Lectures de Février

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Jusqu’au pas de la porte, elle me disait : « Ne t’inquiète pas. Tout va bien se passer. » Je partais en direction de l’école, sans trop savoir si tout allait vraiment bien se passer, et en me demandant surtout pourquoi il fallait toujours, dans la vie, s’éloigner des douceurs familières pour prendre le risque du monde extérieur.

Deux amis traversent ensemble toutes les étapes de la vie, de l’enfance à l’âge adulte, en passant tous ces rites de passage qui jalonnent une existence et forgent une personnalité.
Que deviennent les petits garçons, une fois qu’ils sont pris au piège du monde, du travail, des amours, de l’ambition ? Il est touchant de constater que malgré leurs caractères si différents et l’écart grandissant de leurs trajectoires l’amitié des deux personnages de l’histoire demeure : tandis que Grégoire est brillantissime et a une voie toute tracée, promis à un destin national, le narrateur tatonne, tente une direction puis une autre, se laisse conduire sans vocation particulière puis finit par se confronter au métier de journaliste et à ses nombreuses déconvenues.
C’est un roman d’une grande douceur à haute teneur mélancolique (à l’image de sa couverture) : comment devient-on adulte, comment notre part d’enfance résiste-elle aux évènements et aux épreuves de la vie ? Le narrateur est touchant dans sa maladresse et sa difficulté à s’adapter au monde réel, et sans doute se reconnaîtra-t-on dans l’une ou l’autre de ces destinées : se confronter au monde dans toute sa violence ou rester encore un petit peu dans sa bulle d’enfance ?

LES PETITS GARCONS, Théodore Bourdeau, Arpège

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Très jeune, Martha Gellhorn ne craint pas de partir au-devant de la guerre, désireuse de devenir reporter à une époque où les femmes étaient rares sur le front. C’est sur le terrain de la guerre d’Espagne que sa route croise celle d’Ernest Hemingway, précédé par une solide réputation et marié déjà deux fois. Peu encline à abandonner sa liberté, leur relation fut d’abord de pure amitié, mais affrontant ensemble des situations mettant en péril leur vie, elle évolue rapidement vers la passion.
Une liaison vécue pleinement dans un premier temps dans le vert paradis que Martha leur a installé à Cuba, mais les choses se détériorent lorsque les carrières des deux écrivains entrent en compétition : Ernest produit des chefs d’oeuvre, tandis que lorsque Martha publie on la ramène sans cesse à son statut de « compagne de » ; sans compter que la deuxième Madame Hemingway ne compte pas accepter le divorce facilement. Pour Gellhorn une seule issue : elle finira par partir pour reconquérir sa liberté et son indépendance, pour accomplir son ambition d’aventurière et sa vocation de reporter de guerre pour, au final, se faire son propre nom.
Paula McLain s’attaque à un nouveau portrait de femme libre et passionnée, racontant sa relation avec l’écrivain mythique du point de vue de Martha, imaginant leurs conversations, leur intimité, leurs conflits avec une grande aisance, abordant également la difficulté d’écrire avec objectivité sur la guerre. Une histoire d’amour et d’aventure qui se dévore et donne envie de se replonger dans les ouvrages de Martha. 

Le pire – je le savais déjà – serait d’avoir trop peur pour essayer.

LA TROISIEME HEMINGWAY, Paula MCLain, Presses de la Cité Babelio

Une nouvelle aventure (1)

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Bien, il est temps que je commence à te raconter quelque chose… ça se passe dans à peine deux mois et la plupart du temps je suis comme ça :

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… et le jour d’après c’est plutôt ça : 

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Si tu me suis depuis longtemps, tu te souviens peut-être que mon tout premier roman auto-édité (avant « A l’ombre du Grand Marronnier ») s’appelait « La Fleur de Clémentine », publié chez Librinova. Eh bien mes personnages prennent bientôt leur envol, sous un nouveau titre et dans une belle maison où, j’en suis certaine, ils vont se sentir très, très bien.

