Enfers & Fantômes d’Asie, exposition spectrale au Musée du Quai Branly

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A travers le théâtre, le cinéma, l’art contemporain ou le manga, cette exposition évoque les histoires de fantômes omniprésentes en Asie (Chine, Japon, Thaïlande) où parfois le culte des esprits est particulièrement fort.

On y croisera dans une inquiétante pénombre des femmes-chats, des vampires sauteurs (gloups), des yokai, des walking dead, des figurines, des estampes ou des reliques mortuaires… une pièce reprend même les codes de The Ring, le fameux film d’horreur avec son personnage flippant aux longs cheveux.
Bref, de quoi se donner pas mal de frissons.

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L’exposition est recommandée à partir de 12 ans, ce que je confirme à 200%, car si mon 13 ans était aux anges (« Oh regarde, trop cool, il s’est fait éventrer et y a plein de démons qui sont sortis ! »), j’ai passé pas mal de temps à cacher les yeux de mon 10 ans (surtout devant des extraits de films particulièrement gore), qui n’est pas forcément des plus impressionnables mais à qui je voulais éviter quelques cauchemars.
Ceci mis à part, l’expo est vraiment bien faite, complète et impressionnante et vaut le détour.

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ENFERS ET FANTÔMES D’ASIE, jusqu’au 15 Juillet au Musée du Quai Branly

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L’Echange, honnête page-turner

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Caroline et son mari Francis ont besoin de changer d’air pour donner un nouvel élan à leur couple ; ils profitent de l’opportunité dénichée sur un site d’annonces d’échanger leur logement avec celui de quelqu’un d’autre durant une semaine.
Mais une fois sur place, dans une maison si vide et si impersonnelle qu’elle ressemble à une maison-témoin, Caroline commence à ressentir un certain malaise : des détails apparaissent ou disparaissent comme autant de messages déposés ça et là, ravivant d’anciens souvenirs douloureux…

On dirait un jeu du chat et de la souris : une personne qui semble particulièrement bien connaître Caroline s’amuse à disséminer des indices, et il se pourrait bien que cette même personne se trouve en ce moment même chez elle… Et cette voisine Amber très curieuse, qui lui ressemble bizarrement et semble vouloir à tout prix devenir sa copine, que sait-elle ?
Au fil de chapitres donnant la parole tantôt à Caroline, tantôt à son mari, tantôt à la personne occupant leur appartement en leur absence, basculant entre 2013 et 2015, on en sait plus sur les évènements qui ont marqué leur vie de couple : la toxicomanie de Francis, la solitude de son épouse, et puis ce collègue si gentil… Mais au-delà de ce qui pourrait ressembler à une vieille histoire d’adultère, voire un réglement de comptes, il y a plus insidieux et menaçant, une ancienne culpabilité qui remonte à la surface pour tout engloutir.
En dépit de pas mal d’invraisemblances (quitte à chercher un endroit pour reconstruire leur couple, pourquoi avoir choisi cette maison de banlieue londonienne qui selon les descriptions n’a rien pour faire rêver ?), « L’Echange » recèle quelques coups de théâtre bien égrènés qui tombent au parfait moment pour relancer l’envie de tourner les pages là où l’on commençait à s’ennuyer. Sans être absolument percutant, c’est un très honnête page-turner, à vous couper l’envie d’aller traîner sur Airbnb.

C’est ainsi que l’on avance : on se transmet notre douleur les uns aux autres, l’épanchant, la diluant au passage. Dans l’espoir qu’elle se dissipe et disparaisse.

 

L’ECHANGE, Rebecca Fleet, La Bête Noire

Fille du Silence, un combat pour la justice

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Rina est fille et soeur de mafieux. A San Vito, petit village sicilien, Cosa Nostra est partout, dans le sous-entendu, dans les services rendus, dans les disparitions, dans la situation privilégiée dont bénéficie la famille de Rina et le respect dû à son père, le Dottore, celui devant lequel les villageois baissent les yeux. En grandissant, Rina (la Ciccia) commence à prendre conscience de la violence qui plane dans l’air, celle dont on ne parle pas.
Mais c’est surtout à l’âge de 11 ans que son univers bascule lorsque son père est assassiné dans son champ. Tandis que son frère Nino mène sa vendetta personnelle en cherchant l’assassin de son père tout en travaillant pour le parrain local, Rina commence à consigner dans son son journal intime les lourdes confidences de Nino avec tout ce qu’elles impliquent.
Lorsqu’il est à son tour assassiné, elle décide de briser la loi du silence.

