Premières Lectures de 2019

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« Le bonheur n’existe vraiment que dans la peur de le perdre. Il ne s’apprécie que si on en a conscience. »

Juillet 42. Esther est une jeune juive de 20 ans qui erre dans le Paris triste de l’Occupation, seule et effrayée tandis que ses parents viennent d’être arrêtés. Au hasard des rues, elle croise le chemin de l’élégante Thérèse Dorval, qui la prend sous sa protection.
Esther est immédiatement fascinée, et même troublée par le comportement de Thérèse, femme libre et indépendante dans une société éminemment patriarcale. Avec elle elle va découvrir un univers inconnu, celui des garçonnes et des cabarets ; car au tragique déjà intense de la situation l’auteur ajoute un interdit supplémentaire, celui de l’amour entre deux femmes. L’existence d’un mari violent va bouleverser la relation des deux héroïnes et précipiter leur émancipation en provoquant leur fuite. De Paris à la Bretagne, Olivier Merle raconte une passion interdite rendue dangereuse par l’époque et les conventions (même si, hélas, le combat pour cette simple liberté d’aimer est toujours d’actualité), où l’on croisera des personnalités intrigantes (comme Moune, la tenancière de cabaret) et émouvantes et où le romanesque l’emporte souvent sur l’Histoire.

Libre d’Aimer, Olivier MERLE, XO Editions ★

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« La fleur de l’âge, a-t-on l’habitude de dire, pour qualifier gentiment cette étape alors même que la maturité rayonnante commence déjà son déclin. Le papillon à peine éclos ouvre ses ailes le temps d’une journée. Le soir venu il les referme dans une ultime vibration de bonheur. »

Billie est une artiste parisienne en pleine préparation de sa prochaine exposition. Un coup de téléphone lui apprend que sa mère Louise, dont elle s’était éloignée, a été retrouvée noyée dans une rivière. Il lui faut retourner à V., le village de l’enfance, le village des souvenirs, le village qu’elle a fui après un drame survenu 20 ans plus tôt.
Cette rivière maudite est le point d’ancrage qui coule entre trois générations de femmes, dans un paysage sauvage écrasé par le soleil. Que cache la ville de V. ? Pour avancer Billie devra y déposer ses valises de remords trimballées depuis son départ et défaire des noeuds de non-dits et de secrets nichés dans des lettres cachées, allant à la rencontre de sa mère Louise la solaire et de sa grand-mère Adèle. Mais peut-on vraiment échapper à ce qui ressemble à une malédiction familiale ? C’est un très beau roman sur la transmission, l’amitié, la trahison et le poids du chagrin pesant sur une famille.

Les Heures Solaires, Caroline CAUGANT, Arpège ★

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« Grâce à tes articles, grâce à ta réflexion sur la psyché humaine, des milliers de femmes cesseront de se battre contre des moulins à vent, conscientes que la passion n’est qu’un leurre, la famille, une prison, et le travail, un fardeau d’inquiétude. »

C’est l’histoire d’une chute irrémédiable et sans fin, celle d’une femme qui ne sait plus exister ni parler qu’à travers les effluves d’alcool. Enfermée chez elle et renfermée sur elle, la narratrice (tour de force de Denis Michelis que d’avoir su poser « Je » sur de terribles aveux) tangue d’un trou noir à un autre dans cette dérive terrifante.
Ni son grand fils Tristan dont on perçoit la grande souffrance, ni son mari absent, ni sa voisine (et ancienne amie) n’ont su faire, dire ou aider, pas plus que le corps médical lors d’une précédente cure de désintoxication. Ils ne peuvent plus qu’assister impuissants, alors que l’on devine bien qu’ils sont passés par tous les stades de réaction, jusqu’à atteindre leurs propres limites. On ne connaîtra pas les raisons (faut-il les connaître d’ailleurs ?) d’un désespoir assez profond pour pousser à ce lent suicide de la narratrice qui semblait avoir tout pour être heureuse, entre sa famille, sa jolie petite maison à l’orée d’une forêt dans laquelle elle se terre à présent, un métier (journaliste, ironie du sort, pour un magazine de bien-être) qui ne lui apporte ni ne lui demande plus rien. Portrait brutal et sans tabou, lu d’une traite, d’une femme qui se détruit à grand feu, sombrant dans la panaoia et dans le rejet violent du monde.

Etat d’Ivresse, Denis MICHELIS, Editions Noir sur Blanc ★

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