« Reviens », drôle et tendre

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C’est l’histoire d’un écrivain qui cherche l’inspiration, se dispute avec son ex-femme, fait des listes de promesses, est obsédé par Pline et les mariées de télé-réalité, fait des rêves remplis de vendeurs d’Amazon et se creuse la tête pour trouver le sens d’une légende Inuit. Mais si, dans le fond, tout cela ne cachait qu’une seule et même chose : que son grand fils, parti faire un long voyage, lui manque ?

En vérité, j’attendais que l’écriture me tombe dessus. Qu’un matin, elle me réveille. Qu’elle me sorte, qu’elle me soulève, qu’elle me parle, qu’elle m’enlève, qu’elle me caresse, qu’elle me frappe, qu’elle me brûle. J’attendais que l’écriture me sauve la vie, qu’elle m’arrache à cette vie.

Je crois bien que c’est le premier roman de la rentrée littéraire que je lis le sourire aux lèvres, il faut dire que les péripéties qui tombent en cascade sur le narrateur ne manquent pas d’inventivité ni de fantaisie : comment, en cherchant vainement un exemplaire de son dernier ouvrage qui a été pilonné, peut-il bien se retrouver en train de faire la lecture d’un roman de son principal rival à des Raymonde endormies, à s’inquiéter sincèrement pour son inspecteur des impôts ou à promener un canard dans le RER ?
A la fois tendre et drôle, « Reviens » est écrit avec une délicieuse autodérision sur l’état d’écrivain vivant légèrement hors du monde réel et de ses tracas bureaucratiques, cachant à peine sous des situations burlesques et une fausse naïveté un constat joliment enrobé de mélancolie sur le temps qui passe et les enfants qui grandissent et finissent par partir, inéluctablement.

Je crois que le coeur ne ferme jamais ses portes, il laisse l’amour entrer et sortir. C’est empli de courants d’air un coeur. C’est une tempête. C’est vivant.

 

REVIENS, Samuel Benchetrit, Editions Grasset

Les Extatiques, parcours artistique à La Défense

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En plus de dix ans à arpenter les rues parisiennes je n’avais jamais fait qu’apercevoir la Grande Arche de la Défense de très loin. L’occasion d’aller au bout de la ligne en mode touriste s’est présentée lorsque pour ses 60 ans, neuf artistes ont été invités à imaginer dans le quartier un parcours au milieu des fameuses tours. Banc géant, tournesols, arbres fantômes, immeuble renversé, cadre à Instagram… des jeux d’échelle parfois poétiques et souvent renversants !

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A commencer par un dédale fleuri de 400 tournesols imaginé par Fanny Bouyagui où l’on peut se perdre en oubliant les immeubles alentours… ou en apprécier autrement la perspective.

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Auntie Maria est une géante indienne peinte à la main, installée ici par les soins d’Hanif Kureshi.

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Leandro Erlich bouscule les murs et nous fait perdre la notion de l’espace. Impressionnant et efficace !

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Vincent Lamouroux a recouvert les arbres d’une sorte de voile blanc (inoffensif pour les arbres) comme pour les figer dans le temps.

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Nous n’avons pas tout vu ni tout apprécié de la même manière, mais cette exposition à ciel ouvert nous a permis d’aborder pour la première fois un quartier inconnu d’une façon insolite.

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Exposition « LES EXTATIQUES », jusqu’au 21 octobre à Paris la Défense.

La Vraie Vie, roman phénomène de la rentrée

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Son père est chasseur, violent, imprévisible. Sa mère, une « amibe » craintive et inexistante. Son petit frère Gilles, suite à un terrible accident, est devenu triste, mutique et cruel. Elle, 10 ans au début de l’ouvrage, voudrait remonter le temps pour retrouver le petit garçon complice d’avant, mais comme dans la vie ça ne se passe pas toujours comme dans un film, pour cela il faudra qu’elle devienne Marie Curie.

