Miss Tic à Trouville

20181028_122519

J’aime tellement les figures féminines de Miss Tic, toujours accompagnées d’une petite phrase poétique qui prête souvent à réflexion, et que je croise parfois dans les rues parisiennes. Alors bien sûr, profitant d’une escapade à Trouville je me suis mise en chasse !

20180925_14002120181028_122651

A l’occasion d’une exposition de ses féminins pochoirs dans une galerie d’art de Deauville, l’artiste a essaimé ça et là quelques oeuvres. Je n’ai pas retrouvé les dix (d’autant que l’une d’elle a été priée de se mettre à l’abri des regards O_O ), mais j’étais vraiment ravie de dénicher celles-ci au hasard des rues ou des cabines de plage.

20181028_12523720181028_131357

(Celle-ci avec Marguerite Duras se trouve devant la bibliothèque… elle est vraiment superbe, non ?).

20181028_132017

Foujita Moderne

DSC00686

Le peintre franco-japonais Foujita a été l’une des grandes figures du Montparnasse des années 20. Cinquante ans après sa mort, après avoir fait l’objet d’une exposition au musée Maillol, divers évènements et expositions ont lieu dans le département de l’Essonne (où il s’est installé à la fin de sa vie) tout au long de l’année. A Gif-sur-Yvette, le château du Val-Fleury a choisi de croiser de grandes compositions de l’artiste avec des oeuvres de la collection du Fonds départemental d’Art Contemporain. Certaines oeuvres semblent se répondre alors que des décennies les séparent, dans un lieu qui permet une déambulation agréable.

DSC00674

De grandes compositions rappellent la prépondérance du blanc dans son oeuvre, blanc des corps et blanc du fond.

DSC00675DSC00679

Omniprésents également, les chats, et la Muse, Youki.

DSC00685DSC00678

En réponse, des photos, des installations, une vidéo, de la céramique ou encore de l’origami.

20181021_15071320181021_150856

DSC00669

A découvrir au Château du Val-Fleuri de Gif-sur-Yvette jusqu’au 13 janvier 2018. Entrée Libre.

Le Grand Bain, l’esprit d’équipe

5186667

Bertrand, Marcus, Simon, Laurent… une bande de quinqua se retrouve sur le bord d’une piscine pour réaliser un défi fou : participer au Championnat du monde de natation synchronisée masculine…

Comment et pourquoi ces gars-là ont-ils choisi la natation synchronisée ? on ne sait pas trop, et dans le fond on s’en moque (même si le chlore ça passe vachement bien à l’écran quand c’est bien filmé). Sur le papier ça parait dingo, mais pas plus finalement que d’essayer de faire entrer un carré dans un rond – et inversement. Gilles Lellouche s’est emparé de personnages d’hommes abimés qui se demandent où sont passés leurs rêves et vieillissent avec leurs faiblesses et leurs fragilités, leurs bides et leurs rides ; car attention le fond (de la piscine) est tristoune, la dépression rôde et les héros sont loin, très loin, entre musicien raté, chômeur dépressif, escroc de bas étage, père divorcé ou veilleur de nuit lunaire mais pas moins solitaire. Mais lorsqu’ils se verront proposer une possibilité de se dépasser, ou simplement d’exister, ils trouveront dans leur drôle d’équipe le courage d’aller jusqu’au bout – parce qu’ensemble, c’est bon de le rappeler, c’est toujours mieux.

1839158

Evidemment on s’attend à un Full Monty à la française, impression confortée par la première demi-heure, mais ensuite le film prend son envol pour ne plus ressembler qu’à lui-même, grâce surtout à ses interprètes. Car le casting est en or massif, impossible de départager les acteurs tellement ils excellent, même si Philippe Katerine se détache sensiblement du lot avec son personnage sensible et irrésistible ; les filles sont tout aussi impressionnantes, Marina Fois, Leila Behkti et Virginie Efira.
Tu l’as compris, on n’est pas dans la comédie française qui se bidonne, non c’est beaucoup mieux : une histoire tendre et intelligente dont on ressort avec le sourire après avoir fait le plein d’émotion.

1895408

LE GRAND BAIN, un film de Gilles Lellouche avec Mathieu Amalric, Virginie Efira, Guillaume Canet, Leïla Bekhti, Benoît Poelvoorde, Marina Foïs… en salles le 24 octobre.

