« A Fleur de Peau », roman sur l’hypersensibilité

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Je ne lis pas de livres de développement personnel. Pourtant, il en existe de plus en plus depuis des années et lorsque je vais dans la grande enseigne culturelle la plus proche de chez moi, la part consacrée aux romans se réduit comme peau de chagrin tandis que celle sur les livres consacrés au bien-être s’étend de manière exponentielle (symptôme d’une époque qui va mal, ou, voyons le côté positif, plutôt d’une volonté de se reprendre en main ?). A chaque livre son problème, d’ailleurs lorsque j’ai connu les crises d’angoisse j’ai été bien heureuse de trouver des ouvrages consacrés à ce sujet (je n’y ai pas forcément trouvé ma solution d’ailleurs, mais au moins la conviction rassurante que mon malaise était répertorié et que je n’étais pas seule à le subir). Bref, je devrais être une bonne cliente (et même, j’en suis sûre, un beau cas d’école, hahaha) mais peut-être que j’ai l’impression d’ouvrir un livre de leçons, peut-être que regarder le sommaire et foncer au paragraphe qui m’intéresse me suffit, peut-être que je n’ai pas envie qu’on me dise quoi faire… je ne peux pas l’expliquer en fait !

Tout ça pour dire que toute lectrice boulimique que je suis, je vais davantage trouver refuge dans les romans que dans les conseils. Ce qui explique mon intérêt immédiat pour A FLEUR DE PEAU de Saverio Tomasella, présenté comme le « premier roman initiatique des hypersensibles ». Roman, mot magique. Magique également, cette couverture à base de fleurs et de papillons qui la première a attiré mon attention, je le reconnais.
Voici donc le tout premier roman de développement personnel qui nous permet de faire la connaissance de Flora : Flora a tout pour elle, une jolie famille, de vrais amis, une vie en apparence agréable. Mais quelque chose cloche, elle prend tout de travers, pleure pour un rien, se sent fragile, trop fragile. Sa rencontre avec un professeur de yoga va la pousser, non pas à changer, mais à partir à la rencontre d’elle-même…

En s’appuyant sur des témoignages, Saverio Tomasella (qui a même fondé un Observatoire de l’Hypersensibilité) raconte toutes les difficultés auxquelles peuvent être confrontés les hypersensibles, leurs réactions de découragement aussi, et propose un cheminement personnel pour mieux apprivoiser ses émotions et en faire une grande richesse, incitant même à la solidarité entre personnes concernées (parce qu’entre hypersensibles, souvent on se reconnaît). Comment trouver son équilibre lorsque l’on est à vif en permanence ? A la fin du roman est proposé un guide pratique reprenant les idées clés de chaque chapitre et les exercices qui vont avec. Le livre condense donc à la fois le parcours, raconté sur un ton léger, d’une jeune femme hypersensible, et les outils que rechercheront les personnes concernées.

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Pour avoir eu la chance grâce aux Editions Leduc d’assister à la soirée de lancement de l’ouvrage, j’ai trouvé passionnant l’auteur que je ne connaissais pas, j’aurai souhaité lui poser plein de questions supplémentaires – en particulier comment faire lorsque l’on conçoit l’hypersensibilité comme un obstacle insurmontable plutôt que comme une force – mais bien entendu je n’ai pas osé (poser une question en public, même devant des personnes bienveillantes est au-dessus de mes forces : je vais bafouiller, je vais rougir, j’ai peur d’être jugée, ridicule… je t’ai dit que j’étais un beau cas d’école ?), un comble et la preuve qu’il me reste beaucoup de chemin à parcourir…

A FLEUR DE PEAU, Saverio TOMASELLA, Editions Leduc 

★ Séance de rattrapage ★ Les Figures de l’Ombre

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Fin des années 60, aux Etats-Unis. La NASA est lancée dans une course effrénée avec l’URSS pour envoyer le premier homme dans l’espace. Dans l’ombre, des scientifiques consacrent leur vie à contribuer à l’exploit, des mathématiciennes sont chargées de calculer les trajectoires…

