Une Vie comme les Autres, complexe et sombre

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New York. Willem rêve d’être acteur, JB artiste peintre, Malcom architecte, quant à Jude, eh bien il sera avocat. Nous allons suivre l’histoire d’amitié de ces quatre jeunes gens sur plusieurs décennies, depuis leur rencontre à la fac jusqu’à leurs premiers succès et premières déceptions jalonnant leurs carrières, les fluctuations de leur amitié forcément mise à l’épreuve, tantôt fragilisée tantôt renforcée, changée ou rompue. Mais c’est autour de Jude que l’histoire va se resserrer, Jude fragile physiquement et psychologiquement, Jude si singulier et mystérieux, Jude qui aurait tant besoin d’aide mais refuse tout ce que peuvent lui apporter ses amis…

J’ai eu très peur en découvrant ces plus de 800 pages de minuscules caractères, j’ai peiné à démarrer l’ouvrage et puis je me suis laissée emporter. L’écriture est sans doute aucun magistrale, elle nous embarque dans un New York fièvreux, dans un univers masculin, mais alors que je m’attendais à une chronique bien ancrée dans son époque et dans sa ville, très vite tout ne tourne plus qu’autour du personnage de Jude, qui s’efforce d’avancer dans la vie sans faire trop de remous, en raison d’un lourd passé qu’il cache à tous et qui va nous être d’abord divulgué par bribes, puis dans toute sa tragique ampleur, reléguant les autres garçons au second plan, voire au troisième.

Car voilà le vrai thème du roman : Jude a subi dès sa tendre enfance une série de sévices graves et insoutenables à lire, dont l’âge adulte ne l’a pas forcément sauvé. Cumulant les mauvaises rencontres, c’est devenu un garçon souffreteux, rongé par la culpabilité et dévoré par ses souvenirs. Ce pourrait être une histoire de résilience, sauf que Jude s’acharne à repousser l’aide de ses proches, y compris de Willem, son colocataire devenu son meilleur ami et le plus à même d’approcher sa souffrance avec délicatesse, à l’instar d’un dompteur devant un lion. Au fil des pages, Jude rejette toutes les opportunités de bonheur, l’aide d’amis et de médecins loyaux, la possibilité d’une histoire d’amour, de se reconstruire une famille. Le récit est déchirant et à cet égard dix fois trop long, car très vite il est évident que la fin ne sera pas lumineuse, et à un moment de l’histoire lorsque le sort s’acharne de trop on finit par se dire que « trop, c’est trop » ; bémol de taille à un roman brillant, dense, complexe et très noir.

Mais qu’était le bonheur, sinon une lubie, un état impossible à préserver, en partie parce qu’on se l’expliquait si mal ?

L’amitié comprenait d’être témoin du lent écoulement des malheurs d’un autre, ainsi que de longues périodes d’ennui, et d’occasionnels triomphes. Elle consistait à se sentir honoré d’être présent pour quelqu’un dans ses moments les plus sombres, et de savoir que l’on pouvait en retour se sentir déprimé en compagnie de cette même personne.

 

UNE VIE COMME LES AUTRES, Hanya Yanagihara, Buchet-Chastel, à paraître le 4 janvier.

 

✩ Un grand Merci à Babelio et aux Editions Buchet-Chastel ✩

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Kedi, des chats & des hommes

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Istanbul. Des milliers de chats vagabondent dans les rues, sans maîtres, mi-sauvages mi-domestiqués, apportant joie et parfois raison d’être aux habitants. Kedi s’attache aux pattes de sept d’entre eux.

