Lire, l'automne (2)

Crapule est de retour pour le plaisir de tous mais surtout, bien évidemment, des amoureux des greffiers qui s’y reconnaîtront forcément. Car ce petit chat noir et sa maîtresse (qui n’a pas tout a fait choisi son colocataire, voir Tome 1) ont une relation bien à eux, entre séances de câlins ou de course post-bêtise. Une vraie ronron party jusqu’à ce qu’un intrus cherche à s’incruster… ça ne va sans doute pas se passer comme ça ! Suite au prochain tome ? Une jolie idée de livre à offrir. 

CRAPULE 2, Jean-Luc Deglin, Dupuis

La prochaine fois que je me ferai une petite ampoule au pied, je repenserai au roman de Cheryl Strayed et j’arrêterai de chouiner, je le promets ! Car en lisant le récit de sa randonnée sur le Pacific Crest Trail (1700 kilomètres !), on ne peut que souffrir avec elle, pas seulement des pieds, mais aussi le corps qui porte le bien nommé Monstre (le sac à dos), les courbatures, la chaleur, la faim, la soif, le risque de se perdre, de se blesser ou de faire de mauvaises rencontres… pourtant c’est plutôt sa tête que Cheryl cherchait à guérir en se lançant dans cette aventure, quasiment sans entraînement : hantée par la disparition prématurée de sa mère, chagrinée par son divorce, sans boulot et à la limite de devenir junkie, elle est littéralement paumée dans sa vie. L’épopée va lui permettre d’apprendre à connaître ses limites et sa force, à se libérer, enfin. Un désormais classique (déjà adapté au cinéma) à lire absolument. 

WILD, Cheryl Strayed, 10/18

Jules-César a 7 ans, il vit au Sénégal et aime jouer au baby-foot. Il est très proche de sa maman mais avec son père c’est plus compliqué. Tous les deux doivent pourtant accomplir ensemble le voyage qui doit sauver la vie de Jules-César : venir en France pour pouvoir être soigné, car ses reins ne fonctionnent plus.
Augustin reste distant par rapport à son petit garçon malade, mais il a promis à sa femme de veiller sur lui, et ce par tous les moyens. Il va falloir compter sur le soutien de tous, en premier lieu de Tata Rosie qui les accueille à bras ouverts et a la main sur le cœur. Il y a ce voisin méfiant aussi, Monsieur JeanJean, qui les épie derrière sa porte. Tout ne sera pas rose, entre les faux espoirs, la santé de Jules-César qui vacille, celle de son père aussi, nostalgique de sa famille et de son pays, les démarches qu’il doit entreprendre et le danger qu’il court aussi. Et au milieu de tout cela, il y a un petit garçon courageux et très raisonnable.
Après un démarrage hésitant, je me suis laissée embarquer par l’histoire de Jules-César et de son papa, étonnamment c’est le voisin suspicieux (et pas du tout sympathique, au premier abord) qui m’intriguait (parfois ce sont les personnages secondaires que l’on aime le plus), car le contexte et les personnages ne sont pas aussi cousus de fil blanc que je ne le craignais. De même que l’on finit par comprendre les réticences de ce papa à aimer cet enfant différent avec lequel il ne peut même pas jouer au foot comme avec les enfants qu’il aime entraîner. Une jolie histoire de courage, d’entraide et d’humanité.

JULES-CÉSAR, Anne-Dauphine Julliand, Les Arènes

L'Automne chez Marie-Antoinette

On sait que c’est pour échapper aux lourdeurs de la Cour que Marie-Antoinette souhaita avoir un endroit rien qu’à elle sur le domaine du Château de Versailles. Outre le Petit et le Grand Trianon, elle put se réfugier dans le Hameau de la Reine, composé de maisonnettes à la normande autour d’un lac artificiel. Elle y jouait ainsi à la fermière mais y donnait aussi des fêtes.

Certains bâtiments viennent juste d’être restaurés, et même si ça sent un peu le neuf on a toujours l’impression en s’y promenant de se trouver dans un joli conte. Je recommande la ballade au printemps avec ses pelouses recouvertes de fleurs, mais l’automne c’est aussi très joli….

Bon à savoir : accès gratuit le 1er dimanche de chaque mois de Novembre à Mars.

« Mon Désir le plus ardent », puissant

« – Il faut qu’on les prévienne, Dalt. Absolument, absolument, il le faut.
– De quoi, Mad ? Les prévenir de quoi ?
– Je sais pas. La vie.
– Combien elle est belle ?
– Oui, voilà. C’est exactement ce que je pensais. « 

Wyoming. Maddy et Dalt se rencontrent, s’aiment avec passion, se marient sur les berges de la rivière sauvage qu’ils aiment tant. Et puis ils ont un enfant, et puis…
La couverture de ce roman, outre qu’elle est sublissime, résume à merveille le thème de ce roman de Pete Fromm, le premier que je lis de cet auteur (mais pas le dernier, j’y compte bien) : un couple uni qui s’apprête à traverser, ensemble, de grandes épreuves symbolisées par de violents rapides. Car plus que sur la maladie qui va frapper, progressivement, insidieusement, et devenir un membre à part entière de leur famille, qu’il faut bien accepter, auquel il faut faire une place et qu’il va falloir apprivoiser, c’est un roman sur le désir, sur l’amour que rien, finalement, n’arrive à entamer, l’amour qui « dévorage ». Et il est décrit ici avec autant de passion que le sont les rivières et la nature qui l’ont vu naître.

Il n’y pas d’eau de rose, rien de mièvre ni de larmoyant malgré la Love Story tragique annoncée. Car sa folle énergie du début, son humour, sa rage, le couple les gardera du début à la fin. Puissant et marquant.

