Au Nom du Père

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Et il y a ce moment où ton enfant rentre de l’école avec un arbre généalogique à remplir. Tu caches le désagrément en remplissant fissa le côté « connu » de la branche. Campagnarde, parisienne, consonances aristos mélangées à du populo, le beau mélange, ça sent bon les histoires d’amour compliquées, j’aime.
Et puis te voilà devant ton arbre inégal, il penche lourdement avec son surplus de détails de dates et de prénoms d’un côté, en tout cas au moins sur deux générations, et de l’autre côté un nom ou deux qui se matent d’un air mauvais, tout seuls sur leur branche du descendant solitaire.

Tu me diras, t’as qu’à aller quêter des renseignements auprès de ces deux tout seuls pour commencer, en supposant que j’adresse encore un mot au plus proche de moi (proche par les gènes et le put*n de caractère, faute de choix). Oui mais cette branche-là, mon ange, s’étire jusqu’à un pays dont je ne sais pas grand chose, si ce n’est la beauté qui s’offre aux touristes, l’Histoire cruelle qui en a d’ailleurs déclenché tant d’autres et oui, Messieurs, changé la face du monde (je t’ai dit que ces gens-là avaient du carafon ?) et la trop grande tentation de ressembler à l’Occident (bord*l, nooooon !).

Et il se trouve, oui c’est bizarre, que je n’en parle pas la langue, unique en son genre et pas des plus douces, dont je ne connais que les jurons que mon père dégainait à tout bout de champ lorsque j’étais gamine. Pas simple pour communiquer (encore que…). J’ai essayé un temps de l’apprendre, mais devant mes manuels (non mon ange, pas d’internet à l’époque) et la rugosité des vers j’ai baissé les bras, tout juste un Köszönöm à l’occasion (on ne peut plus rare dans mon quartier) – et un Anyuka longtemps revendiqué que certains connaissent par ici (et que j’abandonne tout doucement, si tu as remarqué…). Et impossible de demander au pater aussi intéressé par ma personne que par le ver de terre qui se trémousse encore après l’écrasement. Alors j’ai tout rejeté : le père et le pays. Pas tout à fait les origines, puisque longtemps j’ai été fière, très fière de mon nom, ce son dur qui crie « je ne suis pas d’ici ! » et difficile à écrire du premier coup. Deux H aspirés inspirés, en début et en fin de nom comme deux garde-fous bien droits. Mes enfants le portent accolé au nom du père, et lorsque je me suis mariée je l’ai gardé. En deuxième place désormais mais je l’ai gardé. Et je joue avec, tantôt je l’utilise, tantôt je le cache, je ne sais pas encore très bien qui je suis. A moi de me faire un nom.

 

* Photo d’une photo de Sarah Moon. Qui penche. La photo, pas Sarah Moon.

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