{Coup de ♥} La Femme qui fuit

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Le roman commence comme il finit : par une rencontre avec Suzanne, la grand-mère de l’auteure. Celle-ci décrète d’emblée qu’elle ne l’aime pas parce qu’elle a fait du mal à sa mère, irrémédiablement. Alors elle raconte, en remontant le fil du temps et des évènements : Suzanne Meloche est née en 1926 au Canada. Elle rêvait de liberté, d’une liberté totale, pour aimer, pour créer, pour exister, pour être tout sauf une femme ordinaire. Alors, un jour de 1952 elle choisit de poursuivre sa voie en abandonnant ses deux enfants, Mousse, 3 ans, et Antoine, 1 an.

Tu as fait un trou dans ma mère et c’est moi qui le comblerai.

Cette histoire m’a brisé le coeur, elle est d’une cruauté inouïe. Toute leur vie, les enfants de Suzanne chercheront leur mère d’une certaine manière, à la revoir, à essayer de recoller ce qu’elle a brisé, se heurtant à un silence et une volonté d’oubli. Car une fois qu’elle a choisi, qu’elle s’est choisie, Suzanne s’est interdit tout retour en arrière, malgré de fréquents retours d’élan maternel. Une famille explosée pour quoi ? quelques poèmes, des actions militantes, quelques amants, beaucoup de voyages, une fuite en avant permanente. L’auteure réinvente sa vie sans la juger mais sans cacher non plus le mal qui a été fait, le prix à payer pour ce désir fou d’affranchissement.

La forme du récit n’est pas ordinaire non plus, cette construction en brefs chapitres entrecoupés de citations. Au beau milieu du livre, cette photo d’une famille au temps où elle en était encore une, qui noue les tripes. Et cette langue déchirante et sublime, jugez plutôt :

Ma mère, fêlée du coeur. La permanence des éclats de verre laissés sous sa peau, traces d’abandon qu’elle porte en blason.

LA FEMME QUI FUIT, Anaïs Barbeau-Lavalette, Le Livre de Poche 

Découvrir Barcelone {3}

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Comment parler de Barcelone sans parler de Gaudí ? A commencer par l’emblématique, la fameuse Sagrada Familia, son ouvrage le plus célèbre (pas celui que je préfère, mais impossible de passer à côté). De 1883 à sa mort, l’architecte s’est consacré entièrement à l’ouvrage qui n’est toujours pas achevé et qui le sera peut-être dans… 80 ans ! Un côté chantier titanesque qui laisse sans voix.

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Première impression : Ouah la vache. Un bon résumé. Honnêtement on ne peut qu’être fasciné en approchant de la Basilique. L’extérieur, avec son aspect de grotte, est étonnamment aussi brut (c’est juste une impression), que l’intérieur est délicat.

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A l’intérieur, c’est une déferlante de vitraux colorés et de colonnes pas droites mais étrangement harmonieuses qui font songer à une forêt. Tu lèves la tête, tu as le vertige. Un rayon de lumière passe et tu as l’impression que les vitraux dégoulinent de lumière (et tu cavales pour essayer de la capturer). C’est très étrange et à voir absolument.

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Ça va sans dire,  pour visiter l’intérieur il vaut mieux réserver très en avance par ICI.

 

Plus sur Barcelone ?

Twelve

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J’ai. un. fils. de. 12. ans.

Un. fils. de. 12. ans.

12. ans.

12.

Moi qui n’arrive toujours pas à me faire au monde adulte, j’ai un fils COLLÉGIEN. Un ADO. Un GRAND.

Un ado très fier de grandir et qui va bientôt nous dépasser en tout. Un grand fâché avec l’école et pour qui les copains comptent plus que tout. Un grand qui pourrait fournir l’énergie à une éolienne pendant une année entière à force de pousser des soupirs exaspérés. Un grand flatté et ulcéré de se voir coller par un petit frère en admiration. Un grand qui depuis qu’il est entré au collège a pris l’assurance qui lui a tant manqué dans son enfance. Un grand qui tire, tire, tire le fil qui nous relie avec l’intention claire de se détacher, mais finalement il en a toujours été ainsi avec ce petit gars qui courait au lieu de marcher, criait au lieu de parler, me repoussait de toutes ses forces pour que je le laisse grandir. Un grand qui dessine comme un fou mais ne veut pas le montrer, me désespère en ne jurant que par les youtubeurs et les joueurs de Minecraft, ne veut même pas entendre prononcer les mots « fille » ou « amoureuse », veut toujours devenir Luc Besson, sait exactement comment me faire rire et comment me faire enrager, et surtout comment m’attendrir en prononçant à sa façon inimitable « Maman » à la façon du petit garçon qu’il est – et qu’il restera toujours un petit peu, je l’espère.