Voilà un documentaire reposant et atypique, portrait en creux d’une ville et de ses habitants, quartier par quartier, métier par métier, décrypté du point de vue de… félins. Filmé de façon très gracieuse au plus près des chats (à coups de travellings audacieux au ras du sol), le film démontre  s’il en était besoin que chaque matou a son caractère unique, fort et indépendant, choisissant leur maître et pas le contraire, un foyer et pas un autre, se faisant parfois chasser pour mieux revenir. A moitié libres, il est très touchant d’observer ce que chats et hommes s’apportent mutuellement, dans un rapport de complète réciprocité, qu’ils soient traités comme des enfants ou avec respect distant. Même si l’urbanisation galopante entraînant la disparition des espaces propices à procurer des abris aux chats errants provoque une inquiétude légitime quand à leur sort, nos sept amis à quatre pattes (Sari, Duman, Bengü, Psikopat…) font tout de même partie des privilégiés, ne donnant à voir qu’une partie idéale de la ville. On imagine que la prolifération des chats ne ravit pas tout le monde et il y a forcément un côté angélique et idéal dans le point de vue de la documentariste, mais une bonne bouffée d’amour, quitte à verser dans l’anthropomorphisme, ne fait pas de mal par les temps qui courent, ainsi qu’un rappel que notre relation à l’animal en dit long sur nous. Un beau résultat à ne pas manquer pour les amoureux des chats !

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KEDI, DES CHATS ET DES HOMMES, un documentaire de Ceyda Torun actuellement en salles

Le Colis, plongée glaçante dans le quartier rouge de Bombay

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Kamathipura, le quartier rouge de Bombay. Madhu est une hijra : née garçon puis amputée de ses attributs à l’âge de 12 ans, elle n’est ni homme, ni femme mais un troisième genre à la fois craint et vénéré. Si elle connut un temps la gloire en tant que prostituée, aujourd’hui elle est réduite à la mendicité. Lorsque Padma la tenancière lui impose de s’occuper d’un « colis », c’est l’occasion pour elle de se retourner sur son existence et son parcours…

Les colis, ce sont ces fillettes, le plus souvent vendues par leurs familles pour lesquelles elles n’existeront dorénavant plus, destinées à devenir des esclaves sexuelles et qu’il faut « dresser » pour les préparer à leur sort et les empêcher de s’échapper avant d’être « ouverts » par les clients. Un épouvantable trafic sexuel obéissant à une organisation stricte et une hiérarchie rigoureuses entre bordels et mères maquerelles, où les enfants sont traités tels de la marchandise.

On s’attend à ce que Madhu entame une relation particulière avec la petite fille dont elle est en charge, mais elle essaye simplement de bien faire son travail d’asservissement en tâchant de lui faire le moins de mal possible ; ce faisant, elle se remémore sa propre histoire, la façon dont sa famille l’a insidieusement repoussée, d’abord parce qu’il était flagrant depuis l’enfance qu’elle n’était pas née dans le bon corps, provoquant le rejet de ses parents jusqu’à la remplacer par son frère, puis sa rencontre avec son gourou Gurumai qui l’a « transformée ».
Si belle dans sa jeunesse, Madhu fascinait et effrayait, les hijras étant l’objet de toutes les superstitions, mais lorqu’elle finit par se rebeller contre sa condition elle se trouva dans l’impossibilité de payer sa dette à Gurumai et commença alors la chute inéluctable : une fois qu’on y est entré, il est impossible de se sauver de Kamathipura…

C’est un roman d’une grande force, saisissant et glaçant qui nous entrouvre les portes d’un monde terrifiant, secret et corrompu jusqu’à la moelle, voué à disparaître à cause de spéculations immobilières grandissantes (mais où iront alors les prostituées ?) où nul espoir ne semble briller nulle part ; jusqu’au bout on espère un sursaut d’humanité, un élan d’affection de Madhu pour la fillette prisonnière, mais son coeur semble tout entier devenu sec, même si les regrets semblent affleurer d’une vie normale ou de retrouvailles avec sa famille perdue. Lucide et résignée, elle trouvera pourtant dans la loyauté qui la liait à son gourou la force d’une dernière rebellion ; après la lecture une chose est sûre et certaine, on n’est pas prêt d’oublier Madhu.

Les choses simples étaient souvent les plus douloureuses, car les blessures pouvaient être subtiles, presque soyeuses.

