Un Arbre, un Jour… joli conte sensible

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Il orne la place de ce petit village provençal depuis plus de cent ans, il a vu défiler des générations d’habitants, il les a protégé, les a observé, a vécu au gré de leurs habitudes et de leurs émotions aussi bien qu’au rythme des saisons, mais aujourd’hui il est menacé d’abattage pour des raisons obscures. Alors certains villageois vont s’unir pour empêcher la mort annoncée du platane.

Voilà un roman très court et d’un très grand charme, à l’image des précédents ouvrages de Karine Lambert (« Eh bien dansons maintenant ! »), à la fois grave et léger, écrit avec une plume sensible. Tandis que certains considèrent la disparition programmée de l’arbre avec fatalisme, d’autres en réalisent l’importance au coeur de leur quotidien. L’occasion rêvée de mêler des personnalités plus que diverses menées par Clément, un petit garçon courageux : Fanny, photographe spécialisée dans le stylisme culinaire ; Raphaël, indécis chronique qui passe ses séances chez son psy à parler… du platane ; Violette & Adeline, deux soeurs qui vivent ensemble depuis si longtemps qu’elles ont fini par former un véritable couple ; Suzanne, ancienne instit venue reprendre le Bar PMU et dont le mari Joe se remet à peine d’un accident de moto ; Manu, le vendeur d’artichauts qui plane. Et au coeur de la tourmente, François, le messager, l’employé municipal qui applique les consignes à la lettre et a les nerfs à fleur de peau alors que sa Fleur des Iles s’apprête à en faire un papa.

Les arbres dorment, les humains l’ignorent. Tant mieux, s’ils pensaient que nous ne les protégions pas en permanence, ils pourraient vouloir nous abattre tous.

Autant de vies et autant d’histoires observées à hauteur de branches par un arbre bien bavard qui entretient avec l’homme des liens aussi forts que des racines et les tient en haute estime, alors que la véritable raison de sa mort prochaine est typiquement et humainement absurde et cruelle. C’est bien sûr sans compter l’union des coeurs sensibles, un comité de défense auquel j’adhérerai volontiers. Une jolie fable anthropomorphiste et un brin philosophe qui sort en librairie aujourd’hui.

 

UN ARBRE, UN JOUR, Karine Lambert, Calmann-Levy ✾

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Insta Avril

Le mois d’avril nous a enfin permis de mettre un pied dehors … et même deux ! Retour des balades et des petites fleurs, des couleurs et des envies de partir. Explorer Paris ou la Normandie, retrouver des amis et garder le nez en l’air, goûter, fêter, profiter des jolies choses et des beaux moments, et dans la foulée persévérer dans ses nouveaux projets d’écriture (tiens, il faudra que je t’en parle, un jour). That’s life !

A nous deux, MAI !

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La Dernière Photo, mort d’une passion

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Après 26 ans de carrière, de voyages et de rencontres, Franck Courtès a définitivement posé son appareil photo dans l’incompréhension générale. Comment en est-il arrivé à rejeter son métier de photographe ? Il livre ses raisons dans ce livre passionnant, et pas seulement pour ceux qui s’intéressent à la photo car il en dit long aussi sur l’évolution de notre société.
Il commence par raconter la façon dont le métier est venu à lui, comment d’emblée il avait déjà le sens du cadrage mais a tout appris de la technique sur le tas en travaillant pour Les Inrocks, Libé, Télérama… Et puis, le métier a commencé à évoluer de la mauvaise façon, de plus en plus soumis au mercantile au détriment d’une vision personnelle, nécessitant de sacrifier le temps et l’exigence nécessaires pour obtenir LA bonne photo (alors que la dernière photo est souvent la meilleure).

J’excellais à ne pas déranger, à me faire oublier. On me complimenta une fois : « Tu sais te rendre invisible. » Triste qualité que celle de ne pas exister.

Se découvrant de plus en plus incapable de produire des photos sur commande, sous la pression de la demande du public, Franck Courtès a progressivement perdu la foi en son métier, sans compter qu’avec l’irruption du numérique et l’explosion d’un narcissime triomphant, chacun se croit dorénavant photographe. Finie la connivence avec le modèle, il faut aller vite, toujours plus vite ! A cela on rajoute le dédain et le manque de respect envers celui qui prend l’image pour illustrer l’article, et il ne manque plus que la goutte d’eau via le caprice d’une pseudo star pour éteindre une passion.
« La dernière photo » dresse un bien triste constat expliquant de façon nette et claire l’évolution d’un métier pourtant extraordinaire, truffé d’anecdotes sur des personnalités plus ou moins connues dont le rapport avec le photographe est plutôt révélateur… Heureusement, après le désamour, l’écriture est venue à Franck Courtès, un nouveau passeur d’émotion comme une continuité du précédent, et c’est tant mieux pour nous, lecteurs.

