Par Amour, le dernier roman sensible de Valérie Tong Cuong

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Deux familles havraises subissent de plein fouet la seconde guerre mondiale : Joffre et Emélie, concierges d’une école relativement protégés par leur position, leurs enfants Jean et Lucie ; Muguette, la soeur d’Emélie, et ses propres enfants Joseph et Marline.

Les restrictions, les bombardements, les épidémies… faut-il s’éloigner les uns des autres pour mieux protéger ou rester ensemble quoiqu’il advienne ? En ville, les familles se déchirent : envoyer les enfants au loin ou les garder avec soi ? quelle est la solution la moins pire ? Des adultes sommés de prendre parti, des enfants contraints de grandir trop vite. Solidarité, trahison, collaboration… que ne ferait-on par amour ? J’ai mis un peu de temps à entrer dans le roman, et puis tout à coup je me suis emballée : je me suis mise à aimer follement les personnages créés par l’auteure, Joseph, Marline, Lucie, Jean… et vite, il fallait que je sache absolument ce qu’il était advenu d’eux.

Autant de personnages touchants dans un contexte historique terrible ; il existe beaucoup de romans très forts sur la seconde guerre mondiale, j’ai tout récemment évoqué « Toute la lumière qu’on ne pouvait voir » qui se déroulait déjà en première ligne du conflit, mais à Saint-Malo. Ici, littéralement, le Havre est une ville sacrifiée, offerte aux bombardements en dépit de la présence de ses habitants qui ont préféré rester sur place, avec cette confiance inextinguible en l’avenir, en la fin des hostilités qui risque pourtant de leur être fatale. Qu’aurions-nous fait, aurions-nous ressenti cette même incompréhension face aux attaques des prétendus sauveurs ? Cet aspect historique est vraiment troublant et suscite pas mal de questions, encore aujourd’hui avec effarement arrivons-nous à découvrir des aspects terribles de la guerre.

Même ceux qui ne sont pas forts en sciences savent que l’on tombe toujours plus vite que l’on ne se relève.

PAR AMOUR, Valérie TONG CUONG, Editions JC.Lattès   

L’invitation au voyage de Chiharu Shiota {Expo}

Après Wei Wei, c’est à Chiharu Shiota, artiste japonaise installée à Berlin, que le Bon Marché a donné carte blanche. On peut jusqu’à la fin de la semaine y admirer ses installations éphèmères :

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Memory of the Ocean est une sorte de grotte, de vague toute de fil blanc tissé qui invite à s’asseoir et à contempler, arrivant – presque – à nous isoler complétement de l’effervescence marchande toute proche. Il faut aussi prendre le temps de regarder un court film qui explique les intentions et la méthode de l’artiste, permettant de regarder l’arachnéenne oeuvre d’un autre oeil.

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Where are we going est plus spectaculaire, tout en alliant une époustouflante finesse avec beaucoup de poésie : des barques (150 !) suspendues à la verrière du magasin, comme une invitation à voyager sur une vague imaginaire.

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A voir absolument, mais il faut se dépêcher !

 

WHERE ARE WE GOING, de Chiharu Shiota, jusqu’au 2 avril au Bon Marché Rive Gauche, Paris 7e. Entrée Libre ✩

Mon Midi, mon Minuit, Anna McPartlin

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John est fauché dans un accident de voiture. Ses amis proches, Sean, Anne, Richard, Nigel, Clo, mais surtout Emma, sa compagne, subissent de plein fouet sa disparition et ses bouleversantes conséquences sur leur existence.

Imaginez un épisode de Friends (auquel il est d’ailleurs fait référence) avec une même bande de copains proches à la vie à la mort ; maintenant, faites brutalement disparaître l’un d’entre eux et voyez ce qui se passe pour les autres. Inimaginable, n’est-ce pas ? Quand on est jeune, plein de projets et d’énergie, on n’arrive pas à envisager que cela peut s’arrêter aussi brutalement, il y a là une injustice inimaginable et insupportable. Pourtant, c’est ce qui arrive à Emma et à tous les autres.

