Les Bienveillants

20170915_181323

Besoin d’une grande bouffée de bienveillance et d’humanité ces temps-ci, pas toi ? Alors, même si l’installation est terminée depuis longtemps, je tenais à te montrer le travail d’Annie Samuelson, qui l’espace d’une visite m’a fait l’effet d’une bulle d’apaisement dans ce monde de taré fou.

20170915_181104

L’exposition se tenait au sein du Couvent des Billettes, rue des Archives à Paris, un quartier qui grouille de vie, de bruit et de monde, mais une fois franchis des rideaux incitant au silence (« chut« ), tu découvrais un véritable espace de recueillement.

20170915_181121 20170915_18105020170915_18112920170915_18125120170915_181305

Les Bienveillants veillent sur les âmes au bois dormant…

20170915_18132920170915_18134720170915_181401 20170915_181438

 J’aurais bien voulu m’asseoir dans un petit coin et rester à veiller un moment, moi aussi… Si tu as envie d’en savoir plus sur le travail d’Annie Samuelson, un très bel article ICI.

20170915_181543

 

Publicités

{Coup de ♥} L’Embaumeur d’Isabelle Duquesnoy

IMG_20171001_121806_951

Voici que sous nos yeux de lecteur estomaqué commence la sombre confession de Victor Renard, comparaissant devant un tribunal pour un crime qui le conduira de façon évidente à l’échafaud ; mais auparavant il entend bien nous faire profiter, au fil d’une déposition qui durera plusieurs jours, des moindres détails de son existence… et de son métier bien particulier.

Victor Renard a été mal aimé durant toute son enfance, tordu du fait d’un torticolis congénital et considéré comme l’assassin de son frère jumeau, il n’a guère inspiré la compassion à son père (joueur de serpent dans les messes) mort littéralement coupé en deux par le soc d’une charrue, et surtout pas à sa mère, la malfaisante Pâqueline qui se complait à jeter des fèves par dessus son épaule chaque fois qu’il ouvre la bouche. Le portrait est cruel et explique d’emblée que notre héros soit en manque éperdu d’affection ; sa rencontre avec monsieur Joulia l’embaumeur, dont il va devenir le zélé apprenti, va changer sa vie en lui permettant d’échapper à son triste sort, et peut-être même d’arriver à conquérir l’amour de sa vie, la capricieuse Angélique.

Et voilà qu’on en apprend avec moultes précisions sur la bonne conservation des coeurs (70 jours de séchage) et sur le profit que l’on peut tirer d’un corps après la mort ; car oui, même si Joulia et son apprenti travaillent dans le plus grand souci du chagrin des familles, il n’en reste pas moins que l’époque post-révolutionnaire est difficile et propice aux trafics et combines en tout genre, jusqu’au commerce de « jus » et de « mumies », et là je préfère te laisser découvrir de quoi il s’agit, sache seulement qu’il se pourrait bien que dans nos musées se trouvent des tableaux particulièrement… sanguinolents !

En plus de ce contexte qui fait déjà de l’Embaumeur un roman qui ne ressemble à aucun autre, il faut ajouter une écriture drôle, érudite, truculente et très organique… Isabelle Duquesnoy a un goût prononcé pour la transgression et ça se sent ! On devine le travail de fou (10 ans !) derrière le livre, qui nous permettra d’acquérir un vocabulaire inédit (et fleuri) et une connaissance de pratiques inédites (oserai-je te parler de l’objet qui a failli donner son titre au roman et sert de fil conducteur ?). Lorsque l’on referme le livre avec regrets, on a le sentiment d’avoir fait une lecture hors normes, un voyage en des temps troublés reconstitués avec minutie, et avec une seule envie : que Victor Renard poursuive son odieuse confession.