Quand tu regardes Hidden Figures (Les Figures de l’Ombre en français), tu prends un choc.
Pas d’entrer dans les coulisses de la NASA, pas de réaliser qu’avant l’arrivée des gros engins IBM les calculs de trajectoires des engins spatiaux étaient faits… à la main (logique en même temps). Que ces calculs étaient faits par des armadas de calculateurs. Que souvent c’étaient des femmes, à la fois capables de résoudre les équations les plus complexes et interdites d’assister à la moindre réunion (là tu commences à tiquer grave).
Ce qui choque le plus, c’est que ces calculeuses avec un QI 4000 fois supérieur à celui de l’actuel président des Etats Unis (pas dur, en même temps) étaient reléguées au fin fond des bâtiments. Qu’elles n’étaient pas autorisées à utiliser les mêmes toilettes que les autres. Ni à boire le café dans le même récipient. Ah oui, parce qu’elles étaient afro-américaines. Là t’as juste envie de prendre la cafetière et d’ébouillanter la première *** de n*** qui passe. Mais ça ne révulse personne, puisqu’on est dans les années 60, en Virginie, sous le règne des lois ségrégationnistes.

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Alors certes, le film est très hollywoodien avec beaucoup de bons sentiments et la musique qui dégouline pour surligner les émotions, avec un Kevin Costner redresseur de torts (et destructeur de panneaux de WC). Contre toute attente, ce sont les parties du film concernant les vies personnelles des jeunes femmes qui sont les plus ennuyeuses, alors qu’elles auraient plutôt dû expliquer leur parcours et leur ténacité. Mais ces nanas-là sont tellement combatives, tellement drôles (la première scène avec un policier !), avec un tel charisme qu’on les aime tout de suite, tellement heureux qu’on leur rende ENFIN un nom et un hommage (pourquoi seulement maintenant ?), et qu’on meurt d’envie d’en savoir plus. Rien que pour ça, il faut voir les Figures de l’Ombre.

 

Les Figures de l’Ombre, un film de Theodore Melfi avac Taraji P.Henson, Octavia Spencer, Janelle Monàe…

Découvrir Barcelone {1}

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Je risque de t’infliger pas mal d’articles sur Barcelone, parce qu’à l’occasion de notre petit séjour là-bas durant les dernières vacances, non seulement nous avons vu de très belles choses mais encore il a fait un temps magnifique, alors je n’ai pas boudé les plaisirs de l’objectif. Il y a tant de petits endroits, de coups de coeur dont j’aimerai parler, mais même des semaines après c’est difficile de faire le tri – bien sûr, Gaudí y tiendra une place à part. En guise de préambule, j’ai envie de te parler du quartier où nous logions, le quartier de GRÀCIA.

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Nous avions commencé à prospecter les petits hôtels, mais ça s’est avéré mission impossible : trop pleins, trop chers, trop loin. Alors pour la première fois nous sommes passés par le site Airbnb et déniché un appartement avec terrasse au prix tout à fait raisonnable. Pour s’y rendre, le métro. Descendus à la station Fontana, on découvre le vrai Barcelone, loin des coins à touristes : une atmosphère de village, avec une population de toutes générations, et une ambiance de vacances : soleil, multiples placettes, balcons dégoulinants de verdure, boutiques tendance mélangées à des plus traditionnelles, street art, églises…

Le gros hic pour nous français pantouflards qui avons dépassé l’âge de la bamboche (une tisane et au lit) et surtout qui ne connaissons pas le même climat qui pousse à se calfeutrer chez soi la journée pour sortir en soirée, c’est que les espagnols vivent la nuit. Et que si la location était magnifique, le double vitrage ici on connait pas. Je crois que j’ai rarement aussi peu dormi pendant mes vacances, avec l’impression qu’il y avait des gens dans le salon, tout est prétexte à fête et c’est chouette, mais lorsque la troisième nuit des jeunes se sont mis à chanter (fort bien, cela dit) sous mon balcon j’ai songé à leur balancer mon Guide du Routard (édition 2017) à la tête, mais bon y z’étaient jeunes et beaux et c’est la vie, quoi. Bref, autant être prévenu, surtout si tu as l’intention d’y aller cet été : en Espagne, on dort la journée.

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Les cafés sympas et bar à tapas pullulent dans le quartier, mais impossible pour nous de ne pas céder à la tentation du touriste, j’ai nommé le chocolate con churros ! Grrrraou une tuerie ! (comment ça il fait 25 degrés ? on s’en fiche !)