 

HAPPY BIRTHDAY MON BÉBÉ CŒUR

 

 

Robert Combas au Château de Chamarande

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Robert Combas est, avec Ben et Di Rosa, l’un des représentants de la figuration libre, un mouvement apparu dans les années 80 défendant une peinture « rigolote, libre et décontractée », inspiré de la culture populaire avec un large côté rock ou BD. Ayant reçu carte blanche pour investir le château de Chamarande tout l’été, il l’a redécoré… à sa façon !

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Tout le mobilier y passe, des tapis aux luminaires, d’une fresque à un cabinet de curiosités, « Meubles de circonstances, complétement déjantés », du sous-titre de l’exposition. Moi qui raffole du mélange moderne et classique, trouvant que l’un l’autre arrivent toujours à se mettre mutuellement en valeur, je me suis régalée à déambuler dans cette exposition foutraque, bourrée de symboles, de couleurs et de motifs végétaux.

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Tu imagines le conseil des ministres sur une table pareille ?

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Ah oui, il y a un peu beaucoup de miroirs aussi… Gloups !

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PAS DROIT, Robert Combas & les Sans-Pattes, exposition jusqu’au 1er Octobre au Château de Chamarande (Essonne), Entrée Libre 

Ce qui nous lie, Cédric Klapisch

Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il y retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie…

D’abord il y a la Bourgogne, le passage des saisons, le changement des paysages (quelle beauté !), le métier de viticulteur si dur, si exigeant, si ingrat parfois. Et puis il y a une famille, une fratrie réunie à la mort du père, à l’heure des décisions. Il est temps de grandir pour Jean, Juliette et Jérémie.

L’histoire souffre de petites faiblesses ; ainsi du retour du frère prodigue dix ans après son départ qui ne reçoit qu’un petit quart d’heure de bouderie (sérieux ?), le même Jean écartelé entre la France et l’Australie, entre la Bourgogne et le petit garçon qui l’attend là-bas (vraiment ?), ou encore l’ébauche de fleurette entre Juliette et un vendangeur abruti et macho (hein ?), enfin les tentatives avortées de Jérémie pour tenir tête à son beau-père – mais dis-leur merde à la fin !! ; mais le plus important c’est tout ce qui est dit sur la tendresse fraternelle et sur ce qui nous reste de notre enfance, avec tant de délicatesse (oh ces idées de mise en scène, tellement, tellement belles) et joué par de beaux acteurs.

Il me semble que Ce qui nous lie est l’un de ces films que l’on reçoit très différemment d’un spectateur à l’autre, en fonction de son vécu et, en l’occurrence, de sa famille. Personnellement, j’ai énormément pleuré tout le long du film et je sais bien pourquoi – incapable de résister à toutes ces scènes de « câlin familial ». Quand l’un des personnages dit « ce qui nous lie est un fardeau » en parlant de l’héritage familial, je crois que cela parlera à beaucoup sans que l’on soit pout autant propriétaire d’un vignoble de Bourgogne.

Pour finir, cette chanson de Camelia Jordana berce le tout avec une grande douceur :

 

CE QUI NOUS LIE, Cédric KLAPISCH, avec Pio Marmai, Ana Girardot, François Civil… actuellement en salles 

Le Pianiste de Hartgrove Hall, Natasha Solomons ♪

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Depuis qu’il a perdu Edie, son épouse adorée, Fox n’arrive plus à composer ; lorsqu’il réalise que son petit-fils Robin est un pianiste prodige, il va sortir de son isolement et replonger dans l’histoire tourmentée de sa famille.

