« Mon Désir le plus ardent », puissant

« – Il faut qu’on les prévienne, Dalt. Absolument, absolument, il le faut.
– De quoi, Mad ? Les prévenir de quoi ?
– Je sais pas. La vie.
– Combien elle est belle ?
– Oui, voilà. C’est exactement ce que je pensais. « 

Wyoming. Maddy et Dalt se rencontrent, s’aiment avec passion, se marient sur les berges de la rivière sauvage qu’ils aiment tant. Et puis ils ont un enfant, et puis…
La couverture de ce roman, outre qu’elle est sublissime, résume à merveille le thème de ce roman de Pete Fromm, le premier que je lis de cet auteur (mais pas le dernier, j’y compte bien) : un couple uni qui s’apprête à traverser, ensemble, de grandes épreuves symbolisées par de violents rapides. Car plus que sur la maladie qui va frapper, progressivement, insidieusement, et devenir un membre à part entière de leur famille, qu’il faut bien accepter, auquel il faut faire une place et qu’il va falloir apprivoiser, c’est un roman sur le désir, sur l’amour que rien, finalement, n’arrive à entamer, l’amour qui « dévorage ». Et il est décrit ici avec autant de passion que le sont les rivières et la nature qui l’ont vu naître.

Il n’y pas d’eau de rose, rien de mièvre ni de larmoyant malgré la Love Story tragique annoncée. Car sa folle énergie du début, son humour, sa rage, le couple les gardera du début à la fin. Puissant et marquant.

MON DÉSIR LE PLUS ARDENT, Pete Fromm, Gallmeister

Degas dans les coulisses de l’Opéra

On associe immédiatement Edgar Degas aux danseuses de l’opéra, il faut dire qu’à la fin du XIXe siècle il a produit près d’un millier de dessins et de toiles sur ce sujet ! Fasciné par cet univers habituellement fermé, il a pu de manière privilégiée observer et suivre les ballerines dans leur quotidien.

Sur la scène, dans le foyer ou la salle de danse où elles répètent, il saisit à merveille une arabesque, un éclairage ou un tutu, une posture, le détail d’un costume, la fatigue aussi très souvent et c’est ce qui rend les détails de ces tableaux si émouvants.

Réaliste au point de faire scandale, comme cette fameuse Petite Danseuse sculptée jugée trop réelle et qui suscita de violentes réactions. Mais le vrai scandale est ailleurs, puisque ce que Degas raconte également, c’est la façon dont ces petites danseuses étaient exploitées, et les coulisses deviennent soudain plus sombres : les mères aux aguets poussaient leurs filles à devenir des petits rats pour pouvoir rencontrer à l’Opéra des hommes fortunés et peut-être même s’y trouver un protecteur.

Cette situation – que raconte très bien Camille Laurens dans La Petite Danseuse de quatorze ans – perdurera jusqu’au début du XXe siècle. Les « abonnés », ces hommes en noir que l’on peut voir sur beaucoup d’œuvres de Degas avaient accès au foyer de l’Opéra et pouvaient y faire leur « choix » tranquillement. Voilà qui donne un éclairage différent sur cette très riche exposition qui donne envie de s’immerger dans les détails de chaque oeuvre.

DEGAS A L’OPÉRA, jusqu’au 19 janvier 2020 au Musée d’Orsay.

13 à Table, c’est reparti !

Depuis 2014, les les Editions Pocket publient chaque année un recueil de nouvelles dont les bénéfices vont intégralement au profit des Restos du Cœur, soit près de 4 millions de repas supplémentaires depuis la première édition. Cette année, ce sont 17 nouvelles sur le thème du voyage qui nous emporteront loin sur les routes.

Philippe Besson, Françoise Bourdin, Michel Bussi, Adeline Dieudonné, François d’Epenoux, Eric Giacometti, Karine Giebel, Philippe Jaenada, Yasmina Khadra, Alexandra Lapierre, Agnès Martin-Lugand, Nicolas Mathieu, Véronique Ovaldé, Camille Pascal, Romain Puértolas, Jacques Ravenne, Leila Slimani… sans compter l’illustration de Riad Sattouf (Esther !). Quel casting ! de quoi combler tous les lecteurs !

1 livre acheté (5 euros) = 4 repas distribués. C’est génial quand la chaîne du livre se mobilise, aux lecteurs de jouer maintenant 🙂

powerpuff girls pink GIF

La Belle Epoque, le temps qui passe

Si tu avais la possibilité d’être envoyé dans une autre époque, de devenir Marie-Antoinette ou d’avoir à nouveau 18 ans, que choisirais-tu ? Victor, lui, a décidé de revivre le jour de sa rencontre avec sa femme, cette même femme qui vient de le mettre à la porte de chez eux pour excès d’ennui et de pessimisme. Comment ont-ils pu tomber aussi fous d’amour en 1975 et se mépriser autant aujourd’hui ? Ne sont-ils donc plus les mêmes ?