L’EMBAUMEUR, Isabelle Duquesnoy, Editions de la Martinière 

IMG_20171001_121806_956 IMG_20171001_121806_954

J’ai eu le plaisir de rencontrer l’auteure, et je pense que ces photos parleront d’elles-mêmes de ce très beau moment 🙂

La Chapelle Saint-Blaise des Simples décorée par Cocteau

20170924_142527

La chapelle Saint-Blaise des Simples de Milly-la-Forêt date du XIIe siècle et dépendait alors d’une maladrerie, un ensemble de bâtiments édifiés pour soigner les lépreux. Aujourd’hui entourée d’un jardin botanique regroupant des plantes médicinales (les « simples »), lors de sa réhabilitation ses murs furent « offerts » à Jean Cocteau qui vécut à Milly de 1947 jusqu’à sa mort, et les décora avec des images de simples. L’auteur de la Machine Infernale ou du Testament d’Orphée  y repose désormais depuis 1964.

IMG_8339IMG_8359IMG_8357IMG_8355IMG_8350IMG_8345IMG_8352 IMG_8354IMG_834920170924_145523

La chapelle est toute petite mais très paisible, et les murs couverts de dessins délicats. Si émouvante cette inscription, « Je reste avec vous ». Un texte explicatif enregistré est dit par Jean Marais lui-même, et si tu en as le temps il est aussi possible de visiter également la maison de Jean Cocteau – pour nous ce sera pour une autre occasion.

20170924_14571520170924_14534720170924_145622

 

Chapelle Saint-Blaise des Simples, Milly-la-Forêt (Essonne) 

{Coup de ♥} Bakhita

IMG_20170913_163439_181

Esclave, domestique devenue religieuse, puis sainte… je ne connaissais pas du tout l’histoire de Bakhita, et je suis ressortie de cette découverte absolument bouleversée. Véronique Olmi nous donne avec grand talent l’impression d’être au plus près de la jeune femme et de la suivre depuis son enfance dévastée. Elle fut enlevée à 7 ans de son village d’Olgossa (Darfour) pour être vendue comme esclave (abda : le pire du malheur), comme l’avait déjà été sa soeur puisqu’il existait alors un véritable trafic humain, un système obéissant à une obscure hiérarchie avec compassion interdite ; cette première partie du livre donne lieu à des scènes d’une cruauté insupportable, quand bien même l’auteure ne fait qu’en suggérer quelques unes, comme pour ne pas rajouter à un malheur incommensurable.

Pourtant, traitées comme des bêtes, maltraitées par des bêtes, enfermées, piétinées, arrachées, leur personnalité, leurs rêves, et même une partie de leur innocence, ce qu’elles sont, demeure.

On lui a arraché son corps, sa famille, sa langue maternelle et jusqu’à son nom, et pourtant Bakhita, la Moretta devenue Giuseppina, fait preuve d’une force et d’un courage inouïs, une envie de vivre inextinguible en dépit de la peur et de la fascination qu’elle inspirera toute sa vie, du Soudan à l’Italie, portée par le souvenir de l’amour d’une mère et de ses soeurs. Elle pleure en silence, ne prend que peu de décisions mais chacune d’elle changera sa vie (partir, rester), fera toujours preuve d’une bonté sans fin et même d’humour, d’un souci de l’autre constant en dépit de tout ce qu’elle a traversé ; seuls les enfants, avec qui elle aura toujours un rapport particulier et touchant, sauront la comprendre.
Même lorsqu’un consul l’emmènera en Italie, même lorsqu’elle sera affranchie suite à un procès pour pouvoir devenir religieuse, j’ai trouvé que la cruauté n’en finissait pas même une fois libre : on lui forcera quelque peu la main pour raconter son histoire, puis devant le succès du livre qui en est tiré on l’exhibera telle un phénomène  pour récolter des fonds. Jamais finalement, jusqu’à sa mort, Bakhita ne goûtera la liberté qui lui était dûe.

Le 16e Prix du Roman Fnac vient d’être attribué à Véronique Olmi, et comme c’est mérité, l’occasion de découvrir cette histoire marquante qui reste longtemps en tête après avoir refermé le livre. A lire absolument !