Dès les premières lignes, l’univers est planté. Et il faut avancer un peu plus loin dans la lecture pour déterminer si ce que l’on lit est drôle ou tragique, en tout cas complètement à part. Cette fillette que nous allons suivre tout au long de son adolescence, narratrice sans prénom mais qui aime donner des surnoms aux autres, va rapidement découvrir que la vie ressemble à un combat, une agonie ; comment grandir sereinement lorsque l’on est cerné par le bois des Petits Pendus, un cimetière de voitures ou une salle d’animaux empaillés ? lorsque la hyène rode, à l’affut du corps qui change, se nourrissant de la peur et de la douleur ?
Mais elle, la guerrière, est d’une détermination sans bornes, et si elle est obligée de « se construire en silence, sur la pointe des pieds », convaincue que si elle est découverte, elle deviendra une proie, elle ne va jamais cesser de se battre pour sa liberté et celle de son frère.
Cette atmosphère de danger lié à l’adolescence et de mort omniprésente n’est pas sans rappeler les ouvrages de Laura Kasischke. Les émotions (violentes, toujours : colère, mépris…) y sont décrites comme des bêtes tapies dans le ventre ou dans la tête, et le récit de cette vie de famille qui vit (ou survit) au rythme de la violence du père noue les tripes jusqu’à la dernière page. Le talent particulier de l’auteure est de nous raconter la maltraitance de façon parfois si étrange et si loufoque, que le pire ressemble ici à un conte d’où les fées seraient totalement absentes.

 

LA VRAIE VIE, Adeline Dieudonné, L’Iconoclaste

Les Couleurs de Collioure

L’automne arrive (ah non tiens, il est déjà là ?), c’est le moment de se retourner sur les photos de cet été chaud, mais chaud… Souvenirs de Collioure, où nous avons passé nos vacances, et tu me connais assez maintenant pour savoir ce que j’en ai retenu :

LES COULEURS, bien sûr !

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Le BLEU du Ciel, de la Mer, du Sud…

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Les COULEURS pétantes des ruelles touristiques…

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ROSE bougainvillée, FUSCHIA laurier-rose, grimpant parfois jusqu’au ciel… 

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VERT cactées, VERT olivier, VERT randonnée.

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Dépaysant à souhait, l’appareil photo a chauffé cet été… 

Le Mars Club, immersion en milieu carcéral

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Romy Hall, 29 ans, a été condamnée à la perpétuité pour meurtre. Transférée au centre pénitentier pour femmes de Stanville, en Californie, elle fait la connaissance des autres détenues, Conan, Sammy… Tout en se remémorant le parcours qui l’a conduite là, son passé de camée et son boulot de trip teaseuse au Mars Club, elle se raccroche à l’idée que son fils Jackson, 7 ans, est avec sa mère, en sécurité. Lorsqu’elle apprend la disparition de celle-ci, Romy n’a plus qu’une obsession : savoir où se trouve son petit garçon…

La photo de Nan Goldin qui illustre « Le Mars Club » donne le ton : cette photographe suivait et retraçait dans les années 80 le quotidien d’une population perdue d’avance, d’une certaine Amérique à la marge, sans place (ou très peu) pour l’espoir, et peu de chances de rédemption. Rachel Kushner va encore plus loin dans cette veine noire puisqu’elle nous plonge au sein d’une population carcérale composée de personnalités souvent cruelles ou généreuses, parfois attachantes ou effrayantes, qui n’ont plus rien à perdre. Quel sens donner à sa vie lorsque l’on sait que l’on ne sortira jamais de prison ? Encore plus, lorsque l’on sait que le le chaos dehors est tel que l’on préfère rester enfermé ?

Sans jamais tomber dans le misérabilisme mais en dressant un terrible constat sur l’envers du rêve américain, l’auteure décrit de façon si détaillée le fonctionnement de la vie en prison, ses réseaux, ses codes, son vocabulaire, que l’on se sent enfermé avec ses inoubliables héroïnes, entre sentiment de résignation et rêve d’évasion.

 

LE MARS CLUB, Rachel Kushner, Editions Stock

Deux biographies de femmes d’exception

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C’est l’histoire d’une américaine à Paris qui fut probablement l’une des plus grandes journalistes de son époque, et reste cependant méconnue. Pourtant, durant 50 ans, Janet Flanner chroniqua avec humour et vivacité la vie parisienne pour le New Yorker, en véritable témoin de son temps.
C’est son flamboyant portrait que dresse ici Michèle Fitoussi en même temps qu’elle rend hommage à une femme libre qui fut une véritable pionnière.