Débute alors pour chacun un douloureux parcours de deuil : incrédulité, colère, dépression, cupabilité – car avec des « et si », on suppose qu’on aurait pu empêcher l’inéluctable. Tous, plus proches que jamais et solidaires, font bloc autour d’Emma, persuadée que sa peine ne pourra jamais s’adoucir, mais on le sait, le temps répare les pires chagrins, et dans « Mon Midi, Mon Minuit » on va voir le petit groupe continuer à évoluer bon an mal an, même s’il prend des directions différentes de celles qui auraient été sans la disparition de John. Comme la vie continue et doit continuer, ils vont se séparer, s’éloigner, se retrouver, s’aimer… en un mot : grandir.

C’est un beau roman sur l’amitié et comme elle est précieuse lorsqu’on peut s’appuyer sur elle pour entrer dans l’âge adulte, qui raconte comment, même dans l’affliction et malgré la peine et les remords, on devient plus grand, plus fort, plus sage.

Il était mon nord, mon sud, mon est, mon ouest,
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson ;
Je croyais que l’amour ne finirait jamais ; j’avais tort.
Funeral Blues, W.H.AUDEN

 

MON MIDI, MON MINUIT, Anna McPARTLIN, Cherche Midi Editeur  

 

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J’ai eu le plaisir hier soir d’assister à une rencontre avec l’auteure, c’est bien simple cette jeune femme est un soleil ! Véritable concentré de gentillesse et de joie de vivre, un sourire à faire tomber tous les murs… un grand merci aux Editions du Cherche Midi et à Anna pour ce beau moment !

« Elle », le meilleur film de 2016 ?

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On peut être cinéphile et passer à côté de certains films. Au vu des résultats des César 2017, je me suis décidée à m’offrir une séance de rattrapage avec « Elle », le film de Verhoeven récompensé comme meilleur film de l’année 2016.

Rappelons qu’il s’agit de l’histoire de Michèle, cette femme qui se fait agresser un soir chez elle, puis continue sa vie comme si de rien n’était. Inflexible elle était, inflexible elle restera.
Il y a quelque chose dans les films de Verhoeven qu’on reconnait tout de suite, cette marque de fabrique qui flirte perpétuellement avec la limite de la vulgarité (limite parfois allégrement franchie – Showgirls restera à cet égard dans les annales – avec 2 n) mais qu’on retrouvait même dans le plutôt estimable Black Book. Quelque chose en rapport avec les actrices qu’il semble se délecter à mettre dans des positions (c’est le cas de le dire) inconfortables et même vaguement humiliantes, c’est probablement ce qui me gêne.

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Pourtant « Elle » est censé raconter justement tout le contraire : il n’est pas dit que la femme outragée se laissera rabaisser par ce qu’elle semble considérer comme une mésaventure passagère, il en faut bien plus (mais quoi, alors ??) ; après l’agression, elle se commande des sushis tranquillou, et le lendemain continue à mener sa carrière de patronne d’entreprise de jeux vidéo, méprisante et méprisée. Je n’ai pas lu « Oh… », le livre de Philippe Djian dont c’est l’adaptation, je pense qu’il est certainement plus intéressant et plus fouillé psychologiquement, parce que sur le visage d’Huppert il ne passe pas grand chose. Si tu aimes cette actrice tu vas être comblé, clairement c’est un festival, un mix entre tous ses rôles à la « je-ne-suis-pas-folle-vous-savez », de La Pianiste à My Little princess en passant par Copacabana. Elle est de tous les plans, sacrifiant au passage tous les personnages intéressants mais ô combien transparents derrière la reine Isabelle, Virginie Efira ou Laurent Lafitte en font largement les frais.
Mais le ridicule n’est pas loin, ah non je corrige il est bien là, et là où on aurait pu parler de jeu, de sensualité, de trouble, je n’ai trouvé que gêne pour les acteurs. Entre les mains du réalisateur, ce qui se voulait un portrait intéressant et très inhabituel de femme forte sombre dans l’infiniment glauque, c’est bien dommage.