 

LE COLIS, Anosh IRANI, Editions Philippe Rey, à paraître le 4 janvier

Coco et Santa & Cie, deux films de Noël à voir absolument

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♪ COCO ♪

Miguel appartient à une famille de cordonniers d’où la moindre petite note de musique est interdite depuis que l’arrière-arrière-arrière-grand-père a abandonné femme et enfant pour se consacrer à sa carrière ; pourtant il rêve de devenur guitariste comme son idole, Ernesto de la Cruz. Alors que se prépare el dia de los muertos, cette grande fête mexicaine consacrée à la mémoire des défunts, Miguel se retrouve projeté au pays des morts…

En dépit de son thème, ici on ne trouvera rien de morbide, ni de gris-Toussaint, mais au contraire de la joie, de la couleur, de la vie ! Car au Mexique, on célèbre ses morts dans le partage et la convivialité. Dans ce nouveau Disney-Pixar, on imagine qu’il existe réellement un passage entre le monde des vivants et celui des morts, mais attention seuls pourront le franchir les disparus qui n’ont pas été définitivement oubliés. On va de surprise en surprise en découvrant tout ce festif folklore qui insiste sur l’importance de la mémoire : les morts restent vivants tant qu’on pense encore à eux… Visuellement sublime, j’ai versé des litres de larmes sur ce film émouvant sur la force des liens familiaux qui plaira tant aux petits qu’aux grands.

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❄SANTA  & CIE ❄

Santa Claus est à quelques jours de la distribution des cadeaux de Noël, et son usine tourne à pleine régime lorsque, catastrophe, ses lutins tombent comme des mouches, frappés par un mal inconnu. Il ne reste plus à Santa qu’à descendre sur Terre avec ses rennes pour trouver une solution…

Pour son retour sur le grand écran en tant que réalisateur, Alain Chabat s’est vraiment fait plaisir en se donnant le rôle d’un Père Noël légèrement misanthrope à la tête d’un royaume de lutins (autant de trouvailles malicieuses dans la préparation des jouets) et contraint à s’allier avec des humains, adultes comme enfants (horreur !) dont il va devoir découvrir le mode d’emploi. Autant d’occasions de scènes hilarantes, et même si le réalisateur oublie un brin sa légendaire causticité afin sans doute de plaire à toutes générations, les clins d’oeils et les références drolatiques foisonnent – ne pas louper quelques apparitions de guest-stars, donc celles de Jean-Pierre Bacri qui vaut le détour… mais où sont Dominique Farrugia et Chantal Lauby ? #générationNuls). Bref, un film qui permet de passer un excellent moment en famille, tendre mais jamais mièvre.

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Les Coeurs Brisés ont la Main Verte, un roman feel good✽

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Pour les besoins des illustrations d’une encyclopédie botanique, Lilian, 34 ans et citadine pur jus, s’est engagée à suivre un cours de jardinage tous les samedis matins et en profite pour y embarquer ses filles Clare et Annabel, et sa soeur Rachel. L’occasion pour Lili de sortir de la coquille où elle se cache depuis son récent veuvage, et de faire de drôles de rencontres…

Quoi ? Mais non je n’ai pas repéré ce titre d’abord à cause de sa magnifique couverture ! mais aussi pour l’histoire de cette drôle d’équipe horticole : un banquier à la retraite, un surfeur SDF, une mère célibataire, une antiquaire, de jeunes enfants… sans oublier le très très beau Bob et Edward le séduisant jardinier en chef. Tous ont décidé pour des raisons différentes de participer à ce projet de jardin collaboratif, et on s’en doute, le but n’est pas seulement de planter de la lavande ou de regarder pousser des fraises. Si l’on va apprendre à connaître chacun des apprentis jardiniers, chacun trimbalant son lot de secrets et de surprises, on s’attache plus particulièrement aux pas de Liliane, qui rumine depuis des années sa culpabilité et ses remords suite à la disparition de son mari Dan, mort pratiquement sous ses yeux dans un stupide accident, mais s’efforce de sauver les apparences pour ses deux fillettes et entretient une relation particulière avec sa soeur, tout en s’imaginant – à tort, évidemment – être la seule à être en deuil. On sait déjà à quel point avoir les mains dans la terre peut être formidablement apaisant, on ignore encore que grâce aux vertus du terreau, Lili va s’accorder le droit d’aimer à nouveau.