Janet grandit dans une famille quaker d’Indianapolis et très vite se montre avide d’indépendance. Apprentie journaliste, elle se rêve auteur mais commence par être critique de théâtre et de cinéma ; elle connait alors la vie bouillonnante dans le New York d’après guerre avant de tomber définitivement amoureuse du Paris littéraire et artistique et d’en devenir une figure incontournable, grâce à son écriture unique et son esprit d’analyse, au milieu des Ernest Hemingway, F.Scott Fitzgerald ou Gertrude Stein. Obstinée et dotée d’un fort caractère (cf l’anecdote de l’altercation entre Gore Vidal et Norman Mailer), elle ne se laissa jamais dicter sa conduite en dépit de son milieu d’origine et des préjugés de l’époque, ou parce qu’elle était une femme au milieu d’hommes. Sa vie personnelle fut aussi riche que sa vie professionnelle, gardant à vie des liens forts avec les femmes (Solita, Natalia…) qu’elle aima – ou peut-être aussi parce qu’elle s’avérait incapable de les quitter tout à fait. Très documenté, très détaillé, ce récit rend les honneurs à une femme précurseuse qui ouvrit sans aucun doute la voie à beaucoup d’autres.

JANET, Michèle Fitoussi, JC Lattès

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Après avoir dressé le portrait de Marthe, la muse de Bonnard, dans « L’Indolente » (disponible chez J’ai Lu), Françoise Cloarec nous raconte ici la relation tendre et particulière entre la peintre Marie Laurencin et la couturière Nicole Groult.
Je connaissais déjà un peu l’oeuvre de Marie Laurencin, son style immédiatement reconnaissable, vaporeux et fluide, aux tons roses et gris très doux, ces portraits de femmes gracieuses aux yeux de biche ; je ne connaissais en revanche pas du tout Nicole, styliste et soeur du couturier Paul Poiret, en dehors du fait qu’elle soit la mère des deux écrivaines Benoîte et Flora Groult.

Lorsque ces deux femmes se rencontrent, elles ont déjà un certain vécu sentimental et professionnel – Marie en particulier fut longtemps la maîtresse de Guillaume Apollinaire à qui elle inspira de nombreux textes ; elle fréquenta le fameux Bateau-Lavoir de la belle époque montmartroise et ses non moins fameux occupants, Picasso, Derain, Braque… Toutes deux se reconnaissent : originales et non conventionnelles, sensibles et gracieuses, elles resteront liées jusqu’à la fin.
L’auteure raconte avec précision comment des femmes en avance sur leur temps conquirent leur liberté, leur indépendance et leur place dans des milieux et à une époque où cela n’allait pas de soi. Elle n’occulte pas non plus les quelques nuages assombrissant la vie de Marie Laurencin (l’exil forcé en Espagne avec son époux allemand durant la guerre, des opinions discutables) et livre un portrait très documenté (grâce notamment aux souvenirs de la féministe Benoîte Groult et aux centaines de lettres échangées) de la « dame du cubisme ».

J’AI UN TEL DESIR, Françoise Cloarec, Editions Stock

« Photo de Famille », entre gravité et légèreté

« Oh, baby, baby, it’s a wild world
I’s hard to get by just upon a smile… »

Je crois qu’il y a un malentendu à propos de ce film dont la très réussie bande-annonce laisse entendre qu’on va largement se poiler. Mais si tu lis entre les images tu sens déjà que certes, des choses graves y seront traitées avec légèreté, mais que tu ne vas pas forcément te taper les cuisses de rire.
C’est le propre des histoires de famille de se dérouler sur un ton doux-amer, car forcément lorsque l’on propose un film choral, on s’identifiera un peu à l’un des personnages : Mao le dépressif toujours à une ligne (de métro) du suicide, Gabrielle la maman solo qui n’a pas tout à fait les pieds sur terre, au grand désespoir de son fils, ou bien Elsa pleine de colère et de désespoir. Quant aux parents, ils ne sont pas grandioses non plus, la maman psy qui a abandonné ses enfants, le père volage qui leur a imposé des mères de substitution… Séparés, « éparpillés », les trois enfants ne se retrouvaient que l’été à Saint-Julien, grâce à leurs grands-parents, et surtout grâce à cette mamie qui aujourd’hui ne se souvient plus de personne mais d’une seule chose : sa volonté de retourner à Saint Julien.