L’odeur de la mafia, je ne vous en ai pas encore parlé. Sachez juste qu’elle est en suspens partout où vous mettez les pieds ici. Elle précède tout. Même son silence.

C’est une véritable tragédie inspirée de faits réels que nous raconte ici Carole Declercq, qui est tellement bien parvenue à entrer dans l’esprit de cette jeune sicilienne que son histoire vous prend aux tripes jusqu’à la fin. La maturité de Rina est frappante, l’instinct de sa mort à venir (comme celle de son frère était prévisible), la conscience que son geste sera considéré comme la pire des trahisons, ce qui ne ne l’empêchera pas de mener son combat pour la justice jusqu’au bout, mue par l’espoir que si l’on brise le silence, les morts cesseront et le monde changera enfin. Alors à Rome elle se cache auprès de sa belle-soeur, changeant de nom et d’adresse, collaborant avec la justice. Rejetée par son village natal, reniée par sa propre mère, elle trouve chez le juge anti-mafieux Borsellino une figure paternelle à laquelle se raccrocher – sauf que sa chute à lui entraînera la sienne.

Avec les mots si vivants prêtés à Rina, l’auteure nous fait ressentir toute la faculté d’indignation et le courage, en dépit de toutes les intimidations, d’une jeune fille en colère, car la mort, pour les siciliens, est quelque chose à laquelle ils font face sans trembler. Ne passez pas à côté de ce récit fort qui redonne vie à celle qui a été capable à elle seule de briser l’omerta et de faire trembler la « pieuvre ».

Me voilà à dire, comme par le passé, que la vie a ceci d’intéressant qu’il y a toujours quelque chose de neuf à découvrir et que ça vaut le coup d’avancer quand même.

 

FILLE DU SILENCE, Carole Declercq, Terra Nova

 

~ A noter qu’une interview de l’auteure est à découvrir chez Books, Moods and More

A l’Ombre du Grand Marronnier, mon petit deuxième

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Ça ne sert à rien de laisser dormir éternellement un texte sur un coin de ton bureau, n’est-ce pas ? Surtout quand le suivant tape déjà à la porte avec ses petits poings parce qu’il veut à tout prix sortir (et je peux te dire que ce petit 3ème ne sera pas un rigolo) !
Je te présente donc Numéro 2 ! Allez, avec moi : « Bienvenue numéro 2 ! »

giphy (6)(Moins fort dans le fond, on s’entend plus)

« A l’Ombre du Grand Marronnier » est donc désormais disponible (en numérique sur KDP et en broché) ; il est loin d’être parfait, il mérite d’après de précieux premiers retours (merci à toi qui te reconnaîtras 🙂 ) une légère reconstruction (qui c’est qui va pas s’ennuyer cet été ?), il est très différent du précédent (Ma « Fleur de Clémentine » que j’aime tendrement, je l’avoue) et j’espère sincèrement que ceux qui se laisseront tenter y retrouveront le plaisir que j’ai eu à l’écrire. En tout cas une (seule) chose est sûre en ce qui me concerne : les vannes sont ouvertes et pas prêtes de se refermer, j’ai une vraie bibliothèque dans la tête avec des débuts d’histoires très différentes dans tous les coins et il va bien falloir y mettre de l’ordre.

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Au fait, de quoi ça parle (accessoirement) ? Le point de départ : tomber sur une très vieille carte postale recouverte d’une minuscule écriture délicate, rédigée vraisemblablement par un nouvel arrivant dans un village de l’ouest de la France vers 1943, dégommant à loisir ses nouveaux voisins avec un humour tranchant qui a fait tilt ! Surtout qu’en creusant un peu, j’ai eu une grande surprise en découvrant l’identité de l’auteur de la carte… J’ai ensuite imaginé en me basant sur des souvenirs authentiques qui pouvaient être ces villageois dont il semblait avoir une bien piètre opinion : Marthe, Eugène, Ferdinand, Frédérique, Séraphine (eh oui ça fleure bon les années 40)… et si l’auteur de la carte était amené à changer d’avis au gré des évènements ? Et si lui non plus n’était pas ce qu’il semble être ?

Tintiiin…

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Allez, je te confie mon bébé, prends en soin, dis-moi à l’occasion ce que tu en penses, parce qu’un texte sans lecteur ni retours, eh bien c’est juste…

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Si ça te dit ça se passe ici et en plus à chaque exemplaire acheté c’est une licorne sauvée :

Au-delà des Limites, l’expérience inratable à la Villette !

