Welcome to Bushwick !

En triant mes photos de New York pour faire (enfin !) un album, je me rends compte que je n’en ai pas beaucoup montré par ici, pourtant il faut au moins que je te présente BUSHWICK, le quartier à ne pas louper pour les fans de street art !

Bushwick se trouve à Brooklyn, et après avoir été longtemps un quartier très malfamé, c’est depuis 2005 que les artistes, fuyant des quartiers trop chers, ont commencé à investir les entrepôts. Le nombre d’œuvres est faramineux, et par définition en perpétuelle mutation. C’est un plaisir de se perdre dans les rues et de découvrir de vraies pépites !

J’ai aimé voir quelques chats nourris par des demoiselles avec tapis de yoga sur le dos…

Ça pète toutes ces couleurs, pas vrai ? Bon lundi à toi !

Deux belles découvertes Librinova

Marc, Katherine et Georges se sont connus pendant leurs études et restés amis depuis, même si récemment Georges, le beau séducteur grec, s’est éloigné, probablement sous l’influence de sa nouvelle compagne Anna. Lorsqu’il est retrouvé mort à Genève, Marc va être amené à enquêter sur les circonstances de sa disparition et découvrir qu’elle est liée à des événements très anciens. « Le Messager des Dieux » est un thriller historique où il sera question de secrets remontant à la surface, de chasse aux nazis et d’épisodes méconnus de la seconde guerre mondiale qui se sont produits en Crête.
L’ensemble est vraiment bien mené et maîtrisé avec beaucoup de rebondissements qui font voyager de la Grèce jusqu’à New York en passant par Rome. Quelques invraisemblances subsistent, comme la manière dont le héros se confie immédiatement à la première beauté fatale venue ; il faudra également composer avec le regard peu amène posé sur ses contemporains. Mais Marc est malgré tout un anti héros qu’on a plaisir à suivre, qui va se retrouver avec sur les bras un mystérieux dossier très convoité et pas mal de monde à ses trousses, à la tête d’un récit dont on tourne les pages avidement.

LE MESSAGER DES DIEUX, Guillaume Bouvier, Librinova

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Paul vient de quitter une vie chronométrée et millimétrée, filant à toute allure dans l’anonymat des quartiers de la Défense, pour s’installer dans un petit village au plein cœur de la Provence. Là, il va peu à peu se familiariser avec la vie du village et de ses habitants… et devoir en apprivoiser certains aussi !
Ce qui est remarquable dans ce très joli premier roman de Fanette Bée, c’est que tout n’est pas forcément idyllique et tout rose dans cette nouvelle voie qu’a choisi Paul, on n’est pas dans cette dichotomie vie urbaine/provinciale souvent présente dans les histoires où le héros principal change plus ou moins de son gré d’existence. La réalité est plus complexe évidemment, c’est ce que nous raconte ici l’auteure avec subtilité.
Pour autant, le vent qui souffle dans ces pages est tout de bienveillance, il y est question de tendresse et de solidarité, de simplicité et de reconstruction, de tous ces liens qui se tissent pour peu qu’on prenne le temps et que l’on s’ouvre aux autres. Une jolie découverte où l’on prend grand plaisir à faire la connaissance de Laurent, Florence, Anna… et les autres.