Tu seras là ? parce que, clairement, je vais avoir besoin de toi :

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A SUIVRE…

Camden Town, mon coup de ♥ à Londres

Je m’aperçois que j’ai oublié de te parler du gros coup de coeur de notre bref séjour londonien de novembre dernier (oui, trois mois après, il n’est jamais trop tard) : il s’agit de CAMDEN TOWN, qui se situe au nord de la ville et qui est célèbre à la fois pour son marché aux puces et pour être le temple de la culture alternative. Dès la sortie du métro tu tombes sur ces façades de folie et un quartier hyper vivant… et touristique bien sûr (venir très tôt !)

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Croiser Amy Winehouse au détour des ruelles d’un marché labyrinthique…

Moi qui aime tant le street art, autant te dire que j’ai apprécié !

Boutiques, pubs, musique, fringues, disques, tatouages… et lorsqu’on n’en peut plus de la foule, on peut se sauver pour se promener le long du canal.

« Après », un bouleversant adieu

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Maintenant, elle n’est plus là. Je suis libérée d’elle, libérée de tout ça. Je n’ai plus besoin de rester ici. Désormais, je peux aller n’importe où, sans ancrage. La fin est un début et je ne le supporte pas. Je ne sais plus où est ma place.

Elayn s’est donné la mort. Sa fille Nikki (auteure de « La Mariée mise à nu » et de « Avec mon Corps ») se retrouve aux prises avec la colère, le chagrin, et tant de questions sans réponse. Pourquoi sa mère a-t-elle commis cet acte ? A quel point était-il préparé ? et surtout, pourquoi a-t-elle provoqué ce séisme parmi ses proches ?
Le plus dur c’est toujours pour ceux qui restent. Nikki Gemmel écrit pour essayer de comprendre Elayn, et aussi pour la faire revivre, encore un peu, livrant le journal intime de son deuil. Femme moderne et complexe, Elayn était éprise de son indépendance et n’aurait pas supporté de terminer sa vie en étant un fardeau pour elle et son entourage. Comme pour rajouter à la tristesse et à la culpabilité, sa mort est considérée comme suspicieuse, et c’est dans ces terribles circonstances que Nikki découvre l’étendue de sa souffrance face à des douleurs chroniques et son addiction aux médicaments.
Au-delà du débat sur l’euthanasie, l’auteure raconte la vie d’après, reconnait à quel point lui manque une mère qui pourtant s’est souvent montrée d’une grande cruauté avec elle et l’a même poussée à l’éloignement, même si leur relation tendait à s’apaiser sur la fin. En dépit de la tristesse, Nikki et sa famille en sont sortis changés, plus proches et plus forts, à la manière de ces kintsugi, ces poteries brisées que l’on rafistole de filets d’or.
C’est un texte très intime qui pousse à s’interroger, un acte de réconciliation d’une grande beauté et d’une immense honnêteté.

Ce que j’ai appris : qu’un parent ne peut pas façonner la vie de ses enfants à sa manière, même s’il en nourrit un désir profond. Nous devons prendre du recul et les regarder évoluer, devenir la personne qu’ils sont censés être, que ça nous plaise ou non. Nous devons nous tenir à l’écart, les accepter, et les aimer.

APRES, Nikki Gemmel, Au Diable Vauvert

Colette, les années Claudine

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Dans ce biopic le réalisateur Wash Westmoreland a décidé de ne raconter que la jeunesse et première vie de l’auteure Colette qui en eut cent, racontant son mariage, ou plutôt son étrange association avec son mari Willy.