(…)  tout lieu pouvait faire image pour peu que l’on cherchât bien, car chaque espace contient en lui une photogénie à découvrir.

 

LA DERNIERE PHOTO, Franck COURTES, JC Lattès  ✩

La Saison des Feux, le nouveau roman très réussi de Celeste NG

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Shaker Heights est une banlieue riche et tranquille de Cleveland dont les habitants mènent une vie parfaitement cadrée et planifiée, à l’image des Richardson et de leurs enfants, Lexie, Moodie, Trip et Izzie. Lorsque Mia Warren, mère célibataire menant une vie plutot bohème, vient s’installer à proximité avec sa fille Pearl, les règles vont dangereusement vaciller…

Les règles, les règles, et encore les règles… Comme beaucoup de ses congénères, Madame Richardson considère qu’elles doivent être absolument respectées pour le bien de tous, au sein du quartier comme au sein d’une famille, gage d’une vie idyllique à l’américaine : une belle maison, un emploi stable, un mari aimant, des enfants heureux et en bonne santé.

Les règles existaient pour une raison : si vous les suiviez, vous réussiriez ; sinon, vous risquiez de réduire le monde en cendres.

Lorsque Mia vient compromettre ce modèle de perfection en montrant qu’une autre vie est possible, celle d’une artiste en perpétuel mouvement qui ne rend de comptes à personne et dont on sait rien de son passé, il n’est pas question de la laisser faire. Alors que la vie paisible qu’ils menaient leur parait soudainement bien insipide, les enfants Richardson sont attirés comme un aimant par la bienveillance de Mia, tandis que sa fille au contraire aspire à un foyer plus stable, aisé et confortable. Les conflits couvent inévitablement, cristallisés par l’affrontement entre la mère biologique d’un bébé et les parents qui l’ont recueilli.
Comme j’avais aimé « Tout ce qu’on ne s’est jamais dit » du même auteur ! Si je n’ai pas forcément retrouvé ici la même finesse psychologique, les personnages, ceux des adolescents davantage que ceux des parents, sont à nouveau dessinés avec beaucoup de talent, tous sont intéressants, complexes et aucun n’est angélique ; ainsi le personnage le plus transgressif n’est pas forcément celui, trop évident, de Mia, dont la carrière naissante de photographe a été interrompue par une « erreur » de jeunesse découverte par une Madame Richardson déterminée à éliminer celle qui remet en causes ses sacros saintes règles, mais celui d’Izzie, cette ado en colère qui ne songe qu’à transgresser en frappant le plus fort possible.
C’est aussi un roman sur les rapports entre mère et enfant, les choix insolubles, l’injustice et l’impossibilité de se conformer à un idéal de vie. Très réussi, il vient confirmer le grand talent de l’auteure.

Pour un parent, un enfant n’est pas une simple personne : c’est un endroit, une sorte de Narnia, un lieu vaste et éternel où coexistent le présent qu’on vit, le passé dont on se souvient et l’avenir qu’on espère.

 

LA SAISON DES FEUX, Céleste NG, Sonatine Editions

Bayeux, ville d’Art & d’Histoire

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A défaut de pouvoir partir en vacances pour ces congés de Pâques, nous nous sommes offert une escapade en Normandie, de quoi couper les ponts même brièvement avec le quotidien, et surtout de découvrir un petit bout du Calvados. Et entre autres choses, sur les excellents conseils de ma copine d’❤ Anne-Laure, nous nous sommes attardés un petit moment à Bayeux, cette si charmante ville.

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Elle est très connue pour sa fameuse Tapisserie inscrite à l’Unesco, une oeuvre de 70 mètres de long (!) qui raconte la conquête du trône d’Angleterre par Guillaume le Conquérant en 1064, et qu’il faut vraiment voir pour en ausculter les moindres détails brodés et en apprécier la préciosité. Impossible d’en prendre des photos, ce qui est très compréhensible.

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En revanche j’ai largement mitraillé cet autre très beau Musée à la scénographie impeccable, le Musée d’Art et d’Histoire Baron Gérard qui se trouve juste à côté de la cathédrale et couvre l’histoire de l’art européen de la préhistoire à l’art moderne. Certaines salles sont vraiment d’une grande beauté…

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Oui j’ai un petit peu bugué dans la salle des dentelles (« oui oui j’arrive, encore une petite photo ! »)…

Enfin, rien à voir avec l’art (quoique), mais si après ta visite du Musée tu fatigues un peu, ne loupe surtout pas, juste en face, un salon de thé à la déco la plus extra que j’ai vue depuis longtemps (assortie d’un accueil souriant et de plats copieux et excellents servis dans la vaisselle de quand tu étais petite (enfin, si tu as mon âge…), que demander de plus ?). Ça s’appelle « Chez Paulette » et c’était bien ♪…

 

Larguées, comédie pétillante

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Rose et Alice sont deux frangines qui mènent des vies aux antipodes l’une de l’autre, mais qui ont en commun le désir de rendre le sourire à leur maman fraîchement larguée. En route pour une semaine de vacances en club à la Réunion !

