Midwinter, un premier roman qui remue

img_20180302_151836_110.jpg

Landyn Midwinter et son fils Vale sont agriculteurs dans la région du Suffolk ; un soir, après une dispute avec son père, Vale entraîne Tom, son ami de toujours, à voler un bateau, entraînant un accident aux graves conséquences – et élément déclencheur qui va réveiller bien des fantômes.
Car entre le père et le fils couve un profond et vieux ressentiment, Vale tenant son père pour responsable de la mort de sa mère Ma des années auparavant, alors qu’ils vivaient en Afrique où la famille était partie pour échapper à la ruine.
Tout ramène perpétuellement les deux hommes à Ma-Cecelia et à sa fin tragique, tout tourne autour de son absence, tous deux éprouvent tant de peine, de colère et d’incompréhension après dix années à refouler les souvenirs enfouis.

C’est la peur qui tue un homme, pas le reste.

Fiona Melrose, dans un premier roman d’une époustouflante maîtrise, nous transporte avec aisance et talent d’un paragraphe à l’autre de la sombre campagne anglaise à une ferme écrasée de chaleur à Kabwe, en Zambie. Donnant la parole tantôt au père tantôt au fils, elle livre un récit tendu et écrasant de non-dits. La nature y est aussi omniprésente, de même que cette place si importante donnée aux animaux par Landyn et incomprise de Vale, que ce soit une pauvre chienne en fin de vie, une vieille lapine qui attend la mort sur le bord de la route ou des cochons promis à l’abattoir. Et puis il y a cette renarde magnifique (celle du sublime bandeau de l’ouvrage) qui semble surgir aux moments où l’homme en appelle à son épouse défunte et sert de fil conducteur à l’histoire.

C’est un roman sur le deuil impossible à faire, le chagrin, la culpabilité, l’impossibilité d’avancer sans accorder le pardon, plutôt sombre même s’il laisse filtrer une lueur d’espoir : si l’on sait que père et fils sont, selon leurs termes, des ours mal léchés, ce sont aussi et surtout des gens courageux et généreux qui, on le souhaite, finiront par se trouver.

On fait tous des choix. Des erreurs. On ne peut pas toujours contrôler les conséquences.

 

MIDWINTER, Fiona MELROSE, Editions de la Table Ronde ✩