Londres Illuminé

Fin Novembre, tout premier week end à Londres, et avec un peu d’avance sur la France le coeur de Noël y battait déjà très fort ! Nous avons été épatés par les illuminations gigantesques et omniprésentes, à rendre les Champs Elysées rouges de jalousie.

Hommage à Queen dans Carnaby Street avec les paroles de Bohemian Rhapsody…

Je t’en reparlerai certainement tant j’ai aimé cette ville grouillante, vivante, musicale, colorée… En attendant, je te souhaite un

JOYEUX NOEL !

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« 37, Etoiles Filantes », sous le ciel de Paris

1937, Paris. Alberto Giacometti, le sculpteur, s’est mis en tête de régler son compte à Jean-Paul Sartre, le philosophe, pour réparer un affront maladroit. Nous voici entraînés à sa suite dans une balade énergique à travers le Montparnasse des arts et des lettres, clopin-clopant sur ses béquilles, arpentant les trottoirs de rue en rue, de café en atelier, de bordel en terrasse. La vie est bouillonnante dans ce quartier, les idées fusent et les artistes se bousculent, virevoltant d’une oeuvre à l’autre, d’un amour à l’autre, on peut dans le même temps et sans s’en émouvoir plus que ça être percuté par la voiture d’une américaine, se voir impliqué dans un assassinat et soupçonné de terrorisme, quitter (ou pas) une femme et en rencontrer une autre dans la foulée, faire des projets d’Amérique… la tête est à l’insouciance, plus pour longtemps.

Dans ce récit rocambolesque, Jérôme Attal redonne vie, apparence et parole à ces grandes figures des Montparnos (Anaïs Nin, Antonin Artaud, Pablo Picasso…), des adultes qui auraient oublié de grandir, où l’exubérance affronte la philosophie. Le pauvre Sartre qui n’est pas franchement peint à son avantage (mais où se cache le Castor ?), ne sachant pas ce qui se trame derrière son dos, ne se soucie que de la parution prochaine de sa « Nausée », tandis que le fantasque sculpteur tourbillonnant à ses trousses se rapproche inexorablement.
On retrouve la malicieuse plume de l’auteur des « Jonquilles de Green Park », son goût pour les jeux de mots (assaisonné par ci par là de références bien contemporaines) dans cette comédie loufoque et inspirée sur la vie, ou plutôt les vies, de Montparnasse.

Pourquoi se laisse-t-on toujours démolir par un commentaire négatif, fût-il sous une pluie de compliments, le parapluie noir dans la chorégraphie d’ombrelles blanches ?

Le sourire, c’est une bonne défense. C’est la ligne Maginot de l’âme.

37, ETOILES FILANTES, Jérôme ATTAL, Editions Robert Laffont

Avec Elle / Sans Elle

Coline et Jessica sont des jumelles de 6 ans. Leur existence va basculer un soir de feu d’artifice à cause d’une punition, d’un lacet défait, d’un bracelet lumineux… Sur ce même point de départ, Amélie Antoine et Solène Bakowski se sont lancées dans le projet très original d’écrire chacune sa version de l’histoire, à la façon de romans jumeaux. Rien que l’idée est vraiment emballante ! On peut lire les histoires indépendamment ou à la suite l’une de l’autre, selon qu’on choisira la version « Avec Elle » (Solène) ou « Sans Elle » (Amélie), mais il est certain qu’après avoir terminé l’une des histoires on a très vite envie d’enchaîner avec sa « jumelle ».

Dans « Avec Elle », les deux soeurs grandissent ensemble, ou plutôt l’une contre l’autre ; de caractère très différent, elles développent une relation toxique, tandis que leurs parents Patricia et Thierry restent aveugles à leurs tourments, entièrement tournés vers leurs propres soucis. Alors que Coline éprouve un ressentiment grandissant envers sa soeur qu’elle ne cessera pourtant jamais de protéger, Jessica terrifiée par la peur de l’abandon cherche à garder la lumière sur elle et l’ascendant sur sa soeur, jusqu’au point de non-retour. Dans « Sans Elle », la famille est dévastée par la disparition de l’une des fillettes. Il va leur falloir apprendre à vivre avec le manque et le chagrin, et alors que chacun des parents réagit complètement différemment au drame, la soeur qui reste doit s’efforcer d’avancer dans la vie avec la sensation d’être incomplète.

