Romy, une longue nuit de silence

J’avais 10 ans lorsque Romy Schneider est morte, et je m’en souviens encore. Je m’en souviens parce qu’il y avait peu d’actrices de cette envergure qui fut aussi proche des français, elle qui nous venait d’Allemagne ; je m’en souviens parce que je trouvais que ma mère lui ressemblait, parce qu’à la maison c’était ambiance film de Claude Sautet avec des repas d’adultes à n’en plus finir dans la fumée des cigarettes ; je m’en souviens parce que j’étais surnommée Sissi à cause des films en crinoline qui firent sa gloire et furent sa malédiction. Ces détails personnels pour raconter comme cette actrice a une place à part de mon point de vue, avec ce talent et cette photogénie qui n’appartenaient qu’à elle et ce destin tragique qui contribua à sa légende. J’ai lu quelques biographies dont certaines m’ont atterrée, car le point de vue était parfois aussi putassier que la presse de caniveau qui lui faisait horreur : la tragédie, ultime, toujours.

J’ai ouvert le livre de Sarah Briand et je ne l’ai plus refermé. Le point de vue adopté est infiniment respectueux et pudique, à la fois au plus près de la femme mais à la distance parfaite pour préserver une aura trop souvent entachée. Le récit est à la fois précis grâce à une enquête approfondie qui permet de se détacher de son sujet pour mieux en parler, mais pas trop appuyé. Et puis surtout il y a beaucoup d’amour engagé dans ce portrait de femme blessée, l’amour des proches, l’amour des hommes, l’amour éternel d’un seul homme qui livre un morceau d’intimité unique et émouvant, l’amour d’une auteure pour son sujet. Magnifique hommage !

Photo Robert Lebeck

ROMY, UNE LONGUE NUIT DE SILENCE, Sarah Briand, Fayard

Si Joli Village de l’herbe

De retour de balade de ci et de là avec des photos plein les appareils, des couleurs plein la tête et des lumières plein les yeux ! J’espère que pour toi l’été se passe en douceur, que tu partes en vacances ou non. Je m’efforce de trier les clichés, chose que j’ai tendance à repousser systématiquement (je n’ai toujours pas fini de classer New York 0_0 ), souvent pour cause de technique récalcitrante (oh l’excuse… mais elle est véridique !).

Je voulais commencer par te faire visiter la première étape de nos vacances : invitée à dédicacer dans mon sud-ouest adoré, j’ai pu me promener sur la presqu’île du Cap-Ferret que finalement je connaissais assez mal (alors que je connais très bien le côté Arcachon-Dune du Pilat juste en face), et j’ai eu un énorme coup de cœur pour le Village de l’Herbe si pittoresque, un port ostréicole aux cabanes typiques. Moi qui aime tant les vieux volets clos, les fleurs, les couleurs, les ruelles… j’étais servie !

C’est pas joli tout ça ? Tu le sens le petit vent d’air salé ?

Yesterday, all you need is a good movie

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Jack est un artiste qui galère pour se faire une petite place dans le monde de la musique et vivote de petit concert en plan pourri, encouragé par Ellie, son amie d’enfance et manager. Le jour où il décide de tourner la page, il est victime d’un choc à la tête et reprend conscience… dans un monde où les Beatles n’ont jamais existé (et pas seulement eux, d’ailleurs, mais… surprise).

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Outre la scandaleuse idée que le monde soit passé à côté de quelques chefs d’oeuvre, n’est-ce pas l’occasion rêvée pour l’auteur-compositeur-interprète de se révéler au monde ? Sacré cas de conscience pour Jack. Sur cette étonnante idée de départ, Danny Boyle (très sage !) propose une comédie originale, parfois hilarante (forcément, avec Richard Curtis à la barre), parfois longuette et gentillette (l’histoire d’amour), mais pour tout ce qui concerne la musique (les scènes de concert, une rencontre improbable et poétique et un taillage en règle de l’industrie musicale) les fans devraient être comblés. Qu’on aime ou pas les Beatles il est difficile de quitter la salle sans fredonner (personnellement j’ai Help ! en tête depuis une semaine ) et sans réfléchir à l’influence de certaines œuvres sur nos vies.