Pauvre mamie (Claudette Walker, ce sourire si doux) qu’on se passe et repasse comme un objet qu’on aime mais qui vous encombre – dans cette cruauté involontaire aussi s’y reconnaîtront beaucoup. Au-delà de cette question sur le « Que faire de nos anciens ? », la réalisatrice interroge aussi ses personnages avec une tendresse manifeste : « Qu’avez-vous fait de vos vies ? » Ils sont tous si imparfaits, si égoïstes, si humains, à garder enfoui au fond d’eux cette part d’enfance envolée et ce grand besoin d’être aimé. C’est cela qui touche et nous parle dans « Photo de Famille », certes chaque famille connait ses drames et ses lâchetés, mais à y regarder de plus près il y a forcément quantité d’amour qui y a circulé un jour et ne demande parfois qu’à être ravivée, et comme le dit le personnage de Pierre (Jean-Pierre Bacri toujours excellent, mais on n’en attend pas moins), « on n’aura pas tout raté finalement ».

PHOTO DE FAMILLE, un film de Cecilia Rouaud, avec Vanessa Paradis, Camille Cottin, Pierre Deladonchamps… actuellement en salles

 

Magnifica, roman délicat

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Italie, années 50, un petit village des Abruzzes. Ada Maria est la fille de la fragile Eufrasia et d’Aniceto (qui passe le plus clair de son temps avec sa maîtresse Teresina). Elle se conduit comme une mère avec son petit frère Pietrino, fragile et rêveur. La vie passe, marquée par le passage des saisons et la disparition de la mère, bercée par une impression languissante et une certaine monotonie.
Jusqu’au jour où dans un bois pas très loin de la maison, Ada Maria découvre un homme perdu, un allemand qui s’est réfugié dans une grotte à la fin de la guerre et n’est plus jamais parvenu à en partir pour rejoindre le monde des hommes. La présence de Benedikt va bouleverser le cours de l’existence de la jeune femme et celle du village…

Parfois il suffit d’aimer pour devenir quelqu’un ou quelque chose.

Ce n’est pas un très gros livre et pourtant j’ai pris le temps de le lire, d’en savourer chaque description. L’écriture en est élégante et précise, détaillant avec finesse et volupté la vie, les amours et les tragédies de plusieurs générations de femmes. Eufrasia, Ada Maria, Magnifica, Teresina… autant de personnages inoubliables ! Et une fois passées les premières pages un peu abruptes, poésie et mélancolie vous bercent tout au long de la lecture, autant d’émotions qui se découvrent et se construisent : amour, lien filial, deuil, solidarité, bienveillance… avec comme toile de fond la nature sauvage de la Faggeta sublimement décrite. Une belle découverte et un vrai bijou de roman délicat !

Elle ne comprit ni ses paroles ni ses gestes. Mais elle sut clairement – à cet instant et pour toujours – qu’il n’y a pas de mal, pas de honte, pas de danger, pas d’injonction ni de jugement quand on aime.

MAGNIFICA, Maria Rosaria Valentini, Editions Denoël ❀

Versailles, la série qui dépoussière l’Histoire !

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Chaque été pendant les vacances nous découvrons une nouvelle série. A force de lire des avis en pagaille sur « Versailles » qui venait de se terminer sur sa troisième et ultime saison, allez zou banco on tente.

Versailles, 1667. Louis XIV a 28 ans. Pour soumettre la noblesse et imposer définitivement son pouvoir, il lance la construction de Versailles comme on tend un piège…

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Dès le début de la première saison, on écarquille les yeux : whaaaaat… ?? On s’attendait certes à une série modernisant les aventures du roi Soleil, mais alors là on est dans le dépoussiérage level 50 ! au bout de 10 min, paf scène de sexe, 10 min après, paf scène de violence, 10 min après, paf… et on recommence. Heu bon, ok, recherche d’audience tout ça tout ça, public international blablabla… j’ai souvent visité le château et surtout ses jardins, je le verrai autrement ça c’est certain ! Pour ce qui est de l’authenticité, j’ai une pensée pour les les profs d’histoire dont certains ont dû avoir envie de laver la bouche des scénaristes avec du savon pour les punir d’avoir pondu des raccourcis pareils ! On ne peut pas dire non plus que la chronologie ait franchement été respectée (le Roi est éternel, le Roi ne vieillit pas, waouh vive le Roi, trop fort).