Ce sont deux histoires bien plus noires qu’il n’y parait, avec des portraits très forts et psychologiquement très fouillés. On y croise les mêmes circonstances et pas mal de personnages en commun, des points de bascule assez similaires, ainsi que l’occasion d’une réflexion très intéressante sur le destin. Une expérience littéraire vraiment audacieuse !

AVEC ELLE, Solène Bakowski / SANS ELLE, Amélie Antoine, Michel Lafon

Pupille, peau à peau

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La mère de Théo a décidé d’accoucher sous X, avec la possibilité de se rétracter durant 2 mois. Durant ce laps de temps, les services de l’aide sociale prennent en charge le nourrisson. Alice, 41 ans, attend depuis 8 ans de se voir confier un enfant… « Pupille » suit le processus d’adoption du petit garçon, de sa naissance jusqu’à son arrivée dans son nouveau foyer.

Lorsque les lumières de la salle se rallument les mouchoirs sont de sortie, difficile de garder un oeil sec devant l’histoire de Théo et cette incroyable chaîne humaine qui s’est mise en fonctionnement afin de permettre la rencontre d’une mère et de son fils. Jeanne Herry raconte avec force détails ce parcours des combattants (voir le discours très réglementé mais ni moraliste ni exempt de compassion de l’accueillante, seule personne en contact avec la mère biologique), sans jamais oublier l’émotion : pour appliquer des règles et des lois à la lettre afin de protéger les uns et les autres, les services sociaux n’en sont pas moins constitués d’êtres humains avec leurs propres soucis et leur propre sensibilité.

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Bien sûr, tout n’est pas si simple, le chemin est semé d’embûches, de souffrance et de déceptions – et de hasards aussi, jusqu’à faire de chaque rencontre finale un véritable petit miracle. La réalisatrice filme au plus près de ses personnages, à fleur de leur peau, pour montrer l’anxiété d’une candidate à l’adoption, le duvet de la joue d’un bébé, la lassitude d’un travailleur social ou la douceur d’une main enveloppante et rassurante. Elle met aussi l’accent sur l’importance de la parole, celle qu’on transmet et celle qu’on reçoit.

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Les acteurs sont d’une justesse folle, d’Elodie Bouchez (sa ténacité, son sourire) en passant par Gilles Lellouche (sa tendresse et ses doutes) ou Sandrine Kiberlain (discrète amoureuse accro aux bonbecs). Un petit bonheur de film qui met du baume au coeur et un peu de foi en l’humain, ce qui n’est pas négligeable ces temps-ci.


PUPILLE, un film de Jeanne HERRY, avec Elodie Bouchez, Gilles Lellouche, Sandrine Kiberlain… actuellement en salles 

Mucha au Musée du Luxembourg

Adolescente je raffolais des illustrations féminines de Mucha, j’en collais sur mes cahiers d’étudiante et en reproduisais des parties, fascinée par ces détails, ces symboles et ces formes mi-féminines mi-végétales. C’est donc un réel plaisir que les découvrir, cette fois « en grand ».

Le tchèque ALPHONSE MUCHA s’est fait connaître grâce à ses talents d’affichiste dans les années 1890 à Paris. Après avoir créé avec succès une illustration pour une pièce de théâtre de Sarah Bernhardt, il produit multitude de panneaux décoratifs, développant un style reconnaissable entre tous avec ses jeunes femmes cernées de motifs floraux, d’arabesques et aux chevelures sans fin – un genre qui finira par incarner l’Art Nouveau.

Mais Mucha est aussi peintre, sculpteur ou photographe, sa manière évolue et il se lance dans le projet de fresques consacrées à l’épopée de son peuple slave. L’exposition du Musée du Luxembourg détaille de façon très claire chaque étape de sa carrière – et il est amusant de constater que la popularité de ses affiches a conduit à la création de multitude de produits dérivés comme des bijoux, des emballages de savons ou des boîtes de biscuits. Ainis naquit le marketing !

ALPHONSE MUCHA, jusqu’au 27 janvier 2019 au Musée du Luxembourg, Paris 6e.