Willy était déjà un écrivain reconnu lorsqu’il enleva la la toute jeune Gabrielle Sidonie Colette de son village de campagne pour l’épouser. Il lui fait connaître le Paris exubérant et bouillonnant de la Belle Epoque artistique et frivole, et de fil en aiguille, la pousse à écrire pour lui. Contre toute attente, le personnage de Claudine imaginé par Colette connait un succès fulgurant que s’empresse d’exploiter le mari – naissance du marketing ! Mais la jeune écrivaine dans l’ombre du mari volage, fantasque et vantard rêve d’émancipation.  Si leur duo finit par tourner au conflit, Willy eut le grand mérite de permettre à Colette de se révéler en tant que plume, mais pas seulement : le libertinage échevelé de l’un permit à l’autre de partir en quête de sa propre sensualité, tantôt en partageant la même maîtresse que son mari, tantôt en assumant sa relation avec Mathilde de Morny-Missy. Autant d’anecdotes délectables qui permettent de cerner le personnage et de goûter à une époque exubérante et permissive.

Quant à Keira Knightley, on ne peut pas prétendre qu’elle ressemble physiquement à la jeune Colette, mais tout, dans la mise en scène (classique et respectueuse), des décors à la lumière en passant par les costumes, la reconstitution de documents d’époque, permet de l’oublier, d’autant que l’actrice passant d’oie blanche à femmes d’affaires intraitable est particulièrement convaincante et déterminée (probablement comme son illustre modèle). Même si le réalisateur est loin d’avoir fait le tour de son sujet,  son film donne envie de (re)découvrir l’oeuvre de l’auteure du « Blé en Herbe », ce qui en soi est déjà une belle réussite.

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COLETTE, un film de Wash Westmoreland avec Keira Knightley, Dominic West… actuellement en salles

Lectures de Janvier

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Alexandria Marzano-Lesnevich est étudiante en droit à Harvard, farouche opposante à la peine de mort. Lorsqu’à l’occasion d’un stage on lui présente l’affaire Rick Langley, son intime conviction vacille : elle considère que cet homme doit être exécuté.
Car le passé et les actes du criminel ont réveillé sa mémoire et établi une passerelle entre le fait divers et son passé refoulé. Elle n’a plus alors qu’une obsession : comprendre. Comprendre comment la mère du petit garçon (Jeremy) assassiné dans les années 90 par Langley a pu pardonner au meurtrier ; comprendre comment ses parents à elle ont pu pardonner les actes terribles commis sur elle et sa soeur par son grand-père, lui interdire d’en parler pour ne pas nuire à la carrière de son père, pour ne pas faire de peine à sa grand-mère. Comprendre les silences et les secrets, les liens de causes à effet dans la trajectoire d’un homme malade qui a cherché à se faire soigner mais que l’on a laissé libre, libre jusqu’à ce qu’il commette l’irréparable.
Mi-enquête (très documentée) mi-biographie, le récit est très clinique, à la manière d’une narration judiciaire, oscillant entre la renconstitution de l’affaire et les souvenirs de l’auteure ; ils semblent de ce fait rester à la frontière des sentiments et ne chercher à établir que les faits, rien que les faits. Au-delà de cette apparente froideur, Alexandria nous saisit aux tripes lorsqu’elle évoque avec force la frayeur qui peut envahir des fillettes en entendant les craquements d’un escalier. Et de conclure que « Ce que vous voyez dans le meurtre de Jeremy par Ricky, j’en suis convaincue désormais, dépend autant de qui vous êtes et de la vie que vous avez vécue que de l’acte lui-même. »

