Le Nouveau, Othello selon Tracy Chevalier

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Washington, années 70. Osei arrive dans une nouvelle école : rien d’extraordinaire en soi, d’autant que l’une des fillettes les plus populaires, Dee, s’intéresse immédiatement à lui. Mais autour d’eux, la jalousie monte et les complots se fomentent…

Une cour de récréation c’est déjà un monde en soi, avec ses règles et sa hiérarchie, ajoutons-y un brin de Shakespeare et c’est la tragédie assurée. Ce nouvel ouvrage de Tracy Chevalier est très différent de ses précédents romans historiques (« La Jeune Fille à la Perle » bien sûr, mais aussi « Prodigieuses Créatures ou « La Dernière Fugitive »), répondant à la demande d’une maison d’édition proposant à des auteurs de réinventer des pièces de Shakespeare à l’occasion de l’anniversaire de sa mort. L’auteure a donc choisi Othello, en reprenant l’action et les personnages pour les transposer dans une école. A la manière d’une pièce de théâtre l’action est concentrée sur une journée, chaque acte correspondant à une récréation et au point de vue de l’un des personnages sur le racisme qui va s’abattre sur le nouveau, seul enfant noir dans une école blanche (à noter que la toute première remarque vient d’un adulte et pas d’un enfant). Sa différence et l’attrait qu’il exerce viennent bouleverser l’ordre établi et provoquer la rancoeur du tyran de la cour dont la suprématie est à présent menacée, et où une trousse à grosses fraises viendra remplacer un mouchoir.

Elle parvenait à équilibrer sa curiosité au sujet des choses qui le rendaient différent, avec une acceptation très flatteuse du garçon qu’il était, qui lui donnait envie de la prendre dans ses bras pour ressentir la chaleur de son corps et oublier le reste de l’école, le reste du monde.

Il faut garder le postulat de départ en tête, sinon on sera troublé par les mots de ces écoliers (Dee, Osei, Ian, Mimi, Bianca, Casper…) dont on se questionne sans cesse sur l’âge (11 ? 12 ans ?) et sur leur étrange maturité intellectuelle et sensuelle. Bien évidemment les enfants sont cruels entre eux, mais ici les sujets de discorde sont bien loin des chamailleries habituelles mais davantage irrigués par une violence latente. Ceci étant et même s’il ressemble surtout à un bel exercice de style et d’écriture, ce roman se lit d’une traite grâce à la plume si évocatrice de Tracy Chevalier.

LE NOUVEAU, Tracy Chevalier, Editions Phebus

Coup de ♥ : « S’Inventer une Ile »

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Les fantômes n’étaient pas plus faciles à vivre que les vivants, et Tom me renvoyait à ce que je pensais être, un père insuffisant.

Dani travaille sur un chantier en Chine lorsqu’il apprend la noyade accidentelle de son petit garçon de sept ans, Tom. Il rentre en France précipitamment pour rejoindre sa femme Nora et s’occuper avec elle des formalités, des funérailles, mais il semble garder ses distances : ni pleurs ni colère, comme un chagrin qui semble ne pas vouloir éclater. Tandis que Nora veut tout changer, tout effacer, lui, rongé par la culpabilité de ses absences et de son travail au bout du monde, n’arrive pas à dire adieu à son petit garçon. Jusqu’à ce que son fils lui apparaisse…

L’indicible arrive à un père et à une mère et chacun réagit de façon opposée sans plus jamais arriver à se rejoindre. Dani, réfugié dans le déni, se rend à Belle-Ile en compagnie du fantôme de Tom, comme si c’était normal. Mais qu’est-ce qui est normal à présent dans cette existence qu’il s’est construite et qui vient d’imploser, comme s’il était revenu au point de départ de sa vie, ou en tout cas de son existence de père ? Coupé du monde, comme si s’éloigner permettait d’échapper à la cruelle réalité, Dani va faire connaissance avec le petit garçon et aprendre à être le père qu’il lui faut, celui qui sait faire des crêpes, réparer un vélo ou choisir un shampoing qui ne pique pas les yeux. L’essentiel, en somme, comme si la vie lui offrait une chance de rattraper le temps perdu à ne pas voir grandir son petit garçon.
Cette partie du roman qui raconte la rencontre entre un père et son fils, prenant enfin le temps de partager, de s’apprivoiser et de passer du temps ensemble, est affolante de tendresse. J’avais déjà beaucoup apprécié la vision de l’enfance d’Alain Gillot dans « La Surface de réparation« , j’ai été vraiment très émue par la délicatesse de « S’inventer une île ».