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YESTERDAY, un film de Danny Boyle avec Himesh Patel, Lily James, Ed Sheeran… actuellement en salles

Une Nouvelle Aventure (5)

Cela fait bien longtemps que je ne suis pas passée par ici, mais j’ai une bonne excuse…

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Sauf qu’avec les vacances scolaires, ça devient difficile de rester concentrée ! En tout cas, tandis que j’essaie de mettre en forme les idées qui fusent dans ma petite tête (car c’est clair et net, une fois qu’on a commencé à écrire, on ne peut plus s’arrêter…), mon Quartier des Petits Secrets fait son chemin tout seul comme un grand. Et là, comment t’expliquer la gratitude qui est la mienne à l’idée que des lecteurs/trices me fassent suffisamment confiance pour franchir le pas et partir à la découverte de Clémentine et de ses compagnons de route ?

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Imagine quand, cherry on ze cake, je découvre un avis positif sur un blog, un site, un réseau social…

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J’ai fait mon tout premier Salon du Livre, l’accueil était adorable et j’ai pu rencontrer et échanger avec d’autres auteurs, c’était tellement chouette et en même temps j’ai aussi fait connaissance avec le fameux syndrome de l’imposteur, tu sais celui qui te souffle « Mais enfin qu’est-ce que tu fais là ? ? Retourne à ta place tout de suite, vilaine ! », car d’habitude je suis de l’autre côté, ravie et intimidée devant des écrivains qui m’impressionnent…

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Plus délicat est l’exercice de la dédicace, lorsque tu te retrouves seul à une table avec seulement ta pile de livres pour discuter. Bien sûr c’est un premier roman, mon nom n’est pas connu et je ne suis vraiment pas championne en alpaguage de promeneur solitaire – et lecteur potentiel -, alors c’est aussi ça la réalité :

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Mais quel bonheur lorsqu’une personne poussée par la curiosité s’arrête devant toi et que commence un échange ; parfois c’est drôle (« mais enfin, qu’est-ce qui vous a pris de publier un roman ?!? »…), souvent c’est très émouvant, à chaque fois c’est surprenant. Ah et il y a aussi le cas de figure où l’on papote, on papote, on est bien là, et puis le monsieur ou la dame finit par s’en aller… sans le livre. Et moi chaque fois j’ai envie de faire mon Odile Deray (« s’il vous plait, lisez mon roman !! »).

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Je mesure chaque jour la chance qui m’a été donnée, tu peux me croire, mais l’histoire n’est pas terminée et j’espère à l’avenir avoir encore beaucoup de choses à te raconter.

(Source Images : Giphy)

Coup de Cœur 🎵 Daisy Jones & The Six

Les Six sont un groupe de rock qui commence à connaître un beau succès après avoir débuté dans des bars miteux. A sa tête, il y a Billy. Lorsque Daisy Jones les rejoint, elle va largement contribuer à leur ascension fulgurante ; car Daisy est hypnotique, fascinante, unique… et accro à la drogue. Ce sont les années 70, et il est difficile de résister aux sirènes du sex, drug and rock’n roll. Billy y a lui aussi succombé avant d’entrer en désintox et de se ranger, pour l’amour de Camila et de leur petite fille. Depuis, il résiste. Mais Daisy a une influence involontairement vénéneuse…
C’est donc l’histoire d’un groupe de musique, des tout débuts jusqu’à la fin, et ce qui fascine ici c’est la description détaillée du processus de création, de la première note aux mix en passant par les paroles, lorsqu’un groupe composé de sept personnes s’efforce de travailler ensemble, de mettre chacun sa petite touche à la composition d’une oeuvre, mais qu’au final il y a forcément une ou deux têtes qui se détachent, provoquant jalousie et rivalités. Lorsque les sentiments et les secrets s’en mêlent, la proximité inhérente à une tournée de concerts s’avère explosive et fatale pour le groupe.
La construction du roman est audacieuse et réussie, à la façon d’une interview donnant à chacun des membres la parole, mais aussi aux proches et témoins (manager, compagne, musiciens…), autant de versions qui s’imbriquent comme les notes d’une partition. C’est une vraie réussite, et lorsqu’on en termine la lecture on a une folle envie d’écouter les albums de Daisy Jones & The Six. 

Mais quand tu aimes vraiment quelqu’un, parfois, l’autre fait des choses qui te font du mal. Et certaines personnes valent la peine d’avoir mal pour elles. (…) L’amour, c’est le pardon et la patience et la foi et, de temps en temps, c’est un coup de poing dans le ventre. C’est pour ça que c’est dangereux d’aimer la mauvaise personne. D’aimer quelqu’un qui ne le mérite pas.


DAISY JONES & THE SIX, Taylor Jenkins Reid, Editions Charleston 🎵 

Le si joli Parc de Bagatelle

Je suis toujours très inquiète à l’idée de ne pas trop t’assommer à coups de photos à chaque fois que je prépare un article, mais lorsque j’ai un coup de coeur pour un lieu, c’est tellement difficile d’en sélectionner, je voudrais tellement que tu aies envie de le découvrir à ton tour !