Un jour elle ferme les yeux et elle voit son coeur. C’est un oiseau aux ailes repliées et qui dort doucement. Cette image lui fait du bien, elle est jolie comme un cadeau, mais surtout, elle signifie qu’elle n’est pas morte. Elle dort, simplement. Elle dort. Un jour, elle se réveillera.

 

BAKHITA, Véronique Olmi, Albin Michel 

Mon Gamin, premier roman singulier

IMG_20170919_144901_577

Thierry, enfin Marc, chanteur à succès qui vient d’arrêter sa carrière, revient dans le village de son enfance à l’occasion des funérailles d’Émelyne, son ex belle-mère ; l’occasion propice à la remontée des souvenirs, de cet été 1977 en particulier où la vie de Thierry, encore adolescent, allait radicalement changer. Mais que s’est-il donc passé le 17 août 1977 (outre la disparition d’Elvis Presley) ?

Ce fameux village a ceci de particulier qu’il abrite un hôpital psychiatrique naguère dirigé par le père de Thierry, et qu’on y croise donc régulièrement ses patients. L’un d’eux, Francis, qui se qualifie lui-même de « débile léger » et a été abandonné de la plus odieuse des manières par ses parents, forme un véritable binôme avec Thierry qu’il a vu naître et qu’il aime à appeler « mon gamin ». Ensemble, ils vont se promener au bord de l’étang, ils écoutent des disques, ils vont à la « banque », Francis l’encourage même à participer à un concours radiophonique ; mais Thierry du haut de ses 14 ans commence à ne plus vouloir être qu’un gamin, tout entier guidé par ses premiers émois, et puis il y a Émelyne, trop jeune, trop jolie, Mains-De-Marteaux qui semble savoir beaucoup de choses, et il y a aussi Richard, cet infirmier tatoué fan d’Elvis Presley… Comme un jeu de dominos, un évènement va en provoquer un autre, et l’on va progressivement comprendre comment Thierry Poivet est devenu Marc Adler.

Les chansons tristes font parfois de bons slows.

Il y a de l’humour et de la cruauté aussi dans cette histoire surprenante (comprenant même des chapitres étonnamment décalés, comme celui qui donne la « parole » à Richard tout de suite après le décès du King…) et vraiment réussie dont le vrai héros est sans doute Francis, si attachant et si protecteur, si fragile et si dépassé (Thierry est, avouons-le, immédiatement antipathique). Ce point de vue sur les patients donne toute sa singularité à « Mon Gamin », qu’on imagine très bien faire l’objet d’une adaptation cinématographique…

 

MON GAMIN, Pascal VOISINE, Calmann-Lévy

 

Un grand Merci aux Editions Calmann-Lévy 

Les Tours de Notre-Dame

20170917_165236

Ce week-end il n’y avait pas seulement le Forum Fnac Livres, il y avait aussi les journées du Patrimoine, la journée préférée de mon petit mari qui adore traîner sa tribu dans des hôtels particuliers pour y admirer des collections de soupières dorées – j’aime bien aussi, mais imagine la tête des kids (« oh regarde, un pot de chambre »).

giphy (1)

Du coup j’étais un peu plus enthousiaste lorsqu’il nous a proposé de visiter les Tours de la Cathédrale Notre-Dame. « Là où il y a toujours 3 heures de queue ? Quelle bonne idée !! » Sauf que depuis peu, tu peux choisir ton horaire de visite via l’application (gratuite) JeFile (tu peux aussi le faire sur les bornes devant l’entrée), et là franchement je dis bravo ! tu te présente à l’heure indiquée, on te scanne ton portable, et en avant. Enfin, quand je dis en avant…

giphy (6)

Au début t’es comme ça, hop hop hop c’est pas 400 marches qui vont m’arrêter, j’habite au 4e sans ascenseur moi monsieur !

giphy (9)

Au bout de 80 marches tu te demandes où sont rangés les papiers du divorce, mais comme tu doubles une petite jeunette en hyperventilation qui râle « j’suis au bout de ma vie… », ça te motive et tu continues (en même temps on ne peut pas faire demi-tour…).

giphy (11)

Et tu finis comme ça (c’était ça ou le divorce). Pensée aux gardiens qui doivent être des pros de la réanimation.

