Rien n’est Noir, Claire Berest

Il faut dire je t’aime quand on a le temps. Après on oublie, après on part, après on meurt.

Lui voulait être admiré du monde entier, elle ne voulait être aimée que de lui. Lorsque la toute jeune Frida Kahlo vient se présenter à Diego Rivera sous prétexte de lui montrer ses peintures, lui est déjà le peintre muraliste le plus connu et le plus adulé du Mexique. C’est le début d’une histoire volcanique que nous raconte Claire Berest (après avoir évoqué son arrière-grand-mère dans Gabriële avec sa sœur Anne, déjà une incursion dans le monde artistique) dans Rien n’est noir, de la liaison entre la souris et l’éléphant. Souvent les biographies artistiques rendent des hommages bienvenus aux femmes qui se cachent derrière des hommes déjà artistiquement reconnus ; mais ici, Diego Rivera reconnaissait déjà Frida comme son égale, et elle connut de son vivant une notoriété à laquelle elle n’aspirait pas forcément. Mais de la même façon que son homme dévorait, à la fois le travail et les femmes, elle s’était forgée sa propre légende.

On ne peut deviner à l’avance celui ou celle qui va vous attraper par la main quand tout dévisse.

Ainsi, après l’Accident qui lui a brisé la colonne vertébrale, Frida est devenue cette femme belle et bancale, audacieuse et passionnée, forte et émancipée dans ses robes à jupons colorés. L’auteure arrive à restituer son existence avec grand brio, en phases jaunes ou bleues puisque le noir n’existe pas, tout juste le gris de ses souffrances, physiques et morales, souffrant autant qu’elle aime, aimant autant qu’elle souffre. Un grand coup de cœur !

RIEN N’EST NOIR, Claire Berest, Editions Stock

La romantique abbaye des Vaux-de-Cernay

Dans la Vallée de Chevreuse, au cœur de la forêt de Rambouillet, on peut admirer les restes d’une abbaye du XIIe siècle au beau milieu d’un magnifique parc : les murs de la nef sont mangés par la végétation, la rosace est digne des plus beaux décors romantiques, la végétation se répand à perte de vue et on peut y visiter une salle capitulaire de style gothique intacte.

La fontaine Saint-Thibault m’a beaucoup plu avec ses angelots démoniaques. La légende dit que boire son eau favorisait la fécondité, mais euuuuh… après toi !

L’endroit vaut vraiment la balade, à noter tout de même qu’une partie du domaine est consacrée à l’hôtellerie et que la visite des ruines est payante le week-end.

Once upon a Time… in Hollywood, l’envers du décor

Il y a tant à dire et à discuter dans chaque film de Tarantino ! Double, quadruple ou multilectures, selon l’angle d’attaque on peut trouver ça génial ou horripilant. Personnellement, j’avais laissé tomber l’affaire depuis quelques films, estimant qu’il avait tendance à se répéter : quelques scènes à potentiel culte, de la musique souvent géniale, beaucoup de violence extrême avec membres explosés en gros plan, pas mal de blabla transitoire, quelques caméos et… des pieds (crades de préférence, chacun son trip) en gros plan. Bref, un beau b*rdel. Mais là, la double affiche Pitt-DiCaprio m’a attirée, et puis les années 60, et puis Hollywood, et puis, surtout, Sharon Tate.
Le film est très long et paraît-il que des spectateurs sortent avant la fin ; ce serait dommage, puisque c’est la fin qui en vaut la peine, clairement. Mais avant d’y arriver, il aligne multitude de scènes (parfois anecdotiques, voir l’apparition de Bruce Lee) qui installent la relation entre un acteur de séries façon Josh Randall qui tente de redonner un nouveau souffle à sa carrière (et pourquoi pas dans les western spaghetti) et sa doublure cascade cantonnée au rôle d’homme à tout faire (Brad Pitt, qui décidément, vieillit très très bien). Entre découragements, fausses promesses et désillusions, la machine Hollywood est en marche et broie tout ce qui passe. On est quand même loin du rêve que seuls quelques uns ont atteint.

