Petite déception pour « Un Monde à Portée de Main »

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Paula, Kate et Jonas se rencontrent à l’Institut de peinture de Bruxelles où ils viennent d’entrer pour six mois d’apprentissage. Aspirant à devenir peintres en décor (et en trompe l’oeil plus particulièrement), ils doivent acquérir la maîtrise à la fois de l’oeil et de la main, un apprentissage difficile et physique avec souvent la tentation de l’abandon et un avenir pas forcément linéaire.
Dans « Un monde à portée de main », nous suivrons plus particulièrement Paula, alors que sur le seuil de sa vie d’adulte elle se jette à corps perdu dans la peinture, découvrant le travail et l’émulation de groupe, le pouvoir de la création mais aussi les désillusions qui vont avec, car malgré sa vocation, son talent évident et son aptitude à se voir confier des projets importants, elle vogue de chantier en chantier, et de Cinecitta à Lascaux doit franchir le barrage qu’on lui oppose entre les « faussaires » et les « vrais » peintres.
S’il s’agissait d’un documentaire sur l’art du trompe l’oeil, d’une thèse sur le réel et le factice, alors l’ouvrage serait parfait tant il abonde en explications et en jargon technique. Mais puisque l’on est bien ici dans un roman, ses personnages m’ont semblé rester toujours à la surface comme ce marbre qu’ils polissent. En dépit de ce lien fort qui unit Paula et Jonas (pauvre Kate totalement subsidiaire dans la vie et dans l’écrit), je suis toujours restée à distance, ni touchée ni passionnée, et malgré ce très beau thème si particulier je me suis perdue dans un texte taillé à coups de longues phrases alambiquées.

Paula a imaginé la grotte sous la terre, sa beauté retirée, la cavalcade des animaux dans la nuit magdalénienne, et elle s’est demandé si les peintures continuaient d’exister quand il n’y avait plus personne pour les regarder.

UN MONDE A PORTEE DE MAIN, Maylis de Kerangal, Editions Verticales

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Balade dans les Serres d’Auteuil ❀

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J’ai un faible pour ces serres incroyablement photogéniques, mélange de verre et d’acier d’où tente de s’échapper une végétation luxuriante et exotique. J’aime déjà beaucoup celle du Jardin des Plantes mais je n’avais encore jamais visité celles d’Auteuil. Créé sous Louis XV, le jardin est constitué de cinq serres principales abritant collections de plantes, fougères, orchidées, palmiers, volière…

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J’aime bien ce côté « abandonné à la nature », aussi… bon ok, j’ai eu beaucoup de mal à sélectionner des photos !

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Face au géant Roland-Garros, splendide balade dans une paix totale avec dépaysement assuré !

 

JARDIN DES SERRES D’AUTEUIL, entrée libre, avenue Gordon Bennett, Paris 16e

Coup de ♥ pour le Madeleine Project

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Quiconque s’est retrouvé dans l’étrange situation de vider l’appartement, la cave ou le grenier d’un parent ou proche disparu s’est forcément heurté à cette question existentielle et vertigineuse : que reste-t-il de nos vies ? Des photos, des livres, des vêtements, des valises pleines ou vides qui prennent la poussière ou ont moisi, des cahiers d’écoliers, des boîtes à trésor qui n’ont de valeur que pour celui ou celle qui les accumulées ? Que faire de tout ceci, de cette mémoire de petits ou de grands riens vouée à la disparition ?

Ces questions, Clara Beaudoux s’y est trouvée confrontée le jour où elle a ouvert la cave pleine à ras bord des affaires de la précédente occupante de son studio, une vieille dame disparue un an auparavant. Décidant de partager une à une ses trouvailles et ses interrogations sur Twitter, elle ignore encore dans quel projet elle s’engage, une véritable enquête humaine qui la mènera bien plus loin qu’elle n’imaginait.