QUAND LA VIE SOUFFLERA SES VRAIES COULEURS, Fanette Bée, Librinova

Portrait de la Jeune Fille en Feu, un film incandescent

Fin du XVIIIe siècle. Marianne, une jeune peintre, est envoyée sur une île isolée de Bretagne pour y faire le portrait de mariage d’Héloïse à son insu…
La beauté de ce film ! et la force aussi de tout ce qu’il raconte et veut transmettre. Une histoire de femmes, du point de vue des femmes, où les rares hommes présents à l’écran ne sont que le symbole d’un passage ou d’un enfermement.
D’abord le regard de Marianne sur son modèle dont elle s’approprie peu à peu l’image (magnifiques premiers plans où la jeune femme ne se découvre que progressivement) avant de s’en approprier le cœur, on assiste à la naissance du désir puis d’un amour puissant, celui que l’on portera en soi ensuite pour toute sa vie et qui se rappellera à soi en feuilletant les pages d’un livre ou en écoutant une symphonie. D’autant plus fort qu’Héloïse se sait promise à un destin qu’elle n’a pas choisi et que cette rencontre correspondra probablement à la dernière parenthèse de liberté de sa vie de femme.
Puis le geste de la peintre qui hésite, tâtonne, à la recherche de la bonne carnation de peau, du correct soyeux d’une robe, qui en appelle aux Vigée-Lebrun, Artemisia Gentileschi et surtout à toutes les femmes peintres de cette époque, nombreuses mais oubliées, privées des privilèges accordés aux hommes peintres et de certains apprentissages. Le soin de la lumière et du cadre, ces plans qui tous ressemblent à un tableau, d’une beauté qui coupe le souffle.

La sororité enfin de ces femmes mises sur un plan d’égalité, la domestique comme le modèle ou la peintre, dans une intimité forcée mais partagée comme quelque chose de si naturel, loin du protocole et du regard des autres. Les actrices entre lesquelles passe une rare intensité, filmées au plus près de la peau, carnation rougissante d’émotion, respiration hachée et éclat dans l’œil.
Pour son premier film en costumes (et premier film avec des adultes après Tomboy, Naissance des Pieuvres ou Bande de Filles), la réalisatrice pénètre dans le cœur des femmes et de leurs émotions. J’ai bien quelques réserves (car il en faut bien) tenant à des détails, mais si vous voulez voir un film d’une intense beauté c’est celui-ci qu’il faut choisir.

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU, un film de Céline Sciamma avec Adèle Haenel, Noémie Merlant, Valeria Golino… actuellement en salles

Nocturne à l’Abbaye du Mont Saint-Michel

Toujours spectaculaire le Mont Saint Michel, surtout lorsque le soir tombe et que ses quelques ruelles se vident des touristes. A nous l’ascension des 400 marches pour atteindre l’Abbaye, mise en valeur cet été par un circuit nocturne de son et lumières…

Sur le thème de l’Archange, cette déambulation (qui se tenait jusqu’à fin août) traverse quatorze salles avec projections et jeux de miroirs ou de reflets.

Arrivés en haut, récompense : la vue sur la baie… et la compagnie des mouettes !

Encore un peu de lecture ?

Alice est une américaine qui vient d’arriver à Paris avec son chat David sous le bras et cherche un boulot à tout prix, prête à accepter n’importe quoi. La voici donc embauchée dans une start up au projet étonnant : réunir les chaussettes orphelines à travers le monde…
Au-delà de cette idée zarbi (et géniale !), Alice qui depuis des années a érigé autour d’elle des barbelés pour tenir les gens à distance de ses sentiments, va faire des rencontres qui vont changer sa vie et la pousser à dévoiler ses secrets… Un point de départ et un titre légers pour une histoire qui ne l’est pas tant que ça : avec l’héroïne on va aller de surprise en surprise, s’attacher à ses nouveaux collègues dont un jeune PDG fondamentalement optimiste et un associé observateur et séduisant. Il est évident dès le départ qu’Alice est une jeune femme en souffrance avec ses crises d’angoisse et ses somnifères, mais ses secrets ne seront divulgués que miette par miette et à un rythme très bien tenu tout au long du livre. Beaucoup de thèmes forts et graves sont abordés : la force des liens familiaux, le deuil, le désir d’enfant, les coïncidences, l’espoir… Une très jolie découverte !