Au Loin, envoûtant western

IMG_20181022_111128_976

Håkan et son frère Linus ont été envoyés de Suède jusqu’aux Etats Unis par leurs parents, dans l’espoir qu’ils y trouvent une vie meilleure. Séparés lors du voyage, Håkan – rebaptisé Hawk – n’a plus qu’une idée en tête : traverser le pays, à pied s’il le faut, pour rejoindre son frère à New York.
Vont dès lors se succéder les paysages : plaines immenses et vides, montagnes de sable et de roches, et les rencontres : trappeurs, prospecteurs, indiens, tenancière de saloon…
Quel texte ! le western vu de l’intérieur, la conquête de l’or vécue à rebours par un jeune garçon plutôt naïf et guidé par son unique loyauté, qui va grandir en âge et en expérience (sans compter la taille !) au gré de ses aventures, devenant bien malgré lui une légende parmi les colons. Confronté à la cruauté, à la cupidité ou à l’ignorance, notre personnage trouvera refuge dans une nature pas vraiment hospitalière, à l’épreuve de la solitude la plus extrême et perdant la notion du temps, jusqu’à ce qu’être humain et nature ne fassent quasiment plus qu’un. Un magnifique texte très prenant de la première à la dernière page, jusqu’à ses dernières lignes envoûtantes.

(…) Rien, dans la nature, n’est définitif – il n’est de fin qu’éphémère, car chacun porte en lui de nouveaux commencements.

 

AU LOIN, Hernan Diaz, Delcourt Littérature

 

Merci à Babelio & à Delcourt pour cette belle découverte

Petite déception pour « Un Monde à Portée de Main »

IMG_20181012_095724_731

Paula, Kate et Jonas se rencontrent à l’Institut de peinture de Bruxelles où ils viennent d’entrer pour six mois d’apprentissage. Aspirant à devenir peintres en décor (et en trompe l’oeil plus particulièrement), ils doivent acquérir la maîtrise à la fois de l’oeil et de la main, un apprentissage difficile et physique avec souvent la tentation de l’abandon et un avenir pas forcément linéaire.
Dans « Un monde à portée de main », nous suivrons plus particulièrement Paula, alors que sur le seuil de sa vie d’adulte elle se jette à corps perdu dans la peinture, découvrant le travail et l’émulation de groupe, le pouvoir de la création mais aussi les désillusions qui vont avec, car malgré sa vocation, son talent évident et son aptitude à se voir confier des projets importants, elle vogue de chantier en chantier, et de Cinecitta à Lascaux doit franchir le barrage qu’on lui oppose entre les « faussaires » et les « vrais » peintres.
S’il s’agissait d’un documentaire sur l’art du trompe l’oeil, d’une thèse sur le réel et le factice, alors l’ouvrage serait parfait tant il abonde en explications et en jargon technique. Mais puisque l’on est bien ici dans un roman, ses personnages m’ont semblé rester toujours à la surface comme ce marbre qu’ils polissent. En dépit de ce lien fort qui unit Paula et Jonas (pauvre Kate totalement subsidiaire dans la vie et dans l’écrit), je suis toujours restée à distance, ni touchée ni passionnée, et malgré ce très beau thème si particulier je me suis perdue dans un texte taillé à coups de longues phrases alambiquées.

Paula a imaginé la grotte sous la terre, sa beauté retirée, la cavalcade des animaux dans la nuit magdalénienne, et elle s’est demandé si les peintures continuaient d’exister quand il n’y avait plus personne pour les regarder.

UN MONDE A PORTEE DE MAIN, Maylis de Kerangal, Editions Verticales

Balade dans les Serres d’Auteuil ❀

DSC00460

J’ai un faible pour ces serres incroyablement photogéniques, mélange de verre et d’acier d’où tente de s’échapper une végétation luxuriante et exotique. J’aime déjà beaucoup celle du Jardin des Plantes mais je n’avais encore jamais visité celles d’Auteuil. Créé sous Louis XV, le jardin est constitué de cinq serres principales abritant collections de plantes, fougères, orchidées, palmiers, volière…

DSC00427

DSC00430DSC00433DSC00435DSC00436DSC00437

DSC00445

J’aime bien ce côté « abandonné à la nature », aussi… bon ok, j’ai eu beaucoup de mal à sélectionner des photos !

DSC00451

DSC00470DSC00474DSC00476DSC00477DSC00483DSC00488DSC00490DSC00492DSC00493

 

Face au géant Roland-Garros, splendide balade dans une paix totale avec dépaysement assuré !

