De chez moi #4 : La vie d’auteure

Je croise de temps à autre de très jolis retours sur mon nouveau bébé, de chouettes photos ou des avis qui me font chaud au cœur, encore davantage dans les circonstances actuelles. Il est sorti début mars et fait donc partie des nombreux malheureux dont l’histoire s’est arrêtée net.

Amoureux des livres, vous savez bien le boulot qu’il y a en amont, et je ne parle pas seulement de l’écriture (qui me prend des mois, j’écris des romans courts et pourtant je bosse, je bosse – écrire un article de blog me prend des heures, alors une histoire entière…) et des enjeux (est-ce que mon éditrice va l’aimer 💜 ? est-ce qu’elle va bien vouloir le publier ?) Ensuite on entre dans les coulisses techniques – la couv, le travail sur le texte, la comm, l’imprimerie…), une chaîne immense se constitue avant que le livre n’arrive sur les étagères de votre librairie, le point culminant de l’aventure et le début de nouvelles angoisses (Est-ce que le livre va être lu ? Est-ce qu’il va plaire ? Oh mon dieu, et si en fait il était NUL 😱 ???), sans oublier que son avenir va aussi conditionner celui de son auteur : écrire, stop ou encore ?
Sauf que cette fois : RIDEAU.

On m’a dit « c’est la cata pour ton livre ». Oui, c’est vrai. Mais étonnamment je ne suis pas dans la panique, peut-être parce que je suis protégée de tous les enjeux (autrement dit : je n’ai pas les chiffres sous les yeux). J’ai vraiment l’espoir que lorsque les rideaux des librairies vont se lever (et pour certaines ils ont déjà commencé à s’entrouvrir), les chemins de tous ces livres vont reprendre, peut-être pas conformément à ce qui était attendu et espéré, mais au moins ils auront droit à une seconde chance.
Avec un brin de réalisme : ces titres-là il va falloir les sauver vite avant qu’ils ne soient ensevelis par les prochaines sorties qui s’annoncent… mastodontesques ! Et c’est là que nous, auteurs, comptons sur vous 🥰 

PRENEZ SOIN DE VOUS 

Le site qui recense les initiatives de nos librairies : https://www.jesoutiensmalibrairie.com/

{Cinéma à la Maison} Les Éblouis

La famille de Camille, 12 ans, intègre une communauté religieuse fondée sur des valeurs de partage et de bienveillance. Mais peu à peu, ils se laissent embrigader…

Ça commence en douceur et ça finit dans le chaos et la fureur. Au début, on sourit de la crédulité de cette gentille famille qui, poussée par la fragilité de la mère, se laisse doucement glisser dans un groupe d’illuminés qui appellent leur « berger » en bêlant. Puis on s’énerve de les voir forcer leur fille à abandonner sa passion pour le cirque, on tique en la voyant contrainte de cacher ses vêtements de collégienne pour les troquer contre une informe robe de bure.
Camille semble elle-même fascinée de voir ses parents éblouis par un tranquille gourou aux faux airs inoffensifs (Darroussin), alors que chacun de ses élans d’adolescente (s’habiller comme une ado de son âge, se révolter, tomber amoureuse) sont étouffés dans l’œuf. Alors elle se rebelle à sa façon, sous de douces apparences, alors que dans la tête la révolte gronde. C’est la détresse de ses plus jeunes frères qui la poussera à donner un coup de pied dans la fourmilière.

On a rarement vu un sujet plus casse-gueule traité avec autant de délicatesse. Sans doute parce que cela sent le vécu et surtout le désir de ne pas juger ni peiner, comme si la réalisatrice avait à cœur de dire « c’est leur choix, ils y vivent conformément à leurs idéaux, que peut-on y faire ? », sauf que dans cette dérive ils entraînent des plus jeunes qui deviennent de facto des victimes. C’est un film qui à la fois serre le cœur et met une grande claque.

LES ÉBLOUIS, un film de Sarah Succo avec Camille Cottin, Eric Caravaca, Céleste Brunnquell… disponible en VàD

Lire pour s’évader #4

Eddie vient d’hériter d’une mystérieuse ferme en ruines dans la région de Sicile en Parme. Comme elle n’a rien à perdre, ni famille ni amis ni boulot, elle se rend sur place avec l’idée d’y rester et peut-être même commencer une nouvelle vie.