L’EMPREINTE, Alexandria Marzano-Lesnevich, Sonatine

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Portland, années 60. Richard est un ado un peu singulier, rêveur et très nerveux, fondamentalement optimiste, ne sachant pas trop quoi faire de son 1m93. Il fait de l’athlétisme, comme beaucoup de garçons de son âge, mais lui fonctionne à l’instinct, aussi lorsqu’il s’attaque à la discipline du saut en hauteur, il décide de le faire à sa manière…
Bien que ce ne soit pas une biographie de Dick Fosbury, Fanny Wallendorf s’est inspirée d’une photo du visage de l’athlète, concentré sur le saut qu’il s’apprête à effectuer aux Jeux Olympiques de Mexico en 1968, et a choisi d’imaginer pour son premier roman la naissance d’une vocation, d’une ambition. 
Et c’est tout à fait passionnant, cette plongée dans l’entraînement d’un sportif de haut niveau qui décide de passer outre les règles de sa discipline : cette barre, il la passera sur le dos plutôt qu’en ciseaux. Ce mouvement il va y consacrer des années et toute son énergie, à en détailler chaque seconde, de la course d’appel au saut avec pour unique obsession de monter la barre encore plus haut et d’effacer les scores les uns après les autres. J’ai ainsi appris qu’on pouvait créer un saut et que cela pouvait ébranler les institutions olympiques, qu’on pouvait faire de la recherche d’un style et de son point d’équilibre l’apothéose d’une carrière et d’une vie. On entre littéralement dans la tête de ce coureur qui ne baissera jamais les bras en dépit des doutes, des moqueries et des injonctions à se plier aux règles. Une belle leçon !

L’APPEL, Fanny Wallendorf, Editions Finitude

ET AUSSI :

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« Quand je suis face à des gens ultra sûrs d’eux, j’ai toujours envie de retourner chez moi douter un bon coup« . Dans « Du Tout au Tout« , on découvre avec bonheur un univers loufoque bercé par Boris Vian, avec un bon mot joliment tourné à tous les paragraphes mais qui finalement raconte en filigrane des choses sérieuses. La fantaisie sauvera le monde ! (peut-être pas celui de l’entreprise, cela dit…) 

DU TOUT AU TOUT, Arnaud Le Guilcher, Editions Pocket

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Dans ce texte bref et percutant, Hyam Zaytoun raconte sa peur de perdre l’homme qu’elle aime et de se retrouver seule. Alors que son compagnon est « entre la mort et la vie » à l’hôpital, c’est un vrai plan de bataille qui s’organise, entre les amis, la famille, les proches du théâtre. Se rassembler, se soutenir, garder le contact à tout prix… mais arrive-t-on jamais à se préparer au pire ? Une superbe déclaration d’amour.

VIGILE, Hyam Zaytoun, Le Tripode

« L’Heure de la Sortie », l’alarme a sonné

Le professeur de français des 3ème1 du prestigieux collège de Saint-Joseph vient de se suicider sous les yeux de ses élèves. Pierre Hoffman, appelé à le remplacer, réalise très rapidement que certains élèves ont des comportements étranges…

Les collégiens en question sont des surdoués arrogants, détestés par tous leurs congénères et prenant plaisir à rabaisser leurs pairs – et leur professeur. Ils font la tronche tout le temps, s’adonnent au bizutage et au harcèlement, s’expriment à coups de sentences prophétiques. Le prof (Laurent Lafitte, plus que parfait), décontenancé mais fasciné malgré lui, décide de creuser un peu, se mettant même à les suivre pour déjouer leurs manigances qu’il compte bien dénoncer…

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L’ambiance installée par Sébastien Marnier (réalisateur du déjà très marquant « Irréprochable« , avec Marina Foïs) contribue à 200 % à la singularité et à la réussite de ce film étrange adapté d’un roman de Christophe Defossé.
On démarre par le tableau d’une jeunesse désenchantée et inquiétante angoissée par son futur, qui se montre de plus en plus provocatrice et menaçante. Si l’on sent ensuite la tension et la paranoïa monter très vite, déjà bien épaissies par la canicule et les cauchemars kafkaïens du héros, on se laisse dérouter par plein d’hypothèses du type sectaire, alors que la fin réserve une surprise de taille cataclysmique et franchement perturbante. Et s’ils étaient tout simplement plus lucides que nous, ces gamins flippants au regard aussi fixe que des damnés ?

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L’HEURE DE LA SORTIE, un film de Sébastien Marnier avec Laurent Lafitte, Emmanuelle Bercot, Pascal Greggory… actuellement en salles.