J’ai passé un moment délicieux avec cette bande de jardiniers en herbe aux personnalités bien distinctes (même si j’ai trouvé que certains étaient un peu délaissés au profit d’autres), j’aurai adoré me joindre à eux moi aussi pour créer le jardin de mes rêves ! C’est un vrai roman feel good avec des tournures de phrases piquantes et vives qui m’ont provoqué quelques bons fous rires, aux courts chapitres entrecoupés de conseils très drôles pour faire pousser ses légumes (qui ont, attention, chacun leur petit caractère). On parle ici de deuil et de la difficulté à continuer à vivre après la perte, mais aussi d’entraide et de bienveillance ; bien sûr tout est métaphore jardinière, tout finira bien et le jardin va être luxuriant en un rien de temps, rassurons-nous, mais entre-temps on sera passé par une jolie palette d’émotions, et c’est déjà énorme.

Elle observe le monde, résignée, l’air de penser que nous sommes exactement comme sur la brochure : un peu décevants, mais il faut bien faire avec.

LES COEURS BRISES ONT LA MAIN VERTE, Abbi Waxman, Editions Belfond

L’élégance Irving Penn

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On connait surtout IRVING PENN pour ses photos de mode ou de stars, mais cette exposition qui se tient au Grand Palais jusqu’en janvier prochain démontre à quel point sa palette était bien plus large. Chaque photo en dépit de son apparente simplicité est en réalité travaillée tant au niveau du fond, de la posture, du cadre… et bien sûr de ce talent pour saisir une personnalité qui tente de se dérober, l’oeil aux aguets. Le résultat parait simple, épuré, alors que rien n’est laissé au hasard.

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Le parcours de l’exposition nous fait découvrir chronologiquement les travaux du photographe : premières natures mortes, séries pour le magazine Vogue, à Lima ou sur les petits métiers, portraits, nus… cigarettes, « frêles résidus d’un plaisir passager »… J’ai trouvé les portraits d’artistes forts et frappants.

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IRVING PENN au Grand Palais, Paris, jusqu’au 29 Janvier 2018.

 

 

Les jolies « Pop Carte » {Concours}

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Est-ce que ça ne fait pas plaisir de recevoir de jolies cartes dans sa boîte à lettres, surtout depuis que l’habitude se perd ? Dès que j’en reçois une, marrante, belle ou poétique, j’aime bien l’épingler sur ma porte d’entrée ou bien dans un porte-cartes dans ma cuisine, qui finit par constituer  un beau patchwork de couleurs et de vie qui évolue et me rappelle mes proches ou une jolie occasion. J’aime tellement ça que lorsqu’on a décidé de se marier, je me souviens avoir préparé une carte Save the Date, un faire-part, puis des cartes de remerciement avec grand plaisir.

Du coup lorsque Popcarte m’a proposé de tester ses services, je n’ai pas beaucoup hésité ! Rien que le slogan « Du Bonheur à la carte » est fait pour m’attirer. J’ai donc pu passer un certain temps (et un temps certain…) sur le site pour y trouver de quoi personnaliser nos voeux pour 2018. Et là, que de choix, c’est simple tu peux tout faire, tout changer, te laisser guider par un modèle préexistant ou l’inventer quasiment de A à Z, avec tes photos et tes mots à toi.

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J’ai testé quelques visuels qui m’ont tapé dans l’oeil, c’est très simple d’utilisation (comme je le disais, le plus difficile c’est de choisir !), le système et le suivi de commande sont très clairs et très rapides. A la réception, c’est toujours un bonheur de découvrir ce que tu n’as fait jusqu’à présent que visualiser sur un écran ! et je suis vraiment satisfaite du résultat et de la qualité.

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Et si tu testais à ton tour ? Popcarte me donne la possibilité de te faire gagner un crédit de 50 euros à utiliser sur tout le site, c’est pas le moment idéal, à quelques semaines des Fêtes ? Pour jouer tu me laisses simplement un commentaire ci-dessous, et je ferai un tirage au sort le lundi 11 Décembre.

❄ BONNE CHANCE ❄

 

EDIT  : le gagnant du bon d’achat est RIDOL, merci de me communiquer ton mail rapidement !