Le Goût du Large

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Heureux qui comme Ulysse… c’est à un beau voyage que nous invite Nicolas Delesalle, un voyage lent et introspectif au rythme du MSC Cordoba qui transporte quelques 1200 conteneurs de marchandise entre Anvers et Istanbul. Tandis que l’auteur s’initie à la vie en mer – où l’à peu près n’a pas sa place – et aux règles de la vie en communauté sur un cargo, musique dans les oreilles il guette le rayon vert et des baleines capricieuses. Le temps qui s’ouvre à lui devient alors propice à la réflexion personnelle, au coeur de ses souvenirs.

Et pas n’importe quels souvenirs : ceux d’un reporter de guerre qui a vu et connu l’effroi, la détresse et surtout l’impuissance sur des scènes de conflits, de Kaboul à l’Egypte, de la Tunisie au Mali – ou même, petit épisode à part témoignant du goût de l’auteur pour les expériences solitaires extrêmes, au fin fond d’une grotte en Ardèche (peut-être, absurdement, le plus pénible à lire pour moi – claustro mon amie – en dépit de récits de guerre détaillés et glaçants – à quel point sommes-nous hélas blasés…).

Nicolas Delesalle arrive avec justesse, émotion et humour à éveiller tous nos sens, l’évocation du chaos des conflits étant exacerbée par le calme limpide du trajet calme sur l’océan. Le souffle d’une roquette, la saveur amère d’une bière, le bruit des larmes, la tristesse, la résignation, la peur au ventre, les rencontres, la paix si fragile, la tentation de sortir de son devoir de réserve… autant d’anecdotes, toutes aussi passionnantes les unes que les autres, qui s’empilent comme autant de conteneurs colorés sur le cargo imaginaire de l’écrivain, formant comme une impressionnante photographie de notre monde tel qu’il ne va pas bien, mais aussi comme un reflet de notre humanité. Tout est métaphore, bien sûr, une belle, une très belle métaphore avec l’espoir au bout du voyage.

On ne devrait pas trop s’approcher des choses qu’on imagine. On devrait les laisser au loin, intactes.

Certaines personnes ont une étincelle étrange dans les yeux quand ils vous écoutent, ils me font penser à ces téléviseurs en mode veille dont le voyant rouge témoigne d’une vie intérieure intense. Avec le temps, j’ai appris à reconnaître dans cette lueur les signes de la bienveillance.

{Le Goût du Large de Nicolas Delesalle, Préludes Editions}

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