20170917_165634

Plus sérieusement, est-ce que ça valait le coup de se bousiller les poumons ? Bien sûr que oui ! Pour la vue à couper le souffle (ça tombe bien, tu n’en as plus), pour l’architecture gothique sublissime, pour toutes ces chimères (eh oui ce ne sont pas des gargouilles !) imaginées par Viollet-le-Duc lors des travaux de restauration commencés en 1845.

20170917_16573320170917_16580020170917_165903

Miaou….

20170917_16525220170917_16592120170917_17005420170917_17010320170917_17020220170917_17043620170917_17050920170917_170545

Pas de panique, il y a des filets de protection partout évidemment, mais au fil du temps des trous y ont été pratiqués, pas bien grands mais judicieusement placés pour permettre les photos…

20170917_17210220170917_17221820170917_17223420170917_172301

Photos pas top prises au portable, mais ça donne une idée… les garçons ont adoré, aussi bien la grimpette que la vue, et moi ravie d’avoir coché l’une des choses immanquables à faire à Paris… mais je ne le referai pas demain !

 

LES TOURS DE NOTRE-DAME, Infos pratiques ICI 

La deuxième Edition du Forum Fnac Livres

20170915_165414

Voilà, c’est déjà fini et c’était drôlement chouette ! Pour sa deuxième édition, le Forum Fnac Livres a emménagé en plein coeur de Paris dans la Halle des Blancs Manteaux – proportions plus modestes il me semble qu’au carreau du Temple où il se tenait l’an dernier, mais avec une configuration idéale, à tel point qu’on se trouvait comme dans un cocon… une bibliothèque évidemment !

20170915_17013420170915_170546

Il n’est pas magnifique ce cadre ? Sur ces trois jours était attendue une centaine d’auteurs pour des rencontres et des séances de dédicaces, de quoi satisfaire tous les lecteurs (j’ai même cru voir passer un Tchoupi).

20170915_17062620170915_17114720170915_175341(0)

Cette année le Prix du Roman Fnac a été remis par Leïla Slimani (lauréate l’an dernier pour Chanson Douce) à Véronique Olmi pour son superbe Bakhita – dont je reparlerai plus longuement -, prix vraiment mérité qui va permettre de mettre la lumière sur une personnalité incroyablement marquante.

20170915_17544420170915_144716

J’ai eu la grande chance d’assister à trois rencontres instructives et passionnantes, qui comme à chaque fois m’ont donné un éclairage neuf sur le travail des écrivains et illustrateurs :

20170915_160108

Véronique Olmi, encore très touchée par sa rencontre avec Bakhita – et c’est peu de dire que le lecteur l’est aussi !

DJxTFWPXoAA3hHg20170915_195005

Lola Lafon pour Mercy Mary Patty, roman tournant autour du procès de Patty Hearst (dont je reparlerai également), extrêmement à l’écoute de ses lecteurs, que j’aurai bien écoutée plus longuement tant chacune de ses réflexions sonnait juste…

21730983_10159372019290302_3551601794877447895_n

Et enfin Benjamin Lacombe dont j’aime tant le travail depuis des années et qui nous a parlé de ses projets, de son parcours (bientôt 15 ans de carrière !), de la genèse et de la conception de son sublime album Frida et de la sortie de l’Ombre du Golem.

20170917_14214720170917_142942

Bref, que du plaisir même si je ne suis pas parvenue à voir tout ce que je souhaitais (Romain Duris !!!! Bouuuuuuuuuh), bravo aux organisateurs de cette manifestation à taille humaine (et gratuite)… et vivement l’année prochaine !

20170915_205510

 

Un immense MERCI à la géniale équipe Anne & Arnaud