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Mais enfin, on est là pour se divertir, et j’ai enfin trouvé le but pleinement atteint dans la saison 2, très réussie (je suis beaucoup moins enthousiaste sur les 1 et 3). J’ai fini par carrément m’attacher à ces deux royaux frangins aussi beaux l’un que l’autre (George Blagden pour Louis XIV, Alexander Vlahos pour Philippe d’Orléans), entourés de savoureux personnages bien pervers (le Chevalier de Lorraine – Evan Williams-, définitivement mon chouchou, la Montespan, une belle vipère…). Oserai-je avouer que les épisodes ont été regardés avec « L’Histoire pour les Nuls » à portée de main pour vérifier et compléter nos frêles connaissances, que ce soit pour l’Affaire des Poisons ou le Masque de Fer ?

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Bref, si on passe le côté kitsch de la première saison, si on n’est pas trop regardant sur l’Histoire, on appréciera de visiter Versailles en chantier (prétexte à tournage au Parc de Sceaux que je connais tellement bien, ça fait drôle), de découvrir d’opulents costumes portés par de beaux acteurs dans un ballet protocolaire précis… un somptueux divertissement doré !

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Quelques Lectures Estivales

Comme je te le racontais, j’ai beaucoup lu ces deux derniers mois. Alors avant d’attaquer la Rentrée Littéraire, retour rapide sur quelques titres :

✽ Ellen Roy, brillante avocate new-yorkaise à quelques mois de faire un très beau et très chic mariage, décide de se rendre dans la petite ville de Beacon dans le Maine pour y remettre une lettre en mains propres, et ainsi accomplir le dernier souhait de sa grand-mère adorée, récemment disparue. Mais rien ne va se passer comme prévu et les évènements vont la pousser à s’interroger sur ses choix de vie… Prenons une citadine plutôt arrogante, très soucieuse de sa façon de s’habiller (griffé) ou de se nourrir (sainement), et plongeons-la en terre inconnue, soit un village aux habitants curieux et pas vraiment à la pointe… selon ses critères. La belle, malgré tous ses efforts, ne fait qu’attirer l’attention sur elle, véritable gaffeuse mutirécidiviste et de mauvaise foi ; ajoutons maintenant à l’histoire un charpentier du cru fort charmant et laissons le charme agir. Voilà une très sympathique comédie sentimentale et parfois franchement drôle qui remplit allégrement sa mission divertissante. Si le titre tombe un peu à côté et la résolution de l’énigme de la grand-mère au passé bien mystérieux ne tient pas toutes ses promesses, on passe tout de même un agréable moment, au moins aussi sucré qu’un donught, en compagnie de cette mijaurée qui va découvrir le sens de la vie dans les miettes d’un muffin à la myrtille.

L’Irrésistible Histoire du Café Myrtille, Mary Simses, Editions Nil

✽ J’ai découvert avec grand plaisir l’univers bienveillant de Sauveur, le psy qui voudrait sauver le monde entier (et plus particulièrement Ella, Gabin, Cyrille…). Destinée à la jeunesse, c’est une série tendre et drôle. Je n’ai lu que la saison 1 mais je me garde les prochaines lorsque le besoin de lecture-doudou se fera sentir.

Sauveur & Fils, saison 1, Marie-Aude Murail

✽ C’était un plaisir de retrouver la plume vraiment talentueuse de Jessie Burton dans « Les Filles au Lion », dans lequel Odelle, dactylo dans une galerie d’art, cherche à percer les mystères d’un envoûtant tableau ; si les thèmes abordés (la création, la notoriété, la place de la femme…) et le contexte (l’Andalousie à la veille de la guerre civile, le Londres de 1967) sont vraiment intéressants, « Miniaturiste » garde ma préférence par son originalité et sa densité. En tout cas je resterai à l’affût des prochains ouvrages de l’auteure !

Les Filles au Lion, Jessie Burton, Gallimard & Folio

✽ Ce soir, Félix a trente ans mais il n’a pas vraiment envie de les fêter ; alors pour éviter de se lancer dans le bilan de tout ce qu’il n’a pas fait, il se lance dans une promenade nocturne à forte teneur alcoolisée. Qui sait, de rencontre en rencontre, de bar en bar, s’il ne va pas finir par arriver quelque chose… j’ai aimé cette histoire brève et son personnage un peu morose, déjà nostalgique, vaguement hanté, pas vraiment courageux, qui semble passer à côté de sa vie plutôt que de la vivre. Un roman sur les regrets qui donne envie de découvrir les autres livres d’Éric Metzger.

La Nuit des Trente, Eric Metzger, Folio

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