Portrait de la Jeune Fille en Feu, un film incandescent

Fin du XVIIIe siècle. Marianne, une jeune peintre, est envoyée sur une île isolée de Bretagne pour y faire le portrait de mariage d’Héloïse à son insu…
La beauté de ce film ! et la force aussi de tout ce qu’il raconte et veut transmettre. Une histoire de femmes, du point de vue des femmes, où les rares hommes présents à l’écran ne sont que le symbole d’un passage ou d’un enfermement.
D’abord le regard de Marianne sur son modèle dont elle s’approprie peu à peu l’image (magnifiques premiers plans où la jeune femme ne se découvre que progressivement) avant de s’en approprier le cœur, on assiste à la naissance du désir puis d’un amour puissant, celui que l’on portera en soi ensuite pour toute sa vie et qui se rappellera à soi en feuilletant les pages d’un livre ou en écoutant une symphonie. D’autant plus fort qu’Héloïse se sait promise à un destin qu’elle n’a pas choisi et que cette rencontre correspondra probablement à la dernière parenthèse de liberté de sa vie de femme.
Puis le geste de la peintre qui hésite, tâtonne, à la recherche de la bonne carnation de peau, du correct soyeux d’une robe, qui en appelle aux Vigée-Lebrun, Artemisia Gentileschi et surtout à toutes les femmes peintres de cette époque, nombreuses mais oubliées, privées des privilèges accordés aux hommes peintres et de certains apprentissages. Le soin de la lumière et du cadre, ces plans qui tous ressemblent à un tableau, d’une beauté qui coupe le souffle.

La sororité enfin de ces femmes mises sur un plan d’égalité, la domestique comme le modèle ou la peintre, dans une intimité forcée mais partagée comme quelque chose de si naturel, loin du protocole et du regard des autres. Les actrices entre lesquelles passe une rare intensité, filmées au plus près de la peau, carnation rougissante d’émotion, respiration hachée et éclat dans l’œil.
Pour son premier film en costumes (et premier film avec des adultes après Tomboy, Naissance des Pieuvres ou Bande de Filles), la réalisatrice pénètre dans le cœur des femmes et de leurs émotions. J’ai bien quelques réserves (car il en faut bien) tenant à des détails, mais si vous voulez voir un film d’une intense beauté c’est celui-ci qu’il faut choisir.

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU, un film de Céline Sciamma avec Adèle Haenel, Noémie Merlant, Valeria Golino… actuellement en salles

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