MON DÉSIR LE PLUS ARDENT, Pete Fromm, Gallmeister

Degas dans les coulisses de l’Opéra

On associe immédiatement Edgar Degas aux danseuses de l’opéra, il faut dire qu’à la fin du XIXe siècle il a produit près d’un millier de dessins et de toiles sur ce sujet ! Fasciné par cet univers habituellement fermé, il a pu de manière privilégiée observer et suivre les ballerines dans leur quotidien.

Sur la scène, dans le foyer ou la salle de danse où elles répètent, il saisit à merveille une arabesque, un éclairage ou un tutu, une posture, le détail d’un costume, la fatigue aussi très souvent et c’est ce qui rend les détails de ces tableaux si émouvants.

Réaliste au point de faire scandale, comme cette fameuse Petite Danseuse sculptée jugée trop réelle et qui suscita de violentes réactions. Mais le vrai scandale est ailleurs, puisque ce que Degas raconte également, c’est la façon dont ces petites danseuses étaient exploitées, et les coulisses deviennent soudain plus sombres : les mères aux aguets poussaient leurs filles à devenir des petits rats pour pouvoir rencontrer à l’Opéra des hommes fortunés et peut-être même s’y trouver un protecteur.

Cette situation – que raconte très bien Camille Laurens dans La Petite Danseuse de quatorze ans – perdurera jusqu’au début du XXe siècle. Les « abonnés », ces hommes en noir que l’on peut voir sur beaucoup d’œuvres de Degas avaient accès au foyer de l’Opéra et pouvaient y faire leur « choix » tranquillement. Voilà qui donne un éclairage différent sur cette très riche exposition qui donne envie de s’immerger dans les détails de chaque oeuvre.

DEGAS A L’OPÉRA, jusqu’au 19 janvier 2020 au Musée d’Orsay.

13 à Table, c’est reparti !

Depuis 2014, les les Editions Pocket publient chaque année un recueil de nouvelles dont les bénéfices vont intégralement au profit des Restos du Cœur, soit près de 4 millions de repas supplémentaires depuis la première édition. Cette année, ce sont 17 nouvelles sur le thème du voyage qui nous emporteront loin sur les routes.

Philippe Besson, Françoise Bourdin, Michel Bussi, Adeline Dieudonné, François d’Epenoux, Eric Giacometti, Karine Giebel, Philippe Jaenada, Yasmina Khadra, Alexandra Lapierre, Agnès Martin-Lugand, Nicolas Mathieu, Véronique Ovaldé, Camille Pascal, Romain Puértolas, Jacques Ravenne, Leila Slimani… sans compter l’illustration de Riad Sattouf (Esther !). Quel casting ! de quoi combler tous les lecteurs !

1 livre acheté (5 euros) = 4 repas distribués. C’est génial quand la chaîne du livre se mobilise, aux lecteurs de jouer maintenant 🙂

powerpuff girls pink GIF

La Belle Epoque, le temps qui passe

Si tu avais la possibilité d’être envoyé dans une autre époque, de devenir Marie-Antoinette ou d’avoir à nouveau 18 ans, que choisirais-tu ? Victor, lui, a décidé de revivre le jour de sa rencontre avec sa femme, cette même femme qui vient de le mettre à la porte de chez eux pour excès d’ennui et de pessimisme. Comment ont-ils pu tomber aussi fous d’amour en 1975 et se mépriser autant aujourd’hui ? Ne sont-ils donc plus les mêmes ?

C’est un film tout entier sur la nostalgie, celle d’une époque, celle d’un amour, celle de sa jeunesse où tout semblait plus simple et plus libre. Il raconte également comment notre époque entièrement connectée peut paraître suffisamment anxiogène et désabusée pour donner envie de se réfugier dans ses souvenirs… surtout si on vous le propose pour de vrai, certes dans des décors de théâtre et avec des comédiens mais avec un souci extrême du détail.

Guillaume Canet, metteur en scène tyrannique, vit une passion douloureuse avec Dora Tillier qui elle même joue le rôle du premier grand amour de Daniel Auteuil qui est en réalité Fanny Ardant… mise en abîme à plus d’un niveau sur un scénario malin qui tire plusieurs ficelles d’un coup.
Le film souffre de quelques longueurs et peut-être aussi de lourdeurs (sur la quantité d’idées qu’il contient, ça reste une moyenne plus que raisonnable !) mais entremêle les histoires avec grande fluidité et des dialogues caustiques, à la fois drôles et cruels (la patte du réalisateur).

Au final, l’émotion l’emporte dans une belle variation très maîtrisée sur les regrets et sur le temps qui passe.

LA BELLE EPOQUE, un film de Nicolas Bedos avec Daniel Auteuil, Guillaume Canet, Fanny Ardant, Dora Tillier… actuellement en salles.

« Vampires », l’exposition mordante

Le cinéma et le mythe du Vampire (incarné pour la première fois dans le Dracula de Bram Stoker) sont quasiment nés en même temps, et se sont développés en parallèle. On comprend sans peine la fascination des cinéastes (ou des artistes en général) et du public pour cette figure sombre et éminemment sensuelle. C’est cette même fascination que met en évidence la rétrospective « Vampires, de Dracula à Buffy » à la Cinémathèque.

De Nosferatu à Entretien pour un Vampire, de Coppola à Bigelow en passant par Tim Burton, l’exposition est complète et très pointue. Dans une atmosphère gothique, elle mélange costumes de cinéma, grandes œuvres de Basquiat ou Leonor Fini, affiches kitsch ou gravures somptueuses, mangas ou scénario. On visite ?

Aaah, Buffy, toute ma jeunesse :-))

VAMPIRES, DE DRACULA A BUFFY, jusqu’au 19 janvier 2020, Paris 12e.