Les vivants étaient comme ça, il fallait toujours qu’ils s’angoissent pour de mauvaises raisons.

S’INVENTER UNE ILE, Alain Gillot, Flammarion

Ma Desheng à Chamarande

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L’artiste chinois MA DESHENG a fait partie du groupe d’artistes avant-gardistes des « Etoiles » qui se battait à Pékin à la fin des années 70 pour la liberté d’expression avant, pour certains membres du groupe, de choisir l’exil. Résident en Suisse puis en France, en 1992 l’artiste perd la mobilité de son corps suite à un accident. C’est alors que ces pierres géantes, galets ou rochers, commencent à remplir ses oeuvres, prenant des formes humaines parfois inspirées de Matisse (période « Nu Bleu »).

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On peut voir dans ces silhouettes en conciliabule ce qu’on a envie d’y voir, des fantômes, une menace ou une présence, de la sensualité ou de la rugosité, en tout cas le cadre du château de Chamarande leur offre un superbe cadre, surtout lorsque la lumière pénètre par les grandes fenêtres… 

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MA DESHENG, Des Etoiles à nos Jours, Exposition au domaine Départemental de Chamarande (Essonne) jusqu’au 17 mars 2019.

Green Book, la route de la tolérance

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1962. Tony Lip joue les gros bras dans une boîte de jazz dans le Bronx. Italo-Américain, il coche toutes les cases : grande gueule, gros cogneur, grand bouffeur, gros buveur, grand raciste. Il est engagé pour conduire le Dr Don Shirley, un pianiste noir de renommée mondiale lors d’une tournée de concerts jusque dans le Sud des Etats-Unis. Le conduire et surtout, le protéger…. 

Le Green Book du titre est un guide qui a existé jusqu’en 1966 et qui détaillait les établissements acceptant d’accueillir et de servir les personnes de couleur : le décor est posé. Nous voici embarqués dans un road movie qui dresse le catalogue de tous les préjugés de l’époque, mais ce qui est le plus frappant ici, c’est que contrairement à ce qu’on attend les deux héros ne vont pas foncer tête baissée entre les griffes de ploucs du Klu Klux Klan. C’est beaucoup plus insidieux, puisque le pire viendra de personnes éduquées se prétendant cultivées et ouvertes d’esprit au point d’ouvrir leur salon à un concertiste de talent, mais pas au point de l’inviter à leur table.

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Mais les véritables patrons du film ce sont ces deux acteurs extraordinaires, Viggo Mortensen (presque méconnaissable) et Mahershala Ali (quelle découverte !), qui forment un duo inoubliable : leurs échanges et les piques qu’ils se balancent à longueur de film sont tellement drôles et parfois inattendus, là se trouve le vrai sel du film. Au final, comme le périple qu’a voulu faire absolument le Dr Shirley au mépris de sa sécurité, et même si elle n’évite pas quelques grosses ficelles inévitables pour un film américain de ce type, c’est une belle route vers la dignité effectuée par deux hommes engoncés dans leurs idées reçues respectives, vers l’ouverture et la tolérance, et c’est vraiment un beau voyage.

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GREEN BOOK, un film de Peter Farrelly avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali… actuellement en salles

Lectures de Février

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Jusqu’au pas de la porte, elle me disait : « Ne t’inquiète pas. Tout va bien se passer. » Je partais en direction de l’école, sans trop savoir si tout allait vraiment bien se passer, et en me demandant surtout pourquoi il fallait toujours, dans la vie, s’éloigner des douceurs familières pour prendre le risque du monde extérieur.