(Et quand je pense au plus classique mais magnifique, épuré et élégant Frantz de François Ozon qui était mon César perso à moi, j’ai mal au coeur, sérieux.)

ELLE, un film de Paul Verhoeven avec Isablle Huppert, Isabelle Huppert et Isabelle Huppert 

{Coup de ♥} Toute la lumière que nous ne pouvons voir

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Marie-Laure est une jeune aveugle qui vit à Paris avec son père, serrurier dans un Museum parisien. L’occupation allemande les pousse à trouver refuge à Saint-Malo. Werner est un orphelin allemand, petit génie du bricolage qui se fait rapidement repérer et enrôler par les jeunesses nazies.

Il semble d’emblée impossible que ces deux jeunes gens puissent jamais se rencontrer, du fait des circonstances de l’Histoire, de l’absurdité et l’injustice de vivre sa jeunesse en temps de guerre – de l’Occupation à la Libération, nous allons suivre leur évolution respective.
L’auteur ne porte aucun jugement sur le parcours de Werner, qui s’est laissé enrôler par les jeunesses hitlériennes pour ne pas connaître une vie de misère au fond d’une mine. Passionné d’électromagnétique, c’est dans les transmissions qu’il trouvera son rôle – et le fil ténu qui finira par le lier à Marie-Laure par le biais d’une émission de radio destinée aux enfants.
Tandis que nous est racontée la cruauté de l’embrigadement des jeunes garçons allemands au nom d’un idéal qu’ils suivront aveuglément, l’approche du monde par Marie-Laure se fera au contraire grâce à des gens de bonté et de grande valeur, des personnes lumineuses et attachantes : son père, son oncle Etienne, ou encore une madame Manec qui l’initiera à la résistance. Avec un talent incroyable, l’auteur nous fait partager la perception très particulière qu’a la jeune aveugle de la vie – et surtout de la guerre telle qu’elle la sent, l’entend, l’effleure.

On suit avec un intérêt qui ne faiblit jamais leur cheminement au long de ces presque 700 pages qui se dévorent grâce à de petits chapitres brefs qui virevoltent de l’un à l’autre personnage, de l’un à l’autre pays, de Paris à la Bretagne, en Allemagne ou en Russie, avec comme fil directeur la quête d’un diamant auréolé d’une étrange malédiction et comme point d’orgue le siège de Saint Malo où toutes les destinées vont se percuter – brièvement mais intensément. Un réel coup de coeur, une magnifique découverte !

Notre atmosphère est une bibliothèque recueillant toutes les vies qui ont jamais été vécues, toutes les phrases jamais prononcées, les mots jamais transmis.

TOUTE LA LUMIERE QUE NOUS NE POUVONS VOIR, Anthony DOERR, Le Livre de Poche 

{Expo} L’Esprit Français

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Existe-t-il vraiment, ce fameux esprit français ? en tout cas c’est sûrement après coup qu’on peut en juger, c’est pour cela que cette exposition couvre une époque – de l’après mai 68 à la fin des années 80 – où sur fond de crise grandissante dans une société encore très étriquée un état d’esprit contestataire a commencé à envahir la culture. Insolent, provocant, parfois de mauvais goût, la liberté s’y exerçait tous azimuts ou du moins s’y imposait avec un élan qui semble violemment manquer à notre époque. Qui sont les Coluche et les Pierre Desproges d’aujourd’hui ?

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Ça part dans tous les sens (700 oeuvres !!) : presse, musique, éducation, sexe, peinture, militantisme, cinéma… le principe de l’époque étant un peu de faire n’importe quoi pourvu que ce soit CONTRE et remette en cause les valeurs du moment.

