« L’Indolente », la vie privée d’un peintre

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Impossible d’évoquer l’oeuvre du peintre Pierre Bonnard sans penser à ce corps de femme qui figure dans bon nombre de ses tableaux, toujours nue, toujours indolente, femme à la toilette, assoupie ou dans une baignoire ; des formes pleines et jeunes, souvent de dos, parfois des petits bouts d’elle dans l’encadrement d’une porte ou le reflet d’un miroir.

Je ne la trouve pas dans l’ombre de Pierre, mais dans la lumière de ses toiles. Il la montre en continu et je ne m’en lasse pas.

Cette jeune femme c’était Marthe, qui fut sa compagne entre 1893 et 1942. Mystérieuse Marthe qui ne semblait pas avoir un caractère des plus faciles aux dires de l’entourage, fuyante et sauvage, perpétuellement souffrante, à qui l’on a même reproché d’isoler le peintre – ce qui était méconnaitre son caractère, effacé et discret. Marthe lui apportait le réconfort nécessaire aux artistes qui doutent, elle était sa muse.

L’union de ces deux là eut des conséquences judiciaires inattendues, ce qu’on appela l’affaire Bonnard : par coquetterie ? désir de séduire ? Marthe mentit à Pierre sur son identité, son passé, sa famille, et Bonnard amoureux la prit comme telle. Mais lorsqu’ils décédèrent, à cinq ans d’intervalle, la succession du peintre prit une tournure inattendue, faisant ressurgir le passé, le vrai nom et les ayant droit de Marthe de Méligny.
Françoise Cloarec retrace les années de procédure qui s’ensuivirent, avec toutes les questions soulevées par les droits des artistes. Quand art et droit s’emmêlent, c’est à la fois tragique et passionnant, et ce n’est pas le moindre mérite de l’ouvrage de nous inciter à nous replonger dans les tableaux colorés et lumineux de Pierre Bonnard.

 

L’Indolente de Françoise CLOAREC, Editions Stock  ★

 

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