C’est un film tout entier sur la nostalgie, celle d’une époque, celle d’un amour, celle de sa jeunesse où tout semblait plus simple et plus libre. Il raconte également comment notre époque entièrement connectée peut paraître suffisamment anxiogène et désabusée pour donner envie de se réfugier dans ses souvenirs… surtout si on vous le propose pour de vrai, certes dans des décors de théâtre et avec des comédiens mais avec un souci extrême du détail.

Guillaume Canet, metteur en scène tyrannique, vit une passion douloureuse avec Dora Tillier qui elle même joue le rôle du premier grand amour de Daniel Auteuil qui est en réalité Fanny Ardant… mise en abîme à plus d’un niveau sur un scénario malin qui tire plusieurs ficelles d’un coup.
Le film souffre de quelques longueurs et peut-être aussi de lourdeurs (sur la quantité d’idées qu’il contient, ça reste une moyenne plus que raisonnable !) mais entremêle les histoires avec grande fluidité et des dialogues caustiques, à la fois drôles et cruels (la patte du réalisateur).

Au final, l’émotion l’emporte dans une belle variation très maîtrisée sur les regrets et sur le temps qui passe.

LA BELLE EPOQUE, un film de Nicolas Bedos avec Daniel Auteuil, Guillaume Canet, Fanny Ardant, Dora Tillier… actuellement en salles.

« Vampires », l’exposition mordante

Le cinéma et le mythe du Vampire (incarné pour la première fois dans le Dracula de Bram Stoker) sont quasiment nés en même temps, et se sont développés en parallèle. On comprend sans peine la fascination des cinéastes (ou des artistes en général) et du public pour cette figure sombre et éminemment sensuelle. C’est cette même fascination que met en évidence la rétrospective « Vampires, de Dracula à Buffy » à la Cinémathèque.

De Nosferatu à Entretien pour un Vampire, de Coppola à Bigelow en passant par Tim Burton, l’exposition est complète et très pointue. Dans une atmosphère gothique, elle mélange costumes de cinéma, grandes œuvres de Basquiat ou Leonor Fini, affiches kitsch ou gravures somptueuses, mangas ou scénario. On visite ?

Aaah, Buffy, toute ma jeunesse :-))

VAMPIRES, DE DRACULA A BUFFY, jusqu’au 19 janvier 2020, Paris 12e.

{Coup de ♥} Les Filles du 17 Swann Street


« Nous existons parce que nous comptons pour quelqu’un ».

Le 17 Swann Street est une maison très accueillante au premier abord, et pourtant c’est le dernier refuge pour des détresses incommensurables : les jeunes femmes y sont admises dans le but, de gré mais aussi parfois de force, de vaincre leurs troubles alimentaires. Emm, Julia, Valérie ou Anna, la narratrice, ont toutes eu un parcours très différent mais elles mènent le même combat pour la vie. L’anorexie est ici extrêmement bien décrite pour ce qu’elle est, une maladie sournoise et culpabilisante autant pour celle qui en est atteinte que pour son entourage.

Anna, une ancienne danseuse, est bien entourée, ainsi son mari Matthias, pour qui elle a quitté son ancienne vie pour le suivre aux Etats-Unis, l’épaule autant qu’il le peut, et pourtant elle n’arrive pas à sortir de cette spirale infernale, alors chaque repas est une lutte, chaque bouchée supplémentaire une épreuve, et parfois les travers refont surface : mentir, se cacher, fuir… le chemin vers la guérison et la reconstruction sera long et l’issue incertaine. Un récit très réaliste qui remue forcément sans jamais rien occulter de la maladie.

Et comme me l’a fait remarquer une copine sur Insta, si le thème vous parle il faut regarder sur Netflix « To the Bone« , avec Lily Collins, un téléfilm très sensible.

LES FILLES DU 17 SWANN STREET, Yara Zgheib, JC Lattès.

Marie-Antoinette en images

Rarement un personnage historique en France a suscité autant de passions, cela explique sans doute pourquoi l’image de Marie-Antoinette a tant circulé et évolué pour arriver à influencer encore la culture d’aujourd’hui.

C’est à la Conciergerie que se tient cette très intéressante exposition, le lieu même où elle fut détenue les dernières semaines de sa vie avant d’être exécutée. On peut y voir les quelque objets ou vêtements qui restent de cette période.