C’est ce qui m’arrive avec le Parc de Bagatelle que je viens de visiter pour la première fois (alors que je n’habite pas si loin, honte sur moi !). Quelle merveille que ce lieu qui est bien plus vaste (24 hectares, tout de même) que je ne l’imaginais. Situé au coeur du bois de Boulogne, s’il est très connu pour sa magnifique roseraie (c’est le moment, cours-y vite !) il regorge de charmants recoins, autant d’endroits pour faire une pause, pique-niquer, admirer les fleurs… et profiter de la proximité de paons très à l’aise !

PARC DE BAGATELLE, route de Sèvres à Neuilly, Paris 16e – attention entrée payante du 1er avril au 30 septembre (2,50 euros, 1,5 réduit)

Lectures de Juin✽

« Ça passe trop vite une vie. Mieux vaut tourner les pages que de relire toujours les mêmes chapitres. »
En retournant dans la montagne de son enfance, Ana retrouve sa place, celle qu’elle avait perdue en tâchant d’exercer son métier d’écologue au mieux, jusqu’à commettre l’erreur qui provoque un effondrement personnel. Retour à la vie au rythme des saisons, à la simplicité et à une forme de liberté, à ses amis de toujours, à la paix du corps et de l’esprit. C’est une très jolie lecture qui invite à la réflexion (écologique mais pas seulement), une invitation à vivre en harmonie avec la nature… et avec soi.

Mon Coeur contre la Terre, Eric de Kermel, Eyrolles

Je me souviens bien de la série de Germain Huby, « Germain fait sa télé », il y a un peu plus de dix ans, à cette époque où le Zapping vivait encore ses beaux jours ; en détournant la bande son des émissions phares du moment, en jouant tour à tour tous les rôles, il mettait en évidence de façon hilarante l’absurdité et la nihilité de ce qui nous était proposé sur petit écran. 
Avec « Le Bruit des Mots », finalement l’artiste procède de même, utilisant des scènes a priori anodines, inoffensives voire même très quotidiennes (un immeuble, une séance de conseil municipal, une scène d’amour, une salle de cinéma, un débat…), les assortissant de dialogues plus ou moins longs et absolument surréalistes. C’est ce décalage entre des images douces voire poétiques et des mots parfois brutaux qui provoque une réaction : on trouvera ces situations drôles, cocasses, parfois même cruelles, en tout cas elles nous parlent forcément et en disent long sur un monde qui ne va pas très bien. En cela l’ouvrage est plus acide et pessimiste qu’un roman graphique de Fabcaro auquel on ne peut s’empêcher de le comparer.

Le Bruit des Mots, Germain Huby, Le Tripode

« On a le sentiment que la ville se vide, alors que personne ne va nulle part.« 
Une étrange épidémie débute sur le campus universitaire d’une petite ville de Californie : un à un, les étudiants s’endorment profondément et il devient impossible de les réveiller. Malgré l’isolement et la prise en charge rapide des malades par les autorités sanitaires, la contagion s’étend à l’ensemble de la ville, rapidement encerclée par un cordon sanitaire, enfermant les dernières personnes éveillées avec la population qui dort, et surtout qui rêve…
Quel point de départ ! Il n’y aura pas d’explication à l’évènement, prétexte comme dans tout récit catastrophe à suivre quelques personnages et la façon dont ils vont se révéler à eux-même, soit en se cachant, soit en cherchant à protéger leurs proches, ou encore à sauver et soigner. Deux petites soeurs qui se retrouvent livrées à elles-même, leur père persuadé que le monde est un danger mortel et qui voit toutes ses prédictions se réaliser, leur voisin, un jeune papa dépassé, Mei, une jeune étudiante timide poussée à se dépasser, ou encore un couple de personnes âgées…
S’il ne se passe rien de spectaculaire, le récit de la manière dont la panique s’étend insidieusement, provoquant d’abord peur, colère et incompréhension, puis lassitude, habitude et même ennui, est très habilement mené. Il faut dire que le sujet est troublant (les endormis sont là sans être là), pouvant être la métaphore de beaucoup de choses. Je regrette seulement que la fin soit si lapidaire, ni ouverte ni fermée sur des personnages dont on aimerait bien savoir ce qu’il advient par la suite, de même que pour le lien avec le contenu de certains rêves : passé, futur ? Mais rien que pour son étrangeté, le roman vaut vraiment la peine que l’on s’y arrête.

Des Rêves Infinis, Karen Thompson Walker, JC. Lattès