C’est ce travail d’abord de découverte puis d’enquête que l’on suit progressivement, message après message et photo après photo (dans un pavé de 600 pages qui se dévore !), comme un puzzle qui reconstituerait l’existence de Madeleine. Deviner son métier (institutrice), supposer le prénom de son amoureux (et la disparition prématurée de celui-ci), retrouver ses diverses adresses, découvrir la liste de ses voyages, noter ses goûts, se demander aussi si elle aurait apprécié de savoir sa vie disséquée. Peu à peu Clara sort des murs de la cave en élargissant son enquête au voisinage, à la famille lointaine, aux anciens élèves… jusqu’à impliquer et passionner des classes entières pour le projet !
Saison après saison (il y en a 4 dans cette version publiée au Livre de Poche), le mystère Madeleine se dissipe, mais arrive-t-on jamais à cerner complètement une vie ? Car une piste en lance une autre, un indice en enchaîne d’autres, et même l’auteure semble éprouver des difficultés à boucler son enquête et à abandonner Madeleine.
Est-ce de la littérature ? en tout cas c’est une très belle histoire qui émeut et incite au questionnement.

 

MADELEINE PROJECT, Clara Beaudoux, Le Livre de Poche

Pages d’Automne

Léa et sa famille ont quitté Paris pour une petite station balnéaire bretonne où son père a trouvé du travail dans le journal local. L’occasion d’une nouvelle vie, presque des vacances, sauf que Léa ne décolère plus envers ses parents, obligée de laisser derrière elle ses amis, son lycée, son amour. Et puis un soir de concert, elle disparaît…
C’est son frère qui raconte, d’abord l’angoisse, la peur, l’incertitude insoutenables depuis la disparition, puis l’implosion de la famille, la mère qui part, le père qui s’efforce de ne pas perdre pied, les réactions de chacun si différentes à la douleur, les reproches mutuels. Antoine quant à lui cherche à se vider la tête et à épuiser son corps dans la mer en pratiquant le surf, en se rapprochant de Chloé aussi. Lorsque Léa est enfin retrouvée, le cauchemar n’est pas forcément terminé… Comme à l’accoutumée, Olivier Adam dépeint comme personne une petite cité bretonne calme, si calme en basse saison, où tout finit par se savoir et où les rumeurs se répandent à la vitesse d’une vague, une ambiance qui imprègne insidieusement les relations entre les personnages. Il sait raconter avec simplicité et en de courtes phrases la rage des adolescents, la peur et le chagrin aussi, comme il l’avait déjà tellement bien fait dans « Je vais bien, ne t’en fais pas », qui racontait déjà comment une famille s’efforçait de tenir tête au drame et à l’absence. Un court roman qui se dévore à l’intention des adultes mais aussi des plus jeunes lecteurs.

LA TETE SOUS L’EAU, Olivier Adam, Robert Laffont

 

Quel bonheur ce livre hors du temps, quelle bulle d’apaisement où l’on suit les débuts de Hatoko en temps qu’écrivain public dans la petite papeterie de Kamakura tenue jadis par sa grand-mère. Au fil des demandes (mots d’amour ou d’adieu, de retrouvailles ou d’apaisement), on prend le temps de choisir son papier ou son encre, ses mots et son écriture. on prend le temps de savourer un repas à l’ombre des cerisiers en fleurs, de se faire une place parmi la communauté du quartier et de se réconcilier avec ses souvenirs et avec sa vie. Il fait bon se laisser surprendre par cette écriture aussi délicate qu’une calligraphie japonaise.

LA PAPETERIE TSUBAKI, Ito Owaga, Editions Philippe Picqier

« Reviens », drôle et tendre

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C’est l’histoire d’un écrivain qui cherche l’inspiration, se dispute avec son ex-femme, fait des listes de promesses, est obsédé par Pline et les mariées de télé-réalité, fait des rêves remplis de vendeurs d’Amazon et se creuse la tête pour trouver le sens d’une légende Inuit. Mais si, dans le fond, tout cela ne cachait qu’une seule et même chose : que son grand fils, parti faire un long voyage, lui manque ?

En vérité, j’attendais que l’écriture me tombe dessus. Qu’un matin, elle me réveille. Qu’elle me sorte, qu’elle me soulève, qu’elle me parle, qu’elle m’enlève, qu’elle me caresse, qu’elle me frappe, qu’elle me brûle. J’attendais que l’écriture me sauve la vie, qu’elle m’arrache à cette vie.