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A SAVOIR

  • Nous avons pris un vol sur Vueling, en semaine les tarifs sont nettement plus bas. Attention, le terminal où nous avons atterri est assez éloigné, il faut ensuite prendre une navette (gratuite) pour rejoindre la gare d’où part le train qui emmène les voyageurs à Barcelone (un train toutes les demi-heures, compter une demi-heure de trajet).
  • Pour circuler dans Barcelone en métro, nous avons opté pour la carte T10 pour 10 trajets et pouvant être utilisée à plusieurs. Valable aussi pour prendre le train de l’aéroport à Barcelone, on trouve des distributeurs dans la gare.
  • Il y a une oeuvre de Gaudí dans le quartier (Casa Vincens), mais lorsque nous sommes allés la voir elle était recouverte par un échafaudage. Se renseigner avant de faire le déplacement !
  • Chocolate con churros : Granja & Chocolateria la Nena C/Ramón y Cajal 36 08012 Barcelona
  • Librairie (mais pas que) Olokuti : Calle Asturies 36-38 bajos 08012 Barcelona
  • C’est sur les hauteurs de Gràcia que se trouve le Parc Güell, mais inutile de dire que ça fera l’objet d’un article à part 🙂
  • Artistes street art : Aaronetti, Axe Colours…

Croire au Merveilleux ❀

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César n’arrive pas à se relever de la mort de Paz, cette jeune femme solaire et artiste qui était l’amour de sa vie, et décide de mettre fin à ses jours. Au moment décisif, une voisine fait irruption dans son appartement et dans sa vie avec fracas, Nana, une jeune étudiante grecque étrangement clairvoyante et qu’il lui semble avoir déjà croisée.

C’est l’histoire d’un retour à la vie grâce à la beauté du monde. Et si la solution à notre peine se trouvait dans les mythes ?
César est rongé par les questions entourant la disparition de Paz : était-ce vraiment un accident ? avait-elle l’intention de revenir auprès de lui et de leur fils Hector ? Tous les ingrédients d’une tragédie grecques sont posés, et pour revenir du côté de la vie, il va devoir convoquer les mythes et se lancer dans une sorte de pélerinage, voyage sensoriel et sensuel où la mer, les parfums, la nature sont omniprésents – une part de surnaturel aussi. L’histoire peut se lire indépendamment de « Plonger » dont c’est la suite, même si c’est la quatrième fois que César apparait dans un roman de l’auteur.
Comme dans le précédent, on trouvera beaucoup de références culturelles (et toujours cette même passion pour l’étymologie) qui poussent à plonger avec bonheur dans la toile pour complèter les quelques illustrations déjà présentes dans le livre. A un Paris endeuillé par le terrorisme, l’auteur oppose le paradis bleu des îles grecques ou des côtes italiennes, où un homme fracassé, fragilisé, incapable selon lui d’assurer le bonheur de son enfant, d’être un père simplement, va ressusciter par la seule force de la beauté, du pouvoir de l’enfance et de cette faculté préservée à toujours croire dans le merveilleux. Un très beau projet.

CROIRE AU MERVEILLEUX, Christophe Ono-dit-Biot, Gallimard ❀

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Lumineuse « Aurore »

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Aurore a 50 ans, des bouffées de chaleur, un boulot qui la pousse vers la sortie, des enfants qui quittent le nid… le début de la fin ? Non, juste une étape vers autre chose.

Quel beau portrait de femme ! Il faut dire qu’Aurore c’est Agnès Jaoui, et qu’elle a rarement été aussi belle (quoique dans le récent « Comme un avion » de Bruno Podalydès…). 50 ans, l’âge des bilans, de rattraper le temps perdu, le temps des retrouvailles et des excuses aussi. A la cinquantaine, tout serait fini ? alors qu’au contraire c’est souvent l’âge où l’on commence une nouvelle vie, les enfants en moins, seule ou accompagnée – l’âge des nouveaux possibles. Pas sexy, la quinqua avec ses bouffées de chaleur ? Attends de voir la sensuelle façon dont l’actrice relève ses cheveux au dessus de sa nuque, dévorée des yeux par un ancien fiancé troublé (dans une scène de restaurant, la plus belle du film selon moi). Les scènes les plus réussies sont d’ailleurs celles où rien ne se dit, où tout est porté par le regard de très beaux acteurs (Thibault de Montalembert est bien meilleur ici que dans « Dix pour cent« ).

