice est née

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Dans les heures qui suivent l’arrivée de sa lettre de mobilisation, l’inspecteur Ray Février, dit le « Samaritain », se transforme en Miss Loulou Chandeleur avec l’aide d’une gouailleuse Léonie ; il se fait embaucher quasiment dans la foulée par Cecily Barnett, qui dirige l’agence de détectives de son père en son absence. Pas le temps de se demander quel fond de teint lui sied le mieux ni de s’exercer à la marche sur talons hauts, il est temps de se lancer dans une première affaire de chantage et de lettres de menaces à l’encontre d’une hautaine baronne et de son fils parti au combat.

Voici donc rassemblées « la finesse d’un policier au long cours augmentée d’une subtilité de femme de facture plus récente » : avec un tel mélange, le Paris des malfrats peut commencer à trembler ! Car Loulou Chandeleur va vite s’imposer avec ses manières très… directes. Et tandis que le point de vue de l’ancien Ray va être amené à changer sur les femmes, le comportement des hommes, la guerre et… ses anciens collègues de la préfecture, que sa patronne toute neuve se questionne sur la subtile ambiguïté qui nimbe leurs relations, les quiproquos dus à cette féminité toute neuve et très rapidement adoptée vont s’enchaîner avec frénésie. « Seules les Femmes sont Eternelles » est une vraie lecture-récréation, suite de scènes très drôles racontées avec un ton sarcastique et piquant irrésistible par Frédéric Lenormand.

Quant à cette guerre de 14 qui inspire décidément les romanciers – et les réalisateurs -, alors que la pénurie d’hommes chamboule la société et transmet bon gré mal gré ses rênes aux femmes, elle est l’occasion idéale de rappeler les difficultés d’être femme en temps de guerre et les entraves à leur émancipation, et de mettre un beau revers à l’idéal patriotique. Comme le dit Léonie, « y faut plus de courage pour vivre seul hors du troupeau que pour cheminer avec lui jusqu’à la boucherie. »

SEULES LES FEMMES SONT ETERNELLES, Frédéric Lenormand, Editions de la Martinière

Légende d’un Dormeur éveillé, les vies folles de Robert Desnos

 

« Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête
Ça n’existe pas ça n’existe pas

Une fourmi traînant un char
Plein de pingouins et de canards
Ça n’existe pas ça n’existe pas

Une fourmi parlant français
Parlant latin et javanais
Ça n’existe pas ça n’existe pas

Et pourquoi pas ? »

C’est avant tout grâce à cette comptine que je connaissais Robert Desnos depuis les bancs de l’école, c’est la même que trente ans après j’ai fait apprendre à mes deux garçons coup sur coup. Par un portrait aussi, des yeux clairs et rêveurs derrière des lunettes rondes, des plaques sur les rues de Saint-Germain des Prés, à quoi se résume la vie d’un poète.
C’est dire si l’éblouissement est grand à la lecture de cette Légende d’un Dormeur Eveillé qui nous ouvre les horizons du poète bagarreur, de ses rêves et ses combats, que ce soit contre un mouvement artistique ou un élan fasciste, et de ses amours, non plutôt son unique amour pour Youki Foujita, une belle Sirène évaporée qui ne réalisera que trop tard la valeur d’être aimée.

C’est une sublime prouesse qu’a réussi Gaëlle Nohant, celle de nous asseoir à la table d’artistes capables de se battre pour leurs idéaux, pour une publication ou pour la guerre, au nom de ce que Desnos n’abandonnera jamais même au seuil de la mort : la liberté d’être poète. L’auteure ressuscite pour nous sa joie de vivre et cet optimisme perpétuel, y compris lorsque la guerre éclate, le poussant jusqu’à l’imprudence.
On croisera au fil des pages Man Ray, Kiki, Cocteau, Breton, Yvonne George, Jean-Louis Barrault… des fidèles parmi les fidèles à ceux qui se compromettent pour un bon mot, que devinrent les artistes alors que le nazisme montait et que Paris devint un piège qui se referme ? Robert Desnos se servira de sa poésie comme d’une arme, de sa fascination pour les rêves comme d’une matière vitale, carburant de son désir de surprendre et d’inventer sans relâche. Il nous reste de lui bien plus qu’une comptine, les mots soufflés par l’Histoire, la légende d’un rêveur, la passion contagieuse d’un auteur pour son sujet.

 

LEGENDE D’UN DORMEUR EVEILLE, Gaëlle Nohant, Editions Héloïse d’Ormesson

 

Lu dans le cadre des #MRL17

Les Statues Mélancoliques

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Promenade automnale au Père Lachaise, jeu de pistes entre les tombes, délaissant les anonymes par milliers pour la petite dizaine de célébrités.

Plans étudiés, positions cochées, groupes de touristes agglutinés. Chopin adulé, Desproges abandonné, Modi et Jeanne honorés, Montand-Signoret qu’on n’en finit pas de déranger, Oscar Wilde protégé de l’abus de baisers, le pauvre Victor Noir passé à la postérité, Jim Morrison et son tronc de chewing-gums machouillés (?).

De jeune japonaises pomponnées déposent une rose sur chaque pierre visitée. Tourisme de Toussaint, rien de malsain, juste une distribution des pensées, une balade au pays des statues mélancoliques.

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