L’Ecart, retour à la vie sauvage

Amy Liptrot a grandi sur une île de l’archipel écossais des Orcades, entre un père malade, une mère évangéliste et son frère Tom. A 18 ans elle réalise enfin son rêve d’évasion en partant pour Londres, en quête de sensations nouvelles et d’expériences extrêmes sans se soucier des conséquences, tourbillon perpétuel où elle ne parvient pas à trouver sa place : l’alcool prend alors possession de son existence. Dépassement des limites, chute, désintox… Amy va d’échec en échec (pour garder son petit ami, son boulot, ses colocataires…). Après 10 ans, c’est le retour sur les îles, et le début d’un très lent rétablissement.

L’île est chaque jour plus petite, la falaise plus découpée et creusée plus profondément. De même, la vie est chaque jour plus triste, mais plus intéressante. Les coups et les blessures, telles des cicatrices sur le littoral, se creusent et s’effacent en permanence.

Avec une franchise étonnante, Amy Liptrot cherche à comprendre les causes de son alcoolisme, détaille les émotions et les sensations procurées par l’abstinence. Toute fin d’addiction laissant place au vide, il faut la remplacer par quelque chose : employée pour recenser le Râle des genêts (une espèce de caille), l’oiseau devient pour un temps son obsession, au point même de se faire surnommer l’épouse du roi caille par les orcadiens. Elle prolonge son séjour sur l’île et va même en explorer d’autres, suivant le rythme du temps et des saisons. Parcourant sans fin des pans de terres isolées, au bord des falaises déchirées par le vent, on ne sait plus à certains passages si elle parle de la nature ou bien d’elle : « (…) je comprends pourquoi les turbulences atmosphériques perturbent le parcours de la lumière. C’est donc la lutte qu’elle mène pour nous parvenir qui la rend si belle. » Récit intense, captivant et inoubliable d’un retour à la nature et à la vie.

L’ECART, Amy Liptrot, Editions Globe

« La Méthode Bullet Journal », rencontre avec Ryder Carroll

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Il y a deux ans à peu près une méthode d’organisation a commencé à faire fureur en France : le Bullet Journal, Bujo pour les intimes, initié par l’américain Ryder Carroll. 

L’idée est, à l’aide d’un simple carnet et d’un crayon, de réunir en un seul et même endroit notes, emplois du temps, tâches à accomplir, pensées, objectifs… si tu es adepte des listes et des post-it baladeurs (comme moi), tu devines immédiatement l’intérêt. En naviguant sur le net, en regardant des vidéos ou des tableaux Pinterest, je me suis penchée sur le système, mais à ma façon : oserai-je l’avouer, si je me suis équipée d’un de ces fameux cahiers Leuchtturm1917 et y ai reporté mes rendez-vous, listes de choses à faire et autres emplois du temps, j’y ai surtout trouvé le prétexte à laisser libre cours à mes gribouillis et autres petites fleurs. Sur la toile, tu trouves des pages d’agenda magnifiquement décorées, et je trouvais ça stimulant. Bref, je me suis un peu éloignée de l’idée initiale.

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Du coup, lorsque Psychologies Magazine a proposé une rencontre avec le créateur en personne, à l’occasion de la parution chez Mazarine de « La Méthode Bullet Journal« , quelle chance ! L’occasion de rencontrer une personne passionnante et élégante qui a bien voulu nous donner de précieuses pistes pour démarrer un bujo, ce qui m’a permis de revenir aux fondamentaux de la méthodologie : sans rentrer dans le détail, l’idée est d’organiser ses idées grâce à un codex détaillé (collections, puces…) et la pratique de l’écriture rapide. Le but est de se désencombrer l’esprit en mettant de côté les distractions et en se recentrant sur l’essentiel. En notant, on prend le temps (davantage qu’en tapant sur un clavier), on prend du recul, et ce faisant on identifie ce qui est vraiment essentiel.

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Je me suis dit « oups ! » lorsque Ryder Carroll a suggéré que l’usage de couleurs dans un bullet n’était que distraction, mais il a aussi dit que le bullet était comme une maison vide que l’on pouvait remplir et décorer comme on veut, et c’est bien cela en fait : le bujo est un outil éminemment personnel qui ressemble fortement à son propriétaire. Envie d’essayer 🙂 ?

LA METHODE BULLET JOURNALRyder Carroll, Editions Mazarine