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Gainsbourg, Coluche, Pierre et Gilles, Hara Kiri, Charlie Hebdo, Bérurier Noir, Godard, Marie-France, Topor, Kiki Picasso, Orlan, Brétecher, Renaud… Je n’ai pas tout compris (et pourtant je suis née en plein dedans), je n’ai pas tout aimé, mais j’ai trouvé que l’exposition offrait beaucoup de pistes de réflexion plus efficaces que la nostalgie pour une liberté que nous ne prenons plus.

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Et puis l’exposition se termine par une scène évoquant un lendemain de fête qui fait froid dans le dos, espérant que dans quelques semaines on ne se réveille pas avec cette même gueule de bois…

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 L’ESPRIT FRANCAIS : Contre-Cultures, 1969-1989, la Maison Rouge, jusqu’au 21 mai 

Fantastic Birthday, un conte onirique

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Greta est une jeune fille solitaire et mal dans sa peau qui s’apprête à avoir 15 ans. Elle est prise de panique lorsque ses parents lui annoncent l’organisation d’une grande fête d’anniversaire.

Dès le début de « Fantastic Birthday » on sait qu’on a affaire à un univers très personnel et très décalé (et aussi très daté seventies) qui fait songer à un mix de Wes Anderson et de Michel Gondry, avec un zeste de Tim Burton. Les cadrages, les couleurs sont très recherchés, le film fourmille d’idées très drôles et de symboles en rapport avec le passage de l’enfance à l’adolescence, car c’est bien connu, à l’âge de 15 ans tout change et plein de choses étranges arrivent, comme se plait à murmurer à Greta sa grande soeur.

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La vie n’est déjà pas si simple pour Greta qui vient d’emménager dans une nouvelle ville et découvre son nouveau collège, peine à se faire des amis et se fait enrôler de force par des triplées pom pom girls aussi flippantes qu’un film de Stanley Kubrick. Seulement voilà, la jeune fille n’est pas pressée de sortir de l’enfance pour ce nouveau monde qui l’effraye, comme cette forêt sombre fermée par des arbres menaçants d’où émergent parfois de bien curieuses créatures. Mais un jour, il faut bien affronter ses peurs…

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Tu l’as compris, on est bel et bien dans un conte onirique où une enfance entière peut tenir dans une boite à musique, où Greta ressemble à une Alice au Pays des Merveilles qui rencontrerait les Maximonstres au pays du Magicien d’Oz ; autant de références qui racontent le rapport complexe à la féminité ou à la sexualité, à la fois la naïveté et la cruauté adolescentes. Un premier film original et créatif très réussi.

Fantastic Birthday, un film de Rosemary MYERS, avec Bethany Whitmore, Harrison Feldman… sortie en salles le 22 mars 

Bienvenue au Café des Chats

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Ah ça faisait un moment que j’avais envie de découvrir ce concept, imagines, prendre le goûter au milieu de chachats, c’est pas une idée du bonheur ça ? Le succès est évident, une longue queue attend devant l’établissement, songer à mieux choisir son horaire la prochaine fois. En digne mémérachats autoproclamée, je m’interroge : est-ce que ces chats souffrent ? Vais-je devoir en exfiltrer un (ou deux) ?

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Oui, bon, à première vue, ça a l’air d’aller…

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Il fait bien chaud à l’intérieur, et si tu espérais te vautrer dans un fauteuil confortable, laisses-tomber, ils sont déjà occupés par des poilus (je parle toujours des chats) et probablement pour un moment…

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Système d’escalier et d’étagères en hauteur, ponts d’un bout de la pièce à l’autre, en fait on est dans un arbre à chat géant (et c’est nous les souris…). Ah tiens, il y en a un qui bouge et décide de descendre sous les feux des appareils photos.

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« Qu’est-ce que tu manges ? ça a l’air bon… » Ah non, interdit de nourrir les greffiers gourmands ! Bas les pattes !