Hartgrove Hall est le nom du domaine familial frappé par l’Histoire, réquisitionné pendant la guerre, que trois frères, Fox, Jack et George, tentent de faire ressurgir de ses cendres tout en tâchant de reprendre tant bien que mal les habitudes familiales. Lorsqu’il s’avère très vite qu’ils risquent de perdre définitivement la maison, c’est l’heure des choix : s’y consacrer à corps perdu ou suivre chacun sa route. Fox est d’autant plus écartelé qu’il est littéralement appelé par la musique, mais aussi épris de la fiancée de son frère Jack…
Des décennies plus tard, c’est son affection pour son petit-fils qui aidera Fox à sortir de son chagrin en découvrant son don inné pour la musique et replongeant dans ses partitions – et son passé : son père Général inflexible, son frère Jack si séduisant, son frère George si renfermé, et puis Edie surtout, Edie Rose, chanteuse à succès pendant les sombres années de guerre qui va semer le trouble parmi la fratrie. Fox arpente la campagne anglaise pour recueillir les chansons traditionnelles avant qu’elles ne sombrent dans l’oubli, collecteur de chansons comme on cueille les fleurs au gré des saisons.

Il y a dans ces pages beaucoup de charme, celui de la campagne verte du Dorset et celui d’un air de musique oublié, mais aussi beaucoup d’humour british, en particulier lorsque Fox retrouve ses compagnons musiciens déjà bien âgés mais qui n’ont pas la langue dans leur poche. J’ai vraiment passé un très bon moment de lecture avec cette magnifique saga sur le pouvoir de la musique, la transmission et le pardon, le tout lié par une histoire d’amour forte.

LE PIANISTE DE HARTGROVE HALL, Natasha SOLOMONS, Calmann-Levy

 

 

Un grand Merci aux Editions Calmann Levy pour cette découverte

Avis de Chaleur

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Moi quand il fait 25 degrés…

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Moi quand il fait 27 degrés…

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Moi quand il fait 29 degrés…

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… Moi quand il fait plus de 30 degrés. Tu me trouveras donc ces prochains jours la tête dans le frigo et le reste devant le ventilo ! Bisous !

Parlez-moi encore de lui, Lisa Vignoli

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« Tu l’aurais adoré », c’est cette petite phrase qui lance Lisa Vignoli à la rencontre d’un homme qu’elle n’a jamais croisé mais que tous ceux qui l’ont connu évoquent avec nostalgie : Jean-Michel Gravier était journaliste et chroniqueur au Matin de Paris et a disparu en 1994. La voilà surprise par le peu de traces qui restent de l’homme, y compris de ses publications, mais certaine qu’il mérite d’exister encore un peu, ce personnage méconnu du grand public mais qui compta pourtant dans le paysage des années 80, acharné à faire découvrir des talents (Beineix) et comblé par le succès des gens qu’il aimait, entretenant même des rapports particuliers avec certains, souvent de grands sensibles comme lui (Adjani).

En s’attachant à raconter son histoire avec force anecdotes qui raviront les cinéphiles, l’auteure reconstitue une époque, des années 80 aux années sida, où l’insouciance semblait encore de mise, où le journalisme était encore libre, où les nuits parisiennes étaient mythiques. Plus profondément, elle s’interroge sur la trace qu’on laisse derrière nous, quel degré de talent ou de notoriété faut-il pour passer à la postérité, pourquoi connait-on le nom de la plupart de ceux qui ont gravité autour du journaliste et pas le sien ? A-t-il souffert de ce manque de reconnaissance ? Mais puisque nous continuons à exister tant que des gens pensent à nous, elle a pu vérifier par elle-même auprès d’une longue liste de connaissances que d’une certaine façon Jean-Michel Gravier était encore très vivant – encore plus à présent qu’est paru ce livre. Reste une inconnue : ce personnage était-il un faux ou un vrai méchant ? En tant que chroniqueur mondain à qui il est arrivé d’égratigner une personnalité et de s’en vouloir ensuite, sans doute avait-il un côté noir que l’on ne ressent pas à la lecture ; mais Lisa Vignoli le reconnaît : à force d’embrasser son sujet il a fini par faire partie d’elle, et probablement qu’en parlant de lui elle nous parle un peu d’elle.

