Autobiographie d’une assiette

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Bonjour, je suis l’assiette de Sophie Bazar et je vais te raconter mon histoire. Hééé mais attends, ne t’en vas pas, je ne suis pas n’importe quelle écuelle tu sais ! D’abord je suis sûre que je suis plus vieille que toi, parce que je suis plus âgée qu’elle, alors t’imagines… Oups, gardes ça pour toi sinon je vais finir chez Emmaüs.

Tu sais quoi, je l’ai connue petite la mouflette, à cette époque là nous étions toute une famille, de la vaisselle de premier ordre, du genre liste de mariage, la grande classe ! Alors j’en ai vu passer des purées et des soupes et des feuilles d’artichauts – et aussi des disputes et des punitions parce qu’il fallait me laisser vide et bien saucée. Battue, raclée, rayée, lavée, rincée. Une vie d’assiette.

Et puis un jour le grand chambardement, l’émancipation quoi, avec une autre copine on a été rejoindre un baluchon d’étudiante avec deux fourchettes, deux cuillères et à nous la belle vie ! Enfin, c’est ce que j’imaginais (ne sous-estimes pas la puissance d’imagination d’une assiette, elle pourrait se mettre à voler plus vite que tu ne crois). Nous voilà dans un mini placard à nous regarder en chien de faïence (Mouhahaha ! l’assiette a de la répartie, saches-le) entre un paquet de pain de mie, des conserves de thon même pas à l’huile et des verres Nutella (ah ceux-là ils se reproduisent vite, y a pas à dire). Des « repas » engloutis à même l’emballage au-dessus des feuilles de cours, du piochage dans le frigo à toute heure en rentrant du cinoche, pas de quoi aérer l’argenterie. Alors on attend. Et on prend la poussière.
Puis on a connu des cartons de déménagement aussi, beaucoup de déménagement. Bien emballées, jamais cassées (Peuh, qu’est-ce que tu crois ?)
Tout à coup, horreur ! une invasion d’assiettes suédoises, toutes pareilles, interchangeables, impersonnelles. Nous voici reléguées en bas de la pile, sorties du bout de doigts méprisants lorsque le nombre de convives le nécessite. Avec un peu de honte devant mon motif fleuri fâné « tu comprends, c’est la vaisselle de ma mère ».

Les suédoises disparaissent régulièrement. Scènes de ménage, accidents, félures, déménagements, c’est pas du solide ça, de la daube à cassure programmée. Lorsque la famille s’est agrandie il y a eu multiplication des récipients avec apparition de la mélamine et du plastique, forcément faut résister, à nous tous on forme une grande famille mélangée et colorée et on se serre la porcelaine. On se sent vieilles devant toute cette jeunesse.

Et puis un jour, le drame. L’un des petits a cassé ma frangine. Le dernier crac sur le carrelage de la cuisine. Adieu les petites fleurs. Là je peux te dire, la Sophie elle a ondulé du menton « C’est pas grave mon Chéri » mais elle n’en pensait pas moins. Mais je rêve, elle va pleurer pour de l’arcopal ?? Elle a ramassé religieusement les morceaux de l’assiette, j’ai bien vu qu’elle cherchait une solution à base de glu, mais le dommage était trop important. RIP ma copine.

Alors voilà, il ne reste plus que moi, et je crois que je vais être cajolée jusqu’au bout, sortie seulement pour les grandes occasions par des mains soigneuses. Je tiens bon avec mes petites pétales jaune, même si je suis un peu défraîchie, un peu pâlichonne, des comme moi c’est très recherché, je suis devenue rare sais-tu ? Unique, même, et seule, très seule…

Ma petite histoire de Vaisselle pour Alice & Zaza  

Le résultat du Concours « La Concubine Russe » est en édit de l’article.

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