Si on vous offrait la possibilité, clefs en main, d’envoyer valdinguer une existence morne, est-ce que vous ne sauteriez pas sur l’occasion ? Eddie s’interroge pourtant plus sérieusement sur ses possibilités de conclure avec son beau notaire un peu coincé sur les bords que sur l’identité du mystérieux oncle italien qui lui a légué maison et jardin. Il faut dire aussi que jusqu’alors elle n’avait jamais trouvé sa place dans l’existence, ayant décidé de ne plus aimer ni se laisser aimer par personne depuis le double suicide de ses parents alors qu’elle était adolescente.

Mais ici, dans ce Castello hanté, au fil des rencontres et des péripéties, il se pourrait bien que son blindage commence à se fissurer. C’est une histoire d’amour bourrée de charme où l’on croisera des chats fantômes, des as du cambriolage, des notaires coincés, un aigle et une autruche, jolie pause enchantée au milieu d’un paysage magnifiquement décrit qu’on se plait à imaginer – et où l’on se trouverait volontiers en ce moment précis !

COMME UN ENCHANTEMENT, Nathalie Hug, Calmann Levy

Mattie doit se séparer de son petit garçon de trois mois pour s’occuper du bébé de sa maîtresse. Même si elle s’efforce de ne pas s’attacher, un lien très fort se développe entre la nounou et Lisbeth, la fillette, qui ne sera pas sans conséquence dans une Amérique au bord de la guerre de Sécession. Car si l’existence de Lisbeth est toute tracée (un mariage en grande pompe avec un beau parti de la région), son affection pour Mattie va venir bouleverser ses convictions.

Un roman très touchant sur l’amour que l’on peut porter à d’autres enfants que les siens et le désir d’évasion de femmes appartenant à des milieux opposés par l’Histoire.

LE CROCUS JAUNE, Laila Ibrahim, Charleston

{Cinéma à la maison} Un Divan à Tunis

Il ne faut pas se mentir, on n’est pas près de remettre les pieds dans une salle de cinéma. Tandis que la sortie d’un très grand nombre de films a été repoussée in extremis, pour aider ceux qui sont sortis avant le confinement à trouver leur public autrement, le CNC a autorisé la diffusion à la demande (VOD) de titres très récents, au lieu d’attendre la durée des 4 mois habituels. A noter également que de plus en plus de cinémas vont proposer un service de VOD, ce qui nous permettra de les soutenir autrement.

C’est de cette façon que j’ai pu voir, chez moi, Un Divan à Tunis, sorti en salles en février dernier et que je vous recommande vraiment.

Selma souhaite ouvrir un cabinet de psychanalyse dans un quartier populaire de Tunis. L’intérêt d’une telle entreprise n’est pas vraiment comprise dans ce pays en pleine mutation qui a bien d’autres préoccupations, mais la jeune femme tout juste arrivée de Paris décide ne pas tenir compte de l’incrédulité ni des avertissements de son entourage.


Le film offre une alternance de moments mélancoliques et d’épisodes cocasses, car évidemment entre les patients qui défilent sur le divan de Selma et ses mésaventures administratives ubuesques, c’est un bel échantillon de personnages hauts en couleurs (et souvent représentatifs de la société tunisienne) qui nous est proposé. Car dès que l’on propose à des personnes de les écouter, de les écouter vraiment alors qu’elles sont persuadées de ne pas en avoir besoin, elles réalisent vite que c’est tout autre chose que de se confier à sa coiffeuse, celle-là même qui ne peut s’empêcher de venir même si elle jure à chaque fois que c’est la dernière ! Le tout enlevé par une sublime actrice qui prête sa voix grave à un personnage dont on ne sait pas trop les motivations – en dehors d’un vieux compte à régler avec Freud. C’est en dépit d’un petit goût d’inachevé un très bon premier film plein de tendresse pour un pays.

UN DIVAN A TUNIS, un film de Manele Labidi avec Golshifteh Farahani, disponible en VOD.

De Chez Moi #3

Xème journée de confinement, on ne sait plus à combien on en est ni quel jour de la semaine, en fait ! Ça vous fait ça aussi ?
Ici les « vacances » ont commencé, l’unique changement perceptible est l’absence de cours en direct pour les collégiens (chapeau bas aux enseignants, cela dit en passant) et la démultiplication des tentatives de les arracher aux écrans. Certains jours je ressens la même impression qu’un fauve dans sa cage et je rêve de sentir à nouveau l’herbe sous mes pieds, c’était un plaisir que je savourai déjà avant mais à présent ça me semblerait aussi précieux que de l’or.

