Des Nouvelles du Monde, le nouveau western

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1870. Le Capitaine Kidd parcourt les routes du Texas et gagne sa vie en lisant à voix haute les nouvelles du monde aux habitants des villes qu’il traverse, en échange de quelques pièces ; il se voit confier une fillette enlevée par des indiens Kiowas pour la rendre à la seule famille qui lui reste, un oncle et une tante qu’elle ne connaît pas.

Quel voyage, celui que vont entreprendre ensemble la fillette et le vieil homme ! un voyage dangereux, car sur ces territoires et en cette époque d’après la guerre civile l’anarchie règne : il faut prendre garde à la fois aux voleurs, aux indiens et à l’armée. Un voyage l’un vers l’autre également : le capitaine Kidd aurait pu refuser, mais au-delà de son besoin d’argent cette nouvelle mission qu’il met à un point d’honneur à remplir jusqu’au bout et parfois au risque de sa vie vient briser la vie terne et solitaire qu’il mène depuis la disparition de son épouse et la fin de sa carrière d’imprimeur.

Se développe alors entre « Kep-Ten » et « Cho-Henna » (de son vrai prénom Johanna) une relation à peu près semblable à celle entre un grand-père et sa petite fille, même si ce n’est pas la tendresse qui prévaut mais plutôt le respect et la compréhension mutuelle, soit une relation d’une grande beauté ; ces deux-là vont s’apprivoiser en développant un langage propre, mélange de kiowa, d’allemand et d’anglais, de langage des signes aussi. Lui va découvrir une vraie petite guerrière, futée, solide (un kiowa ne pleure pas) et aguerrie à l’usage des armes, effrayée par un monde dont elle est restée trop longtemps éloignée et qu’elle ne comprend plus, rejoignant en cela la cohorte de ces enfants kidnappés par les indiens contre rançon et éprouvant toutes les difficultés à se réadapter à leur milieu d’origine.
J’ai eu un véritable coup de coeur pour ce récit où les deux principaux personnages sont extraordinairement beaux, fiers et dignes, où les animaux sont respectés et où l’imprimerie est considérée comme sacrée, fascinant western que je ne pensais pas forcément apprécier à ce point mais qui m’a fait sortir de mon ordinaire littéraire.

Peut-être que la vie se résumait à transporter des nouvelles. A survivre pour transporter des nouvelles. Peut-être n’avons-nous qu’un seul message. Un message livré à notre naissance et dont nous ne connaîtrons jamais vraiment le sens ; peut-être n’a-t-il aucun rapport avec nous, et pourtant nous devons le porter en personne, durant toute la vie, jusqu’au bout, et le remettre, scellé, à la fin.

 

DES NOUVELLES DU MONDE, Paulette Jiles, La Table ronde ✩