Honnêtement je n’ai jamais été une fan de Camille Cottin et encore moins de sa « Connasse » (je ne supporte pas les caméras cachées, c’est plus fort que moi ça me met terriblement mal à l’aise…), mais grâce à ce « Larguées » (et un petit peu grâce à la série « Dix pour Cent » aussi…) je révise entièrement mon jugement. Les deux Camille (Chamoux, pour la seconde) sont en roue libre et divinement drôles ! Alors que l’une mène une vie de fêtarde permanente, l’autre est en total contrôle, alors forcément entre les deux ça fait des étincelles, avec au milieu une (parfaite) Miou-Miou blasée tendance dépressive.

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Car finalement elles sont toutes bel et bien larguées dans tous les sens du terme ces nanas-là. Peut-être est-ce le personnage de la mère qui finit par s’assumer le mieux en (re)découvrant le plaisir d’être désirée (grâce à un Johan Heldenbergh qui, notons-le au passage, est souvent généreux de son corps dans ses films…) ? au-delà des cases toutes prêtes pour y ranger la fille bordélique qui va mûrir un bon coup ou la fille trop sage qui s’essaye à la fantaisie, la réalisatrice y introduit des nuances de façon intelligente, ce qui change un peu dans la comédie française récente (j’ai en tête quelques titres de films soi-disant subversifs prétendant casser l’image de la femme moderne et qui au final sont de sacrées bouses, mais chut…) ; il n’y a qu’à voir le personnage du petit garçon auquel s’attache Camille Cottin, franchement réussi et émouvant. Le trio d’actrices nous fait profiter d’une belle complicité donnant lieu à des scènes irrésistibles de drôlerie, avec pour seul regret une fin un peu abrupte (fin du séjour en Club = end of the film… really ?).

Bref, c’est une comédie à aller voir absolument entre copines, ou entre mère et fille car forcément, on s’y reconnaîtra un peu ; pas forcément une histoire de stéréotypes, peut-être parce que simplement la réalisatrice a touché juste avec ce bel éventail des qualités et des défauts féminins. En tout cas les actrices s’amusent… et nous aussi !

 

LARGUEES, un film d’Eloïse Lang avec Camille Cottin, Camille Chamoux, Miou-Miou, Johan Heldenbergh… actuellement en salles

Chère Mrs Bird, une très belle ode à l’amitié

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Londres, 1940. Emmeline rêvait d’être correspondante de guerre, la voici devenue, suite à un quiproquo, assistante de rédaction au sein d’un magazine féminin en perte de vitesse, sous la dangereuse houlette de la terrifiante Mrs Bird. Sa mission : répondre au courrier des lectrices, mais attention, seulement aux plus convenables, car la rédactrice en chef ne veut surtout « pas de désagrément ! ». Autant dire qu’en temps de guerre, alors que le quotidien est chamboulé et les sentiments mis à l’épreuve, beaucoup de jeunes femmes en détresse sont laissées pour compte et bien des lettres finissent à la corbeille. Mais Emmy, touchée par tout ce qu’elle lit, entend bousculer un petit peu les choses…

Quelle agréable lecture, en dépit de son contexte ! Le ton y est vif et enlevé, rythmé par des dialogues étonnamment modernes qui percutent et des majuscules expressives, pétri de cet optimisme et de cette bonne humeur que l’on attendait d’ailleurs de la gente féminine en ces périodes tourmentées. Et pourtant, l’effort de guerre ce sont aussi toutes ces jeunes femmes qui soutiennent à la fois les troupes et la population, s’efforcent de continuer à vivre et à faire des projets tandis que les bombes pleuvent sur Londres, cherchent à se rendre utiles à leur manière en étant bénévoles chez les sapeurs pompiers ou en répandant de l’espoir à travers les réponses à des courriers tout sauf futiles. Jeunesse courageuse, engagée, sacrifiée, la fin de l’insouciance est proche pour Emmy, Bunty ou William, avec ce sens du fatalisme très anglais : « chacun son tour ».
C’est un très beau roman sur l’amitié et la solidarité, plus précieuses encore en temps de guerre (ou peut-être justement à cause de la guerre) en plus d’un beau rappel du courage des femmes pendant les conflits. Haut les coeurs !

J’existais sur papier, pas dans le monde réel. Et c’était mieux ainsi. Quand on se trompait, on effaçait ou on recommençait.

 

Chère Mrs Bird, AJ PEARCE, Editions Belfond

 

✩ Un grand Merci à Babelio & aux Editions Belfond pour cette lecture ✩