Légende, Sylvain Prudhomme

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Voici la Crau, pays des pierres et du mistral près d’Arles, paysage aride que traversent encore les troupeaux de moutons, vue à travers l’objectif de l’appareil photo de Nel. Son ami Matt cherche lui à concrétiser un projet de documentaire sur une ancienne discothèque, la Chou, en son temps lieu emblématique du coin. Au fil de ses recherches, l’attention de Matt se déplace sur l’histoire, la « légende » de deux cousins de Nell, Fabien et Christian, dont le destin résonne tragiquement avec leur époque.

C’est d’abord l’histoire d’amitié entre deux hommes qui chacun à sa façon veut raconter cette région si particulière, l’un en la photographiant du haut de sa nacelle de déménageur où il fait des panoramiques lunaires, l’autre en reconstituant l’histoire d’une boîte de nuit fréquentée par la jeunesse du coin dans les années 80. Etonnamment, tous les souvenirs recueillis par Matt le ramènent vers ces deux jeunes cousins si différents, peut-être parce que leur disparition précoce a marqué les esprits : Fabien le brillant, Fabien qui a cramé sa jeunesse par les deux bouts en menant une vie de fêtard à une époque (d’avant le SIDA) où cela était encore possible, et Christian le lunatique, tourmenté Christian qui finira… chasseur de papillons.

C’est aussi une histoire de générations, où les parents d’hier étaient soucieux que leurs enfants ne connaissent pas la même vie d’éternel labeur, tandis qu’au contraire le monde contemporain se passionne pour des gestes ancestraux ou coutumes telles que la transhumance. Matt et Nell semblent bien moins aventureux, bien plus timorés que leurs aînés, plus fragiles aussi peut-être. Avec ce style d’écriture particulier à Sylvain Prudhomme, ce texte coulant sans heurts ni exclamation ni interrogation, j’ai encore plus apprécié Légende que son précédent Les Grands déjà très remarqué.

N’est-ce pas pour ça que je suis devenu photographe au fond, avait dit Nel en regardant la plaine continuer de défiler par les vitres de la camionnette. N’est-ce pas d’abord par intégration au plus profond de moi-même de cette donnée sans cesse rabâchée à mes oreilles : mon incompétence irrémédiable. Ma médiocrité en matière de choses pratiques. Tellement persuadé d’être bon à rien qu’il ne m’est resté que ça : regarder.

 

Légende, Sylvain PRUDHOMME, Collection « L’Arbalète » chez Gallimard

 

 ★ Merci à Babelio et à Gallimard pour cette lecture

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