Rien de Plus Grand, portrait terrifiant d’une génération

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La toute première scène plante le décor : un massacre vient d’avoir lieu au sein de la salle de classe du lycée d’une banlieue de Stockholm. Maja, 18 ans, en est l’unique survivante. Neuf mois plus tard, son procès s’ouvre.

Du déroulé des débats jusqu’au verdict, nous allons faire sa connaissance et découvrir son histoire, pour essayer de comprendre en même temps que le jury pourquoi et comment elle en est arrivée à commettre l’innommable, à tuer Amanda, sa meilleure amie, Samir, le premier de la classe, Dennis, un dealer minable, pour finir par Sebastian, Sebastian par qui tout a probablement commencé.

Je ne parviens pas à me convaincre qu’on a moins peur quand on ne comprend pas. C’est plutôt le contraire, je suis bien placée pour le savoir.

D’emblée il est évident que l’auteur ne cherche pas à attirer la sympathie sur la lycéenne : elle observe son monde avec un cynisme terrible, à commencer par ses avocats qu’elle affuble immédiatement de surnoms ridicules comme pour garder ses distances, sans compter le regard cruel envers ses victimes (Amanda si superficielle, Samir trop ambitieux, Dennis tellement minable…), ses parents, ses amis… seule échappe à sa vindicte intérieure sa petite soeur Lina.
Mais peu à peu, dans un récit sous haute tension, elle se raconte, non seulement son hospitalisation et son emprisonnement et sa mise à l’écart, mais en remontant davantage dans le temps la cruauté de la vie au lycée. Sa vie bascule lorsqu’elle se met en couple avec Sebastian, archétype du frimeur arrogant appartenant à la jeunesse dorée (source de beaucoup de rancoeurs dans un établissement scolaire où différents milieux se percutent) mais qui sous ses attitudes de rebelle cool cache une grande souffrance, victime du mépris et de la grande cruauté de son père.

Entre deux sarcasmes de Maja, et tandis que sa vie d’adolescente est étalée au grand jour et disséquée devant des inconnus afin de déterminer sa part de responsabilité dans le drame, sa version nous apparaît alors que tout l’accable, révélant que sous les évidences se cache une vérité bien plus terrifiante avec des adolescents qui sombrent, composant le portrait terrible et effarant d’une génération en souffrance.

Peut-être la chance ressemble-t-elle à la malchance en cela qu’il faut du temps pour l’assimiler. Au départ, on ne ressent rien. Les émotions viennent plus tard, peut-être seulement après la disparition de ce qui nous comblait.

 

RIEN DE PLUS GRAND, Malin Persson Giolito, Presses de la Cité ✩