De chez Moi #1

Voici déjà quelques jours que nous sommes tenus de rester à demeure. Pour situer le décor, je vis au 4ème étage d’un immeuble, dans un appartement de 65 m2 à partager à 4 + un chat (un gros chat, du genre qui tient beaucoup de place. On va être obligés de le manger, c’est évident).
En vis-à-vis, un immeuble jumeau distant d’une trentaine de mètres. Le printemps s’étant installé en même temps que l’interdiction d’en profiter, les volets en face ont commencé à se lever, les fenêtres à s’entrebâiller d’abord timidement puis de plus en plus franchement. J’ai découvert que des gens habitaient des logements que je croyais déserts. Que certaines personnes que je ne connaissais que de vue vivaient à tel endroit, bref je joue au Monopoly.

Hier, nous nous sommes tous dans un formidable élan lancés dans un grand  ménage de printemps ; jamais des vitres n’auront été nettoyées avec une telle synchronisation. Je gage que tout comme moi, mes compagnons d’enfermement guettent à présent l’apparition de la moindre fleurette dans nos jardinières rouges et vertes, comptant bien conserver jusqu’à la plus précieuse mauvaise herbe pour étoffer au maximum notre coin de nature, nous efforçant de ne pas trop jalouser les confinés-avec-jardin. Lorsque nous pourrons sortir nous nous reconnaîtrons entre nous : les pâlichons qui auront pris du gras là et là, et les bronzés musclés qui auront biné les fleurs. Mais ça n’aura alors plus d’importance du moment qu’on en sorte tous en forme.

Avec le mari on s’est demandé ce qui serait le plus chiant pénible : qu’il fasse un temps magnifique qu’on devrait se contenter de regarder par la fenêtre ou une météo maussade qui nous laisserait moins de regrets. Aujourd’hui que le ciel est triste nous avons notre réponse : au moins lorsque le soleil brille les fenêtres s’ouvrent en grand, on entend de la vie (oui, ça va vite me gonfler) et l’on peut toujours jouer les chats, affalés par terre à suivre le moindre rayon. Voilà, c’est ça : quand on va sortir on va tous être devenus de gros chats.

Pour l’instant nous nous comportons les uns et les autres avec grande pudeur (quelque chose me dit que lorsque le temps se réchauffera ça ne va pas durer, je te tiens au jus), mais nous avons tout de même rendez-vous ce soir à 20 heures pour applaudir à l’unisson, pas seulement pour remercier le corps médical qui lutte pour que nous retrouvions au plus vite une vie normale et encourager les personnes contraintes d’aller au travail, mais aussi un peu pour s’autocongratuler : allez, encore une journée de passée.

(oui je sais bien, un énième journal d’enfermement mais wouaouh, ça fait du bien d’écrire ! Courage à tous !!)