Mucha au Musée du Luxembourg

Adolescente je raffolais des illustrations féminines de Mucha, j’en collais sur mes cahiers d’étudiante et en reproduisais des parties, fascinée par ces détails, ces symboles et ces formes mi-féminines mi-végétales. C’est donc un réel plaisir que les découvrir, cette fois « en grand ».

Le tchèque ALPHONSE MUCHA s’est fait connaître grâce à ses talents d’affichiste dans les années 1890 à Paris. Après avoir créé avec succès une illustration pour une pièce de théâtre de Sarah Bernhardt, il produit multitude de panneaux décoratifs, développant un style reconnaissable entre tous avec ses jeunes femmes cernées de motifs floraux, d’arabesques et aux chevelures sans fin – un genre qui finira par incarner l’Art Nouveau.

Mais Mucha est aussi peintre, sculpteur ou photographe, sa manière évolue et il se lance dans le projet de fresques consacrées à l’épopée de son peuple slave. L’exposition du Musée du Luxembourg détaille de façon très claire chaque étape de sa carrière – et il est amusant de constater que la popularité de ses affiches a conduit à la création de multitude de produits dérivés comme des bijoux, des emballages de savons ou des boîtes de biscuits. Ainis naquit le marketing !

ALPHONSE MUCHA, jusqu’au 27 janvier 2019 au Musée du Luxembourg, Paris 6e.

L’Ecart, retour à la vie sauvage

Amy Liptrot a grandi sur une île de l’archipel écossais des Orcades, entre un père malade, une mère évangéliste et son frère Tom. A 18 ans elle réalise enfin son rêve d’évasion en partant pour Londres, en quête de sensations nouvelles et d’expériences extrêmes sans se soucier des conséquences, tourbillon perpétuel où elle ne parvient pas à trouver sa place : l’alcool prend alors possession de son existence. Dépassement des limites, chute, désintox… Amy va d’échec en échec (pour garder son petit ami, son boulot, ses colocataires…). Après 10 ans, c’est le retour sur les îles, et le début d’un très lent rétablissement.

L’île est chaque jour plus petite, la falaise plus découpée et creusée plus profondément. De même, la vie est chaque jour plus triste, mais plus intéressante. Les coups et les blessures, telles des cicatrices sur le littoral, se creusent et s’effacent en permanence.

Avec une franchise étonnante, Amy Liptrot cherche à comprendre les causes de son alcoolisme, détaille les émotions et les sensations procurées par l’abstinence. Toute fin d’addiction laissant place au vide, il faut la remplacer par quelque chose : employée pour recenser le Râle des genêts (une espèce de caille), l’oiseau devient pour un temps son obsession, au point même de se faire surnommer l’épouse du roi caille par les orcadiens. Elle prolonge son séjour sur l’île et va même en explorer d’autres, suivant le rythme du temps et des saisons. Parcourant sans fin des pans de terres isolées, au bord des falaises déchirées par le vent, on ne sait plus à certains passages si elle parle de la nature ou bien d’elle : « (…) je comprends pourquoi les turbulences atmosphériques perturbent le parcours de la lumière. C’est donc la lutte qu’elle mène pour nous parvenir qui la rend si belle. » Récit intense, captivant et inoubliable d’un retour à la nature et à la vie.

L’ECART, Amy Liptrot, Editions Globe

« La Méthode Bullet Journal », rencontre avec Ryder Carroll

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Il y a deux ans à peu près une méthode d’organisation a commencé à faire fureur en France : le Bullet Journal, Bujo pour les intimes, initié par l’américain Ryder Carroll. 

L’idée est, à l’aide d’un simple carnet et d’un crayon, de réunir en un seul et même endroit notes, emplois du temps, tâches à accomplir, pensées, objectifs… si tu es adepte des listes et des post-it baladeurs (comme moi), tu devines immédiatement l’intérêt. En naviguant sur le net, en regardant des vidéos ou des tableaux Pinterest, je me suis penchée sur le système, mais à ma façon : oserai-je l’avouer, si je me suis équipée d’un de ces fameux cahiers Leuchtturm1917 et y ai reporté mes rendez-vous, listes de choses à faire et autres emplois du temps, j’y ai surtout trouvé le prétexte à laisser libre cours à mes gribouillis et autres petites fleurs. Sur la toile, tu trouves des pages d’agenda magnifiquement décorées, et je trouvais ça stimulant. Bref, je me suis un peu éloignée de l’idée initiale.