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D’ailleurs, parlons-en de ce qu’on mange : nous avons choisi ma complice et moi des cheesecakes accompagnés d’un chocolat à l’ancienne : la TUERIE boudiou de boudiou !! Et pour avoir vu passer des assiettes de salé, ça n’avait pas l’air mal du tout non plus… On reviendra !

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On nous recommande dès l’entrée de ne pas trop embêter les chats, des petites notes déposées près de certains rappellent judicieusement ne pas déranger le chat qui dort. Bien sûr c’est tentant d’aller vers eux, les enfants ne résistent d’ailleurs guère, mais rien à faire, plus tu vas vers eux plus ils se barrent, et comme il y a de quoi se mettre hors de portée dans tous les coins ici, c’est bien eux qui choisissent de venir te renifler et peut-être même de se frotter à toi, suprême privilège. Je pensais qu’ils seraient peut-être dérangés par le bruit, le mouvement, penses-tu… les pensionnaires sont certainement choisis pour leur caractère, après tout quand je pense à mon propre greffier qui n’aime rien tant que la compagnie et qui est capable de s’endormir au milieu d’un goûter d’anniversaire de 15 gosses survoltés (vécu), je l’imagine plutôt bien dans cet environnement.

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Mais tu vas prendre la pause, OUI ?? (ah oui non c’est vrai, tu es un chat, donc c’est quand tu veux…)

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Bref, expérience globalement positive qui m’a donné envie de revenir en dehors des horaires d’affluence (quoi ? mais non c’est pas pour avoir plus de chance d’être choisie comme coussin par un chat. Mais je suis très confortable, cela dit).

LE CAFE DES CHATS, 9 rue Sedaine, 75011 PARIS 

« Le Donjon », une envoûtante histoire

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Deux cousins qui ne se sont pas revus depuis l’enfance se réunissent autour du projet de rénovation d’un château médiéval. Contrairement à ce qu’auraient laissé supposer leurs débuts dans la vie, Howard semble avoir réussi la sienne tandis que Danny vogue d’échec en échec. L’heure a sonné de régler de vieux comptes…

Comme j’ai aimé me laisser surprendre par l’étrange ambiance de ce « Donjon » ! Entre fantômes, fantasmes, rêves et souvenirs, il est compliqué de démêler le vrai du faux, mais une fois qu’on accepte de ne pas avoir toutes les réponses, on se laisse transporter avec délice par cette atmosphère gothique, dûe en majeure partie au décor de l’histoire, ce curieux château à moitié en ruines perdu dans une région d’Europe de l’Est, dominé par un donjon réputé inviolable mais habité par une vieille baronne qui y campe obstinément. Reste à y ajouter une sacrée galerie de personnages, à commencer par ces deux cousins qui ne sont pas vus depuis si longtemps mais restent unis par un douloureux souvenir, une plaie non refermée plutôt, à les couper du monde extérieur et à laisser la tension monter. On suppose que le temps des explications va venir, mais peut-être bien que l’on se trompe… c’est là que le livre est vraiment surprenant, à prendre une direction totalement inattendue grâce à l’intervention d’un narrateur mystère, qui du fond de sa propre geôle raconte sa version de l’histoire, laissant au lecteur le soin de démêler le vrai du faux, le présent du passé.

Si seulement j’avais su que la vie suivait son cours – décollages et atterrissages d’avions, villes ressemblant à des braises – la mienne n’aurait jamais été aussi étriquée.

LE DONJON, Jennifer EGAN, Editions Points ★

Se la couler lourde

Décider de ses prochains voyages et de ses prochains partages, voûter le dos lorsque le ciel est gris se redresser lorsqu’il bleuit, se faire tacler gratuit par quelqu’un qu’on respectait très fort et se demander si du pays des bisounours il n’est pas plus avantageux de basculer du côté obscur, batailler ferme avec sa propre psy pour lui démontrer qu’elle perd son temps, visiter une expo qui pousse à se poser des questions, savourer un chocolat qui incite à les oublier, compter les jonquilles – et les crocus, et les premières fleurs de cerisiers.