Je crois bien que c’est le premier roman de la rentrée littéraire que je lis le sourire aux lèvres, il faut dire que les péripéties qui tombent en cascade sur le narrateur ne manquent pas d’inventivité ni de fantaisie : comment, en cherchant vainement un exemplaire de son dernier ouvrage qui a été pilonné, peut-il bien se retrouver en train de faire la lecture d’un roman de son principal rival à des Raymonde endormies, à s’inquiéter sincèrement pour son inspecteur des impôts ou à promener un canard dans le RER ?
A la fois tendre et drôle, « Reviens » est écrit avec une délicieuse autodérision sur l’état d’écrivain vivant légèrement hors du monde réel et de ses tracas bureaucratiques, cachant à peine sous des situations burlesques et une fausse naïveté un constat joliment enrobé de mélancolie sur le temps qui passe et les enfants qui grandissent et finissent par partir, inéluctablement.

Je crois que le coeur ne ferme jamais ses portes, il laisse l’amour entrer et sortir. C’est empli de courants d’air un coeur. C’est une tempête. C’est vivant.

 

REVIENS, Samuel Benchetrit, Editions Grasset

Les Extatiques, parcours artistique à La Défense

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En plus de dix ans à arpenter les rues parisiennes je n’avais jamais fait qu’apercevoir la Grande Arche de la Défense de très loin. L’occasion d’aller au bout de la ligne en mode touriste s’est présentée lorsque pour ses 60 ans, neuf artistes ont été invités à imaginer dans le quartier un parcours au milieu des fameuses tours. Banc géant, tournesols, arbres fantômes, immeuble renversé, cadre à Instagram… des jeux d’échelle parfois poétiques et souvent renversants !

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A commencer par un dédale fleuri de 400 tournesols imaginé par Fanny Bouyagui où l’on peut se perdre en oubliant les immeubles alentours… ou en apprécier autrement la perspective.

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Auntie Maria est une géante indienne peinte à la main, installée ici par les soins d’Hanif Kureshi.

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Leandro Erlich bouscule les murs et nous fait perdre la notion de l’espace. Impressionnant et efficace !

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Vincent Lamouroux a recouvert les arbres d’une sorte de voile blanc (inoffensif pour les arbres) comme pour les figer dans le temps.

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Nous n’avons pas tout vu ni tout apprécié de la même manière, mais cette exposition à ciel ouvert nous a permis d’aborder pour la première fois un quartier inconnu d’une façon insolite.

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Exposition « LES EXTATIQUES », jusqu’au 21 octobre à Paris la Défense.

La Vraie Vie, roman phénomène de la rentrée

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Son père est chasseur, violent, imprévisible. Sa mère, une « amibe » craintive et inexistante. Son petit frère Gilles, suite à un terrible accident, est devenu triste, mutique et cruel. Elle, 10 ans au début de l’ouvrage, voudrait remonter le temps pour retrouver le petit garçon complice d’avant, mais comme dans la vie ça ne se passe pas toujours comme dans un film, pour cela il faudra qu’elle devienne Marie Curie.

Dès les premières lignes, l’univers est planté. Et il faut avancer un peu plus loin dans la lecture pour déterminer si ce que l’on lit est drôle ou tragique, en tout cas complètement à part. Cette fillette que nous allons suivre tout au long de son adolescence, narratrice sans prénom mais qui aime donner des surnoms aux autres, va rapidement découvrir que la vie ressemble à un combat, une agonie ; comment grandir sereinement lorsque l’on est cerné par le bois des Petits Pendus, un cimetière de voitures ou une salle d’animaux empaillés ? lorsque la hyène rode, à l’affut du corps qui change, se nourrissant de la peur et de la douleur ?
Mais elle, la guerrière, est d’une détermination sans bornes, et si elle est obligée de « se construire en silence, sur la pointe des pieds », convaincue que si elle est découverte, elle deviendra une proie, elle ne va jamais cesser de se battre pour sa liberté et celle de son frère.
Cette atmosphère de danger lié à l’adolescence et de mort omniprésente n’est pas sans rappeler les ouvrages de Laura Kasischke. Les émotions (violentes, toujours : colère, mépris…) y sont décrites comme des bêtes tapies dans le ventre ou dans la tête, et le récit de cette vie de famille qui vit (ou survit) au rythme de la violence du père noue les tripes jusqu’à la dernière page. Le talent particulier de l’auteure est de nous raconter la maltraitance de façon parfois si étrange et si loufoque, que le pire ressemble ici à un conte d’où les fées seraient totalement absentes.

 

LA VRAIE VIE, Adeline Dieudonné, L’Iconoclaste