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Du coup, lorsque Psychologies Magazine a proposé une rencontre avec le créateur en personne, à l’occasion de la parution chez Mazarine de « La Méthode Bullet Journal« , quelle chance ! L’occasion de rencontrer une personne passionnante et élégante qui a bien voulu nous donner de précieuses pistes pour démarrer un bujo, ce qui m’a permis de revenir aux fondamentaux de la méthodologie : sans rentrer dans le détail, l’idée est d’organiser ses idées grâce à un codex détaillé (collections, puces…) et la pratique de l’écriture rapide. Le but est de se désencombrer l’esprit en mettant de côté les distractions et en se recentrant sur l’essentiel. En notant, on prend le temps (davantage qu’en tapant sur un clavier), on prend du recul, et ce faisant on identifie ce qui est vraiment essentiel.

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Je me suis dit « oups ! » lorsque Ryder Carroll a suggéré que l’usage de couleurs dans un bullet n’était que distraction, mais il a aussi dit que le bullet était comme une maison vide que l’on pouvait remplir et décorer comme on veut, et c’est bien cela en fait : le bujo est un outil éminemment personnel qui ressemble fortement à son propriétaire. Envie d’essayer 🙂 ?

LA METHODE BULLET JOURNALRyder Carroll, Editions Mazarine

Helena, bienvenue au Kansas

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De n’importe quel cauchemar on se réveillait un jour.

Nous sommes dans le Kansas, en pleine campagne. Hayley fonce au volant de sa décapotable rouge en direction de son tournoi de golf ; et là, c’est la panne. Elle est secourue par Norma, une maman au foyer très sympathique qui vit dans sa grande maison au beau milieu des champs de maïs avec ses trois enfants : Cindy, 7 ans, qu’elle destine à devenir la prochaine star des concours de miss ; Graham, l’aîné, qui rêve d’une vie à New York ; Tommy, enfin, 17 ans, qui a des passe-temps particulièrement… sanguinolents.
Voilà pour le décor, le piège est sur le point de se refermer, le lecteur compris, pour 700 pages sous tension constante. Dans cette fresque sur la vengeance à éviter aux âmes sensibles, Jérémy Fel joue avec les peurs des enfants et les terreurs des parents. Ici personne n’est à l’abri, personne n’est protégé. Ici, dans une atmosphère digne du Magicien d’Oz versant sombre, les monstres sont tapis dans les champs de maïs autour de la maison où les épouvantails prennent vie et les animaux domestiques disparaissent mystérieusement. Comme dans ces cauchemars où l’ogre est tapi dans l’obscurité à proximité immédiate de la maison, le roman fourmille de portes ouvertes là où l’on croyait les avoir bien fermées, de frôlements et d’ombres de personnages qui souffleraient des actes terrifiants. Mais contrairement aux apparences (et à la couverture qui fait songer à du young adult), c’est aussi un roman sur l’amour maternel : jusqu’où peut-on aller pour protéger ses enfants ? Quant à l’Helena du titre, il faudra patienter jusqu’au bout du roman pour savoir qui elle est…

Parfois, je me dis que cette violence-là est tapie en nous et qu’il ne faut pas grand chose pour qu’elle surgisse pour tout briser.


HELENA, Jérémy FEL,  Editions Rivages

First Man, la course à la lune

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Neil Armstrong a été, le 21 juillet 1969, le premier homme à marcher sur la lune. First Man raconte la préparation de ce voyage historique, au milieu d’hommes dont la vie fut vouée à la conquête spatiale, souvent au détriment de leur vie personnelle.

C’est un film marquant, limite perturbant à plus d’un titre. D’abord, tu n’as jamais vu la conquête spatiale sous cet angle : des décennies avant les comptes-rendus poétiques et instagrammables de Thomas Pesquet, bienvenue dans la course suicidaire à la lune. Ici, les hommes se tuent à l’entraînement ou explosent en vol, tandis que les épouses attendent comme des Pénélope anxieuses regroupées dans des quartiers pavillonnaires. On est forcé de se demander qui a pu imaginer un jour que ces énormes tas de ferrailles maintenus par de gros écrous et propulsés par une explosion aient un jour la moindre chance de traverser l’atmosphère et encore moins de se poser sur une autre planète. Ici tu reviens aux fondamentaux, ce que l’on apprend de manière abstraite et ce que nous ont fait oublier les films avec George Clooney ou avec Tom Hanks, on se le prend en pleine figure avec l’odeur du fuel, la sueur qui goutte sous la visière du casque et la vie qui tient à une étincelle. La reconstitution est ultra réaliste et anxiogène, nous replaçant en outre à une époque où les critiques envers le coût financier et humain de cette épopée prenaient de plus en plus d’importance aux Etats-Unis.