Mais l’exposition porte en grande partie sur l’image de la reine, pas seulement dans les représentations d’époque comme les fameux portraits de Vigée-Lebrun mais surtout dans la façon dont une femme si détestée est devenue une icone de la mode ou du cinéma.

Costumes, photos, films, livres, affiches… près de 200 œuvres ou objets démontrent à quel point la Reine est devenue une marque à elle seule.

MARIE-ANTOINETTE, MÉTAMORPHOSES D’UNE IMAGE, exposition à la Conciergerie jusqu’au 26 janvier 2020

Lire, l’automne

La mère de Lullah Ellender lui a transmis ce petit carnet de listes à la reliure marbrée tenu par sa propre mère comme on transmet un flambeau, pour tisser le lien entre trois générations de femmes. L’auteure n’a pas connu sa grand-mère Elisabeth, et vient d’apprendre que sa propre mère est très malade. Elle se plonge dans ce carnet et dans les journaux intimes qui l’accompagnent, dressant non seulement le portrait de son aïeule mais aussi le tableau de sa propre famille.
« Les listes d’Elisabeth sont son système à elle pour classer ses problèmes, mais aussi ses joies, ses triomphes et son ennui. » A travers ces petites lignes tracées d’une toute petite écriture minutieuse et élégante et qui semblent porter sur des choses aussi futiles qu’un menu ou les tâches à accomplir en vue d’une garden-party, Lullah Ellender lit les tentatives d’une femme de diplomate britannique pour garder le contrôle de son existence, et ce qui semble froid et mathématique cache en réalité un immense désarroi lorsqu’il s’agit par exemple de faire l’inventaire des dernière affaires du frère suicidé, ou lorsqu’il faut faire, encore et encore, la liste de ce qui est nécessaire pour déménager, de Madrid à Oxford, de Rio à Beyrouth. Mais lorsque les bébés s’annoncent, les listes se font tendres et inquiètes.
Si la démarche de l’auteure est somme toute très personnelle en tâchant de reconstituer la vie d’une personne proche disparue si vite et trop jeune, elle traite de préoccupations bien plus universelles comme les relations mères-filles et ce qu’elles se transmettent de merveilleux ou de tragique, mais aussi sur ce qui reste d’une vie. En remontant les traces familiales, l’auteure se prépare à la disparition de sa mère et à la façon dont ces deux femmes continueront à vivre à travers elle, ne serait-ce que par le truchement de ces fameuses listes. Un projet plus qu’émouvant. 

LES LISTES D’ELISABETH, Lullah Ellender, Les Escales

La poésie de ce très court texte ! Inspiré du Petit Prince de Saint-Exupéry, il raconte comment un serpent à la tragique vocation se prend d’affection pour une fillette. Lanmò, le serpent aux yeux rouges, a plutôt l’habitude de semer la terreur, mais avec Marie il se comporte comme un animal familier et protecteur cherchant à comprendre, pour la première fois, l’être humain, et aussi à se laisser porter par ses sentiments.
Tandis que le monde de Marie s’étiole, avec les bombes qui obscurcissent le ciel où autrefois volaient des cerfs-volants, Lanmò va vouloir la protéger… C’est un joli conte triste, une parabole sur un monde en guerre ou sur la fin de l’enfance et de l’innocence, écrit avec une plume baignée de mélancolie. Un coup de cœur !

L’HISTOIRE D’UN CŒUR QUI APPRIT A BATTRE, A.L.Kennedy, Pocket

Alice est l’une de ces nombreuses jeune filles qui vivotent à Los Angeles en rêvant d’un avenir radieux d’actrice. En attendant, elle paye son loyer en vendant des vêtements, mais à court d’argent va être amenée à faire des choses bien plus étranges… L’envers du rêve californien, Emma Cline l’a déjà évoqué dans son extraordinaire « The Girls » où de jeunes femmes tombaient sous la coupe d’un gourou à la Charles Manson. Les filles prennent ici le risque de devenir également des proies, portées seulement par leurs rêves, abandonnées et seules au cœur d’une ville dangereusement attirante. « Los Angeles » est une nouvelle (parue dans la nouvelle collection Lanonpareille aux Editions de la Table Ronde) d’une quarantaine de pages absolument saisissantes : arrivé à la fin, on tourne les pages désespérément à la recherche de la suite, cette suite qu’on craint, cette suite qu’on préfère ne pas deviner, cette suite qu’on veut lire à tout prix ! Une confirmation de l’écriture fine, suggestive, glaçante d’Emma Cline.

LOS ANGELES, Emma Cline, Editions de la Table Ronde