Ok, en vrai le jour de la libération je vais plutôt ressembler à ça :

Mais fin de la page de nostalgie printanière, on sait bien pourquoi et pour qui on doit rester à la maison sans faillir.

Avez-vous mis en place des rituels ou de nouvelles habitudes pour rythmer vos journées ?
J’ai proposé dès le début à toute la famille de remplir ce Journal de Confinement, une page par jour, chacun à sa guise. Après trois semaines d’utilisation il faut reconnaître que l’inspiration n’est pas toujours au rendez-vous, mais on s’y tient à peu près et j’espère qu’un jour on le feuillettera comme un vieux souvenir.

S’il est difficile de convaincre tout mon petit monde de se coller aux jeux de société (du moins quand c’est possible, voir photo), je recommande d’ajouter un petit enjeu, du style choisir le film du soir… ici c’est Team Marvel contre Team films de vieux (c’est l’ado qui le dit…) !

Beaucoup d’artistes ont à cœur de nous faire passer de beaux moments, j’essaye de ne pas louper les parenthèses offertes par Jean-Louis Aubert ou M sur Facebook, Keren Ann tous les soirs à 22h sur Instagram, mais il y en a bien d’autres et pour tous les goûts.

Le temps est propice à la créativité : des illustrateurs nous offrent des pages de dessins à colorier ou à compléter, et je suis tellement fan de ce qu’est devenu le projet Coronamaison lancé par plusieurs artistes sur Twitter : à partir d’un cadre donné il faut imaginer le lieu de confinement de ses rêves. Ne pas hésiter à aller visiter le résultat ICI et pourquoi pas se lancer à son tour en téléchargeant le gabarit ! Je n’ai pas encore dessiné la mienne mais je compte bien le faire.

Pour ce qui est de garder la forme c’est évidemment problématique, les rares fois où je sors les poubelles (qui eût cru qu’on se battrait un jour pour avoir ce privilège ?) j’ai vraiment du mal à remonter mes quatre étages (et demi, j’y tiens). J’ai découvert les vidéos Walk at Home sur Youtube qui me font bouger un peu, et les garçons se sont remis à Just Dance. Rien ne remplace une balade en plein air, mais c’est toujours ça de pris pour réveiller les muscles.

Et chaque soir bien sûr, rendez-vous à 20H !

ET VOUS, COMMENT CA VA ??

Lire pour s’évader #3

Le jeune Maurice Swift ne rêve pas seulement d’être un écrivain, mais d’être un écrivain connu. Le problème c’est qu’il est incapable de trouver des idées et de bonnes histoires. Aussi lorsqu’il rencontre le romancier Erick Ackerman qui effectue une tournée pour parler de ses ouvrages, il profite des confidences du vieil homme tombé sous son charme pour s’inspirer de son passé, sans se soucier des conséquences…
J’avais déjà eu un énorme coup de cœur pour « Les Fureurs Invisibles du Cœur », le précédent roman de John Boyne, j’ai de nouveau été happée par cet « Audacieux Monsieur Swift » où il est cette fois question de création et de pouvoir.
Maurice est un personnage de la pire espèce : ambitieux, arriviste, arrogant, calculateur… Doté d’un charme dont il abuse, il parvient à vampiriser chacune des personnes qu’il jugera utiles à sa carrière, parvenant à les manipuler parfois jusqu’au drame avec un cynisme qui laisse pantois. Un vieux monsieur pétri de remords, une épouse au talent naissant… la personnalité de Swift est dessinée du point de vue des « victimes » qu’il a vampirisées et l’univers de l’édition où tout le monde se sert de tout le monde décrit avec une cruelle précision.

L’AUDACIEUX MONSIEUR SWIFT, John Boyne, JC Lattès

Joanne et Émile m’ont accompagnée pendant plusieurs jours, et j’ai retardé le moment de terminer le récit lumineux de cette épopée en camping-car. Emile, la trentaine, sait qu’il n’a plus beaucoup de temps devant lui, il prend alors la décision de partir loin de ses proches pour les protéger de la dégradation inéluctable de son état de santé, embarquant dans son escapade une parfaite inconnue toute aussi désireuse de fuir. Entre rencontres marquantes et découvertes de magnifiques paysages, voilà un roman prenant et particulièrement émouvant qui donnent des envies d’ailleurs… pour plus tard !

TOUT LE BLEU DU CIEL, Mélissa Da Costa, Carnets Nord (disponible au Livre de Poche)

Prenez soin de vous ❤