Ensuite c’est sacrément bien filmé, ce qui n’est pas une surprise avec Damien Chazelle (Lalaland certes, mais aussi Whiplash, si tu ne l’as pas encore vu, fonce !). TU es dans la navette, TU pars en vrille, TU vois tous les boutons du tableau de bord clignoter comme des fous furieux, TU déposes ton pied sur la lune (le grand pas pour l’homme, blablabla). La réalisation est vraiment scotchante et on reste en apnée pendant tout la durée du film. Et même si le réalisateur a estimé nécessaire d’évoquer le deuil d’Armstrong, père abîmé par la perte de sa petite fille, peut-être pour rendre plus humain, intéressant ou ambigu un homme passé à la postérité mais distant, semblant tenir les émotions (et sa famille) à distance – ce qui était forcément une qualité nécessaire à sa mission, car le type dans la situation perdue d’avance garde un calme légendaire sans jamais céder à la panique, le film est un bel objet un peu lisse, un peu froid, un peu long, mais techniquement parfait.

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First Man : le premier homme sur la lune, un film de Damien Chazelle avec Ryan Gosling, Claire Foy, Kyle Chandler… actuellement en salles.

Des Histoires de Famille

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Finn a onze ans et vit sur une île isolée du Canada avec sa grande soeur Cora et ses parents Martha et Aidan. Il n’y a plus de poissons à pêcher, les maisons se sont progressivement vidées et le soir les lumières de tous les bateaux de pêche ont disparu. Même Martha et Aidan sont contraints de quitter l’île en alternance pour aller travailler ailleurs, tandis que leurs enfants sont quasiment livrés à eux-mêmes à galoper sur les rochers ou à prendre la barque pour aller visiter la dernière voisine, chuchoteuse d’histoires et prof d’accordéon. Cora peint l’intérieur des maisons vides de leurs propriétaires aux couleurs de différents pays, tandis que Finn cherche un moyen de faire revenir les poissons.
On croisera ici des sirènes et des filets porteurs de messages, des caribous et des ours, au gré d’un texte qui coule comme un long chant de marin, comme le flux de la marée ou le vent qui souffle des paroles. C’est très beau, très poétique sans nul doute et l’on ne peut qu’être touché par les tentatives des enfants pour sauver leur monde menacé d’expulsion – et leur famille menacée d’implosion – racontés de cette manière-là et sous cette forme-là. Mais cette belle musique garde un peu le lecteur à distance, à la manière d’un beau paysage glacial.

Les Chants du Large, Emma Hooper, Les Escales ★

 

Jean, Denis, Moïse. Le fils (et narrateur, double de l’auteur qui nous offre ici son roman le plus personnel), le père et le grand-père, trois générations de non-dits et de silence. Et puis un jour, des lettres du grand-père disparu font leur apparition, toutes adressées à une mystérieuse Anne-Lise, « la petite souris ». L’occasion pour le père et le fils de renouer le dialogue en tâchant de percer les mystères de leur aîné. Qui est cette Anne-Lise Schmidt à qui Moïse adressait une lettre tous les 3 avril ? Que cache cette photo de famille en apparence tendre et banale ? Que sait-on vraiment des gens que l’on aime ?
C’est l’histoire de Moïse qui nous est racontée, remontant jusqu’à son enfance et traversant la guerre, ses amitiés, ses amours, ses renoncements aussi. Tout ce qui fait une vie en somme, tout ce dont on hérite de nos parents et de nos grands-parents, la somme de leur tristesse, les erreurs de jeunesse comme les erreurs de vieillesse. Ici transparait toute l’humanité de Baptiste Beaulieu ainsi que certains de ses combats qui mériteraient peut-être une histoire à part, pour qui la seule façon de sauver le monde c’est l’amour, sous toutes ses formes, celui que l’on voue à un homme ou à une femme, à un enfant ou à un animal peu importe, l’amour sauvera le monde c’est certain, pour peu que l’on ne renonce jamais.
Pour autant son enquête familiale n’est pas achevée, tous les points ne sont pas reliés, et ce qui serait vraiment beau ce serait que les lecteurs l’aident à boucler la boucle de ces secrets de famille.

Toutes les Histoires d’Amour du Monde, Baptiste Beaulieu, Editions Mazarine ★

Miss Tic à Trouville

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J’aime tellement les figures féminines de Miss Tic, toujours accompagnées d’une petite phrase poétique qui prête souvent à réflexion, et que je croise parfois dans les rues parisiennes. Alors bien sûr, profitant d’une escapade à Trouville je me suis mise en chasse !

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A l’occasion d’une exposition de ses féminins pochoirs dans une galerie d’art de Deauville, l’artiste a essaimé ça et là quelques oeuvres. Je n’ai pas retrouvé les dix (d’autant que l’une d’elle a été priée de se mettre à l’abri des regards O_O ), mais j’étais vraiment ravie de dénicher celles-ci au hasard des rues ou des cabines de plage.

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(Celle-ci avec Marguerite Duras se trouve devant la bibliothèque… elle est vraiment superbe, non ?).

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