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Teamlab est un collectif japonais réunissant artistes, programmateurs, ingénieurs, animateurs 3D, mathématiciens et architectes. Les voici installés à la Villette pour offrir une expérience visuelle incroyable : l’endroit est découpé en plusieurs salles thématiques, où l’on est comme immergé dans de véritables tableaux qui semblent interagir avec les visiteurs. Cascades de fleurs, envols de papillons et d’oiseaux, pluie de pétales de cerisiers qui s’ouvrent…

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Les saisons défilent en fresques numériques fascinantes. J’aurai rêvé pouvoir rester assise des heures à me laisser recouvrir de tâches de couleurs !

 

AU-DELÀ DES LIMITES,  jusqu’au 9 Septembre à la Villette ❀❀❀❀

Juliette de Saint-Tropez, une femme hors norme

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Lucas, le narrateur-auteur, a entrepris de recueillir les souvenirs de sa grand-mère Juliette, dont la vie fut hors norme. Complété par les points de vue et souvenirs des proches, il dessine le portrait d’une femme à la personnalité écrasante et séduisante, haïe et adorée. Juliette voulut inventer sa vie : née Nicole Lamour (nom prédestiné), délaissée par sa mère qui ne se remit jamais de la mort du père, elle découvrit en grandissant le pouvoir de sa beauté sur les hommes et son besoin éperdu d’indépendance. Après l’échec de ses deux mariages (le premier avec Georges, mari absent, alcoolique et menteur, le second avec Jacques, pas vraiment un bon numéro non plus), divorcée avec cinq enfants et femme de pouvoir, Nicole choisit de tout plaquer pour devenir Juliette, blonde et tropézienne. Mais la liberté coûte cher, outre le prix de la solitude et le chaos qu’elle causa parmi ses propres enfants.

On glorifie les révolutions politiques, pas les révolutions intérieures. Ce sont pourtant les plus rudes à mener. Qu’est-ce qui fait que ce matin-là nous avons le courage de changer de vie, de rompre ?
Je crois que c’est une pulsion, une pulsion ancestrale et qu’elle n’intervient que lorsqu’on se trouve en danger de mort. Pas forcément en danger de mort physique immédiate, non une mort psychologique, une incapacité à agir, bouger, évoluer.

Ce n’est qu’aux trois quarts de ma lecture que j’ai compris pourquoi j’étais tellement attisée par cet incroyable personnage de femme : j’ai eu, moi aussi, une grand-mère hors normes, qui ne s’est jamais mariée, a grimpé les échelons en dépit des préjugés, n’en a rien eu à faire des on-dit jusqu’à la fin de sa vie… et n’a pas ménagé sa progéniture qui était loin d’être sa priorité ! J’ai reconnu également cette volonté d’effacer intentionnellement les hommes, leur existence et parfois jusqu’à leur nom – Lucas n’a jamais connu le nom de son père et cherche au moins à retrouver la trace de son grand-père.
Femme libre au tempérament de feu, Juliette a collectionné les hommes, les chiens et les voitures en laissant le soin à la génération suivante de réparer les pots cassés, mystérieuse jusqu’à la fin. Etait-elle folle, excessive, égoïste, nymphomane ? peu importe finalement à Valentin Spitz qui lui fait ici le magnifique cadeau du roman de sa vie et démontre avec talent à quel point souvent, famille, joies et souffrances sont intrinsèquement mêlés… un grand Bravo à lui !

C’était agaçant tout de même la propension de la vie à être toujours plus inventive, toujours plus forte, que mon roman.

 

JULIETTE DE SAINT-TROPEZ, Valentin Spitz, Editions Stock

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Quel mois agité que celui qui vient de s’écouler, un mois orageux à tous points de vue c’est le moins que l’on puisse dire. Heureusement qu’il y avait aussi de quoi m’s’apaiser : les sorties le nez dans les fleurs ou dans les nuages, à deux ou entre amis, quelques moments culturels forts comme la Nuit des musées ou un concert étonnant de Julien Doré (je n’écoute à nouveau que lui ces temps-ci, le bien que ça me fait…), je te parle également très vite de l’expérience TeamLab à la Villette sur laquelle j’ai bugué (ce qui est plutôt bon signe), quelques rencontres littéraires : avec Serge Marquis (enrichissant), Bernard Werber (passionnant) ou Stéphanie Pélerin (adorable), quelques rendez-vous manqués avec des romans aussi (Karine Giebel, mais je ne m’avoue pas vaincue). Juin commence et en général il passe comme une fusée tellement il est chargé en rendez-vous. Que du bon a priori, alors let’s go !

A nous deux, JUIN !