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Bref c’est un film à message très positif, enthousiaste et énergique qui évoque avec bonheur quelques sujets peu traités au cinoche : jeunisme, sexisme, féminisme… sans oublier cette foutue ménopause ! Mais rien d’impossible à qui a gardé son grain de folie et de fantaisie, et nulle doute qu’Aurore fera une très chouette… mémé !

 

AURORE, un film de Blandine LENOIR avec Agnès Jaoui, Thibault de Montalembert, Pascale Arbillot… actuellement en salles 

Une halte au Mont Saint Michel

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Aaah le Mont Saint Michel… je suis tellement vieille (mouhahaha) que je l’ai connu sans ces kilomètres de parking (12 euros, cling cling) et ces galeries commerciales (cling cling cling) installées à quelques encablures, sans ces navettes (gratuites) ou à cheval (cling cling) qui te déposent à 300m de l’entrée. Mais ce qui n’a pas changé c’est l’omelelette la plus chère du monde chez la Mère Poulard, les boutiques attrape-touristes et l’affluence sur les remparts (pardon, pardon, cling cling, pardon…).

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Blague à part, l’ilôt surmonté de son abbaye à la légendaire silhouette est exceptionnel, et sous le rare soleil du premier jour de mai je serai bien restée plus longuement perchée sur les hauteurs à regarder la marée monter à la vitesse d’un cheval au galop. Quel que soit l’endroit d’où tu te tiens, quelle que soit l’heure du jour la lumière est tellement fantastique vue de là-haut.

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Le seul conseil qui vaille : arriver tôt. Et si sur la route tu as envie de prendre vite fait un café avec une madeleine tout juste sortie du four (2 euros) avec vue sur la baie, je te conseille un arrêt à l’Atelier Saint Michel (ouvert 7 jours sur 7).

{Coup de ♥} Miss Cyclone

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Coney Island, 1980. Angela et June, 16 ans, sont amies depuis l’enfance et aussi différentes qu’on peut l’être, grandissant dans des familles et des milieux bien différents. L’une a son avenir, semble-t-il, tracé d’avance (mariage avec son petit ami Nick, enfants, reprise de la boutique familiale) tandis que l’autre, au tempérament plus artiste, virevolte à droite et à gauche. Il y a un petit brin d’Elena Ferrante dans ce point de départ, à cette différence qu’ici le décor de cette amitié se situe à Coney Island, ce décor tellement cinématographique de la pointe de New York, où la vie des habitants est rythmée par les saisons de la mythique fête foraine.
C’est le grand rassemblement faisant suite à l’asssassinat de John Lennon et la nuit qui va le suivre qui vont venir chambouler de façon insidieuse la vie d’Angela, June, et de leurs amis ; le livre se terminant sur un autre évènement, on verra comment les problèmes personnels entrent en résonance avec l’actualité internationale la plus tragique.

On devrait tous avoir deux vies. On se trompe toujours dans la première.

Car l’histoire ne se limite pas à l’adolescence, elle retrouve à intervalles réguliers les deux amies sur plusieurs décennies, où l’on constate parfois avec surprise les changements qui se sont opérés dans leurs vies et celles de leurs proches (mariages, divorces, trahisons, disparitions, carrière, maternité) le plus étonnant étant que leur amitié continue sur le même tempo, sans vagues – du moins jusqu’à la fin. J’ai vraiment beaucoup aimé Angela et June, à la fois complexes et tellement désireuses de vivre pleinement. C’est un roman sur l’amitié comme on la rêve, entière et immuable, mais aussi sur les occasions perdues, les remords et les regrets qui pousse à la réflexion.

Elle était d’un naturel heureux, mais parfois elle avait l’envie morbide de ne plus être là. Ça n’avait rien à voir avec une dépression – June, elle, était une vraie dépressive chronique, elle se soignait pour cela – mais juste le sentiment poisseux de n’être pas grand chose, de ne pas briller.

 

MISS CYCLONE, Laurence PEYRIN, Calmann-Lévy

  Merci aux Editions Calmann-Lévy