 

JARDIN DES SERRES D’AUTEUIL, entrée libre, avenue Gordon Bennett, Paris 16e

Coup de ♥ pour le Madeleine Project

IMG_20181008_165259_300

Quiconque s’est retrouvé dans l’étrange situation de vider l’appartement, la cave ou le grenier d’un parent ou proche disparu s’est forcément heurté à cette question existentielle et vertigineuse : que reste-t-il de nos vies ? Des photos, des livres, des vêtements, des valises pleines ou vides qui prennent la poussière ou ont moisi, des cahiers d’écoliers, des boîtes à trésor qui n’ont de valeur que pour celui ou celle qui les accumulées ? Que faire de tout ceci, de cette mémoire de petits ou de grands riens vouée à la disparition ?

Ces questions, Clara Beaudoux s’y est trouvée confrontée le jour où elle a ouvert la cave pleine à ras bord des affaires de la précédente occupante de son studio, une vieille dame disparue un an auparavant. Décidant de partager une à une ses trouvailles et ses interrogations sur Twitter, elle ignore encore dans quel projet elle s’engage, une véritable enquête humaine qui la mènera bien plus loin qu’elle n’imaginait.

C’est ce travail d’abord de découverte puis d’enquête que l’on suit progressivement, message après message et photo après photo (dans un pavé de 600 pages qui se dévore !), comme un puzzle qui reconstituerait l’existence de Madeleine. Deviner son métier (institutrice), supposer le prénom de son amoureux (et la disparition prématurée de celui-ci), retrouver ses diverses adresses, découvrir la liste de ses voyages, noter ses goûts, se demander aussi si elle aurait apprécié de savoir sa vie disséquée. Peu à peu Clara sort des murs de la cave en élargissant son enquête au voisinage, à la famille lointaine, aux anciens élèves… jusqu’à impliquer et passionner des classes entières pour le projet !
Saison après saison (il y en a 4 dans cette version publiée au Livre de Poche), le mystère Madeleine se dissipe, mais arrive-t-on jamais à cerner complètement une vie ? Car une piste en lance une autre, un indice en enchaîne d’autres, et même l’auteure semble éprouver des difficultés à boucler son enquête et à abandonner Madeleine.
Est-ce de la littérature ? en tout cas c’est une très belle histoire qui émeut et incite au questionnement.

 

MADELEINE PROJECT, Clara Beaudoux, Le Livre de Poche

Pages d’Automne

Léa et sa famille ont quitté Paris pour une petite station balnéaire bretonne où son père a trouvé du travail dans le journal local. L’occasion d’une nouvelle vie, presque des vacances, sauf que Léa ne décolère plus envers ses parents, obligée de laisser derrière elle ses amis, son lycée, son amour. Et puis un soir de concert, elle disparaît…
C’est son frère qui raconte, d’abord l’angoisse, la peur, l’incertitude insoutenables depuis la disparition, puis l’implosion de la famille, la mère qui part, le père qui s’efforce de ne pas perdre pied, les réactions de chacun si différentes à la douleur, les reproches mutuels. Antoine quant à lui cherche à se vider la tête et à épuiser son corps dans la mer en pratiquant le surf, en se rapprochant de Chloé aussi. Lorsque Léa est enfin retrouvée, le cauchemar n’est pas forcément terminé… Comme à l’accoutumée, Olivier Adam dépeint comme personne une petite cité bretonne calme, si calme en basse saison, où tout finit par se savoir et où les rumeurs se répandent à la vitesse d’une vague, une ambiance qui imprègne insidieusement les relations entre les personnages. Il sait raconter avec simplicité et en de courtes phrases la rage des adolescents, la peur et le chagrin aussi, comme il l’avait déjà tellement bien fait dans « Je vais bien, ne t’en fais pas », qui racontait déjà comment une famille s’efforçait de tenir tête au drame et à l’absence. Un court roman qui se dévore à l’intention des adultes mais aussi des plus jeunes lecteurs.

LA TETE SOUS L’EAU, Olivier Adam, Robert Laffont

 

Quel bonheur ce livre hors du temps, quelle bulle d’apaisement où l’on suit les débuts de Hatoko en temps qu’écrivain public dans la petite papeterie de Kamakura tenue jadis par sa grand-mère. Au fil des demandes (mots d’amour ou d’adieu, de retrouvailles ou d’apaisement), on prend le temps de choisir son papier ou son encre, ses mots et son écriture. on prend le temps de savourer un repas à l’ombre des cerisiers en fleurs, de se faire une place parmi la communauté du quartier et de se réconcilier avec ses souvenirs et avec sa vie. Il fait bon se laisser surprendre par cette écriture aussi délicate qu’une calligraphie japonaise.

LA PAPETERIE TSUBAKI, Ito Owaga, Editions Philippe Picqier