Ne cherche-t-on pas la notoriété pour donner de nos nouvelles à ceux qui nous ont oublié ?

 
PARLEZ-MOI ENCORE DE LUI, Lisa VIGNOLI, Editions Stock

 

Merci à Babelio et aux Editions Stock pour cette découverte

Descendons au jardin ❀

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Avec les beaux jours reviennent les grandes balades, avec un petit avant-goût de vacances. Ça tombe bien, dans notre Ile-de-France nous avons encore tant à explorer, comme ces joyaux de jardins autour de châteaux encore habités, qui parfois ouvrent leurs portails forgés aux manants curieux attirés – et aux photographes exaltés.

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« Mignonne, allons voir si la rose… – Tu veux pas jouer à cache-cache plutôt ? – Ah ben oui d’accord !  »

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Domaine Saint-Jean de Beauregard, Essonne  ❀

Personne ne Gagne, Jack Black

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Jack Black a grandi aux Etats-Unis dans le Missouri. Orphelin de mère, délaissé par son père, il se laisse gagner par ses rêves de liberté et une vie d’aventure aux côtés d’autres vagabonds, et de fil en aiguille, de petites arnaques en vol de diamants, finira par devenir un cambrioleur de haute volée. Des passages répétés en prison en plus d’une addiction à l’opium finiront par mettre un terme à cette carrière, avant qu’il ne décide de la raconter dans « Personne ne gagne ».

Ce qui frappe d’emblée et peut paraître contradictoire avec sa « vocation », c’est la droiture du personnage : Jack Black était certes un gangster, mais il ne travaillait pas de n’importe quelle façon ni avec n’importe qui : pour être bandit on n’en est pas moins loyal, et toute son existence il prendra soin de n’entraîner personne avec lui dans les embrouilles. Ensuite c’est cette écriture : précise, fluide et érudite, elle raconte sans s’appesantir (des mois de planque peuvent passer en trois mots comme l’humiliation ressentie après des coups de fouets peut sembler fort longue – c’est là qu’on voit que l’homme n’est prisonnier d’aucune frontière, ni du temps ni de l’espace) une vie de rencontres, de voyages et de « coups » plus ou moins réussis. Il raconte son long apprentissage du mode de vie des hobos, des rôdeurs, des voleurs auprès de mentors impressionnants guidés par un code d’honneur, une hiérarchie, un vocabulaire, une solidarité tacite à laquelle il faut rajouter une grande lucidité sur le seul avenir envisageable :

Bien sûr, tôt ou tard, on finit toujours par perdre, mais autant ne pas précipiter la chute en se montrant imprudent ou négligent.

Le problème étant qu’après avoir goûté à cette liberté, impossible de revenir en arrière, du côté des honnêtes gens. Globalement, on découvre un point de vue singulier et absolument fascinant : ce que Jack Black a fait et ce qu’il est devenu, il l’assume complètement sans remords ni regrets, ou presque. Il rend hommage à tous ceux qui ont fait un bout de route avec lui, et n’éprouve que peu le sentiment de vengeance.

Plus sombre est la partie du récit consacrée au temps qu’il fera dans différentes prisons (15 ans sur les 30 qu’il passera sur la route), aux mauvais traitements qu’il se verra infliger, à ces coups qui transforment un prisonnier en monstre de colère. « Blackie » finira, non sans difficultés, par devenir une personne respectable, avec semble-t-il tout de même un peu de nostalgie, pas seulement pour cette vie d’aventure mais surtout pour une certaine époque qui a bien évolué : ainsi exhorte-t-il les jeunes gens tentés par l’aventure à ne pas sortir du droit chemin, puisque « personne ne gagne », d’autant que les méthodes pour pister les voleurs s’améliorent très vite, que la peine capitale et autres châtiments sensés servir d’exemple ne font selon lui qu’aggraver les choses (« la cruauté engendre la cruauté »). Autant dire que les chances de mener une vie d’aventure à la Jack Black n’appartiennent plus qu’à sa légende.

PERSONNE NE GAGNE, Jack Black, Monsieur Toussaint Louverture