LA VIE RÊVÉE DES CHAUSSETTES ORPHELINES, Marie Vareille, Editions Charleston ✽

« Dès la naissance on ne le sait pas encore, mais il n’y a plus qu’à attendre la mort en essayant d’être tendre avec soi, le plus tendre possible, aimant avec les autres, le plus aimant possible, et révolté contre tout le reste. Il suffit de le comprendre pour que la vie devienne une fête. »
Et il suffit d’évoquer « Questions pour un Champion » pour retrouver la voix, les intonations et les sautillements de son célèbre présentateur historique, sans compter le générique aussitôt reconnaissable qui reste irrémédiablement en tête. Ce qu’on devine moins, c’est ce qui se passe dans la tête des candidats, mais Olivier Liron va nous le raconter. Car Olivier a été un heureux candidat du jeu en 2012, et ça a changé sa vie. Bien sûr, derrière Julien Lepers se cache une forêt, derrière les anecdotes de plateau se cachent des choses bien plus fortes, et plus marquantes, car l’auteur le dit dès la première ligne, il est autiste Asperger, c’est sa différence, sa formidable particularité qui lui fait voir le monde, souvent cruel et indifférent, à travers un prisme hypersensible. Drôle, cash et émouvante, une autobiographie des plus singulières !

EINSTEIN, LE SEXE ET MOI, Olivier Liron, Alma Editeur ✽

Un roman uppercut ! Philippe, qui n’a que 18 ans mais déjà tout du gars usé, traîne dans sa cité entre les potes qui zonent, fument ou piquent au supermarché, et sa famille dont la mère le tolère à peine sur son canapé, le père qui ne dit rien et le frère beau et con à la fois qui prend toute la lumière. Aucun horizon possible au-delà des barres d’immeubles, sauf peut-être celui offert par les histoires de voyages de Bruno qui passe sa vie à raconter ses aventures en échange d’un bout de shit ou d’une bière. Bref, une vie d’errance, jusqu’à croiser le regard d’une belle fille aux yeux fumés qui va devenir l’obsession de Philippe…
C’est un texte noir, vraiment très noir, qui bouscule comme le bruit de détonation d’un flingue et se lit d’une traite, suivant un mécanisme infernal qui mène jusqu’au drame inéluctable. Pas une once d’espoir dans une histoire écrite à la lame, au plus près du mal-être d’un gars de banlieue rejeté par ses proches et blasé de violence quotidienne, même pas adoucie par les quelques personnages féminins et bienveillants qui l’entourent, Rosa la voisine ou Anne la déterminée… de quoi laisser un souvenir de lecture brutale !

LES YEUX FUMES, Nathalie Sauvagnac, Le Masque ✽

Fluctuart, le centre d’art urbain qui a les pieds dans l’eau

Juste à côté du Pont des Invalides il existe depuis juin dernier un nouveau centre d’art urbain installé sur une péniche, gratuit et ouvert à tous, avec exposition permanente, expositions temporaires, librairie, ateliers…

Dans la vaste cale on peut y découvrir jusqu’au 22 septembre Time Capsule, rétrospective de l’oeuvre de l’artiste new yorkaise SWOON. Je ne connaissais pas son oeuvre mais j’ai beaucoup aimé ces silhouettes très délicates sur milieu urbain.

La collection permanente quant à elle est vraiment impressionnante, je ne m’attendais pas à trouver rassemblés sur une péniche JR, Banksy, Shepard Fairey, Keith Haring ou Invader !

Bref, l’endroit vaut vraiment la visite à l’occasion d’une jolie balade sur les quais de Seine.

FLUCTUART, Pont des Invalides, Paris 7e (accès libre et gratuit).

Dernières (belles) Lectures

Marwan Mansouri, professeur d’histoire-géo, a deux frères, Ali et Foued. Lorsque leur père, qui était garagiste à Clichy depuis des décennies, vient à mourir, ils apprennent qu’il a émis le souhait d’être enterré à Casablanca, et qu’il a désigné Marwan pour l’y accompagner. Leur première réaction est l’incompréhension devant cette décision : toute la famille est en France, leur vie est en France, pourquoi vouloir reposer dans un pays quitté il y a si longtemps ?
C’est sur place pourtant, en retrouvant sa grand-mère et malgré le barrage de la langue, en rencontrant d’anciens amis de son père (formidable personnage de Kabic), que Marwan découvrira d’autres facettes de sa famille et des secrets anciens dont lui et ses frères subissent toujours les répercussions. Découverte d’un pays également, qui n’est plus celui dont son père était nostalgique ni celui que lui-même s’imaginait. D’une très belle écriture, avec délicatesse et beaucoup d’humour aussi, Olivier Dorchamps propose un roman sur l’identité et sur la difficulté d’être l’enfant de deux pays, à la fois arabe en France et français au Maroc.