Deux amis traversent ensemble toutes les étapes de la vie, de l’enfance à l’âge adulte, en passant tous ces rites de passage qui jalonnent une existence et forgent une personnalité.
Que deviennent les petits garçons, une fois qu’ils sont pris au piège du monde, du travail, des amours, de l’ambition ? Il est touchant de constater que malgré leurs caractères si différents et l’écart grandissant de leurs trajectoires l’amitié des deux personnages de l’histoire demeure : tandis que Grégoire est brillantissime et a une voie toute tracée, promis à un destin national, le narrateur tatonne, tente une direction puis une autre, se laisse conduire sans vocation particulière puis finit par se confronter au métier de journaliste et à ses nombreuses déconvenues.
C’est un roman d’une grande douceur à haute teneur mélancolique (à l’image de sa couverture) : comment devient-on adulte, comment notre part d’enfance résiste-elle aux évènements et aux épreuves de la vie ? Le narrateur est touchant dans sa maladresse et sa difficulté à s’adapter au monde réel, et sans doute se reconnaîtra-t-on dans l’une ou l’autre de ces destinées : se confronter au monde dans toute sa violence ou rester encore un petit peu dans sa bulle d’enfance ?

LES PETITS GARCONS, Théodore Bourdeau, Arpège

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Très jeune, Martha Gellhorn ne craint pas de partir au-devant de la guerre, désireuse de devenir reporter à une époque où les femmes étaient rares sur le front. C’est sur le terrain de la guerre d’Espagne que sa route croise celle d’Ernest Hemingway, précédé par une solide réputation et marié déjà deux fois. Peu encline à abandonner sa liberté, leur relation fut d’abord de pure amitié, mais affrontant ensemble des situations mettant en péril leur vie, elle évolue rapidement vers la passion.
Une liaison vécue pleinement dans un premier temps dans le vert paradis que Martha leur a installé à Cuba, mais les choses se détériorent lorsque les carrières des deux écrivains entrent en compétition : Ernest produit des chefs d’oeuvre, tandis que lorsque Martha publie on la ramène sans cesse à son statut de « compagne de » ; sans compter que la deuxième Madame Hemingway ne compte pas accepter le divorce facilement. Pour Gellhorn une seule issue : elle finira par partir pour reconquérir sa liberté et son indépendance, pour accomplir son ambition d’aventurière et sa vocation de reporter de guerre pour, au final, se faire son propre nom.
Paula McLain s’attaque à un nouveau portrait de femme libre et passionnée, racontant sa relation avec l’écrivain mythique du point de vue de Martha, imaginant leurs conversations, leur intimité, leurs conflits avec une grande aisance, abordant également la difficulté d’écrire avec objectivité sur la guerre. Une histoire d’amour et d’aventure qui se dévore et donne envie de se replonger dans les ouvrages de Martha. 

Le pire – je le savais déjà – serait d’avoir trop peur pour essayer.

LA TROISIEME HEMINGWAY, Paula MCLain, Presses de la Cité Babelio

Une nouvelle aventure (1)

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Bien, il est temps que je commence à te raconter quelque chose… ça se passe dans à peine deux mois et la plupart du temps je suis comme ça :

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… et le jour d’après c’est plutôt ça : 

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Si tu me suis depuis longtemps, tu te souviens peut-être que mon tout premier roman auto-édité (avant « A l’ombre du Grand Marronnier ») s’appelait « La Fleur de Clémentine », publié chez Librinova. Eh bien mes personnages prennent bientôt leur envol, sous un nouveau titre et dans une belle maison où, j’en suis certaine, ils vont se sentir très, très bien.

Tu seras là ? parce que, clairement, je vais avoir besoin de toi :

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A SUIVRE…

Camden Town, mon coup de ♥ à Londres

Je m’aperçois que j’ai oublié de te parler du gros coup de coeur de notre bref séjour londonien de novembre dernier (oui, trois mois après, il n’est jamais trop tard) : il s’agit de CAMDEN TOWN, qui se situe au nord de la ville et qui est célèbre à la fois pour son marché aux puces et pour être le temple de la culture alternative. Dès la sortie du métro tu tombes sur ces façades de folie et un quartier hyper vivant… et touristique bien sûr (venir très tôt !)

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Croiser Amy Winehouse au détour des ruelles d’un marché labyrinthique…

Moi qui aime tant le street art, autant te dire que j’ai apprécié !

Boutiques, pubs, musique, fringues, disques, tatouages… et lorsqu’on n’en peut plus de la foule, on peut se sauver pour se promener le long du canal.