Et puis, en marge de ce monde doré où les villas surplombent les studios sur les pentes de Los Angeles, il y a quelques hippies, dont ce groupe de très jeunes femmes qui se baladent en chantant, font les poubelles et vivent dans un décor de ranch abandonné. Le personnage de Brad Pitt va les croiser dans une scène où l’on retient véritablement son souffle – elle est loin l’ambiance peace and love. Il se trouve que ce groupe en particulier vit sous la coupe d’un certain Charlie qu’on ne verra que fugacement, le fameux Manson qui commanditera le meurtre de puissants. Et là, il faut vraiment connaître l’histoire de l’assassinat de Sharon Tate et de ses amis pour goûter l’ironie de la fin du film. J’ai trouvé l’idée excellentissime : la revanche 50 ans après, ou bien un hommage à une jeune actrice victime de la folie d’un homme ?
A ce sujet, il faut lire absolument « The Girls » d’Emma Cline (10/18) auquel j’ai beaucoup pensé durant le film , qui relate de façon romancée la façon dont de jeunes gens pouvaient tomber sous la coupe d’un gourou , au point d’accepter d’accomplir l’impensable.

ONCE UPON A TIME IN… HOLLYWOOD, un film de Quentin Tarantino avec Brad Pitt, Leonardo DiCaprio, Margot Robbie… actuellement en salles.

Romy, une longue nuit de silence

J’avais 10 ans lorsque Romy Schneider est morte, et je m’en souviens encore. Je m’en souviens parce qu’il y avait peu d’actrices de cette envergure qui fut aussi proche des français, elle qui nous venait d’Allemagne ; je m’en souviens parce que je trouvais que ma mère lui ressemblait, parce qu’à la maison c’était ambiance film de Claude Sautet avec des repas d’adultes à n’en plus finir dans la fumée des cigarettes ; je m’en souviens parce que j’étais surnommée Sissi à cause des films en crinoline qui firent sa gloire et furent sa malédiction. Ces détails personnels pour raconter comme cette actrice a une place à part de mon point de vue, avec ce talent et cette photogénie qui n’appartenaient qu’à elle et ce destin tragique qui contribua à sa légende. J’ai lu quelques biographies dont certaines m’ont atterrée, car le point de vue était parfois aussi putassier que la presse de caniveau qui lui faisait horreur : la tragédie, ultime, toujours.

J’ai ouvert le livre de Sarah Briand et je ne l’ai plus refermé. Le point de vue adopté est infiniment respectueux et pudique, à la fois au plus près de la femme mais à la distance parfaite pour préserver une aura trop souvent entachée. Le récit est à la fois précis grâce à une enquête approfondie qui permet de se détacher de son sujet pour mieux en parler, mais pas trop appuyé. Et puis surtout il y a beaucoup d’amour engagé dans ce portrait de femme blessée, l’amour des proches, l’amour des hommes, l’amour éternel d’un seul homme qui livre un morceau d’intimité unique et émouvant, l’amour d’une auteure pour son sujet. Magnifique hommage !

Photo Robert Lebeck

ROMY, UNE LONGUE NUIT DE SILENCE, Sarah Briand, Fayard

Si Joli Village de l’herbe

De retour de balade de ci et de là avec des photos plein les appareils, des couleurs plein la tête et des lumières plein les yeux ! J’espère que pour toi l’été se passe en douceur, que tu partes en vacances ou non. Je m’efforce de trier les clichés, chose que j’ai tendance à repousser systématiquement (je n’ai toujours pas fini de classer New York 0_0 ), souvent pour cause de technique récalcitrante (oh l’excuse… mais elle est véridique !).

Je voulais commencer par te faire visiter la première étape de nos vacances : invitée à dédicacer dans mon sud-ouest adoré, j’ai pu me promener sur la presqu’île du Cap-Ferret que finalement je connaissais assez mal (alors que je connais très bien le côté Arcachon-Dune du Pilat juste en face), et j’ai eu un énorme coup de cœur pour le Village de l’Herbe si pittoresque, un port ostréicole aux cabanes typiques. Moi qui aime tant les vieux volets clos, les fleurs, les couleurs, les ruelles… j’étais servie !

C’est pas joli tout ça ? Tu le sens le petit vent d’air salé ?