CEUX QUE JE SUIS, Olivier Dorchamps, Editions Finitude

« De son enfant, nul ne guérit. »
Darius est un petit garçon vivant dans le quartier juif de Tunis lorsque son père libraire est tué durant une émeute ; l’événement tragique le laissera frappé de mutisme. Sa mère Stella va dès lors se battre et travailler d’arrache-pied pour que son fils ait le plus grand destin grâce à de belles études, mais sur sa route il va découvrir le pouvoir de la musique et pouvoir s’exprimer grâce à son prodigieux don pour la clarinette, cet instrument qui « sait tirer de la joie et des larmes »…
Voici une existence toute entière bercée par un air de jazz, de l’enfance tunisienne à l’Europe libérée jusqu’aux tournées sur les routes de l’Amérique ségrégationniste. Porté par son art, Darius finira par faire partie des plus grands et côtoyer Billie Holiday, Miles Davis ou Charlie Parker.
J’ai été très surprise et touchée par cette histoire lumineuse, beaucoup de scènes sont inoubliables (celles de la mort du père ou celle de la rencontre singulière entre le héros et Dinah à Brooklyn), même s’il y a parfois de larges ellipses (je pense aux passages sur la guerre). C’est un roman à la fois sur l’amour d’une mère prête à tout sacrifier pour le seul être au monde qui lui reste, quitte à refuser de refaire sa vie, et sur la musique qui sait apaiser les peurs et calmer les cauchemars. Une magnifique fresque musicale !   

OU BAT LE CŒUR DU MONDE, Philippe Hayat, Calmann-Levy

« Mille Petits Riens » est l’histoire du procès intenté à une sage-femme noire par des suprématistes blancs lui reprochant d’être responsable de la mort de leur petit garçon. Donnant tour à tour la parole à Ruth, à son avocate Kennedy et à Turk, le père, l’auteure traite d’un sujet extrêmement délicat avec beaucoup de pistes de réflexions sur le racisme institutionnel comme sur le racisme au quotidien, celui qui ne veut pas dire son nom même devant un tribunal. La lecture, très prenante, donne l’impression de regarder un de ces films de prétoire américains qui abondaient dans les années 90. Mon premier roman de Jodi Picoult mais certainement pas le dernier !

MILLE PETITS RIENS, Jodi Picoult, Actes Sud

Van Gogh & le Japon Rêvé

J’avais loupé Klimt, je ne voulais pas rater Van Gogh à l’Atelier des Lumières, une exposition numérique qui permet de s’immerger dans les œuvres de l’artiste. J’avais beaucoup aimé l’expérience TeamLab dont le principe était à peu près le même, à ceci près qu’il y avait davantage d’interaction avec le spectateur, c’est-à-dire qu’on pouvait toucher, être submergé d’une pluie de fleurs, se laisser recouvrir de pétales. Ici on est bien plus sage, on s’assoit et on entre dans l’oeuvre grâce à un film d’une demi-heure mettant en valeur les différentes périodes, les couleurs, les coups de pinceaux. Il faut reconnaître qu’en grand format l’effet est indéniable.

J’ai finalement été plus sensible à la partie consacrée au Japon Rêvé, voyage dans le monde des geishas et des samouraïs, des forêts peuplées d’esprits, des estampes et des cerisiers en fleurs… et ce merveilleux envol de lanternes japonaises !

VAN GOGH, LA NUIT ÉTOILÉE * JAPON RÊVÉ, IMAGES DU MONDE FLOTTANT, Atelier des Lumières (Paris 11) jusqu’au 31 décembre *